‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 27 sur 87 · LB PLAN DIVIN. SES TROIS FINS · texte numérisé non relu

LB PLAN DIVIN. SES TROIS FINS

révèle son Auteur; tous les trois infinis, et par là de nature identique et ne faisant en Lui qu'un seul Infini, qu'un seul Être dont la puissance a créé le monde par sa Sagesse et dans son Amour.

Cette Sagesse, qui a été comme l'ouvrière de la Puissance, et qui a satisfait l'Amour dans la création du monde, préexistait à ce grand ouvrage. Je veux dire qu'elle n'a pas surgi en Dieu à l'occasion seulement de la création; qu'elle n'était pas seulement en puissance dans son sein; mais que de toute éternité, engendrée de Dieu, elle y était un acte distinct, comme la pensée est distincte de l'intelligence qui la produit, tout en lui étant consul)Stanticlle. J'en dis autant de l'Amour. En un mot. Dieu était, Dieu est éternellement le Dieu vivant, c'est-à-dire éternellement pensant et aimant, ce qui implique des relations continuelles de pensée et d'amour en lui, le mystère de la Trinité, ([ue la foi nous enseigne, que la raison n'a pu que soupçonner, et sans le([uel Dieu et tout nous échappent.

La Sagesse qui a fait le monde était ainsi de toute éternité la pensée active de Dieu, le Verbe de Dieu, ce qu'est en nous cette parole, ce verbe intérieur avec lequel nous vivons et nous conversons, et qui est comme le fils de notre ànie : pâle et débile image de ce qui est en Dieu une vivante réalité, une personne divine : « Le « Seigneur m'a possédée au commencement de ses « voies, dit-elle elle-même dans un livre qu'elle a in- « spire. Avant qu'il créât aucune chose, j'étais dès « lors ; lorsqu'il préparait les cieux, j'étais présente ; « j'étais avec lui et je réglais toutes choses*. »

Cette sagesse, émanation éternelle de Dieu; mais émanation personnelle, est son Fils, son Verbe, dont la

Prov., cil. VIII, 22.

lé LIVRE I, CHAPITRE I.

pliilosophie platonicienne avait eu, do vagues prénotioni et qu'elle reconnut et salua de ses admirations enthoi siastes, lorsque Jean le pêcheur vint le lui annoncer daii ce début de la Genèse évangélique : « Au commence « ment était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et 1 « Verbe était Dieu. Il était au commencement en Diei « Tout a été fait par lui ; et rien de ce (pii a été fait n « été fait sans lui..., etc. »

La création est l'expression du Verbe. Elle estcomni un immense phénomène adapté à ce Verbe du Pèn pour exprimer par des qualités visibles les qualités inv gibles dont il est le type éternel. Telle est la belle défin tion que nous en donne la foi : Fide intelligimus apta^ esse sœcula Verbo Dei , ut ex inoisibilibus visibilia ficrenl

Ainsi donc, c'est d'après le Verbe , comme par ] Verbe, archétype et architecte de ce grand ouvrag( que le monde a été fait : Le Verbe en est le princi})e, 1 premier mot, l'Alpha. — Ego sum Alpha^', Principiun qui et loquor vobis^.

Voilà comme les tenants du Plan divin.

Et maintenant (piels en sont les aboutissants? . quelles lins Dieu u-t-il fait le monde? Quel en es le dernier mol? Ici le champ de notre recherche s'i largit.

Il serait téméraire, il serait tout au moins contrair au but d'étude doctrinale (}ue nous nous jtroposons, d nous engager ici dans des spéculations méUq)hysi(iU( purement humaines sur les (hisseins do Dieu, et de choi cher à lier ce grand Etre dans le lil de nos raisonne monts. C'«8t le eus de nous rapfjeler les paroles de Gei

' Ad llohr., cHj». XI, v. a.

' Apocal., cap. i, v. 8.

' Kv. Joun., cap. viii, v. 25.

Le plan divin, ses trois fins. 59

son : « Qui es-tu, ù homme, pour scruter le èecrel de « Dieu? Qui es-tu, pour le faire son conseiller? Que « l'humaine loquacité pose un doigt sur sa bouche et « qu'elle se contente de ses limites. » Mais le même respect qui nous défend de sortir des limites que Dieu a posées à notre investigation, nous oblige à nous y développer dans la mesure de notre aptitude, et à ne pas laisser tomber, sans la recueillir et la cultiver, la vérité qu'il a daigné nous faire entendre.

C'est dans cette ligne de réserve et de fidélité que nous allons marcher. Nous n'avons pas la prétention de deviner, mais de relever le Plan divin.

f, Saint Paul, en trois éclairs de sa parole mspiree, a illuminé toute l'économie de ce Plan : — « Tout est à « vous; vous au Christ; le Christ à Dieu : » Omnia vestra sunt; vos autem Cliristi; Christus autem Dei*.

Ces paroles ne sont pas jetées isolément dans la doctrine du grand Apôtre. Lui-même nous en donne le commentaire dans une nmllilude de i)assages répandus dans toutes ses Èi)itres ; et on peut dire qu'elles no font que résumer toute sa théologie.

L'application qui en a été faite par les Pères et les Docteurs achève enfin de nous garantir l'exactitude du sens dans lequel nous allons les dévelo[)per.

Commençons d'abord par les définir.

Dieu, premier principe de la création, en est aussi la iin suprême. I^a raison conçoit, en effet, que si Dieu agit, il ne se règle que sur ce qu'il y a de plus parfait, qui est lui-même; et que le mouvement de ses démarches, ne lui venant pas d'ailleurs, ne le porte pas définitivement ailleurs. Principe unique de son action, il en est aussi

' I Ail Corinlh., cai". n, 22, 23.

60 UXRE I, CHAPITRE I.

l'unique fin : « Dieu a fait toutes choses pour lui-même, » nous disent les divins Proverbes : Universa propter semei ipsum operatus est Dominus^ . Et la création elle-même proclame cette première vérité par le témoignage de gloire qu'elle rend à son Auteur,

Dans cette fin dernière et générale de la création, revenant à son premier principe, se trouve inscrite une fin seconde et spéciale : c'est le Christ. Le Christ aprè? Dieu est le but de la création. C'est môme le but principal, entant qu'extérieur à Dieu. Je dis extérieur, parce que ce que nous nommons le Christ n'est pas le Verb( en Dieu, comme il était au commencement, mais le Verbe sorti de Dieu, le Verbe fait chair, comme il a pan dans le temps. Dieu a fait toutes choses ponr le même Verbe, d'après lequel il les a ftiites, et il a voulu qu'elles fissent retour à leur premier principe, par le même Verbe aussi par lerpiel elles en étaient sorties. Seule ment, dans la première opération, le Verbe était incréé dans la seconde, il est incarné, il est le Christ. Prinrip( Créateur, en tant ([u'incréé; Roi Pontife en tant qu'incarné. Ministre de création dans le premier état, Média leur de religion dans le second. Dieu a voulu, parfait( convenance! que l'ouvrage glorifiât l'archétype et l'on vrior. C'est pour glorifier* son Fils qu'il en a reprodui les perfections dans le monde, pour lui en faire ronuni un temple où il serait connu et adoré, e'onune un royaium où il serait servi, comme l'héritage, et, si j'ose le dire comme le majorât de sa gloire. Telle est la seconde (h de la création.

Enfin, au-dessous du Christ, se trouve une troisièmi fin, que nous appellerons la fin prochaine de la créa tion : c'est l'homme, en ([iii vient se résumer toute li

' Prov., chap. xvi, v. 4.

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