CHAPITRE IV
ÉCONOMIE DE l/lNCARNATION POUR RAPPELER l'hOMME AL'X CHOSES INVISIBLES PAR l'N PROCEDE VISIBLE. — MINISTÈRE DE MARIE SOLS CE PREMIER RAPPORT.
L'homme est un esprit incarné. En lui nous voyons une première et prodigieuse parenté entre l'esprit et la chair : on pourrait môme presque dire entre Dieu et la chair, car l'esprit de l'homme est à l'image de Dieu. Môme dans la nature première et intègre de l'homme, le mystère de l'Incarnation trouvait donc une analogie.
L'homme n'était du reste lui-môme (jue l'expression la plus avancée et la plus sublime d'un système universel d'incorporation des choses invisibles dans les choses visibles, qui est ce monde au milieu duquel il était placé, où le céleste et le terrestre, l'idéal et le sensible, le moral et lo physique se correspondent par un ajustement merveilleux, comme dit saint Paul, pour qiie d'invisil)les les choses nous devinssent visibles, aptafa esse sœciila verbo Dei, ut ex invisibilibus visibilia fièrent* : système naturel qui prépare tellement à l'idée d'incarnation divine, qu'il faut s'en défendre pour ne pas l'y voir déjà, et que ceux qui n'ont pas connu ou voulu reconnaître la véritable Incarnation personnelle du Verbe dans le Christ, ont embrassé la monstrueuse incarnation de la Divinité dans le monde avec tous ses éléments, et dans l'humanité avec tous ses crimes, le Panthéisme.
Mais si telle était la condition de l'homme avant sa chute, alors que toutes les puissances de son esprit do-
' A.l Ilpl.r.. XI. 3.
minaient celles de son corps et de la nature, et plongeaient dans celles de la Divinité, quelle ne dut pas être cette dépendance des choses sensibles, alors que, par sa révolte, son esprit, précipité dans la chair comme dans un tombeau, selon l'expression d'un ancien, a eu rompu avec le monde invisible, et s'est abîmé dans les sens!
Hugues de Saint-Victor a caractérisé supérieurement cette grande révolution. « Il j avait trois choses, dit-il, le corps, l'esprit et Dieu. Le corps, c'était le monde ; l'esprit, c'était l'àme, et cette àme était placée comme dansun certain milieu ayant au dehors de soi le monde, et au dedans de soi Dieu; et il lui avait été donné un œil par lequel elle voyait le monde au dehors d'elle et toutes les choses qui étaient dans le monde, c'était l'œil de la chair. Un autre œil lui avait été donné, pailequel elle se verrait elle-même et les clioses qui étaient en elle, et c'était l'œil de la raison. Un autre œil encore lui avait été donné par lequel au dedans d'ellemême elle verrait Dieu et les choses qui étaient en Dieu, et c'était l'œil de la contemplation. Tant que l'àme a eu ces yeux ouverts et sereins, elle a vu clair et discerné nettement dans les trois régions, sensible, intellectuelle et divine. Mais après que les ténèbres (kl péché ont eu lait invasion en elle, l'œil de la contemplali(uj a été éteint, elle n'a plus jni rien voii' de ce côté : r(eil de la raison est devenu voilé et n'a pu voir désormais qucdans un jour douteux. Le seul œil ( (|ui n'a pas été éteint, qui est demeuré en jouissance ( de toute sa clarté, c'est I'omI de la chair.... De là vient ( (jue les cceurs des honuuos inclinent bien plus volontiers vers les choses (jui se perçoivent par l'œil de In chair, (jue vers celles que la pointe de l'esprit et le sens rulionel atteignent à peine, parce que dans ces choses sensibles il ne saurait y avoir de doute ni de
ÉCONOMIE DE L'ixcaRXATIOV J gg
corps ,1 ne fait (lu'enlrevoir Ips choses de IVsnrit • il « ne v(„t pas les choses de Dieu. La foi a .tac té a, " '''fl'<' P»»^ 'm soient crues les choses ,r, e pê,"
Le goût des choses sensibles, accru de l'allinhlisse
V sihle au heu de le .■amouor à son Auteur, l'en éloi-uai aient' rcf"'""'- •--'"'■'"-« 0" divini, " Se ^
« incon-n,S , • ""' '■''"'K'' '"«'"''•e d" Dieu
< ible «Th " ''' '■'^'^^«'"Wance de l'homme corrup- « ble et des oiseaux, et des quadrupèdes et des ren We disait saint Paul; ils onttransLmé la vtitéde"
u< u luLieateur. C est pourquoi Dieu les a livrée'. Ha« "l 'pose leÏÏdej;, !;?'""' ™""'^ ""'"" <"»' '''^■•'^'^e
comme c'est une loi invariable de la justice que la
' f)o Sacranipntis, lib. i, p. ,o, ^ „ ■' Kpist. ad Rom., c. i. S'.i-ia. •-
faute soit à elle-même son châtiment, il a voulu, par un art ingénieux de sa divine clémence, que la maladie devînt à elle-même son remède ; que ce en quoi nous étions tombés nous servît de prise pour nous relever ; et que, des choses invisibles passés aux choses sensibles, ce fussent les choses sensibles cjui nous fissent repasser aux invisibles.
