MARIE, COMPLÉMENT DE LA TRINITE
nouvelle, en lui donnant autorité sur son fils, et en le faisant son sujet. Car celte autorité que Marie ellemême a sur ce Fils, le Père ne l'avait pas avant elle, et il ne l'a que par elle. Un môme instant, un môme point, un môme /m^ donne sujet et commencement à l'autorité de Marie et à l'autorité du Père éternel sur leur commun Fils, et on peut dire de ce Fils, par rapport à Marie et au Père céleste, ce qui en est dit par rapport à Marie et à Joseph qui n'était que l'ombre de celte céleste Paternité, et il LEUR était soumis, et erat subditus illis; associant dans ce seul mot illis Marie et le Père éternel. « 0 granu deur de celle humble naissance du Fils de Dieu! s'é- « crie le cardinal de Bérulle; ô sociélé honorai)le de la « Vierge et du Père éternel au point de leur autorité « sur Jésus! ne respecterons-nous point deux pouvoirs (i si conjoints? Ne servirons-nous pas, bien que diffé- » remment, et la Majesté du Père et la Majesté de la « Mère; deux Majestés si saintes, si semblables? Ne « dépendrons-nous pas volontiers des deux puissances « si élevées, qui ont un même objet pour sujet, et un u môme moment et mystère pour origine de leur puis- « sance ? 0 grandeur de Marie ! vous êtes Mère de celui « dont le Saint-Esprit (sans défaut toutefois) n'est pas I Père. Vous clés Mère de celui dont le Père seul entre
les personnes divines est Père : Et le Père éternel qui u vous devance une éternité en la production de son « Fils, ne vous devance pas d'un seul moment en <^ l'exercice de son autorité sur lui. El en vous et dans « ^os flancs commence ainsi la première puissance sur « un si digne sujet, et la plus haute, la plus digne, la « plus souhaitable puissance que le Père éternel aura
jamais, qui est la puissance sur son Fils incarné'. »>
' De l'État des Grandeain de Jéms, Discours xi.
350 LIVRE m, CHAPITBB III.
— « Car, reprend excelleraraenl l'éloquent et pieux car- « diiial, il n'est entré en l'usage de celle puissance que « parce divin mystère. Mystère auqu.l Dieu, qui ne « peut s'agrandir en soy-mêiue, s'agrandit en son œuvre, « qui le rend Dieu pour jamais de celui dont il est Père « de toute éternité. Mystère qui parce moyeu rehausse « et agrandit l'État et la Couronne du Père éternel, (( d'une dignité infmie. Car ce n'est comme rien à Dieu « de commander aux créatures ; mais commander à un ({ Sujet si digne, qu'il est infini en sa dignité, qu'il est « Dieu en sa nature, qu'il est Fils unique de Dieu en sa (i personne ; c'est chose digne de Dieu même ; son pou- (i voir et son commandement ne peuvent monter {)lus « haut, et son domaine est rempli de toute la grandeur « et dignité qui lui peut appartenir. 0 grandeur! ô « abyme ! 0 bonté du Père qui ne veut point réserver « à soy seul cette nouvelle puissance, et qui la coramu- « nique à cette Vierge sainte, par qui il l'acquiert. Et H des esprits faibles et peu connaissant les mystères « de Dieu ne voudront pas entrer en servitude au re- « gard de Celle avec hniuelle le Père éternel semble <( partager sa quahté, sa puissance et son autorité sur <( son Filsl Laissons ces esprits en leurs basses pensées...'. »
La longueur de cette citation nous a paru néce-saiic pour accoutumer l'esprit de nos lecteurs à une vérité aussi sublime et aussi infréquentée, bien qu'elle ne soit que le coiinnentaii-e en quelque sorte du cantique de Marie elle-mômo : Magnifient anima mea Dominum, mon ème exalte, fait grand le Soigiiotir !
