‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 34 sur 87 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

UMTli DU PLAN DIVIN DANS SON DOUBLE RAPPORT AVEC LA CRÉATION ET AVEC LA CHUTE.

Nous croyons à Notre-Seigneiir Jésus-Christ, a qui, « pour nous hommes et pour notre salut, est descendu (( des cieux et s'est incarné, qui propter nos hommes et « propter nostram salutem descendit de cœlis et incmmatus « est*. »

Cette vérité de foi, en donnant, pour raison uniijue de l'Incarnation, la Rédemption du genre humain, ne fait-elle pas obstacle à la doctrine qui donne aussi pour raison à ce grand mystère d'être la fin première et universelle de la création?

Telle est la question qui veut être traitée.

Nous allons la discuter et la résoudre, non dans un but spéculatif, mais dans l'intérêt très-réel et très-pratique de maintenir les grandes vues que nous avons exposées, et d'en assurer l'application.

Cette question est complexe et, nous devons le dire, difficile, mais d'une difficulté qui intéresse et excite l'attention et non ((ui doive la décourager.

Pour y apjKjrter toute la clarté désirable, nous allons diviser son examen on trois courts paragraphes :

1" Vérité do chacun dos deux rapports de rincarnatiou avec la chute et avec la création ;

2» Conciliation de ces deux rapports dans l'unité du Plan divin ;

3" Perfection de ce Plan.

' Symbole «le» Apôlrc».

Vérit(!' de chacun des deux rapports de l'Incarnation avec la chute et la création.

La vérité du rapport de l'Incarnation avec la chute est évidente et n'a pas besoin d'être démontrée, puisque c'est celle qu'on objecte, et à laquelle on réduit ordinairement le Plan divin. Incessamment présente aux regards des chrétiens, elle absorbe justement toute leur attention, toute leur reconnaissance. Cela doit être. Un malheureux qu'on retire de l'abîme ne songe qu'à saisir la main qui le rend à l'existence et qu'à la bénir. Ne lui parlez pas d'autre chose dans ce premier moment : le bienfait de la vie éclipse tout autre bienfait, et d'ailleurs en est la base. Dans la sobre exposition desarticles de notre foi, cette vérité a dû nous être présentée capitalement.

La vérité du rapport de l'Incarnation avec la création n'a pas été définie comme dogme par l'Église. Elle n'est donc pas marquée au merae titre de croyance obligatoire que celle du rapport de l'Incarnation avec la chute. Mais, selon que, par l'attention aux Saintes Écritures, et à la doctrine des Anciens on peut la découvrir, comme dit saint François de Sales, elle est scientifiquement certaine'. Nous avons déjà montré cette vérité dans les

' Cette doctrine n'a été déployée que dans la théologie moderne, qui a succédé à la scolastique : c'est celle de saint François de Sales, de Suarcz, de Louis de Léon, du cardinal de Bérulle, de Marie d'Agréda, de M. Ollier, de tous les grands mystiques. — Bossuet s'est approprié cette doctrine dans tout son 2» Sermon sur la Fêle de tous les Saints. « Le moins parfait étant pour le plus excellent, « donc la création regardait la justification, et la justification était

précédents chapitres. Mais nous ne l'avons montrée qu'en elle-même ; il faut la faire voir maintenant en regard de la vérité de la Rédemption.

Comme il est de foi que l'Incarnation restaure l'homme, il est de foi qu'elle instaure l'ange et toutes les natures créées, célestes et terrestres : Imtaurare omnia in Chrisûo, qtia in cœlis, et quœ in terra sunt in ipso* ; et que le sang qui a coulé sur le Calvaire a rejailli sur l'Universalité de la création, a pacifié tout ce qui est au ciel et sur la terre : Pacificans per sanguinem èjus, sive quœ in cœiis, sive quœ in terris sunt^^ a lavé non-seulement notre monde, mais tous les mondes qui foulent dans l'espace, et l'Univers qui les comprend tous, comme chante l'Église : TeiTû^ ponfuSf astrâ, mundûs hoc lavantur flumine.

L'Incarnation a donc Utt rapport certain d'efficacité avec toutes les natures qui n'ont pas failli, avec la création dans son intégrité, rapport qui est autre par conséquent que celui qu'elle a aVec là chute.

Môme pour l'homme, ces deux rapports existent, quoique moins distinctement, parce qu'ils se confondent. L'Incarhation no relève pas l'homme seulement, elle relève. Si elle no faisait que le relever, que le racheter, elle le replacerait dans le môhie état où il était avant sa chute. Mais elle l'élève infiniment |)lus haut que le point d'où il est déchu, puisqu'il était à l'état do grûco sanctinante, et qu'elle l'élève eu Jésus-Christ à la filiation naturelle, et par Jésus-Christ en chacun do nous à la filiation adoptive d'enfant de Dieu, piiisqu'oUo lui fuit une réalité de ce qui fut le sujet do la tonlaUon

« jtoiir l;i coiriimuilcatioii do l;i ^IulnS ol lil coittiimnicatlou di; la « i?lolro pour la pcrKonnclle. C'est lu prudàtioii do 9. Paul : Omnia u l'e»lra sunl, voi nulem ChiUtl, ChriiHH aut«m Del. >>

' Ad Kpli., I, 10.

