‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 58 sur 87 · MARIE, EPOUSE DT7 PKRE · texte numérisé non relu

MARIE, EPOUSE DT7 PKRE

tiers par adoption. Et cette filiation adoptive n'est pas une simple conséquence, mais le but propre de l'Incarnation du Verbe. Marie n'a engendré le fds de Dieu dans le temps que pour donner à Dieu des enfants dans l'é-

rnité, que pour le rendre Père des élus. C'est ainsi par Marie que Dieu est Père, non - seulement du Verbe incarné, mais de toute la race des ciu'étiens. Cette paternité adoptive de Dieu vient se grelîer sur sa paternité prénératrice, et le titre d'épouse, qui convient à Marie par rapport à celle-ci, doit par conséquent s'étendre à colle-là.

Cette sublime alliance doit s'étendre enlin jusqu'à la l)aternité créatrice de Dieu.

Comme nous Pavons établi dans notre premier livre, on effet, le plan divin de la création se rapporte tout entier à Jésus-Christ. Dieu n'a créé le ciel et la terre, les anges et les hommes, et tout ce qui existe, que comme un accompagnement de Jésus-Christ, fin capitale de ses œuvres, et qui en a commandé toute l'ordonnance. Le Christ, en ce sens, est la raison do tout, propter quem omnia. D'où suit, qu'en donnant au monde, conjointement avec le Père Céleste, le Fils de Dieu, Marie a donné la raison créatrice du monde. Et elle l'a donnée sciemment, volontairement; |)uisque, dans cet auguste mariage de Dieu avec la nature humaine, le consentement de la très-sainte Vierge a été sollicité. A travers les quatre mille ans qui séparent la Création de l'Incarnation, et qui ne sont rien aux yeiLx de Celui devant qui un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour ', il faut donc voir un rapport de conjonction entre le Fiat de Dieu qui a créé le ciel et la terre, et le Fiat de Marie qui en a conçu le Seigneur et l'héritier;

' Saint Pierre, 2» épît., m, 8.

316 LmiE III, CHAPITRE II.

entre l'Esprit de Dieu qui planait sur l'abîme d'où devait sortir le monde de la nature, et le même Esprit qui est survenu en Marie, comme sur un autre abîme de néant volontaire et d'humilité, d'où est sorti le monde de la grâce. C'est sous l'inspiration d'un môme dessein que la paternité créatrice, la paternité génératrice et la paternité adoptive de Dieu se sont ainsi manifestées, et Marie, se trouvant immédiatement associée à la plus auguste de ces paternités, se trouve l'être ainsi aux deux autres.

Marie, mère du Fils.

L'Évangile raconte qu'un ange ayant apparu à Zacharie dans le temple, où il était seul à offrir l'encens, et lui ayant annoncé la naissance miraculeuse de Jean- Baptiste et sa grande destinée de précurseur du Fils de Dieu, Zacharie resta muet jusqu'au jour où ces choses arrivèrent. « Étant sorti il ne pouvait parler à ceux du « dehors, et leur faisait des signes; et ils connurent « qu'il avait eu une vision dans le temple, et il resta « muet *. » Et nous aussi, à bien plus forte raison que Zacharie, ayant à parler à ceux du dehors, non de la maternité tardive et glorieuse d'Elisabeth, mais de la Maternité virginale, divine, inénarrable de Marie, nous ne pouvons en parler en quelque sorte que par signes ; nous restons muet devant tant de grandeurs, impuissant que nous sommes à les exprimer sans les ravaler, tant elles se confondent et se perdent i\ notre vue dans cette sublimité ([iii dépasse toute conception.

' Luc, I. 1».

