MARIE, SANCTUAIRE DU SAINT-ESPRIT
ception de cette chair au sein d'une femme. Le Saint devait être conçu saintement; l'Admirable devait naître admirablement. La conception ordinaire des hommes, qui est déjà un triste et humiliant renversement de la domination de l'àme sur le corps, eut été, au regard du Verbe préexistant à son incarnation, absolument incompatible avec sa nature. Loin de porter atteinte à cette domination de l'âme, à cette virginité, dans l'être privilégié qui devait devenir le tabernacle de son incarnation, il devait l'accroître, l'élever à une sublimité incomparable de pureté et de sainteté; et c'est par cette élévation de l'âme de la Sainte Vierge, qu'il devait prendre chair dans son corps.
Mais s'il devait en être ainsi par rapport à l'origine du Verbe, qu'est-ce donc par rapport à l'objet de sa venue? Toute l'économie de l'Incarnation a été adaptée à ii cette unique fin, que les hommes qui, par le péché, I étaient devenus charnels jusque dans l'esprit, devinssent spirituels jusque dans la chair. Pour cela, la spiritualité par essence devait être infusée en chair. Mais cette chairnous étant ainsi offerte par Dieu comme principe et comme spécimen de notre purification spirituelle, tout le dessein que la Sagesse divine se proposait eût été renversé, si cette infusion de la spiritualité du Verbe, au lieu de se faire d'une manière spirituelle et incorruptible, eût été le fruit d'une conjonction charnelle. Comment cette chair aurait-elle inoculé dans notre âme la virginité qu'elle aurait blessée dans sa mère? Comment aurait-elle été le fondement de notre régénération spirituelle, si elle eût été le fruit d'une génération charnelle?
Admirable correspondance, au contraire, harmonieuse relation que celle que nous offrent ces deux mystères de la conception du Verbe par l'opération du Saint-Es-
:^:-iI LivRB m, chapitre ii.
prit, et de notre sauclification par la chair du Verbe 1 Comme il était convenable, comme il était rationnel que cette chair du Verbe, qui devait enfanter les vertus dans nos âmes, fut enfantée elle même par les vertus dans le sein de Marie, et que ce Pain des élus, qui devait faire i £?ermer les vierges, fût fait du pur froment de la virginité! Comme ces deux mystères s'expliquent et s'attestent réciproquement : la naissance du Christ et la renaissance des chi'éliens ; la génération du Verbe et notre régénération; l'Incarnation et l'Eucharistie ; l'Incarnation, conception de la chair du Verbe par le Saint-Esprit dans le sein de Marie, l'Eucharistie, conception du Saint-Esprit par la chair du Verbe dans l'âme des chrétiens! l'Eucharistie rend ainsi à l'esprit la divine semence que l'Incarnation lui a empruntée, et, par la spiritualisation de la chair du Verbe en nous, nous fait voir, nous fait expérimenter par contre -épreuve, • t dans son but, l'incarnation de sa divinité dans Marie.
Mais h quelle hauteur incomparable de dignité et de sainteté, à quel merveilleux ministère de grâce cette belle vérité n'élève-t-elle pas Marie ! Dieu a été avec elle ■ seule, avant de l'ôlre avec nous; elle a eu dans sa source] cette grôce do: t nous n'avons que des écoulements; que dis-je?elle a enfa'Mé celui qui nous enfante, l'Autei-même de la grâce. El quelle supériorité dans cet enfn tement, pui3(iu'il a lieu par l'esprit, par l'âme, par uîie relation immédiate, pure, simple, et non sacramentelle avec la Divinité! Ce que nous avons en résultat et par tous les moyens extérieurs et sensibles qui consli'ucnti l'organisme sacramentel du Christianisujo, elle l'a eiT en principe, sans l'entremise d'aucun moyen, par un abouchement immédiat, si j'ose ainsi dire, avec la Divinité, P^re, Fils et Saint-Esprit, par investissement de la vertu du Trt'S-M.uU qui l'a pénétr''''^. remplie, inondf^e