' Ad ColoM., i, Su.

UNiîè bu PLAN mvix. Î13

à laquelle il succomba ; elle le divinise. Il y a donc là deux njouvements distiilcts : l'un qui nous relève de la damnatioU, l'autre qui, continuant, notis élève à l'adoption et à la gloire. Comme ces deux mouvements sotit continus et s'opèrent par le même acte, notis les cOtifondons ; mais ils n'en sont pas moins distincts. L'uti, celui qui nous relève, nous est particulier; l'autre, celui qui nous élevé, uoUs est commuil avec les autres créatures qui ont gardé leur intégrité. Entre elles et nous ces deux mouvertietits se distihgueilt visiblement, puisqu'elles soiit élevées saiis être relevées. En lious ils se confondent parce que nous participons à la fois de leur destinée Comme créatures et de la nôtre comtne pécheurs. Comme pécheurs, nous somilies rachetés seuls ; comme créatures, nous sommes associés fi ht fin Universelle de la création.

L'Incarnation a dollc celle double lin, même eu nous.

Or, tout a sa raison dans l'œuvre de la plus vulgaire sagesse, et par conséquent dans les opérations de la Sagesse éternelle. Si l'incarnation n'avait jjas d'autre raison que de nous racheter du péché originel, elle n'aurait pas d'autre effet, sans quoi il y aurait un efltet qui n'aurait pas de raison ; ce qui est absurde. Or, l'Incarnation dépasse infiniment le péché orig-nel dans ses ell"bts ; donc elle le dépasse pareillement dans sa raison.

Cette raison supérieure, dira-t-on, c'est que Dieu à voulu faire surabonder la grâce où a abondé le délit: Ubi abundavit delictum, siiperalundavit gratta. D'où l'ÉgliSe jtire cette exclamation : 0 feîix culpaf 0 heureuse faute ui nous a valu une telle réparation !

C'est mal interpréter les paroles de l'Église. Cette réponse laisse subsister la question et ne fait qu'en tîhan-

ger les termes. Nous demanderons alors pourquoi Dieu a voulu que la grâce surabondât et que la faute fût heureuse. On ne dira pas sans doute que le péché est heureux en soi, ou que Dieu est devenu meilleur parce que l'homme est devenu plus méchant. On sera obligé de remonter à un dessein supérieur d'amour de Dieu, que la faute originelle a seulement fait éclater. Amour qui, pour ne pas être accidentel, pour être antérieur et éternel, n'en est que plus profond et plus touchant, comme Dieu lui-même se complaît à nous le faire entendre par cette tendre parole : In charitate perpétua dilexi te; ideo attraxi te, miserans. « Je t'ai aimé d'une amour éternelle; « c'est pourquoi je t'ai tiré de Tabîme dans la compas- « sion que j'ai eue de toi S » La faute originelle n'a donc été, en ce qui touche ce surcroît de grâce qui nous élève, que la raison circonstancielle d'un dessein antérieur, non sans raison déterminante, laquelle doit être autre et supérieure.

Il faut bien de toute nécessité le reconnaître pour les autres créatures qui ont été étrangères à cette faute, et pour qui cependant l'Incarnation, en ce qu'elle les élève par la grâce à la gloire, n'est pas moins faite que pour nous. L'Incarnation, dans cet effet supérieur, est une base universelle sur laquelle la création tout entière vient s'appuyer. Le Christ est cette pierre angulaire sur laquelle va s'élevant l'édifice de l'Église, qui comprend les élus de toutes les sphères, célestes ou terrestres, angéliques ou humaines, intègres ou réintégrées, et qui est le but do la créalio'h, in guo omnis œdificatii constructa crencit in templnm sanctum in Domino*. Do là vient le nom d'économie ou de dispensation donné

' Jercm.. xxxi, 8, ' Ad Ephes., ir. ?1.

par tous les Pères grecs et latins au mystère de l'Incarnation, comme ayant pourvu à l'intérôt universel, et affecté la création tout entière.

Dira-t-on que, s'il en est ainsi, c'est par une nécessité de conséquence, et que Jésus-Christ, étant Dieu incarné pour nous, ne peut pas ne pas être, en cette qualité de Dieu, le chef de toute la création ; mais que sa démarche n'a pas eu les Anges pour objet comme nous?