La raison si réglée et si mesurée de Bourdaloue s'émeut et s'enflamme à ce grand sujet : « Marie, Mère de « Dieu 1 Écoute, ô homme ! s'écrie là-dessus saint An- « selme, contemple et admire : Intendat mens humana^ « contempletur et stupeat. Le Père céleste avait un fils « unique et consubstantiel ; mais il n'a pas voulu que « ce fils n'appartînt qu'à lui seul , il en a fait part « à Marie, et elle est véritablement sa Mère sur la « terre, comme il est son Père dans le ciel : Non est t passus manere suum; sed eum ipsum voluit esse Mariœ « unicum. Pensée sublime, mais qui, dans sa sublimité, « n'exprime rien dont notre mystère ne nous fasse voir « l'entier accomplissement. Ah ! mes frères, disait soint « Paul, je fléchis le genou devant le Père de Jésus- « Christ, mon maître, parce que c'est de lui que procède « toute paternité, soit dans le ciel, soit sur la terre ! « Ainsi parlait le grand Apôtre; et ne puis-je pas « ajouter que je me prosterne en la présence de ce Père « tout-puissant, pour le reconnaître, non plus seule- « ment comme auteur de toute paternité, mais comme M principe de cette maternité divine que j'honore dans « Marie ? Car quel prodige, chrétiens ! et quel autre « que Dieu même a pu opérer ce miracle ? La virgi- « nité et la fécondité jointes ensemble; une Vierge qui « conçoit dans le temps le même Fils, que Dieu, avant « tous les siècles, a produit dans l'éternité ! une mère, « dit saint Augustin, devenue mère par la seule obéis- (( sance de son esprit, de même que le Père, dans « l'adorable Trinité, est Père par la seule connaissance « de ses infinies perfections. Qui jamais, avant Marie, « entendit rien de pareil, et si la foi ne nous l'apprenait « pas, qui jamais l'eût cru, qu'une créature dût un « jour donner en quelque manière l'être à son Créateur, « et que le Créateur pût devenir en quelque sorte l'ou-

« vmge et la production de sa créature ? Qui l'eût cru, « que Marie dût donner à un Dieu ce qu'il n'avait pas « auparavant, et qu'un Dieu dût recevoir une vie toute « nouvelle ? Qui l'eût cru, que le Verbe, par qui tout a « été fait, dût être formé lui-môme par une vierge, et « que par là cette vierge s'acquittât, pour ainsi dire, « envers lui du bienfait de la création ?... Permettez- « moi, chrétiens, d'user de toutes ces expressions. Les « Pères, avant moi, s'en sont servis, et ce serait une dé- « licatesse mal entendue d'avoir peine à parler comme « eux, et d'omettre ces magnifiques éloges que la piété « leur inspirait et que la même piété nous doit rendre « vénérables *. »

Nous devions iionorer cette partie principale de notre sujet par ce beau langage de Bourdalouo. Nous n'entrerons cependant pas, quant à présent, dans la carrière qu'il ouvre à notre admiration, en contemplant Marie comme Mère de Dieu. Pour ne pas Introduire de confusion dans notre travail, nous sommes obligés de faire constamment violence à l'entraînement qu'exerce sur nous une telle grandeur; et, pour la saisir, c'est une nécessité pour nous toujours renaissante do la pai-lnger. C'est pourquoi dans cette grandeur générale de mèro do Dieu, nous considérons particulièrement ici la roLition (|ue cette qualité lui donne avec la Trinité rninnio

La maternité virginale de Marie, en iiiciiMnl au juinla personne du Fils, et en la dislinguanf à nos ymx do celle du Père (le toute la différence (pi'il y a entre la Divinité invisible dans le ciel et la Divinité rev/^tue de chair sur la terre, a rendit patente la pluralité des personnes en Dieu, leur relation i)ersonnello, leur unité

' Dcuxt^itif» »f»rmou «iip l'Annnn<'i!iiioii7(l(^ la S.iinto Vi'oi'jv,^

MARIE, ISféRE DU fTLn. 319

substantielle. Elle nous a découvert le sein du Père, en prenant part à sa génération, et enfantant dans le temps le même Fils qu'il engendre dans l'éternité, en exhibant pour ainsi dire ce Fils qui est la connaissance môme du Père.

Ce nom de Fils de Dieu^ comme l'a très-judicieusement observé un savant historien de notre dogme ', est un des caractères qui distinguent la Trinité chrétienne de la trinité philosophique. Il exprime le plus clairement l'existence et la consubstantialité de la seconde personne, et sa distinction réelle d'avec le Père. Car qui dit fils dit un être réellement distingué de son père, et un être qui lui est semblable, étant de môme nature que lui. Aussi n'y a-t-il pas d'esprit si ordinaire qui, à ce simple nom de Fils de Dieu, ne saisisse le mystère do la Trinité, comnte le prouve cette locution usuelle, Dim le Fils, Dieu le Père, (jui est la plus exacte expression de ce profond mystère, Dieu étant ainsi toujours posé en avant comme l'miité et la tige en quelque sorte do la Trinité.