« Procédé divinement industrieux ! suprême convo- « nance ! dit excellemment Thomassin. En sévissant « contre la maladie, il l'eût aigrie; en s'y prêtant, il la « charme. Il rappelle notre sens errant, en le prenant (( par sa propre erreur ; il se rend maître de la maladie (( par la maladie, et dans le mensonge il insère la vérité. « Au faux dieu matériel que rêvait i)artout l'humanité, « il oppose le vrai Dieu fait chair ; et il fait que ce qui « était délire soit prédiction. L'esprit humain ne pou- « vait se passer ni de l'idée de Dieu, ni de l'idée de corps; <( c'est-à-dire qu'il ne pouvait ne pas être pernicieuse- « ment lialluciné. Dieu; s'accommodant miséricordieu- « sèment à lui, lui fait trouver le vrai Dieu dans un « corps, et un vrai corps dans ce Dieu, pour qu'après « cela il ne puisse plus être lialluciné. L'iiomme était « courbé vers les choses sensibles, et c'était là son mal ; « Dieu se mêle parmi ces choses sensibles, pour (pie « l'homme le heurte en quelque sorte malgré lui, le « trouve partout à sa rencontre, et que, corporel, mais '( vrai Dieu cepeiKhint, il se fasse recevoir*. »
li'homme, qu'on nous pernielle d'ajouter celte comparaison, semblable à un infidèle é|)oux détourné des purs et saints attraits de la Beauté divine pai- les grossières séductions des créatures, était livré à celles-ci connue à d'indignes courtisanes. l>ans son amour et sa
' !)(' Iiii'iirnal. X'ci-lii, lili. I. c. v, i; xii.
ÉCONOMIE Dlî I.'rNCAENATION. |9|
co,,i,,as.i,on pour lui, la Bcuulé divine descend se méor a ses nvales, et, usant de leurs atours, pour elle seule lépfmes et qu'elle purifle et embellit en les revêtant elle se fait préférer par l'infidèle, et le ramène à elle v^v eetto miséricordieuse séduction.
Ainsi, en se faisant homme, le Verbe étemel a rompu le charme qui asservissait l'humanité à de sacrilèges erreu^. Aucune n'a pu tenir à cette comparaison avec la Vente môme. « Admirateurs enchantés de la nature dit « saint Athanase, les hommes l'ont vue protester e'ile- « même par son obéissance que le Christ en était le Sou- « veram Seigneur. Charmés dans la contemplation ,1e <. leurs semblables, jusqu'à voir en quelques-uns des » dmmtes le Christ leur a apparu seul eiUre tous. Sa,, « veur et Fils de Dieu, par des actions merveilleuses dont « aucun mortel n'approcha jamais. A.tificieusement se .. duits parles démons auxquels ils avaient v„u ,n « ™ te, ,1s les ont vus fuir, et ont atissitfll reconnu „ " « celu, qui leur commandait était le se,d Verbe de D,e„ « et que ces esprits de mensonge étaient dépourvus ..e « d,vm,te Attachés par un culte d'ad.niration i> la r.è - n,o,re des ,no.-ts illustres, les i.lolàtrant comme des '. héros descendus des dieu.v, selon les fictions ■' >- ,r' .. poètes, la résurrection du Sauveur est ve^ue ,,:»;:.■ ? <■ leu,. .ve„.x, et lesconvaincr^e de la fausseté n,'"" « ve,,t,ons, et que lui seul, vainqueur de la moit étà t « le D,eu véritable'. » "'o'i, eiait
Ainsi, la merveilleuse ii,te,-vention ,1e la Vé,-ito ,livine incarnée a mis en déroute toutes les erreurs à,,i , se usaient le mon.ie, en a purgé à jamais te,"e e ; fixe ,lans son Eglise la pu,-e lumière dont nous ou ssol R.en „ est beau, rien ne donne une idée de aTome-'
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iiearnaliono A'oriji.
Puissance divine et de la présence de la Vérité môme, comme cette grande défaite de l'idolâtrie et de toutes les superstitions de l'univers, qui, depuis quatre mille ans, avaient tenu contre toute la sagesse des philosophes, tous les instincts honnêtes de la nature, toute l'autorité de la primitive tradition ; qui n'avaient fait que s'accumuler et se renforcer, jusqu'à outrager la lumière de monstruosités que les ténèbres mêmes ne connaissent plus, et qui soudain, à la seule présence de Jésus-Christ, entrent dans une fuite honteuse, et disparaissent à jamais en proclamant sa Divinité.
Telle est, dans la conception et dans l'événement, la merveilleuse sagesse de l'Incarnation du Verbe.
Mais son économie réclame une plus complète exposition.
Dès la chute de l'homme, le besoin de l'Incarnation commença à se faire sentir, et ne fit que s'accroître jusqu'à cette plénitude des temps où elle s'opéra dans le soin de Marie.
Mais le Fils de Dieu n'avait pas attendu cette époque pour s'annoncer par des préludes d'incarnation qui retenaient en i)artie l'humanité sur le penchant do l'abînK^ d'où l'Incarnation véritable devait la retirer.