Je réponds :

Cette démarche nous a eus d'abord pour objet ; mais elle ne s'est pas arrêtée à nous. Sa fin est complexe. Elle est de nous sauver de la damnation : en cela elle nous est propre, et notre condition en a déterminé le mode expiatoire. Mais elle est aussi de nous glorifier; et en cela elle nous est commune avec les Anges et tous les élus, lesquels n'ont pas eu moins besoin du Christ, dans le dessein de Dieu, pour être sanctifiés et glorifiés, que nous pour être sauvés. Je dis plus, avec saint Bernard : le Christ a sauvé les Anges, non de la damnation, mais de la chute : « Le môme Christ, dit-il, qui a relevé « l'homme a retenu l'Ange. En délivrant celui-là, il a « préservé celui-ci; en sauvant l'un, il a conservé « l'autre; et tous deux en différente manière ont eu « part à la môme rédemption*. »

Et ce que saint Bernard dit de l'Ange, il faut le dire, avec saint Paul, de tout, sans exception. Instaurare omnia.... Pacificans omnia... Tout aboutit à Jésus-Christ : il est la fin de tout.

Donc tout a été fait en vue de cette fin : Propter quem omnia.

' Qui erexit hominem lapsum, dédit Angelo ne laberetur; sic illiim a caittivitate eruens, sicul hiinc a captivitato defondens, solvensillum, servans istum, et hac ratione fit œqua ulrique rederaptio. (Serm. 22, in Cant.)

En im mot, l'événement est le miroir dans lequel nous voyons le dessein de Dieu. Comme il ne fait que ce qu'il veut, nous pouvons connaître ce qu'il a voulu par ce qu'il a fait. Or^ il a fait tout aboutir à Jésus- Christ, comme à la fin universelle des êtres : donc il a voulu que tout fût originairement créé en vue de cette fin.

Tenons dotic teê deux rapports comme deiix vérités certaines, quoiqu'à des titres différents. Ne les opposons pas l'im à l'autre : cherchons plutôt à les concilier.

C'est ce que nous allons faire.

Conciliation de ces deux rapports dans l'imité du Plan divin.

La difficulté de cette conciliation consiste en ceci : que l'incarnation du Verbe ayant eu lieu, en fait, par suite du péché originel et pour en racheter le monde, il s'ensuit que le dessoin primordial de Dieu, de rapporter la création au Verbe incarné comme à sa fin, a été subordonné à une cause libre et contingente : le péché d'Adam. Adam a i)éché librement. Il pouvait ne pas péciier. S'il n'oCil pas péché, Jésus-Christ ne se fût pas incarné. C'est donc ce péché seul qui a été la raison de l'Incarnation, et ce n*esl qu'après coup, ex post facto, que la création est venue se rapporter à ce grand mystère par voie de conséquence et non par voie de principe. Eu principo, à priori, la création n'a donc pas eu pour lui, |)our raison d'otre, le Christ.

Telle oal lu diiïiculté.

Quohjuos théologiens l'ont résolue par cette doctrine hypothétique : (|UC, ai Adam ii'vàt jja.< /it'c/ié, h* Verbe se

UNITÉ DU PLAN DIVIN. \\g

fut tout de même incarné. En créant le ciel et la terre disent -ils, Dieu se proposait l'hotnme; en fcréant iiomme, le Christ. Le Christ devait donc, dans toute iiypothcse, sortir de la racé humaine dans le cours des générations, comme le fruit de l'arbre, et participer h la destinée du genre humain : impassible et nous élevant avec lui à la gloire, sans passer par les souffrances et par la mort, si le genre humain fût resté deboutpassible et mortel, en tout semblable à l'homme, sauf le pèche, comme il l'a été, pour nous racheter t,ar soh sacrifice, par suite du péché originel.

Il est inutile de développer davantage cette Uiùse Le pour et le contre s'y disputeront éternellement, comme dans le champ naturel de leur combat, le champ de l/iijpothese. Nous n'y entrerons pas. L'h^-pothèse ne nous paraît pas pouvoir trouver place dans l'œiivre de Ce ui qui est celui qui est, et qui agit toujours selon sa nature.

Nous resterons donc aur le terrain de ce oui est sur le terrain réel des choses. C'est sur ce terrain que nous avons déjà constaté que Jésus-Christ est fait pour nous liommes pécheurs, qu'il n*est pas moins fait polir les Anges et pour tout le reste de la création. C'est sur ce même terrain du fait que nous allons asseoir la conciliation de ces deux vérités.

Dans l'œuvre de l'homme, l'accident et l'imprévu son toujours possibles; parce que les vues humaines sont toujours courtes par quelque endroit. Dans l'œuvre de Dieu, jamais.

Jamais pour Dieu, parce que sa prescience profonde sans gêner les causes libres, lui en fait voir les efftets luturs comme s'ils étaient présents, lui en avance l'événement en quelque sorte, et lui permet de le faire entrer, des le principe, dans le plan général de son œuvre

Ce que nous faisons avec chance de nous tromper, lorsque, prévoyant que dans tel cas donné un homme fera telle action, nous disposons notre conduite en conséquence, Dieu le fait infailliblement, et sa prescience ne gêne pas plus la liberté des créatures, que notre prévoyance ne gêne la liberté de cet homme dont nous prévoyons l'action.