En popularisant donc ainsi, par la manifestation du Fils, le mystère de la Trinité, qui est le mystère de la vie divine, la maternité de Marie a popularisé la connaissance de Dieu, que les plus grands esprits ne peuvent posséder parfaitement sans ce mystère.

Il faut admirer avec saint Bernard, comment, entre les trois personnes de la Sainte Trinité, il a été convenable à ce dessein que ce fût le Fils, plutiM que le Père ou le Saint-Esprit, qui s'incarnât. Si ce n'eût pas été le Fils, dit-il, il y aurait eu deux fils parmi les personnes (le la Trinité, l'un nu ciel, l'autre sur la terre, ce qui OUI donné lieu à une confusion. De plus, la personne

' Mgr Oinouilhac.

320 LIVRE ni, CHAPITRE II.

qui aurait été Fils sur la terre, dans cette hypothèse, étant le Père ou le Saint-Esprit, on n'aurait jamais saisi l'identité de cette personne dans cette double qualité qu'elle aurait eue, de Père ou de Saint-Esprit au ciel, et de Fils sur la terre ; tandis que, outre qu'il était convenable que celui-là spécialement se fît Fils de l'homme, qui l'était déjà de Dieu, on saisit parfaitement l'identité de la personne dans la similitude, ou plutôt dans l'identité de la qualité.

Je dis dans l'identité de la qualité ; et c'est là ce qui fait la suprême convenance de l'incarnation du Fils. Dans cet admirable plan de la bonté de Dieu qui l'a porté à s'unir au monde, il a voulu pour la perfection de cette union, non-seulement qu'une des personnes de sa Trinité se fît homme, mais Fils de l'homme. Il a voulu plus : il a voulu que cette personne fût son propre Fils, son Fils éternel, et que ce fût cette môme (jualité de Fils éternel du Père qui devînt commune à l'homme en Jésus-Christ, de telle sorte qu'il n'y eût pas deux Fils, mais un seul Fils, celui de Dieu, devenant celui de l'homme, comme l'a proclamé contre Nestorius le concile d'Éphèse : Christum Jesum, hoc est inhumanatum Dei verbum, unum filium esse credimus ' .

Il n'en pouvait être autrement, le système de l'Incarnation étant donné. Car les qualités de Père, de Fils et de Saint-Esprit, dans les trois personnes de la Sainte Trinité, ne sont pas des qualités jointes à leurs personnalités; elles sont leurs personnalités mêmes. Le Fils n'est que parce qu'il est Fils. Sa qualité c'est sa personne. Cette personne s'incarnant, c'était donc, par cola même, le propre Fils de Dieu qui s'incarnait et qui devenait le fils de Marie.

* Deelaratio quarta.

Ce nom de Fils est le nom par excellence de Jésus- Christ. Être Fils, c'est sa personne, c'est son être, c'est Lui. Il est Fils, ou plutôt le Fils. Aussi combien faisait-il valoir ce titre, combien aimait-il à le porter, à se l'appliquer, à l'exercer, soit comme Fils de Dieu, soit surtout comme Fils de l'homme, à en tenir la gloire de son Père et à la lui rapporter, à en tirer des sentiments de fraternité de miséricorde et d'amour pour les hommes et à les leur inspirer, à faire de cet élat le centre et comme le nœud de la réconciliation du ciel et de la terre!

Mais quelle conséquence jaillit de cette grande vérité à la gloire do Marie ! Je n'oserais la déduire, tant elle est haute, si la force des principes posés ne m'y poussait. Il en résulte, en effet, que le Fils de Dieu ne s'est pas fait Fils de Marie pour venir dans le monde, mais qu'il est venu dans le monde pour y être Fils de Marie, pour étendre à une mère, et par elle au monde, cette môme relation de Fils qui l'unit à son Père; que c'a été là, tout à la fois, le moyen et le but de sa venue, de sa mission, de son œuvre à jamais. Cette relation de fils, si étroite au moment où l'enfant naît de la mère, va d'ordinaire se relâchant et s'afTaiblissant à mesure que l'enfant grandit, que sa personnalité se développe, et qu'il devient autre chose que fils. Mais Jésus-Christ n'est pas devenu autre chose, parce qu'il n'est pas venu pour autre chose. Il s'est fait Fils, pour être Fils; pour être à jamais en cette qualité le chef de notre adoption d'enfants de Dieu, le premier entre plusieurs frères, Primogenitus in multis fratribus^ . De sorte que cette relation de Fils, du moment où elle a commencé à se nouer par la conception du Fils de Dieu dans un sein virginal, ne s'est pas relâchée un seul instant: elle sub-

