CHAPITRE III
MARIE, FORMANT DE NOUVEAUX RAPPORTS ENTRE LES PEKSOXNES DE LA SAINTE TRINITE, LA COMPLETE DANS SON ŒUVRE.
Ce n'est qu'après les docteurs que nous osons dire que Marie complète la Trinité dans son œuvre '. Si hardie que soit cette expression, il faut en accuser moins ceux qui l'emploient que l'indigerce en un pareil Seijet du langage humain qui la fournit; car si elle est impropre en ce sens que rien ne saurait manquer à la- plénitude de l'Être Souverain en lui-même, elle est juste en ce sens qu'il a plu à Dieu de tirer des trésors de cette [•lénitude de nouveaux rapports qui en complètent et en rehaussent la manifestation av. dehors, et de les former, de les nouer par Marie.
En ce sens, notre proposition est tellement incontestable qu'elle n'a pas besoin de démonstration. Nous allons nous borner à on énoncer les termes, soit parce qu'ils portent en eux-rnôraes leur propre justification, soit parce que nous en avons déjà donné en partie l'explication dans notre premier livre.
C'est un sublime caractère de la grandeur de Marie, que ce (jui confond le plus dans cette grandeur est en même temps ce qui est le moins discutable.
Que ses censeurs nous reprochent de l'appeler des noms de Mère de la divine Grâce, Mère de la Miséri- I orde, et de tous les autres noms que notre foi, notre
' Conterison, Theol. tplrit. et ment., t. III, lib. VI, cap. u. — l,i)zerda, Marin, ef/ljies Trini(., Acad., 1, Secl. Tii. — Vega, TlieoL, ^Tariam Palwstra, XXXI. — Dargentan, Giand. de la S. Vierge, i. I, I'. S5. — Le cardinal de B<^rnilP. (lrandetir$ di' Jésus, etc.
amour et notre reconnaissance lui décernent, seraientils bien avancés, s'ils venaient à effacer ces noms, puisqu'il en resterait un qui les renferme et les surpasse tous, et qu'à moins d'impiété, ils sontol)lig'és d'inscrire eux-mêmes : le nom ineffable de Mère de Dieu!
Il en est ainsi de toutes les grandeurs de Marie : les plus sublimes sont les plus inattaquables.
Par exemple, ici, quand nous disons que Marie complète la Trinité, en ce sens que sa Maternité sainte établit de nouveaux rapports ad extra entre les Personnes divines, nous ne disons rien à quoi un catholique, ua chrétien, un protestant même, s'il n'a renié Jésus- Ciirist, ne doive souscrire.
En effet, d'abord, par rapport au Père :
Quelque antériorité de principe qu'il y ait dans le Père, engendrant son Fils et l'envoyant, et dans le Fils et le Père, produisant et envoyant le Saint-Esprit; cependant le Père, le Fils et le Saint-Esprit étant substantiellement un seul Dieu, sont égaux en nature, et aucun des trois n'est inférieur et sujet aux autres. Toute leur divinité suprême passe et circule en ({uclque sorte dans leurs relations, et les rends indépendants, d'une indépendance qui n'est réciproque ique parce qu'elle Jeur est commune.
Ainsi en a-t-il été de toute éternité.
Mais au jour, au moment, où Marie concourt par aon humilité à l'Incarnation du Verbe, ce Verbe, Fils de Dieu, devient par la nature humaine qu'il revêt de Mario, d'égal à soa Père, sou inférieur, son sujet, son adorateur ; et parla, chose merveilleuse, et aussi solide que merveilleuse, en retour de la grandeur que le Père donne à Marie, en l'associant à sa génération et la faisant son Épouse, Marie procure au Père une gloire