Ainsi le langage de Dieu dans les saintes Écritures, en ce que ce langage a d'iuuiiain, est considéré par tous les Pères comme une sorte d'incarnation anticipée du Verbe par l'écriture et par la voix. A peine Adam eut-il péché : Adam, où es-tu? lui dit Dieu. Ce n'est pas que Dieu ne siM où il étail ; mais, pour se melire en rapport avec l'homme, il s'humanisait dès lors, par la paroU», comme il conlinua à le faire dans les saintes Kcrilures et dans les divines coiniiiunications que nous y voyons. Il inlerrog<', il s'apitoii», il s<» c(nii-ronco, il st> j-epeiil, il l'ail
ÉCONOMIE DE l'iNCARNATION. 193
serment : en un mot, il épouse tous les sentiments de notre nature, dans toutes ces métapliores, ces allégories et ces paraboles des Livres saints, sorte d'incarnation duYerije, dont la lettre est comme le corps, le sentiment comme l'àme, et le sens (jui y est contenu comme la divinité.
Ce n'est pas que nous mettions en Dieu les passions humaines. « Nous en sommes si loin, dit Arnobe, que « nous ne lui attribuons pas môme ce qu'il y a de plus « beau dans les esprits, et môme les vertus'. » Et, en effet, adversaires déclarés de toute composition en Dieu, les anciens docteurs ont porté sa notion a un si haut degré de spiritualité, qu'ils n'ont voulu admettre aucune diflerence entre la substance divine et ses attributs, et que « ce n'est pas autre chose pour Dieu, dit « saint Irénée, d'être Dieu, autre chose d'ôtre l'Intelli- « gence, la Justice, la Bonté, etc.... 11 est bon, non parce « qu'il possède la bonté, mais parce qu'il est la Bonté « même '. » Ainsi de tous ses autres attril)uts, qui ne sont que les diverses opérations de son Être. Telle est la théologie catholique *.
Il faut donc distinguer dans nos saintes Écritures, et remarquer que tantôt elles parlent de Dieu tel qu'il est en lui-môme, nous en donnant cette sublime définition qui n'appartient qu'à lui : Sum qui Sum, je Suis celui qui Suis *, et nous disent (jue Dieu n'est pas comme l'homme pour mentir, ni comme le fils de l'homme pour chan-
' Arnob., Disp., lib. III, n. vi, cli. xi.
2 S. Iren., lib. II, c. xiii, n. 3.
^ Nous recommandons sur ce sujet une admirable page de saint François de Sales, au début du premier chapitre du livre deuxième de son traité de Y Amour de Dieu. Ce grand mystique était un bien éminent philosophe.
* Exod., III, 14.
ger ^ ; tantôt elles le considèrent par rapport à sa Providence envers nous, et alors elles lui prêtent des sentiments, des affections et des paroles humaines.
En cela elles ne faisaient qu'anticiper l'Incarnation, par laquelle le Fils de Dieu ne devait pas seulement prendre la fiction et le langage, mais la réalité de la nature humaine, sans rien perdre de sa divinité. De sorte qu'on peut dire que c'est V Homme-Dieu qui, dès l'origine du monde, parlait avant de se faire voir. Lui-môme le déclare, du reste, par la bouche d'Isaïe, en ces paroles expresses : « C'est pourquoi il viendra un jour où mon « peuple connaîtra mon nom, un jour où je dirai : Moi- « même qui parlais, me voici présent^. »
Mais le Verbe ne faisait pas que parler, il se faisait voir, dès le commencement, dans ces apparitions aux ])atriarches et aux prophètes, qui étaient comme des anticipations figuratives de sa future Incarnation. Bossuet épouse ce sentiment de Tertullien : « Remarquez, « dit-il, une belle doctrine de Tertullien, au second livre (( contre Marcion. C'est là que ce grand homme ensei- « gne aux fidèles que, depuis que le Fils eut résolu de « s'unir à notre nature, dès lors il a pris plaisir do con- « verser avec les hommes et de prendre les sentiments « humains. C'est pour cela, dit Tertullien, qu'il est soute vent descendu du ciel, et que, dès l'Ancien Testament, « il parlait en forme humaine aux patriarches et aux (( prophètes. Il considère ces apparitions différentes (( comme des préparatifs do l'Incarnation ; de cette sorte, « (Mt-il, il s'accoutumait et il apprenait, pour ainsi dire, '( à ôtre homme ; il se plaisait h exercer, dès l'origine du
' Niim., xxrii, lu.
'■' rr(i|ilor hoc sciol populus mous iioincn iiiciiin jn dio illa : ijuia t'go ipso qui loquebar, ccoc lulsnni. Is., n, o.
KCONOMIE DK l/lNCARXATIOX. 195'
( monde, ce (jull devait ùlre enfin dans la i)lcnîtudo des ( temps. » E discens jarn inde a primordio horninem, quod rat futurus in fine * ,
Ce sentiment n'était pas seulement propre à Tertulien, c'est celui des anciens Pères et des ])lus éminents. Les anciens Docteurs, nous dit un digne interprète, ii'envisageaiont pas les théophanies (apparitions de la divinité) racontées dans l'Ancien Testament comme des aits isolés, mais comme se rai)portant toutes au grand mystère de la Rédemption de l'humanité. Admettant un plan unique et sévèrement lié dans l'œuvre du salut luunain, ils croyaient que le Fils de Dieu, qui s'était chargé de racheter le genre humain et qui devait, à cette fin, se manifester en chair, i)our préluder à son Incarnation et h ses suites, avait dû la préparer et la figurer par diverses apparitions dans les temps qui la piécédaient; de sorte que ces apparitions avaient une liaison étroite et inséparable avec l'Incarnation et la jl^assion de l'Homme-Dieus.