' Ad Rom., vm, 29.

siste éternellement dans la gloire céleste, uu3si étroite que dans la crèche de Bethléem, que dans les entrailles de Marie. Jésus-Christ lui-mCMiie ne cessera de la réclamer et de l'invoquer pour notre grâce, pour la gloire de son Père, pour sa propre gloire, et par conséquent à la gloire éternelle de la Maternité à laquelle elle correspond. La Maternité de Marie, en un mot, est en raison de lafiUation de Jésus-Christ; et comme cette filiation est éternellement active, l'honneur qu'elle rend à cette Maternité l'est pareillement. Cette Maternité glorieuse ne vieillit pas, ne passe pas; participant à la fécondité naturelle du Père, elle peut en quelque sorte toujours dire comme lui à leur commun Fils : Filiux meus es tu, ego hodie qenui te.

Nous tirerons plus tard de larges conséquences pratiques de cette belle vérité. En ce moment entourons-la du témoignage unanime des Saintes Écritures.

Une science certaine nous découvre dans le psaume 71, approprié unanimement au Messie par tous les Rabbins, et dans ce verset 18, sit nomrn ejns benedictnm in sœcula; ante solem pennanet nomen ejus^ un sens original d'une sublime conformité avec cette doctrine. Pour rendre la force de l'expression hébraïque Vnnon, cachée sous l'indigence infidèle de ce moi permanet, ils ont été obligés de créer un nouveau mot latin d'un singulier barbarisnie. Ils ont traduit ainsi le. texte hébreu : ante solem FiUABiTUR nomen e/us. C'est-à-dire : dès avant le

soleil IL SKRA APPKLI^ DU NOM DIÎ FiLfl, SOn nOIH SCm FILIA- LISÉ. C'est pounpioi les anciens Hébreux f/iisaient du /not Fils le nom propre du Messie, comme étant le plus beau nom et celui (pii pl.iisail davantage: ils l'appelaioiit le Fils ou l'Fnffmdrô' .

' Dimertuthm sur le Même, par Jacquelot, p. 164, »- Dituecihie

A cela SG rapporte parfaitement le nom de C'erme, qui est donné au Messie dans les prophéties qui lui 'sont unanimement appliquées par les juifs comme par les chrétiens. Ainsi celle de Zacharie, ch. >a, 12: « Voilà « l'homme: Germe est son nom; et il. germera de lui- « même de la terre. » Ce qui indique manifestement la naissance humaine et virginale du Fils de Dieu. — La prophétie de Jérémie, ch. xxxni, v. 15 : « En ces jours- « là je ferai germer de David le Germe de justice, qui «^ fera jugement et justice sur la terre ; » — et celle d'Isaie, ch. iv, 2 : « En ce temps-là le Germe de l'Ètei-- « nel sera plein de magnificence et de gloire, et le Fruit « de la terre apparaîtra sublime et exalté, etc. » Ce qui fait voir la double nature du Messie Gei^me de l'Eternel et Fruit de la terre, conformément à cette parole de l'Ange à la Vierge accomplissant cette prophétie : o C'est « pourquoi le Fruit qui sortira de vous sera appelé le « Fils de Dieu. » Et enfin, pour ne pas multiplier davantage ces citations, cette autre admirable proi)hétie d'isaïe, qui rend avec une si magnifique douceur la môme vérité: - « CieiLx, distillez la rosée d'en haut, « et que les nues pleuvent le Juste ; que la terre s'ouvre' « et qu'elle germe le Sauveur; que la Justice en même « temps se lève. ), Ch. xlv, 8. - Le nom de Germe ou de Fils, dans les deux sens, divin et humain, céleste et terrestre, est ainsi toujours donné au Messie dans tout l'Ancien Testament; tellement que les Rabbins ont fait du nom de Germe, comme de celui de Fils, la signification propre et caractéristique du Christ ou du Messie