Dieu a ainsi vu, et ne peut pas ne pas avoir vu le péché d'Adam avant la création du monde ; et, en permettant ce péché, il l'a fait servir à la fin de la création, à l'incarnation du Verbe.

Je dis en permettant ce péché, parce que non-seulement Dieu prévoit les actions libres de ses créatures, mais il les permet. Il ne les gêne pas plus en les permettant qu'en les voyant, et, par cette faculté souveraine il en domine l'événement, non-seulement par sa sagesse, mais par sa puissance.

C'est donc évidemment une vue fausse, quelque ordinaire qu'elle soit, que celle qui nous représente Dieu à la manière de l'homme, surpris en quelque sorte par l'événement de la chute, ne décrétant l'Incarnation qu'en conséquence de cet événement, ne donnant ensuite à ce grand mystère des effets qui dépassent son motif que par un amour d'occasion pour l'homme, et par une nécessité de conséquence pour l'Ange et le reste de la création ; ne se déterminant ainsi que successivement, à l'aventure en quelque sorte, et sous l'empire d'une force dont la por'ée dépasserait l'impulsion, ou dont l'impulsion dopassorait la raison déterminante.

Dieu lire le bien du mal, sans doute, mais en cela le mal sert et ne commande pas les desseins de Dieu. Dieu ne conroit pas ses desseins on conséiiuence du mal, mais il fait tourner le mal à l'acconiplissenient de ses desseins ï)rôconcus. Il prépare les effets dam les causes les plus éloi-

gnées, comme dit Bossuet, et tous les événements qui se déroulent successivement à notre vue dans l'exécution, sortent d'un décret unique et profond qui les comprend tous dans sa puissance, et qui les a préordonnés dans sa sagesse.

L'Incarnation n'aurait pas eu lieu sans le péché originel, dit-on. Je l'accorde. Mais le péché originel, tout libre qu'il a été en soi, n'aurait pas eu lieu sans la permission de Dieu, en vue de l'Incarnation. « Il faut com- « prendre, dit le grand Suarez, que Dieu n'a pas voulu « l'Incarnation seulement parce que le péché en a été (( l'occasion offerte et prévue, mais plutôt au contraire « que ce qui a fait que ce péché a été permis, c'est que « Dieu a voulu en prendre occasion de se communiquer « parfaitement aux hommes '. »

' Intelligendum est Deum non voluisse hoc mysterium sohim quia occasio peccati oblata est et prcecognita : sed potins e contrario, ideo permisissepeccatum, ut ex illo occasionem sumeret optimo modo se communicandi hominibus. (Quîpst. I, art. iv.) — Un savant et judicieux rapporteur de la science théologique, Corneille de La Pierre, a exprimé cette mutuelle dépendance de la chute et de l'Incarnation, dans le plan de la création, en des termes auxquels il nous parait impossible de ne pas souscrire : « Avant, dit-il, « qu'Adam ne péchât ou ne fût créé, Dieu de toute éternité, dans « cette prescience qui lui fait voir tout ce qui doit arriver, décréta « qu'Adam et tout le monde adamique serait pour le Christ, serait le « type du Christ et de toutes les choses que le Christ devait faire. « Dieu, en effet, a voulu manifester dans le Christ toute sa sagesse « et toute sa gloire, et pour cela il a statué et décrété que le Christ « serait, non-seulement de tous les élus, mais de toutes ses œuvres, « le principe, l'exemplaire et la fin. Ce n'est donc pas seulement « dans l'exécution, c'est aussi dans le divin décret lui-même qu'A- « dam et le Christ sont dans une mutuelle dépendance. Ni Adam, « eu effet, n'aurait été créé père de tous les hommes, pouvant leur « transmettre sa justice ou sa déchéance, si en cela même il n'eût « été le type et la figure du Christ, qui devait être le chef de tous « les enfants de Dieu; ni à son tour le Christ ne se fût incarné et

Une heureuse comparaison de Suarez vient rendre cette vérité sensible.

« Dieu, dit-il, n'éleva pas Joseph au trône d'Egypte, « parce que ses frères l'avaient vendu ; mais il permit « que ses frères le vendissent, parce qu'il avait en vue (( de l'élever au trône d'Egypte. »

Cette comparaison est d'autant plus juste qUe Joseph est la figure de JésUs-Christ.