L'Homme-Dieu lui-même autorise ce sentiment par icette déclaration qu'il fit un jour aux Juifs : « Abraham, !« votre père, a désiré ardemment de voir mon jour : il « l'a vu et il s'est réjoui; » déclaration dont le sens se précise par ce qui suit : « Les Juifs lui dirent : Vous « n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abra- « ham! — Jésus leur dit, : En vérité, je vous le dis : « Avant ({u'Abraham fût je suis^.»
Il fut donné à Ahraham, en effet, selon son désir, de voir apparaître à Uii Nolro-Seigneur sous la forme de
• Onzième sermon pour la fête de la Nativité de la sainte Vierge. ' Histoire du, Dogme catholique, par Monseigneur Ginoulhiac, t. I. p. 517.
' Joan., vnt, 57, 58.
trois personnages, comme il était assis à l'entrée de son pavillon en la chaleur du jour. Et, les ayant aperçus, il courut au-devant d'eux et se jirosterna. Puis il dit : (( Seignem\ si j'ai trouvé grâce devant vous, ne passez « point outre votre serviteur : mais que j'apporte un « peu d'eau, que vos pieds soient lavés, et reposez- vous « sous cet arbre, etc. '. »
Sur quoi saint Hilaire fait cette réflexion : « Ce fut « l'homme qui apparut à Abraham, mais ce fut Dieu « qu'il adora, reconnaissant dans cette apparition le « Sacrement de la future incorporation divine... Il vit « et il adora alors, sous forme d'homme, celui qui, dans « la plénitude des temps, devait être engen<lré vérita- « blement homme, vu alors seulement non né en l'état « d'homme, et plus tard naissant ce qu'il avait été vu ^. »
Pareille réflexion de saint Irénée, à laquelle Novatien ajoute cette charmante pensée : « Ce qui devait arriver « fut pratiqué alors en Sacrement. En se faisant l'hôte u d'Abraham, le Fils de Dieu présageait ce qu'il devait « être pour les fils d'Abraham ; et, en lavant plus tard (i les pieds à ses disciples, il ne faisait que rendre aux <( enfants l'hospitalité (]u'il avait autrefois reçue du (( père '. »
' Gon., xviH, 1, etc.
' Virum licet consporliini, Abraluiiii laiiioii Douin adoravit, sacramenlurn scilicet liiturie corponitionis affiioscens. Et Deus in homine et vidctur, et croditiir, ot adoratur, qui secuiulnm plenilu- (linein lemporis esset in lioiiiine jïipnendus. Visas est autom liim tantuin Dous in homine, non natiis; mox oliam lioc quotl est visus et natns est. Lib. IV, de Triait. — Il y a un i)oau tableau de Miirillo représentant l'apparition des trois Anjîcs à Abraham sons la H|;un' de Ji'sns-Christ, identique dans \ine triph' atlitU(U\
' Qninl enim eral liitnrns, ineditai)atur in Sacramento Abrahie l'aclus hnspes, apud Abrah.u lllios futurns : onjus liliorum pedes in pr<»bali()nem (|ueni ipso esset, abhiit : reddens in flliis Jus hospilalililis i|iii>d ali(|U!indii illi lieneraverat paler. \iir(U. L. ilf Triiiil.
ÉCONOMIE DE l'iNCARNATTON. 197
Ainsi en était-il des autres tliéophanies, ainsi de toutes les coutumes, cérémonies et institutions figuratives de l'ancienne loi, se rapportant à Jésus-f'hrist, et étant comme l'ombre allongée de son apparition future. Nonseulement les paroles des prophètes qui nous le font paraître conmie dans un miroir, mais leur vie au milieu du peuple juif, celle du peuple juif tout entier au milieu du genre humain, n'étaient aussi qu'une immense promulgation représentative de ce grand événement. Les nations païennes elles-mêmes, non-seulement par la pratique universelle du sacrifice, mais par toutes ces incarnations incessantes de leurs ftiux dieux, leur descente et leur naissance sur la terre, la vie cachée de leurs Apollons, les travaux libérateurs de leurs Hercules, satisfaisaient, en les corrompant, le besoin et l'attente d'une incarnation divine. Jusque dans ces fables ridicules et honteuses, on peut dire que le mal lui-même exprimait le remède et l'indiquait. Tout le genre humain, comme un grand malade gisuut par tout l'univers, dans ses veilles comme dans ses songes, dans sa connaissance comme dans son délire, souhaitait le vrai médecin, le rêvait, le prophétisait, l'appelait. Le Christ était le Désiré de toutes les nations', et Moïse ne faisait que résumer ce sentiment universel, dans ce cri qu'il adreSvSait à Dieu, Père souverain de la nature humaine : Las, Seigneur, envoyez Celui que cous devez envoyer^!