Nous voyons cette signification passée a l'état d'opi-

•0 d'un rabbin converti p. 135, - et surtout Psalmi Davidis, eum .:ndano hebmo, syro, grœeo, latino, argummt. et comment., par (-■enebrard, un des plus savants hommes du seizième siècle

nioii générale, dans la nation juive, quand son divin objet, le Christ, parut sur la terre. C'est à cette régie qu'on le juge et que lui-même se mesure. Toute la question qui s'agite à son sujet entre lui et le monde juif porte sur ce caractère de Fils de Dieu et de l'homme, qu'il s'attribue et qu'on lui dispute, comme étant le propre du Messie. C'est là sa question d'état. Ainsi quand le Prince des prêtres, s'adressant à lui au nom de tout le peuple qui l'entourait et qui prenait une part si passionnée à ce procès solennel de la destinée juive, de la destinée du monde, lui dit : — a Je vous adjure par le « Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ Fils de « Dieu, » il met évidemment entre ces mots Christ et Fils de Dieu un rapport étroit de signification unanimement reçu par tous ceux au milieu desquels il parlait. Et quand le divin accusé lui répond : « Je le suis, et (( vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite dû la (( vertu de Dieu et venant sur les nuées du ciel, » et qu'à cette réponse le Grand-Prêtre, déchirant ses vêtements, s'écrie: u Qu'avons-nous encore besoin de témoins, etc., » évidemment encore, dans l'opinion de tous les témoins de cette scène, ces deux noms de Fik de l'homme et de Fils de Dieu s'accordaient dans leur rapport à un même sujet : Je le suis ; sans quoi la icponse du Sauveur se serait détruite elle-même, et le Prince des prêtres eût été dérouté. (k>lui-ci, au contraire, déchirant ses vêtements et s'écriant : « Qu'avons- « nous (mcoro l)esoin de témoins, » fait bien voir que, d'après ro|iiiii()M reçue, l'accusé avait plutôt confessé (pie dénié sa (puilite de Fils de Dieu, en se disant le Fils de l'huiiitnt; (>l (pie l'uiio et l'autre (juiilificatiou caractérisaient le Christ *.

' l..,ii I i;v;niL.ilt' «'Si pit'in fil- pareils oxeinples. Nous sijiiialdiis

Le nom de Christ ou Messie emportait donc avec lui, comme étant le propre caractère de son sujet, la signification do Fils on double nature, Fils de Dieu et Fils de l'hoinme,a\(iC une telle solidarilo ontrci ces floMx natures, que l'un de ces deux titres répondait pour l'autre, le Fils de Vhomme devant être, dans l'opinion juive, Fils de Dieu, et le Fils de Dieu, Fils de l'homme.

Cette opinion était un ])roju,i(é, résultat puii^sant mais aveugle des tiaditions prophétiques. C'était une énigme, dont son divin objet seul devait apporter le mot. Luimême se plaisait à conlbndro, par cette énigme, la fausse sagesse do ces captieux eimomis, tout en les éclairant, s'ils eussent voulu être éclairés. C'est ce que nous voyons dans cotte scène : les scribes, confondus par la divine réponse que le Christ venait de faire à leurs insidieuses difiicultés, n'osaient plus lui faire aucune question. Alors Jésus, prenant à son tour l'initiative, leur dit : « Com- « ment dit-on que le Christ est le Fils de David, lorsque « David lui- môme dit, dans le livre des Psaumes : Le u Soigneur dit à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite (( jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de « tes pieds. David l'appelle Seigneur; comment donc (( est-il son Fils'? En d'autres termes, le Christ étant Fils do Dieu, comment est-il Fils de l'homme? Tel est le problème dont le Christ prend les termes dans l'opinion publique de ceux qui l'écoutaient {comment dit-on, quomodu dicum), et dont il était lui-UKune la solution.

Mais ce qui est très-remaniuable, comme nous l'avons déjà observé ailleurs, c'est que, de ces deux titres, ce fut celui de Fils de l'homme dont le Christ faisait exclusi-

utout celui qui est contenu dans le beau r«cit de la conversion de ahanaël, au premier chapitre de l'évangile de saint Jean. ' Matih., XXII, 44.