Ainsi, en effet, Marie concoui l à donner au Père une gruiideur infinie c^u'il n'avait pas dans le monde, en lui
' IIêi t'I'tal lii't (ifiiuilflin'* ih' Jr»ux. I)isi'mirfi xi.
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nssujetiissanl son Fils; et, on ce sens,' rehausse, complète sa MujoslG de toute la différence de valeur qui existe entre l'hommage des créatures et celui du Fils de Dieu.
Marie ne glorifie pas moins la Trinité dans la personne de ce Fils ijue dans celle du Père.
Ce Fils en elfet, comme nous l'avons vu, en s'anénntissant dans le sein de Marie, y piHjnd une vie nouvelle, une vie humaine, laquelle, en retour do la gloire et de la satisfaction qu'elle procure à son Père, reçoit de lui une gloire absolument divine : « Je vous ai glorifié sur « la ter e, disait-il lui-même à ce Père céleste; j'ai « consommé l'œuvre que vous m'avez donnée à faire, « Et maintenant, vous Père, glorifiez- moi en vous- « inème de la gloire que j'ai eue en vous, avant que 1<^ « monde fût'. »
Avant de s'incarner dans le sein de Marie, ce Fils bien-aimé du Père éternel avait en lui la gloire, c^jmme Fils de Dieu. Par l'Incarnation, par Marie, il va avoir cette même gloire, comme Fils de l'homme; doublement par conséquent, et d'une façon bien plus merveilleuse et glorieuse, si j'ose ainsi dire, comme Fils de l'homme que comme Fils de Dieu. Comme Fils de Dieu, Dieu luimôme, il ne pouvait pas ne pas avoir cette gloire; elle était inhérente à sa nature divine, cette nature môme dans sa splendeur. Mais comme fils de l'homme, créature, issu d'Adam, chargé des péchés du monde, maudit <le la terre et du ciel, abandonné de son Père môme sur la croix, n'étant plus un homme, mais un ver, comme il le dit lui-môme par la bouche de son prophète : Vermis sum et non homo : en cette nature humaine, être glori-
' Ev. s. Jeau. ch. xvii, 5.
fié de la même gloire que celle qui revient à sa nature divine, être élevé dans le sein du Père, entrer dans la Trinité, y apporter l'homme à l'égal du Dieu; et, chose plus merveilleuse encore! exercer les prérogatives de la divine Puissance plus particulièrement comme Fils de l'hotmne ;\oir tout genou fléchir à ce nom, au ciel, sur la terre et dans les enfers, le Père céleste lui-même se dessaisir du pouvoir de juger pour le remettre au Fils de l'homme, afin que tous honorent ce Fils, comme ils honorent le Père', quelle prodigieuse gloire! Et. c'est de Marie que le Fils de Dieu tire cette nature et cette qualité de Fils de l'homme, en qui il est ainsi glorifié.
Ainsi, du Fils comme du Père, Marie a le droit de dire, de chanter : Mon âme magnifie le Seigneur!
Marie enfin glorifie également la Sainte Trinité dans le Saint-Esprit.
De toute éternité le Père engendre le Fils, et le Père et le Fils produisent le Saint-Esprit. Mais le Saint-Esprit n'est le principe d'aucune production personnelle.
Par la Sainte Vierge, et dans la Sainte Vierge, il le devient.
Et de quelle production ! du Fils, en tant qu'homme. C'est par son opération, on effet, que le Fils de Dieu est conçu dans le sein de Marie. Par là le Saint-Esprit acquiert sur le Fils, dans son iiumanilé, une autorité qu'il n'a pas sur lui dans sa divinité. Autorité rendue visible lors (lu baplômc de Jésus-Christ, lorsque « les cieux fu- « rent ouverts et que l'Esprit do Dieu descendit comme « une colombe et vint sur lui '. « Autorité qai n'est pas
' Ev. s. Jean, ch. v. 2«, S3.
' Mallh., m, 18.