Voilà l'état du monde au regard du Christ avant sa venue. Durant ce temps, on peut dire que le Christ est vivant avant que de vivre. Il est vivant, non dans son propre corps, mais dans le corps des saintes Écritures, dans les figures de la loi, dans les clameurs des justes,
Ag^o.T, II. 8.
Exoil., IV, 13.
dans les prédictions des prophètes, dans l'attente d'Israël, dans la foi mythologique des peuples, dans le gémissement universel de la nature, qui ne peut plus porter le faix de sa corruption, et ne respire que son Libérateur.
La réalité devait venir purger la figure, dégager la promesse, satisfaire le désir. Elle était d'une convenance nécessaire. Là où la figure convient, non-seulement, en effet, la réalité ne peut que convenir, mais la figure ne tire môme sa dignité et sa convenance que de la réalité ; sans quoi elle ne serait pas figure, mais mensonge. Dieu étant la vérité môme, il lui convient moins d'imiter l'incarnation que de l'accomplir, de jouer l'homme que de Tôtre, de prendre la figure du bon Pasteur que d'être le bon Pasteur lui-même.
Par là, non-seulement la figure n'est pas mensonge, mais elle cesse d'être figure, et la réalité vient la remplir. Ainsi, toutes les figures dont Jésus-Christ se revêt dans l'Évangile, toutes ces paraboles du bon Pasteur, du Père de famille, du Maître de la vigne, étajent au fond lui-même, qui est toutes ces choses, et qui le déclarait. On peut en dire autant des figures qui l'ont précédé, et dans lesquelles la foi et le désir de leur accomplissement en anticipaient la réalité pour les justes t\e l'ancienne loi; « car, dit saint Paul, ils Inivaient de l'eau de h\ pierre spirituelle, et la pierre êtam' lr CmîiRT*. » Même dans les fables du paganisme, en ce (preiles avaient de vrai, on peut dire que c'était encore hii-mêmo, le Christ, (pii élait ce vrai enseveli sous ces ignominies; de sorte (jue la (hvine réalité cUi Christ, en se consommant dans la plénitude des temps, informe, (juoique d'une manière différente, tous les temps (pu"
' l'i'iMi aiilfiii or.il Chrislus. Ad Ciirinlli., x, 1.
ÉCONOMIE JjK l/lNi'AKNATJON. 199
l'ont précédé, comme tous ceux qui l'ont suivi. El ainsi le Christ est toujours : hier, aujourd'hui, et dans tous les siècles : Christiis lieri, hodie, et in sœcula ' .
Mais, pour que le Christ soit toujours, il faut qu'il ait été une fois. Pour qu'il anime ainsi tous les temps de sa présence si)irituelle et sacrauienlelle, il faut que l'événomenl do sa venue, oîi tendait ce qui a précédé, et d'où part tout ce qui a suivi, se soit réellement consommé dans le milieu des temps. Tout Tédifice spirituel et sacramentel de la Religion, venant s'arc-bouter en quelque sorte à l'Incarnation, ne serait plus , sans elle, qu'un édifice mensonger et chimérique. Dieu devait, selon cette divine économie, se faire voir une fois en CHAIR, pour être [cru toujours en esprit. Ce n'est pas une conception idéale, ce n'est pas une fiction pour nous que la présence de Dieu dans les Sacrements et dans l'Eglise, puisque ce môme Dieu, qui y vit et qui y parle, a vécu et a paru pendant trente-trois ans sur la terre. Ce Dieu est vérité dans les promesses anciennes, vérité dans les promesses nouvelles, puisque, entre ces anciennes et ces nouvelles promesses, il y a l'accomplissement de son Incarnation, objet des unes, sujet des autres. Comment ne pas croire à cette parole : Voici que je suis avec vous jusqu'à la fin des temps, Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem scpcm//^, lorsque la bouche qui l'a prononcée a vérifié celle-ci : Moi, (jui parlais autrefois, voici que je suis présent. Ego ipsequi loquehar ecce adsum * ?
Il en est de Dieu, dans la religion, comme d'un riche et bon parent, dont l'existence est inconnue au delà des
Ad Hebr., xin, 8.
MaUh., xxviii, 20.
Isa., r.ii. G.
mers, qui vous écrit des lelti-es, et qui promet de venir vous voir et vous tirer de l'indigence. Cette promesse, dont il vous envoie des gages, en envoyant à l'avance des témoins de son existence et de sa résolution, donne à ces lettres un intérêt et un crédit qu'elles n'auraient l)as si vous ne pensiez jamais le voir. Pareillement, aj)rès qu'il est venu et qu'il est reparti, ce commei-co épistolaire s'anime du souvenir de sa visite et de l'expérience de ses bienfaits. Et pour cela, il n'est pas nécessaire que cette visite ait été longue, il suffit qu'elle ait été l'éelle, que vous l'ayez vu, que vous ayez reçu, dans les étreintes de la bonté et de la reconnaissance, l'impression de son existence, pour que cette imj)re3sion donne une àme et une vie d'amour et de foi à tous vos rapports invisibles.
Telle est l'histoire religieuse du genre humain.
Ainsi l'événement de l'Incarnation soutient de sa l'éalilé sensible tout l'oi'dre si)irituel de la Religion. Par ujii! antithèse admirable, de même que c'est le Yerl)e incréé qui porte ce monde visible de sa vertu s])irituello, de môme c'est le Verbe incarné qui porte le monde invisible de sa vertu corporelle; et comme il est, en un sens, le mens agitât molcm du monde des corps, il est le caro instaurât mcntem et comme le divin noyau du monde des esprits.