Ainsi, le véritable Joseph n'a pas été élevé au trône de le gloire, et nous, ses frères, au parta^ de sa fo^ tune, parce que Judas l'a vendu et parce que les Juifs l'ont crucifié ; mais Dieu a permis ce déicide, parce qu'il voulait glorifier Jésus-Christ. « Pensez-vous , disait-il « lui-môme à ceux qui voulaient arrêter ce crime, que (( je ne puisse pas prier mon Père, et il m'enverrait douze « légions d'Anges? Comment donc s'accompliraient les « Écritures, qui déclarent qu'il en doit être ainsi ' ? »

(( 0 insensés et de cœurs lents à croire, nous répond « encore Jésus- Christ, ne fallait-il pas que le Christ souf- « frît ces choses et entrât ainsi dans sa gloire*'^ »

La gloire du Christ, et, [ar cette gloire, la gloire do Dieu et celle des élus, tel est donc le dessein qui domine le crime des Juifs, et dont ce crime, libre en soi, n'était que l'instrument aveugle.

Or, ce môme dessein ne dominait pas moins le crime d'Adam, qui est le crime des Juifs dans son principe. De ce crime originel on ]:)eut dire aussi que Dieu aurait pu envoyer ses Anges pour l'ompôcher^ mais ([u'il l'a

« ne fiU nô dans ie faiondë, si Adam n'eût péché et no nous oiU « cnthilnés dans sa perle. Ce rpii est le plus vrai et. le plus comnniu « sentiment des tlniologicns. » {Cuinincul. In Ejnat. ad liuniunus, cap. V, M.)

' Mallh., x*vi, éa.

' Luc, xijv, 55.

permis pour r«iccomplissenient du dessein qu'il avait dos lors de se communiquer aux hommes, en la maniè^e et pour le but universel de l'Incarnalion.

Ce dessein n'était pas moins antérieur au crime d'Adam qu'à celui des Juifs ; car les desseins de Dieu n'ont pas de date. Il y a plus, ce dessein, nous dit la science sacrée, était communiqué dès avant la chute à Ad4m lui-même, et, avant Adam, aux Anges, et non-seulement commmnqué, mais réalisé en eux par ses eifets. L'Agneau, nous dit saint Jean, a été immolé dès l'origine du monde * . Avant son péché, dit l'Ange de l'École, Adam eut la foi explicite de l'Incarnation du Christ (moins la connaissance de son péché, qui lui fut cachée) comme moyen unique de parvenir à la dernière béatitude de la gloire*. — Ce moyen unique dut, par la inôme raison, être proposé à la foi des Anges, qui n'auraient pu autrement être créés dans la grâce et constitués dans la gloire. lia fallu, an encore saint Thomas, que le mystère de V Incarnation leur fût révélé à tous en commun dès le moment de leur création, et ce que les Prophètes ont connu plus tard de la grâce dut être communiqué aux Anges d'une manière plus excellente encore '.

Le dessein de l'Incarnation, comme plan universel de glorification, domine ainsi l'événement de lu chute et dépasse celui de la Rédemption, tout en s'y adaptant comme à son mode.

* Apocal., XIII, 8.

^ Ante peccatum, Adam habuit fidem explicitam de Chri&ti Incarnatione, prout ordinabalur ad coiisummationem gloria;. (it, 2 d., q. 2, a. 7.)

» Oportuit dé mysterio Incarnationis omnes A principio communiter edoccri. Quidquld prophetu) cognovei-uut per divijuim revelatlonem de mysterio gratiœ, multo cxcellCûUus est angelis revelatum. (I, p. q. 09, a. 5, àd 2 et 3.}

L'Incarnation, sans doute, eu égard à la chute, a eu pour objet la Rédemption, comme sa fin prochaine, et c'est pourquoi elle a revêtu un mode expiatoire et douloureux; mais, eu égard à la création, elle a eu pour objet la gloire de Dieu, de Jésus-Christ et des élus, et c'est là sa fin finale, dont son caractère expiatoire n'a été qu'un mode passager. De là cette juste réflexion de Suarez: « Il y a cette différence entre llncarnation et « la Passion, que l'Incarnation a été par soi aimable (( comme fin de toutes les œuvres de Dieu; tandis que « la Passion, la mort de Jésus-Christ n'a pas été par soi « aimable, mais seulement comme remède pour la ré- « demption du péché'. »

Aussi l'Incarnation, dans son caractère glorieux, estelle éternellement permanente en Jésus-Christ, comme fin de la création ; tandis que, dans son caractère douloureux, elle n'a été que transitoire. Il fallait que le Christ souffrît, mais qu'ams* (ita) il entrât dans sa gloire. Il a bu en passant {in via) du torrent, mais ensuite {propterea) il a levé la tôte.

On le voit, l'Incarnation ne trouve pas sa fin absolue, mais son passage, en quelque sorte, dans la Rédemption ; sa fin absolue est au delà, dans la gloire de Jésus- Christ et des élus, qui embrasse la création tout entière. — C'est là le Plan divin.

Pour nous hommes, qui sommes avant tout captifs do la damnation, ce plan paraît se resserrer entre la chute et la Rédemption : c'est là le plan humain do l'Incarnation, que j'appellerai, pour le distinguer, le plan mineur.