326 l.IVRE III, CHAPITRE II.

veinent usage, en avouant seulement celui de Fils de Dieu. C'est que c'était le titre do sa miséricorde, de son union avec nous, de notre réconciliation avec son Père, du sacrifice d'anéantissement et d'obéissance par lequel m'honorait; et que, par la vertu de ce sacrifice, il allait devenir le titre de sa propre gloire. C'était son titre de combat et de conquête, son titre de règne et de gouvernement. Sans que les Juifs comprissent alors à tous ces points de vue toute la valeur de ce titre, ils y attachaient une signification traditionnelle de mission céleste, de délivrance et de royauté. Seulement la plupart le nationalisaient, et ne comprenaient pas toute la largeur universelle et radicale de ce beau et grand nom de FiLs DE l'homme, devant qui toute distinction de race disparaît, et dont dix-huit siècles de triomphe ont à peine déployé la victorieuse majesté.

Cependant ce grand nom et cette grande figure de Fils de l'homme n'éiaient pas nouveaux pour eux. Plus do quatre siècles avant sa venue, Daniel leur eu avait montré toute la destinée, dans un miroir pro|)héliquo <iui leur en anticipait l'histoire, et '^ui, par cette anticipation prodigieuse, reflète aujoiird'liui sur elle un témoignage éblouissant de divinité: «Je regardais dans une vision « de nuit, dit le Prophète, et voici que je vis comme le « FiU de l'homme qui venait avec les nuées du ciel, et tiui » s'avauça jusqu'à l'Ani ion des jours. Les anges le pré- (( seulèreot à lui, et il lui domia puissance, gloire et u règne, disant que tous les peuples, races et langues le u serviront, ipiesa puissance sera une puissance éleru nollû qui ne lui sera jamais ôléo, et que son royaume « ne sera jamais détruit '. »

Quelle pro[)liétio, quand on la rapproche do l'in3cH}>

Diinif'l. r-h. VII. s, l;<.

lion romaine, que chaque siècle en passant grave plus ppofoiniément : Christus vincitl Christus régnât! C/irisius itnperai !

Ce titr«) de fils, dans lequel le Christ a voulu ôtre glorifié, avait un témoignage prophéticjue plus célèbre encore, sur lequel tout le monde juif avait lesyeux, el que le monde païen lui-môme avait entrevu: c'est cette prophétie d'IsaÏG : « Le Petit Enfant nous est né ; le Fils « nous a été donné; sa domination ei^t sur ses épaules, « et il sera appelé l'Admirahlo, le Conseiller, Dieu, le « Fort, le Père du siède futur, le Prince de la paix; a sonemj)ire s'étendra de plus en plus et sa paix n'aura « point de Un. Il s'assiéra sur le trône de David, et il « possédera son royaume pour raffermir et le renforcer « dans l'équité et dans la justice, depuis ce temps juste qu'à jamais' »

Quel merveilleux accord! quelle suite imposante! et comme c'est bien toujours ce caractère de Aï/», qui est le scea i du Messie, inhorentà sa personne, sa personne môme, soit comme homme, soit comme Dieu! Remarquez surtout ici la particularité solennelle de l'article Le; Le Petit Enfant, Le Fils. Les traductions françaises, laites sur le latin qui n'a pas d'article, disent Un fils : le texte hébreux porte Le Fils *; c'est-à-dire ce Fils incomparable dont le propre, dont le caractère dislinctif est d'ôtre par excellence Fils : Le Fils.

Mais cette prophétie n'est que le jet d'une autre prophétie, qui est connue la sourro, dégagée do toute ombre et dj toute figure, de cette admi«'able (iliation. Nos lecteurs la devinent; nous ne saunons trop la citer :

« Le Seigneur parla à Achaz, disant : Demandez au

' Ch. IX. V. ô et 7.

* DUserlation .vir l« Mi'êtic, pur JaKiuelot.

228 LIVRE m, CHAPITRE II.

« Seigneur votre Dieu qu'il vous fasse voir un prodige, « ou du fond de la terre, ou du haut du ciel. — Achaz « répondit : Je n'en demanderai point, et je ne tenterai « pas le Seigneur. — Et Isaïe dit : Écoutez donc, maison « de David, ne vous suffit-il pas de lasser la patience des u hommes, sans lasser aussi celle de mon Dieu? — C'est « pourquoi le Seigneur vous donnera lui-môme unprou dige. Voici que la Vierge concevra et elle enfantera un « Fils qui sera appelé Dieu avec nous, Emmanuel^. »

C'est ce Fils dont, deux chapitres après, Isaïe dit : Le Petit Enfant nous est né, le Fils nous est donné. — Quel Fils donc?— Le Fils dont il est parlé dans toutes les Écritures sous tant de synonymes divers, qui tous indi- ({uentune filiation merveilleuse, fruit de la terre et du ciel dans son origine, universellement secourable dans sa venue, éternellement glorieuse dans sa fin; plus expressément, c'est Le Fils de la Vierge.