Aussi les efforts les plus désespérés de rinq)iété ontils été de nier la chair du Verbe, la réalité liistorique de sa vie, la personnalité humaine du Fils de Dieu, en prétendant, connue (hms les derniers temps, (]ue lo Christ n'est (pi'un mythe, et dans les premiers tenqis, (pi'il n'avait été qu'un fantAme. C'est là l'alpha et l'oméga {\o. l'hérésie. L'homme estcliarnel; et <''osl parce (ju'il est charnel qu'il répugne à l'Incarnation: celle-ci ne fiisani le \'(M'I»(' cliair (pie pour nous refaire esprit.
ÉCONOMIE DE l'iNCARNATION. 201
Aussi le faisons-nous esprit, pour rester cliair. C'est là luul le jeu de l'impiété.
Il convenait par conséquent, au plus haut degré, que le grand fait de l'Incarnation, qui avait à forcer cette grande résistance de noire mauvaise nature, et à en éprouver tous les soulèvements, fut établi sur un fondement inébranlable.
Or ce fondement, ce n'est pas la vie du Christ, ce n'est pas même sa mort : c'est sa conception et sa naissance ; c'est par conséquent la Maleiiiité divine de Marie que pour cela l'hérésie a toujours blasphémée .
C'est pour assurer celle vérité que Terlullien composa au second siècle son ti-aité de la chair du Christ, où il presse et accule en quelque sorte l'hérésie au fait de la naissance et de la conception du Christ qu'elle voulait toujours éviter. Ce qui fait qu'on est homme réellement, ce n'est pas parce qu'on a ime âme et un corps d'homme, mais parce qu'on est tel par la concoi)lion et la naissance. C'est là le caractère générique (le l'homme, sans lequel on ne sérail pas homme propremenl, mais par emprunt. « Aussi, dit Terlullien, u Marcion, voulant nier la chair de Jésus Chrisl, a nié « sa naissance, ou voulant nier tia naissance, a aussi « nié sa chair, craignant que, dans la correspondance « cpii est entre sa naissance cl sa chair, l'une ne ren- « (lu léuioignago en faveur de l'autre. . , Ole à riiommc « sa naissance, ajoute-l-il, et représente-nous /'/<om/nc, « s'il est en ta puissance de nous le montrer séparé de « cet élat '. »
Le Chrisl, d'ailleurs, ne venait-il pas pour nous don-
' Do Car. Clirisli, iv.
lier l'exemple de toutes les vertus aux })rises avec toutes le? épreuves de la vie humaine, avec les tentatious, avec les souflrances, avec la mort ? Comment cet exemple eût-il été effectif, si cette vie humaine, ces souffrances, cette mort ne l'eussent été ; et comment l'eussent-elles été sans sa naissance? « Jésus-Christ ayant été envoyé « pour mourir, a dû naître nécessairement, afm ({u'il pùl « mourir : il n' y a que ce qui naît qui est accoutume « de finir par la mort; la naissance et la mort formoni « une dette réciproque, et la condition de la mort esl « la cause de la naissance * . »
La naissance , telle est donc la condition première de l'Incarnation et de ses suites, et par conséquent la Maternité divine de Marie.
C'est pourquoi, la conception, la naissance, l'enfance de .Jésus-Christ, sont environnées de tant d'éclat dans l'Évangile, y sont l'objet de tant d'événements, où la Maternité divine de Marie est en lumière : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Épiplianie, la Circoncision, la Purification, la Fuite en Egypte, l'Enfant-DIeii retrouvé parmi les docteurs.
Après tout cet éclat donné à la Maternité divine, une chose vient en attester encore plus la glorieuse importance, c'est l'obscuro soumission du P'ils do Dieu à Mario, et, à cause de Mai'ie, à Joseph, pendant tronid années de cette vio divine qui no devait on avoir (pio trente-trois. Tant le Fils do Dieu tenait à appuyer en (pichpie sorte et à alforniir, sui- la Maternité sainte do Mario, la vérité et, si j'ose ainsi dire, la sincérité do sou Incarnation.
Kt après ces trente ans de soumission (ilialc, d'aiilant plus glorieuse pour Marie (lu'elle esl plus obscure pour
' l»i' Ciif. dirisli, VI.
ÉCONOMIE DE l'iNCARNATION. 203
Jésus-Christ, alors que le Fils de Dieu sort pour ainsi dire une seconde fois du sein de Marie comme d'un nuage sous lequel ce divin soleil s'est obscurci après l'avoir illuminé de son naissant éclat, il manifeste cette seconde sortie en honorant cette Maternité divinedeson premier miracle à Cana. Et alors morne qu'il se voue ensuite tout entier à V Œuvre de son Père, le Fils de Dieu, -durant toute cette portion apostolique de sa vie, ne cesse de se faire accompagner de Marie, jusqu'à la mort, où alors seulement, tout étant consommé, il se dépouille de <.\ Mère pour nous la donner.