' Hoc (lilTort. iiiter Incarnationcm pt Passimioni, qund liunniaiio fnil |)or so anuihilis laii(|uarti finis alioriim «iiuMimi l)oi : Passiu vcro son mors non i)er se ainabilis fuil, sod soluni ul romediiiin ad redemptioncm peccati. (Quœst. I, art. iv, seci. 3.

Mais ce plan mineur, parfaitement complet en soi, est inscrit dans le plan majeur de la création, où ce qui est raison devient occasion, et ce qui est fin de\ient moyen, par rapport à la raison première et au but final des choses.

L'Incarnation peut donc être envisagée dans une double fin, dans la fin de nous racheter du péché originel et de nous sauver de la damnation : c'est là sa fin prochaine, celle qui nous affecte immédiatement, parce qu'elle ne regarde que la famille humaine. Nous en étudierons bientôt le touchant mystère.

La seconde fin de l'Incarnation est universelle ; elle atteint la création dans son tout, en lui donnant une valeur infinie devant Dieu, et en l'élevant en Jésus-Christ à une destinée de gloire dont le dessein l'a précédée et déterminée.

L'homme participe à ces deux fins : à la première, comme pécheur; à la seconde, comme créature. Les autres créatures supérieures ne participent qu'à la seconde fin, n'ayant pas eu besoin d'être rachetées.

Ces deux fins sont inscrites l'une dans l'autre et relèvent du môme chef. Le centre est le môme ; la circonférence de l'une est seulement plus étendue que celle de l'autre. La plus immédiate ne comprend que le monde adamique. La plus étendue comprend le monde adamique et le monde universel des élus. Au centre commun est l'Agneau immolé, le Christ, Sauveur et Seigneur : Sauveur de tout ce qui est sauvé, dit saint Irénée, et Seigneur de toutes qui est sous le domaine de Dieu, Dieu luimême de tout ce qui est créé * . Et « de tous les points de la

' Ipse Salvator eorum quee salvantur, et Dominus eorum qui sunt sub dorainio, et Deus eorum quae constituta sunt. (Ap. S. Ireu., lib. IV, cap. XVI, n. 7.)

120 LÎYRÈ I, CHAPITRE V.

« création, dos voix innombrables partant dli ciel, dé la (( terre, de dessous la terre, de \â nier et dB tout ce qui « existe dans leurs espaces, toutes d'une grande voix « chantent : (i L'Agneau qui a été Immolé est digne dé <( recevoir la puissance et la divinité, et la sagesse et la « force, et l'honneur et la gloire, et la bénédiction. A « celui qui est assis sur le trône, et à l'Agneau, béné- « diction, et hoimeur, et gloire, et puissance à jamais « dans les siècles des siècles * ! »

Et dans les intermèdes de ce chœur général de voix innombrables de la création, un chœur particulier de voix humaines , partant du pied du trôhe de l'Agheau dont ces élus de la terre portent le nom*, comme ayant passé avec lui par les souf^ranccs^ redit avec un accent inoiiis enthousiaste, mais plus éfflu et plus familiéf :

« Béni soit Dieu, Père de Notre-SeigneUt* Jésus- « Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spii'i- (( tuelle pour les cieux, dans le Christ. -^ Ainsi qu'il « nous a élus eh lui avant la constitution dit monde, dans « son amour, afui que tious fussions Saints en sa pfé- « sence ; — nous ayant prédestinés, selon le décret de « sa volonté, poUt" rendre ses enfants adoplifs par « Jésus-Christ; — poui- la glorification de sa grâce, (( qu'il a répandue sur ilous par son Fils bien-aimé; — « en ipii nous avons la Rédemption par son sang, et la « rémision des pécliés selon la richesse de sa grâce, — « qu'il a fait surabonder en nous en toute sagesse et (( intelligence; — pour nous faire coimnaîti'e le mys^ « tèro de sa volonté selon que, dans son boii plaisir, ii

' Apocal., V, 12.

* Ibld. XIV, 1. llabôiites iiomcii ojiis. {Chrétiens.)

* Luc, lii, 28. — Qui pcrmaUslijtis mecuiii ia IdlttatldiiibUS mois.

« amùrémfu en liii-inôilie de récapituler dam Véconomie <( de la plénitude des temps toutes choses, dans le Christ tant « celles qui sont au ciel que celles qui sont sur la ten-e ■ — en « lui en qui nous avons été aiJ|)elés à l'Ilël-itage/selOn « son décret qni opèi'e toutes choses suivant le conseil « de sa volonté, afin que nous fussions à Id gloil-e du « Clirist un sujet de louanges* ! »

§ JII.

Perfection du Plan divin,

La raison respectueuse et droite, qui est la seule que nous ayons souci de satisfaire et que nous désirons exer. cor, frai^pée de la belle ordonnance du Plan qUd iious venons do lui exposer, nous demande de le déf^'a-^er d'une difficulté qui empêche d'y voir cette perfection souvet-aine, qui est le cachet divin.