« Que ce soit donc là, dit Bossuet sur cette prophétie, « le glorieux titre du Messie d'être Fils d'une Vierge : « qu'il soit seul caractérisé par ce beau nom. Honorons « ensemble, avec la distinction convenable, le Fils de la « Vierge et la Mère Vierge, puisque le Fils de la Vierge « est le Fils de Dieu, et que la Mère Vierge est Mère de « Dieu; reconnaissons dans ces deux mots, Mère Vierge « et Fi's de la Vierge, la [dus belle relation qui puisse t( jamais être connue; adorons .lésus-Christ comme vrai «' Dieu ; mais confessons à la fois que ce (jui a le plus « jqiproché de lui est ('<'.' Ile (pi'eii se faisant homme il a « daigné choisir pour être sa Mère^ »

Au point de vue que nous nous sommes plus particulièrement proposé et que nous avons suivi à travers

' Is., ch. VII, ii-u,

• Explirafion fJ« la proph(^t)0 d'Isaïe.

ces citations des deux Testaments, admirablement conformes sur ce point, concluons que le Fils de Dieu ne s'est pas fait Fils de l'homme pour être homme, mais qu'il s'est fait homme pour être Fils de l'homme, comme il est Fils de Dieu; que tout Jésus-Christ, toute son œuvre, est dans cette qualité de Fils, que c'est là son rAle, son personnage, son état permanent, ante soient fltahitur nomen ejus,

Or, cette qualité de Fils appelle celle de Mère et lui répond. Elle en tire et elle lui rend témoignage. C'est ce réciproque et glorieux témoignage qui fait du culte de la Mère le corollaire inséparable du culte de Celui dont le propre esl d'être Fils, et qui, ne voulant être honoré qu'en cette qualité, ne peut l'être, sans que cet honneur rejaillisse sur sa Mère.

Marie, sanctuaire du Saint-Esprit.

La plus caractérisée des relations de Marie avec la Sainte Trinité est celle qu'elle a comme Mère- Vierge du Fils de Dieu. Les autres relations sont des corollaires de celle-là, mais des corollaires qui, sans être moins certains, sont moins saisissables, parce que le Père et le Saint-Esprit, auxquels ils se rapportent, n'ayant rien d'humam comme le Fils incarné, se refusent à toutes nos analogies et à toutes nos expressions terrestres. Il ne faut donc pas attacher la môme rigueur à ces ex- I pressions, et il faut considérer les relations qu'elles expriment comme des rayons de la Maternité divine parfaitement distincts à leur naissance, mais qui vont se perdre, en se prolongeant, dans les lumineuses profondeurs de la Divinité.

Ainsi Marie est appelée tantôt épouse du Père, tantôt épouse du Saint-Esprit. Ces deux appellations font bien voir qu'aucune n'est rigoureuse, sans (luoi l'une exclurail l'auti-e. Il n'en est pas de même pour celle de Mère. Marie est proprement et absolument Mère du Fils de Dieu, comme une mère naturelle, avec cette différence, (ju'élanl Vierge, elle n'en est que plus Mère, étant toute à celte relation. Mais on ne peut pas dire de la niAme nianièi-e qu'elle est épouse du Père ou du Saint-Esprit. On a voulu exprimer par là une relation qui tient de l'épouse, mais qui est si merveilleuse qu1l ne faut pas espérer la saisir et qu'il laut se borner à rentievoir.

Mais de ce que nous ne pouvons que l'entrevoir, il ne faut pas renoncer à la considérer, pour l'honneur de notre foi et la satisfaction de notre intelligence.

Pénétrons donc ces hauts mystères, jusqu'au point où il plairaà Dieu de nous arrêter. Nous en verrons toujours assez pour notre admiration, et pour la grandeur

de Marie.

Marie peut être appelée l'épouse du Père, parce qu'elle a avec lui un commun Fils. Elle peut l'être aussi, parce que la virginale conception qui lui a fait engendrer ce Fils sans père, dans le temps, est une parlicipalinn virtuelle à la i)alernolle génération de ce même Fils sans mère, dans l'élernité, et a concouru avec elle à le produire dans lo monde.

