‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 63 sur 87 · Tome II. in 3. p. disp. 1. sect. S · texte numérisé non relu

Tome II. in 3. p. disp. 1. sect. S

et c'est en ce sens qu'on doit expliquer les Pères, qui parlent plus avantageusement de la qualité d'enfant de Dieu que de celle de sa Mère. Mais si on la considère moralement, en tant qu'elle renferme tous les dons, les grâces et les avantages qui sont l'apanage de cette éminente dignité, alors la qualité de Mère de Dieu est infiniment plus noble que celle d'enfant adoptif de Dieu. Ainsi ce qui fait la grandeur de la dignité de Mère de Dieu en Marie, c'est d'y être élevée par celle de Fille de Dieu, d'une manière proportionnée à cette grandeur, laquelle à son tour vient s'y ajouter comme le comble.

C'est là le sens de cette grande parole de Jésus-Christ que l'hérésie oppose si légèrement à la très -sainte Vierge. « Comme on disait : Voilà dehors votre mère et « vos frères qui vous cherchent, il répondit : Qui est ma « mère et qui sont mes frères? Et regardant ceux qui a étaient assis autour de lui, il dit : Voilà ma mère et « mes frères. Car quiconque fait la volonté de Dieu, « celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère '. » « — 0 douces et ravissantes parole'?, dit Bossue l : les fidèles sont ses frères! Ce n'est pas assez, ils sont ses frères et ses sœurs ; c'est trop peu, ils sont ses frères, ses sœurs et sa mère. Notre Sauveur nous aime si fort, qu'il ne refuse avec nous aucun titre d'affinité, ni aucun degré d'alliance'. » C'est par cette qualité de fidolc, qui nous constitue tous frères de Jésus-Christ et enfants adoptifs de Dieu, et qui nous est commune avec la Sainte Vierge, mais élevée en elle à sa plus haute puissance, qu'elle a mérité d'être réellement Mère de Dieu.

Le principe de sa grandeur est donc de la même nature; mais, ce qui lui est particulier, c'est le degré

' Marc, ch. m, v. 32.

' Troisième Rermori sur la Nativitf^.

MAIÎIK, SANCITAIRE Dt' SAIXT-KSPRIT. ."Ml

incomparable auquel il a été porté en elle. Elle a été la fille de Dieu, la servante du Seigneur, jusqu'à devenir sa Mère. Les grâces dont elle a été comblée n'ont pas d'autre source que celles qui nous sont départies, source unique qui est Jésus-Christ. Mais elle en a été remplie jusqu'à enfanter l'Auteur même de la grâce. Ce qui s'explique, parce que cet auteur de la grâce, étant Dieu et homme, a pu, en tant que Dieu, se faire lui-même la mère qu'il devait avoir comme homme.

S'il dépendait de nous de faire notre mère, quelle perfection ne lui donnerions-nous pas ! et si pour cela nous avions la puissance môme de Dieu, les dons de sa sagesse, y aurait-il un seul de ces dons, une seule grâce, une seule vertu dont nous ne voudrions qu'elle fût ornée, comme l'àme de notre âme et comme le sanctuaire vénéré de notre culte et de notre amour? Or, c'est ce que le Fils de Dieu a pu faire : c'est par conséquent ce qu'il a fait. Et lui-même l'a déclaré par cette parole de l'Esprit-Saint : Sapientia œdificavit sibi domum\ « La sagesse s'est bâti à elle-même une demeure. »

Quelle grande idée cette parole nous donne de la trèssainle Vierge! La Sagesse éternelle qui se bàtil à ellemême un palais I Cette Sagesse a bâti l'univers et l'a orné de toutes ces merveilles que nous y contemplons et qui faisaient chanter au Psalmiste : Quant magwficata sunt opéra tua, Domine, omnia in sapientia fecistif El ce palais de l'univers n'est que pour l'homme ! quel sera donc celui que la Sagesse se bâtira pour elle-même I Rappelons toutefois ce que nous avons exposé, dans le premier livre, que par l'homme, pour lequel l'univers a été fait, il faut entendre l'homme par excellence, l'Homme-Dieu, la Sagesse incarnée, qui devait venir

' Prov.. IX, 1.

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dans le mondï*; et dont nous sommes tous, selon la belle expression de saint Paul, la maison. En ce sens, on doit appliquer à l'univers la parole de l'Écriture : Sapientia œdifkavit sihi domum. Mais ce n'est là que la partie extérieure et matérielle de son palais ; et si elle y a prodigué tant de merveilles sensibles, qu'aura-t-elle donc fait pour ce tabernacle intérieur et spirituel, pour ce pavillon royal qui, entre toutes les créatures qui composent l'univers, devait être plus particulièrement sa demeure! Par les beautés visibles de la terre et des cieux, jugez des beautés invisibles de l'àme de Marie, qui est la demeure unique et personnelle que la Sagesse éternelle s'est bâtie pour elle-même, dans la demeure générale de l'univers!