Elle nous dit :

Dieu a dû se proposer la plus grande perfection dans une œuvre qui avait pouf fin sa propre union avec son ouvrage. La chute est un mal. Le monde déchu ne répond pas à cette idée de perfection que Dieu a dû se proposer. D'après cela, on comprend bien que Dieu ait prévu la chute en créant le monde, ou plutôt on ne comprendrait pas qu'il ne l'eût pas prévue; on comprend bien encore qu'il l'ait permise, comme conséquence de la liberté et de la responsabilité constitutives de la nature humaine, à laquelle il réservait d'ailleurs un réparateur : mais ce qu'on comprend bien moins, c'est qu il l'ait permise d priori, comme occasion déterminante de tout le Plan de la création.

' Ad Ephes., i, 3-1^.

Pour le comprendre, il faudrait que le Plan général de Dieu gagnât à la chute, je veux dire fût plus parfait avec la chute que sans la chute. Or, comment la chute, qui est un mal, a-t-elle pu profiter à la perfection du Plan de Dieu?

Sans doute, la chute a donné lieu à l'Incarnation, qui est cette perfection que Dieu a eue en vue dans son ouvrage. Mais l'Incarnation ne pouvait-elle avoir lieu sans la chute?

Telle est la difficulté.

Je réponds d'abord :

L'Incarnation pouvait avoir lieu sans la chute; mais, sans la chute, elle eût été moins glorieuse pour Dieu, pour Jésus-Christ, pour le monde. Cette fin des œuvres de Dieu atteint sa plus haute perfection dans la condition de la chute, et justifie dès lors la permission de celle-ci en vue de cette fin.

Je dis toujours la permission, parce que la chute n'est pas le fait de Dieu, qui, pour un plus grand bien nièrae, ne fait jamais le mal ; mais, ce qui est bien différent, il le permet en le prévoyant; et cette permission n'affecte en rien la liberté de l'homme, la laisse au contraire suivre son cours.

Maintenant, que l'union personnelle de Dieu avec son ouvrage, que l'Incarnation, fin suprême de la création, ait trouvé un mode plus parfait dans la chute que dans l'innocence, c'est ce (pi'on ne saurait trop, je ne dis |)as reconnaître, mais admirer.

Quel plus grand amour, eu elVet, n'y a-t-il pas eu de la ])art (\o Dieu à venir nous chercher dans notre ruine? (luolle phis grande puissance et plus grande gloire à nous en retirer? Que DieusefiM uni à la nature iuimaine heureuse et qu'il l'eût préservée delà déchéance, c'eût été un grand témoignage d'amour sans doute; mais on

peut en concevoir un plus grand encore, après lequel on ne conçoit plus rien, et c'est ce bon Sauveur luimême qui nous le fait entendre par cette toucliante parole : « Nul ne peut avoir un plus grand amour que « l'amour de celui qui donne sa vie pour ses amis' : » et par cette autre : <( Dieu a tant aimé le monde, qu'il « lui a donné son Fils unique* ! » Et ce n'est pas seulement l'amour, mais la puissance, la sagesse, la justice, la sainteté, la gloire de Dieu, qui éclatent adorablement sur la croix de Jésus-Christ en raison de la chute, et qui font du monde déchu un ciel, pour lequel les Anges eux-mêmes quittent les splendeurs de la gloire et se pressent autour de nos autels.

Et cette communication de Dieu en Jésus-Christ, plus parfaite, plus surabondante en l'état de chute, passe à ses membres, à tous les élus, dont la vertu puise, dans cette condition de lutte où la déchéance les a jetés, un sujet de grandeur et de triomphe infiniment plus glorieux pour eux, pour Jésus-Christ, pour Dieu, que ne l'eût été l'état premier d'innocence ; ce qui a fait dire au divin Maître qu'il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dixneuf justes qui persévèrent *.

Par là se trouve résolu le grand problème que la

théodicée s'est toujours posé, et où elle s'est toujours

perdue, à savoir : dans la multitude innombrable des

I mondes que Dieu pouvait créer, quelle est la raison du

[choix qu'il a fait de celui qui existe ?

Pour bien faire comprendre ce problème et sa solution, j'aurai recours à une comparaison empruntée à la 1 géométrie.

' Joan., XV, 13.

■ Ibid., in, la.

* Luc, XV, 7.

130 LIVRE I, CHAPJTRK V.

C'est unq vérité de cette science qu'un polygone étant inscrit dans un cercle, plus on multiplie les côtés de ce polygone, plus il se rapproche du cercle, sans jamais pouvoir arriver à se confondre avec lui; et cela à l'infini.