Mais ce qui porte à son comble la preuve de ce dess( in, ce qui y met le sceau, glorieux pour Marie, c'est Il qualification de Fils de l'Homme, que le Fils de Dieu n'a cessé de se donner préférablement à toutes les autres, et qu'il a voulu garder comme inhérente à sa personne, non-seulement pendant toute sa vie, mais jusque dans la gloire de son éternité, jusque dans l'éclat de sa justice.
Je ne connais rien de plus beau, de plus fort et do plus convaincant pour la divinité de Jésus-Christ, et la solidité du culte que nous rendons à la Vierge Mère, que cette considération, pour peu qu'on veuille y être attentif.
Si Jésus-Christ n'eût pas été Dieu, son ambition eût dii être d'en })rondre le titre. Voyez tous les prétendants à la divinité, tous les faux demi-dieiLX : tous, sans exception, n'ont (pi'un souci, c'est de faire oublier qu'ils sont hommes et de se faire passer pour fds de Dieu. C'est qu'ils sont hommes. Jésus-Christ seul dans le monde tient une conduite inverse. Il ne s'étudie pas tant à nous persuader qu'il est Dieu, qu'à nous faire croire qu'il est homme, et non pas homme par emprunt et
par acfddent, mais par naissance et par nature ; Fils de l'Homme : c'est là le titre qull prend à chaque page de l'Écriture, qu'il emporte et qu'il garde toujours dans les cieux. C'est qu'il est Dieu. Alexandre avait besoin de se faire passer pour fils de Dieu, parce que tout dans sa vie, malgré ses victoires, ne disait que trop qu'il n'était qu'homme, et que sa mort et les funérailles de son empire n'allaient que trop confondre son orgueil. Jésus- Christ avait besoin de faire croire qu'il était homme, parce que tout dans sa vie, malgré ses humiliations, disait assez qu'il était Dieu, et que sa résurrection et l'établissement universel et éternel de son règne allaient faire éclater assez hautement sa divinité. Aussi, son humilité adorable ne cherche rien tant qu'à contenir cet éclat pendant sa vie et à neJe faire paraître que dans la mesure nécessaire à sa mission. Il laisse ses œuvres lui rendre témoignage : Opéra quœ eyo fado testimonium perhibent de me* ; et quand elles le trahissent trop ouvertement, il en étouffe le bruit ou s'y dérobe. Que si, ujis en demeure de se prononcer, il ne peut taire sa gloire, sans manquer à la vérité, comme lorsque le pi'ince des prêtres lui adresse cette solennelle interpellation : « Je vous adjure par le Dieu vivant de nous « (hre si vous êtes le Clirist, Fils de Dieu? » 11 répond, en laissant celte (lualification dans la bouciie du grand prêtre, cl en se bornant à l'avouer par cette simple parole : Vous l'avez dit; puis il reprend : « Ce|)eii(hHit je « vous le dis, vous verrez un jour « le Fik de ilJomme (i assis à la droite do la vertu de Dieu, et venant dans (( les iniées du ciel-. » — Qui a si |)eu le sens de la véril('', ipi'il ii(( \()i(> dans «'elle conduih», si conlrairu à
' Juan., V, 3(3.
' MiiUli.. XXVI. (>;i.
ÉCONOMIE DE l'iNCARNATION. 205
celle de l'iioinine, la présence môme de lu Divinité?
Le Clii'ist, Fils de Dieu par sa nature persunnelle, tenait donc à se montrer ce qu'il était devenu pour jious, Fils de l'Homme. C'était \h pour lui le point ca- [)ilal de son omvie. 11 ne lui suffisait pas d'être cru homme; il fallait encore qu'on sût qu'il l'était devenu par la conception et par la naissance humaines ; et comme il n'y a {)as un Fils sans une Mère, autant Jésus- Christ tient à être cru et adoré connue Fils, autant il justifie, il autorise, il réclame le culte que nous rendons à sa Mère, comme la forme môme de cette filiation humaine qui est son titre de choix.
Cette conséquence est d'autant plus inévitable i\nv Jésus-Christ n'est fils de l'homme ijue par Marie, ({ù'il n'est fils d'aucun homme, ([u'il est fait d'une femme, fat'tum est mulicre, comme dit saint Paul', se référant à la parole de saint Jean: « Le Verbe a été fait chair, » fait chair de Marie, do Marie seule, de Marie Viei'j2:e. Ce n'est donc qu'autant ({u'il est fils de Marie, que le Verbe est fils de l'homme ; et toute l'importance de cotte filiation, de sa vérité et de ses suites, réclame ainsi le culte de la Maternité divine comme son exclusive exl>ression.
Enfin, ce culte est encore d'autant plus essentiel au \érital)le Christianisme, que non-seulement il est la profession de Jésus-Christ Fils de l'homme, mais ([u'il est on même temps la profession de Jésus-Christ Fils (?e Dieu, et par conséquent du Christ tout entier.
En effet, en revendiipiant si parliculièi'ement la qualification de Fils do l'hounno, le Christ professait sa divinité. On no revendique pas ce qu'on a naturellement,
I Giikil., IV, 4.
mais ce qu'on acquiert. Quand Jésus-Christ s'appelait avec tant d'insistance Fils de l'Homme, il professait donc qu'il l'était devenu étant Fils de Dieu, et c'est ce que nous professons après lui dans le culte de la Maternité divine.
