CHUTE ET RÉDEMPTION
choquant dans le mystère de la Chute et dans celui de la Rédemption pris séparément, disparaîtra dans la vue de ce rapport qui les unit, qui fait des ombres de l'un les lumières de l'autre, et de tous les deux le plus harmonieux dessein.
Dans l'opinion commune, ces deux mystères ne sont pas assez associés dans une seule vue. Cela tient à ce qu'on ne les considère que dans un rapport d'événement, et non dans un rapport de dessein. La Rédemption ne venant alors qu'après la Chute, celle-ci apparaît un moment sans la Rédemption, Mais, dans la vérité du dessein de Dieu, la Chute et la Rédemption raarchen ensemble, et sont dans une mutuelle dépendance. La Rédemption précède même la Chute dans le dessein comme elle la suit dans l'événement. Non-seulement, en effet, la Rédemption vient réparer la Chute, mais la Chute est permise pour donner lieu à la Rédemption, comme à un état plus parfait que celui que la Chute nous a fait perdre. Non que Dieu l'ait voulue ; il a voulu, au contraire, en mettant la liberté du premier homme à l'épreuve, lui ménager la gloire d'en triompher ; mais il a permis en môme temps qu'il succombai, pour faire de sa chute et du châtiment qu'elle entraîne une épreuve plus grande, mais assortie aussi d'un plus puissant secours, et couronnée d'un plus glorieux triomphe.
I On commet deux erreurs dans le jugement qu'on porte sur la condition humaine : l'erreur philosophique, et l'erreur protestante . L'erreur philosophique, c'est de n'y voir (pi'un état naturel d'épreuve, sans caractère de châtiment . L'erreur protestante, c'est de n'y voir qu'un état de châtiment, sans caractère d'épreuve . La vérité catholique nous y fait voir un état de châtiment heureu- S(*nient transformé en état d'épreuve.
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A ce point de vue, toutes le^ objections qu'on élève contre la chute sont écartées, ou retombent sur ceux qui les font. Qu'objectez- vous? peut-on leur dire ; que le premier homme ait été exposé à une épreuve à laquelle Dieu savait qu'il succomberait, et qu'il ait été dès lors voué à la damnation en étant appelé à la vie? Vous êtes dans l'erreur; vous scindez le des>ein de Dieu. Le premier homme, en étant condamné pour une laute qui, pour être prévue et permise par Dieu, n'en était pas moins volontaire, a été assujetti à une nouvelle épreuve, de laquelle il a glorieusement triomphé. Le premier homme n'est tombé du paradis terrestre que pour se relever au ciel. Le premier homme est monté, en définitive, plutôt qu'il n'est tombé ; et c'est à Dieu qu'il doit la félicité première qu'il a perdue, et la félicité dernière dont il j<mit, — Do quoi vous plaignezvous encore ? que tous les hommes aient été condamnés en Adam, et que nous souffrions tous pour la faute d'un seul? On a répondu, on peut répondre beaucoup do choses profondes et admirables à cette objection ; mais, pour la confondre, il n'est besoin que do rectifier le fait. La race humaine n'a pas été condamnée autrement que son cbof . Pour elle comme pour lui cette condamnation est une épreuve pénitentiaire, non-scuicmont réparatrice, mais glorieuse, dont les vain(iueurs remercient Dieu plus qu'ils ne l'eussent fait de son exemption. La chute n'est pas consommée, la lice est ouverte, agrandie: si le premier Adam vous y a fait descendre, le second Adara, le Clirist, vous y fait monter, vous y soutient, vous y excite, vous y couronne. Il n'y a que la lûchelé({ui peut voir une délaite dans le combat : il ne lient qn'h vous d'y voir la victoire.
Ku ce sens on peut dire que nous sommes auluni itialiros (h^ notre destinée que si nous n'étions pas uh
CHUTE ET RÉDEMfTÎÔN. \1^
d'Adam, on fjiïô s'il ne nous avait pas transmis sa faute. Nous [)ouvons répudier son héritage et prétendre à celui du ciel. Nous pouvons revenir sur cette naissance et la changer contre une nieill-ure . Nous pouvons renaître. C'est ce que le Christ disait au pharisien Nicodème dans ce secret entretien qu'il eut avec lui pendant la nuit. ^ quoi le Pharisien répondit : « Comment peut naître « un homme qui est déjà vieux? Peut-il rentrer une « seconde fois dans le Sein de sa mère, dou»* naître de « nouveau? Comment ci'la peut-il se faire? — Quoi! « vous èles maître enisraèl, lui dit Jésus, et vous igno- « rez ces choses ? » Et le divin Maître lui expliquait comment, nés de la chair d'Adam, nous pouvons renaître le l'esprit de Dieu' . Glorieux pouvoir que le Christ, nouvel Adam, est venu apporter à tous ceux qui le reçoivent, ^e devenir enfants de Dieu comme lui, de naître, non Id'Adam coupable, non même d'Adam innocent, mais, privilège que n'avait pas celui-ci et qui domine tous ceux qu'il avait, de Dieu même . « Et tous ceux qui sont « nés de Dieu, dit saint Jean, sont vainqueurs^, et les « vainqueurs s'assoiront avec le Christ sur le trône de (( Dieu^ Mais, pour ce qui est des lâches, des incré- « dules, des exécrables, des homicides, des fornicateurs, t( des empoisonneurs, des idolâtres et de tous les men- :< teurs, leur partage sera dans l'étang brûlant de feu M et de soufre, qui est la seconde mort\ »
C'est cette seconde mort, cette seconde chute éternelle, qui est la vraie mort, qui est la vraie chute; et elle-là nous est personnelle: il est en notre plein pouvoir de l'éviter.
! • Joau., m.
• Épître I, cil. V, 4.
Apocalypse, iii, 21, ' Ibid.. XXI. 8.
C'est ainsi que la Rédemption tempère la Chute ; plus que cela, qu'elle se combine avec elle pour nous faire un destin meilleur que celui que nous avons perdu, et cela non-seulement par l'événement, mais par le dessein de Dieu qui, en permettant la chute, s'est proposé de faire éclater sa plus grande bonté dans notre plus profonde misère.
Tel est le Plan de la Rédemption.
Il nous faut voir maintenant avec quel art divin il a été rempli par l'Incarnation du Verbe : et, dans l'économie de cette œuvre, il nous faut plus particulièrement considérer la haute importance, la merveilleuse convenance du ministère de la femme, de Marie.
Mais il faut y préluder par la vue des conditions morales de ce mystère.
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