Le cercle représente la perfection divine, les polygones inscrits représentent les divers mondes que Dieu pouvait créer. Maintenant, entre tous ces polygones ou mondes innombrables dans leur possibilité, et se rapprochant tous du cercle ou de la perfection, sans jamais l'atteindre, quelle raison a eue Dieu de choisir l'un plutôt que l'autre, à partir du monde le plus imparfait qui est comme le triangle dans l'ordre des polygones?

Voici la belle solution que nous fournit la foi.

Dieu ne créera pas un monde parfait, lui seul peut l'être ; mais il créera un monde perfectible, en le douant du grand ressort de la liberté morale, qui, appuyée de la grâce, le fera tendre et se déployer indéfiniment vers la divine perfection.

Et alors le point de départ de ce développement sera d'autant plus favorable à la gloire de ce monde, à la gloir-e de son agent, à la gloire de son auteur, qu'il sera plus loin de la perfection, et que de ce degré inférieur, que je comparerai au triangle, il s'élèvera et se déploiera dans le cercle et vers le cercle de la perfection divine, è l'infini.

Ainsi Dieu, en permettant que le monde qu'il avail créé dans un étal de perfection supérieure, mais perfectible encore, déchût de cet état dans l'état d'iraperfe(ttion où nous sommes, mais pour, parlant de ce dernier état, remonter et s'élevor à un degré de perfection supérieur au premier, a agi pour sa plus grande t?loiro, pour la plus grnndo gloire de l'auteur do noire

UNITS DU PLAîf piVIN. 131

glote'*''''"^'"''"*' '^''"'■^^'"'*' P«»f "Qtre plus graii4e

Dire à l'homme sortant des mains de pieu, mais à

toute la distance qui sépare l'argile du potier : Souez

parfait comme voire Père céleste est parfait, était une

dcstniee glorieuse, sans doute ; mais combien plus à ce

même homme déchu, brisé, réprouvé I combien plus

glorieux de réaliser en lui cette perfection infinie et

«1 en fairp unvase d'élection en qui Dieu fait briller sa giOH'e I . t . .jw

Telle est la grande n^erveiUe qui nous apparaît en Jesus-Chnst et dans ses membres, les élus, en vue de qui Dieu a créé toutes choses; telle est la belle vocation du chrétien, si bien représentée par saint Paul, lorsqu'il dit : « Non que déjà j'aie atteint le but, ou que déià ie «sens parfait; mais je poursuis, pour atteindre ce à « quoi j ai ete destiné parle Seigneur Jésus. Frères ie f< no pense pas l'avoir atteint; mais seulement, oubliant « ce qui est en arrière et m'étendant à ce qui est de- « vaut, je tends au terme, au prix de la haute vocation « de Dieu dans le Christ Jésus '. »

Qui douterait de cette vérité, de cette plus grande perfection du Plan divin, en raison de sa chute fl'hu mande tout entière, répondant à sa vocation à' l'nt n-

Chrisf, tendait et arrivait, comme saint Paul, au but glorieux de sa destinée? Qu'il serait beau de vo rîo Cie ei^porte de haute lutte par tous les enfants d'Adam

de hl cSil ! "' '^''*''^' ^""^ ''"' '^^"'"^ '''''''^''

conirf oT ^"''î "^"'^^ ^'' ' ^^' ^^P'-^^^és ^^'on s'élève contie cette conclusion. Comme si les réprouvés n'é-

' Ad Philip., m, 13, 14.

talent pas des réprouvés volontaires ! comme si ce n'était pas eux qui se réprouvent en réprouvant Dieul comme si la liberté, par laquelle ils se blessent euxmêmes, n'était pas un bienfait de Dieu ! comme si, pour l'abus qu'ils devaient en faire, Dieu devait priver les élus du saint usage qu'ils en font ! comme si enfin, la liberté ne pouvant se concevoir sans impliquer le choix du bien et du mal, l'alternative par conséquent du bonheur ou du malheur, reprocher ce malheur à Dieu, ce n'était pas lui reprocher ce bonheur , non-seulement dans les élus qui le recueillent, mais dans les réprouvés eux-mêmes qui pouvaient le recueillir, et dans l'intention de Dieu qui y appelait les uns et les autres ! <( Que « pouvait de plus en notre faveur la puissance divine « elle-même? Pouvait-elle mettre de la contradiction « dans notre nature, et donner le prix d'avoir bien fait, « à qui n'eût pas eu le pouvoir de mal faire ? Non, Dieu « de mon âme, je ne te reprocherai jamais de l'avoir « faite à ton image, afin que je pusse être, en quelque « sorte, libre, bon et heureux comme toi M »

Les réprouvés ne sont, dans cette vue générale, que ce que sont les morts d'une bataille où l'iionneur du drapeau a été sauvé, élevé môme à une gloire incomparable. Ce drapeau, c'est le drapeau de la liberté morale, dont la cause est celle de tous les êtres intelligents ; cette bataille, c'est le grand assaut du Royaume de Dieu, que les intrépides emportent sur les pas du Christ victorieux.

' J.-J. Uousscau.

Page 1