CHAPITRE II
CONDITIONS MORALES DE l'iNCARNATION.
L'Incariialion du Verbe vient s'adaptera la condition humaine, pour la relever de la chute et l'élever à la condition divine, par un ensemble de rapports dont aucun ne sera compris, si on n'y tient constamment compte de quatre éléments moraux dont la combinaison inspire tout le système. Nous devons les faire remarquer avant de les montrer en exercice.
Ces quatre éléments moraux sont, du côté de Dieu, amour et respect pour Thomme ; et du côté de l'iiomme, misère et grandeur, objets de cet amour et de ce respect de Dieu.
Ces quatre éléments sont tellement essentiels au Christianisme, y sont tellement en jeu, que, selon les dispositions qu'on a pour eux, on est croyant ou incrédule.
Le premier d'abonl, l'auiour de Dieu, qui implique les autres, suffirait à lui seul, bien compris, bien admis, pour déterminer la foi à tous nos mystères.
Leur suprême raison, eu effet, est celle-ci, donnée par Jésus-Christ lui-même : Sic Deus dilexit mundum C T suum Filium unigenilum daret ' / Dieu a TASTaiiné le monde qu'il lui a donné son Fils unique! Croire à un tel amour, c'est croire au Christianisme qui en est l'opération, qui est cet amour même. Aussi, le Disciple bien aimé ne donne pas à la foi d'autre objet de défmition : u Et nous.
' Juan., m, 16.
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« dit-il, nous avons connu et cru l'amour que Dieu a « pour nous. Dieu est amour •. »
Cette vérité a été expérimentée par une grande et belle âme, la princesse Palatine, digne d'être louée par Bossuet. Elle était si loin de la foi, que « c'eût été pour « moi, dit-elle, le plus grand des miracles de me faire « croire fermement le Christianisme. » Ce plus grand des miracles se fit en elle cependant, et comment? par quel jour la foi entra-t-elle dans cette àme (jui lui était si fermée? « Depuis qu'il plut à Dieu, dit-elle, de me « mettre dans le cœur que son amour est la cause de (( tout ce que nous croyons, cette réponse me persuada « plus que tous les livres... Il est bien croyable, en effet, (( qu'un Dieu, qui aime infiniment, en donne des preua ves proportionnées à l'infinité de son amour, et à l'in- « finité de sa puissance, qui passe de bien loin la capa- « cité de notre faible raison*... » C'est là la clef.
Le second élément moral de l'Incarnation, c'est le respect de Dieu pour l'homme. Il se trouve déjà dans le premier; car dans l'amour véritable entre le respect. Aussi Dieu en fait profession, si j'ose ainsi dire, à notre égard, et c'est surtout dans le Christianisme qu*apj)ai;iît. la vérité de cette belle parole (jne nous avons déj'i ;.itoi' : Cum mayna reverentia disponis nos. « Vous non;? traitez avec un grand respect*, n Toute l'économie du Chr' • lianisme et de la religion, depuis l'origine du moi consiste, en effet, à gagner riiommo, à l'attirer librement, à s'en faire aimer. L'amoui' veut l'amour, ([ui est ossentiellement libre, puisqu'il est le don de soi. Dieu