‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 64 sur 87 · MARIE, FILLE DE DIEU · texte numérisé non relu

MARIE, FILLE DE DIEU

pouvoir, comme dit saint Jean, d'être enfants de Dieu, qui peut dire, qui peut comprendre l'intimité sublime de ce revêtement spirituel, de cette filiation divine, dans celle qui est le principe de la chair du Verbe, qui est sa Fille, par conséquent, aussi étroitement qu'elle est sa Mère, qui est revêtue de sa divinité dans la proportion où elle le revêt de son humanité, et vestis illum et vestiris ab illo, comme dit saint Bernard; et qui, comme nous l'a montré saint Jean, nuage sous lequel le soleil de justice s'est levé sur nous, est tout investie de sa splendeur, Mulier amicta sole!

« Contemple ! ô homme, dit saint Amédée, et sois u frappé d'admiration à une telle merveille. Jérémie (c avait déjà annoncé que le Seigneur ferait une ciiuse « inouïe sur la terre, qu'une femme y revêtirait un homme*. « Mais voici que cette même femme qui le revêt en est ■' revêtue; le revêtant de sa chair, elle est revêtue de

son esprit; revêtant l'homme nouveau, elle est revê- " lue de l'homme nouveau; le revêtant et l'engendrant, « elle en est revêtue et engendrée; l'engendrant en « forme terrestre, elle en est réengendrée en forme cé-

Enfin, selon l'expression toujours si mesurée de l'Ange de l'École, Marie, unie spirituellement au Verbe Dieu, par la môme opération qui le lui unit corporelle- I lient, « atteint presque et confine aux frontières de la « Divinité, » sua operatione fines Divinitalis propinquius attiwjit ' ; et, selon la parole de Jean Gerson, plus dis- « tante en dignité et en gloire du Séraphin que celui-ci

' Jércmie, xxxi, 31.

S. Thom., 1, p. 9, 25, a. b.

346 LIVRE lïl, çhapitRs xî.

M ne l'est du Chérubin et do toute la milice céleste, elle (( constitue à elle seule une hiérarchie qui est immédia- « lenient la seconde au-dessous de la Trinité du Dieu « Suprême.» Vùgo sola constituât Ilierarchiam secumdam sub Deo trino et uno Hierarclià summo : plus enim distat Virgo à Seraphim in dignitate et gloriâ, quam Seraphim à Cherubim ^.

C'est à cette incomoîensurable profondeur de gloire que l'humble Vierge de Nazareth, Épouse du Père, Mère du Fils, Sanctuaire du Saint-Esprit, Fille du Très- Haut, nous apparaît, comme le prisme en qui les Personnes divines se conconti-ent et se distinguent à nos regards; comme le miroir sans tache, et en quelque sorte comme l'ostensoir de la Trinité.

' Q^rsou, Tract, iv, Supir MagnifieaL — Je ne cilorai ici que pour mémoire le langage de saint Cyrau sur la Sainte Vii^rge. Ce langage est beau et curieux comme émanant du Jansénisme, qui n'a pu cependant se plier au culte de Marie sans lui communiquer sa dureté, par une altération du caractère de sa grandeur : « Vous « désirez que je vous dise quelque oliose sur la fête de l'Incar- '< nation : il faut qu'en ce jour et en tous les autres que l'Église '( consacre à la Sainte A'ierge, nous lui rendions ce que nous lui « devons. Sa grandeur est terrible. Pour la révérer, il ne faut que « savoir qu'elle est le chef de l'Ange : en montant des créatures à « Dieu au-dessus d'elles toutes, vous trouvez la \'i(Mge; et en desn cendant de Dieu aux créatures, api'ès le Saint-Esprit , .vous la « rencontrcï.. .. » (Cité par Sainte-Beuve, Port-Royal, t. I, p. 353.)

MABIi», FILLE DE BIEU. 34T

Page 1