Mais nous le professons d'une manière plus ouverte, en professant avec la Maternité, la Virginité de Marie. De même, dit TertuUien, qu'il était convenable que le Fils de Dieu naquît do la femme, pour qu'en cela il fût fils de l'homme, de môme il l'était qu'il ne naquît pas de la semence de l'homme, de peur que, s'il était tout fils de l'homme, il ne parut point PMls de Dieu'.
Ainsi, admirable économie ! comme la Maternité de Marie découvre l'humanité du Verbe, sa Virginité découvre sa divinité; et l'accord de cette maternité et de cette virginité, celui de son humanité et de sa divinité. La M ère- Vierge correspond ixVffomme-Dieu. Elle est comme l'authentique de l'Incarnation.
Toute l'économie de l'Incarnation, dont nous venons d'admirer la suite, au premier point de vue de sa convenance pour rappeler l'homme à l'invisible par le visible, au spirituel par le cliarnel, au divin par l'humain, à la santé par la maladie, et l'anticipation de ce dessein dans tous les temps ({ui ont précédé sa (•ons^)mmali()n, comme son prolongomeul dans tous les tomi)S qui l'ont suivie, toute cotte économie, dis-je, à ce premier point de vue, vient en ollbt se contracter dans Marie, comme dans le siège de son opération et le miroir de sa manifestation: Sedes sajnentiœ ! Spcculum Justifia'.
C'est de Marie, c'est de sa chair et de son sang (pie le Fils do Dieu a été fait Fils de l'Homme : Dieu engen(h-é do lu substance du Pèro de toute éternité; Homme né
' De Car. Clirisli, xvii.
(le kl substance de Marie dans le temps. C'est d'elle (|ii'il a pris cette humanité; c'est en elle qu'il a joint { ctte humanité à sa divinité : merveilleux accord qui ( onstitue le Christ, sa vie, ses exemples, ses miracles, SCS souffrances, sa mort, sa résurrection, sa victoire, la I ("l'orme du genre humain, le salut du monde. La prédication de ce divin Maître étant en action plus qu'en parole, dans la crèche, à la cène, sur la croix, sur tous les grands théâtres où elle s'est i)roduile à notre imitation, c'est son corps, c'est sa chair, formée de Marie, qui en a été le grand instrument'; (pii est resté l'aliment de notre foi sur la terre, et les prémices de notre destinée dans les cieux. Corps sacré, chair divine, dont la vérité substantielle, ap|)uyée sur sa naissance de Marie, s'applique à tous les autres mystères de notre salut, et reçoit justement sur nos autels le tribut de notre amour et de notre foi.
Ave, viiKUM Corpus nati'm Do Maria Virgine!
« Ainsi, de la Vierge Marie, dit un saint et éloquent « évoque, est sorti ce géant à double nature, véritable <( Orphée aux mélodieux accents, accompagnant des « touches suaves de la cithare de son corps, tirant de sa « chair, comme d'une lyre divine, l'irrésistible douceur « do ses sons, et l'inetlable accord de son harmonie, « i)0ur édifier les pierres, mouvoir les forêts, attirer les (( bûtes sauvages, et, retirant les mortels de la grossièreté (( de la chair, les élever aux intérêts sublimes. Car, par
' Ipsum por suum corpus quasi per Iiistrumentum divino modit tiperuntem vel dicentem cognoscamus (iiiod Deus existens hiHc opei iliir. S. Alhanasp.
(( la suavité merveilleuse de ses chants divins, il a susce cité, des pierres mêmes, des enfants d'Abraham ; et « les arbres des forêts, c'est-à-dire les cœurs des Gentils, « ont été mus à la foi. Les bêtes sauvages pareillement, « qui sont les instincts féroces et grossiers de la barba- (( rie, ont été formées par sa divine morale à la civilisau tion, et les hommes qui n'étaient que disciples des (( hommes ont été élevés à la condition de dieux. 11 a « bien été convenable, certes, que David, dont les ac- « cents retentissent jusqu'aux extrémités delà terre, fut « un chanteur illustre, puisque de sa semence devait « naître ce grand Précepteur'. »
' Ce charmant morceau est de S. Amédéo, évoque do Lausanne; en voici le texte dont nous n'avons pu rendre toute la suave fraîcheur : — Exsultavit itaque gigas geminai substanti<e, modulatis vocibus ex tinnulis suavissimis in cithara corporis decaiitare, et in carnis organn compaeto dulcissimos sonos edere, et inofVabili loncordia resonare, ut lapides suscitaret, ligna commoveret, foras traheret, homines abstractos a carne educerot in sublime. \am suavitate mirifictC cantilen;e suscitavit de lapidibus lilios Abralue, et ligna sylvanim, id est corda Oontllium, ad fidoni commovit : Feras quoque, id est feros motus, et incultam barbariom mortalitor composuit, et homines ab hominibus edoctos in uumorum dooruin instituit. Bono autom David, cujus voces résonant in oxtrema torno. cantons oflicio porfunctus est, quia de semino ejus magnus isie pneceptor erat nasciturus. (Homilia quarta De partu Virginix, seu Chrixti nntivilale. — Bibliotheca virginalis, t. I. p. 7:î7.
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