Mais quelque idée que nous nous fassions de la préparation d'une telle demeure par un tel Ouvrier devant en être l'hôte, elle est effacée par une idée plus sublime encore, et pour laquelle il n'y a i^lus de proportions : c'est celle de la grandeur que cet Hôte divin lui-même y a apportée.

Ici nous nous trouvons en pleine vérité doctrinale, d'autant plus certaine dans les conséquences que nou^ allons on tirer pour Marie, que ce n'est pas sur une autre vérité (pie s'élève notre propre grandeur. De sorte quo, à moins d'abdiquer la nôtre, il faut reconnaître et honorer la sienne; à moins de ne pas ôtre enfant de Dieu, il faut être dévot }\ la très-sainte Vierge.

Suivez cette démonstration ; elle est facile :

La donnée du Christianisme est des plus simples : c'est l'action d'un père, d'une mère, do tout ce qui est grand et bon envers ce qui est petit et faible. Dieu s'abaisse pour nous élever. Il s'anéantit jjisqu'à l'homme, pour relever l'homme juscpi'à lui, et le relover par la njome voio par laciuollc il s'est anéanti. De telle sorte que lu

niesur*^, coiumc la voie de notre grandeur, est celle de son abaissement. Vérité tellenient rigoureuse que les saints Pères se sont servis pour l'exprimer de l'image d'une balance, dont un plateau monte, dans la proportion exacte où l'autre plateau descend. Ainsi, en se revotant de notre humanité, le Verbe nous a revêtus de sa divinité; en se faisant Fils de l'homme, il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Deus homo factus est, dit saint Augustin, ut homo feret Deus. C'est là tout le Christianisme. Revôtez-vous de Jésus-Christ homme, de ses souffrances, de son humilité, de son anéantissement, et vous vous trouverez revêtu de sa félicité, do sa force et de sa divinité. Portez sa croix et vous porterez sa couronne. Infailhble vérité qui subsistera éternellement quand le ciel et la terre auront passé.

Jésus- Christ, qui est le moyen de son accomplissement, en est aussi le modèle. En lui, l'homme est élevé dans la proportion où le Dieu est abaissé. Il est Homme- Dieu dans la proportion où il est Dieu-Homme. En échange du service qu'il tire de sa nature humaine pour lionorer son Père et sauver le monde par l'anéantisoment dont elle lui procure le moyen , il lut transfère les prérogatives de sa nature divine, et l'élève à sa gloire étemelle, la retenant unie à jamais à sa personne, afln qu'ayant été à la peine, elle soit aussi à l'honneur.

Cette union glorieuse de l'homme à Dieu, en Jésus- Christ, qui en fait un seul Homme-Dieu, est unique et incomparable, étant personnelle. Nul homme ne peut être uni à Dieu d'une manière aussi merveilleuse.

Mais autant qu'il est possible d'approcher d'une telle union, à laquelle nous sonmies tous ap))elés comme devant être les membres de Jésus-Christ, la très-sainte

Vierge en approche, à une distance incommensurable de toutes les autres créatures.

Pour comprendre le titre de cette glorieuse et incomparable approximation, il faut rappeler que c'est en Marie et de Marie que le Fils de Dieu a pris cette nature humaine, par laquelle se fait en lui notre union et notre déification. De sorte que c'est la Vierge Mère, après l'Homme-Dicu, qui doit la première, et d'une manière qui ne ressemble à aucune autre, profiter de cet échange entre la nature humaine et la nature divine, qui constitue le miséricordieux commerce du ciel avec la terre.

Si, en vertu de cet échange, elle doit recevoir dans la proportion de ce qu'elle donne, être élevée dans la proportion où elle contribue à l'anéantissement du Verbe, quelle doit être sa richesse et son élévation, puisqu'elle est l'abîme d'humilité en qui Dieu s'est anéanti, abîme d'humilité qui appelle par conséquent lui abîme de grandeur!

Saint Paul dit du Fils de Dieu : « Comme il était « dans la forme de Dieu, il s'est anéanti prenant la « forme d'esclave, fait à la ressemblance des hommes, u et ayant été reconnu pour homme par les dehors... « C'est pourquoi Dieu l'a élevé et lui a donné un nom « qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de « Jésus tout genou flécliisse au ciel, sur la terre, et dans « les enfers. » Mais cette forme d'esclave qui, pour avoir servi à ranéantissomcnt (hi Verl>e en partage la gloire à jamais, c'est Marie qui l'en a revôtu, c'est de Marie qu'il l'a prise, e'est la substance môme de Marie. D'elle, par conséquent, on peut dire aussi : « Coslpovr- « çvoi Dieu l'a élevée et lui a donné un nom qui est, « après celui de son Fils, au-dessus de tout nom. »

En un mot, si c'est par la chair du Verbe que nous sommes revêtus do son esprit et que nous recevons le

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