],a irès-sainle Vierge peut ôlro appelée moins proprement l'épouse do l'Eapril-Sainl. On l'appelé ainsi, parce rpie c'esl par l'opération de ce divin Es{)ril qu'elle H couru le Fils d(» Dieu ; mais celte mystérieuse opéra» lion se refuse à l'annlogio tirée do l'union de l'époux et de l'épouse, n'ayant pn^< été génératrice, mai? purement forniatrice. C'est par l'opération, el non par aucime portion de l'Esprit-Saint, dit un docteur, que l'Homme-

Dieu a été formé dans le sein de Marie. Ce divin Esprit ne l'y a pas engendré, mais créé. Il l'a conrii par sa puissance, non de sa substance; par sa vertu, non par sa génération. Homo namque assumptus exMaria^ operatio Spmtits Sancti fuit, non portio; nec ab eo genitns, sed creatus; conccpfvii nat pofrnfia, non sfl/sfonfio ; virtufe, non génère ^

C'est poiirquni on n'a jamais dit, et il serait absolument faux de dire que le Saint-Esprit est père de Notre- Seigneur. Engendré de la seule substance de Marie dans le temps, comme de la seule substance du Père dans l'éternité, il est le fruit de ces deux virginales généralions, par l'opération unitive du Saint-Esprit, dont Marie est plus justement appelée le Sanctuaire.

En pénétrant dans ce sanctuaire, laissons loin derrière nous la diaussure de nos pieds ; je veux dire toutes nos basses imaginations; parce que le lieu où nous sommes est une terre sainte; et ne nous souvenons de la chair que pour nous en humilier.

Marie a conçu du Saint-Rsprit^ et le Verbe a été fait chair . Pour savoir ce que renferme cet article de notre foi, nous n'avons qu'à nous demander ce qu'est le Saint- Esprit. Le Saint-Esprit est l'auteur de tous les dons, la forme et la source de toutes les vertus. C'est donc de toutes ces vertus qu'a été conçu le Verbe dans l'âme et dans le sein de Marie.

Je dis dans l'àme et dans le sein de Marie; car les vertus ont leur siège dans l'àme, et c'est de l'àme, comme du foyer de son opération, que le Saint-Esprit a influé dans le sein de Marie.

Le Saint-Esprit, dans sa plus haute acception, est l'é ternel amour : cet amour dont le Père aime le Fils et

' Pascarius de Spiritu Sanoto. ch. n.

dont il en est aimé; qui a porté Dieu à créer le monde pour la gloire de ce Fils, et ce Fils à s'immoler pour le salut du monde et la gloire de son Père. Ce divin amour dont Jésus-Christ est venu apporter le feu sur la teri-e, et qui, des Apôtres sur lesquels il descendit en traits de flamme, a gagné tout l'univers, et l'a embrasé des saintes ardeurs de la charité, s'est d'abord concentré dans l'âme de Marie, comme dans le premier foyer de sa création ; et il y a été si pur, si vif, si saint, qu'il y a attiré son divin objet, le Verbe, qui, de l'àme, a rayonné dans le corps virginal de Marie, et s'y est fait chair.

C'est là le sens de ce que nous lisons si souvent dans les saintes Lettres et dans les saints Pères, que le Christ a été conçu du Saint-Esprit, que Marie l'a conçu par la foi, qu'elle a engendré le Verbe dans son cœur, avant de l'engendrer dans son corps, etc., etc. Toutes choses que nous ne prenons qu'au figuré, et auxquelles nous n'attachons qu'une attention éphémère, comme dictées par la subtilité de l'esprit, et qui cependant sont la raison exacte de la conception du Christ; tellement, qu'il serait difficile d'employer d'autres expressions.

Cette sublime opération est un mystère : elle est incompréhensible ; mais elle ne l'est pas plus, en soi, que le mystère naturel de la conception humaine; elle l'est même moins, étant plus conforme ù la prééminence de l'ùme sur le corps. Elle était surtout d'une convenance admirable, soit avec la nature du Verbe, soit avec l'objet de son incarnation.

Le Verbe préexistant à son incarnation est Dieu \mv nature, et par conséquent esprit pur, vierge, saint. Il est le Saint par essence. En prenant une chair, il devait lui transférer ses privilèges de spiritualité, de virginité et de sainteté, et en imprimeries caractères dans la con-

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