‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 69 sur 87 · MARIE, MÈRE DES HOMMES · texte numérisé non relu

MARIE, MÈRE DES HOMMES

ses dévouements, de sa chaleur et de sa substance maternelles. Cent fois elle le réenfante à la vie, elle le dispute à la faiblesse, aux dangers, à la maladie et à la mort. Et quand elle a fini cet enfantement prolongé à l'existence, elle commence d'autres enfantements à la vérité, à la vertu, à la famille, à la société, à la religion, qui la rendent autant de fois mère de l'objet unique de tant d'amour, de tant de soins. Elle ne cesse de l'assister en intervenant dans tous les chocs auxquels il est exposé avec l'autorité du père, la partialité des frères, les exigences des maîtres, les écueils de l'inexpérience et des passions, les épreuves de la vie dont elle reste pour lui le port, après même qu'il est embarqué dans ses orages, et dont son souvenir est comme l'étoile, quand la mort a glacé ce cœur.

On peut ne pas avoir d'épouse, de fille, de sœur, mais de mère ! non : tout homme a eu une mère, et le souvenir de cette mère revient toujours et triomphe le dernier. Caché et comme retranché au fond du cœur le plus oublieux ou le plus perverti, seul, souvent, ce sacré souvenir a la puissance de l'attendrir et de le purifier, et il reparaît dans le malheur ou le danger, avec la pensée de Dieu, comme le confident et le recours le plus instinctif de la nature humaine.

Comment donc un sentiment aussi profond, une relation aussi intime, une affection aussi sainte, auraitelle été négligée dans un système de religion visiblement formé sur la nature et sur la famille humaine? L'humanité tout entière, dans cette religion, forme en Jésus- , Christ une famille de Frères : elle a un Père qui est aux ( cieux : il lui faut une Mère, si le cœur de l'homme n'est j pas fait au hasard, et si la Religion qui s'adresse à lui j vient de son Auteur. J'en appelle à témoin les tristesses, j les abattements, les craintes, les misères et les dangers

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de ce cœur qui, dans toutes ses agitations, cherche poulies déposer, et pour les transmettre à Dieu, le sein d'un© mère.

J'en appelle à témoin Dieu iui-mome. Ce qu'il aime, ce qu'il convoite le plus en nous, c'est la conflance. Tout est disposé dans sa conduite pour provoquer en nous co sentiment par la manifestation do son amour, et nous apprivoiser, en quelque sorte, par ses avances. Déjà dans l'ancienne loi, comme s'il eti été impatient de se révéler à nous sous cet aspect, il épuisait, il forçait toutes les expressions du langage humain dans lequel il était comme enfermé, jusqu'à ce que le temps fût venu où il briserait ce moule, etnous apparaîtrait en personne. Ur, parmi toutes ces expressions, toutes ces images que Dieu revêt, et qui n'étaient que les préludes et les figures des réalités de la loi de grâce, il n'a pas dédaigné de se comparer à une nourrice qui porte ses enfants dans ses bras : £t ego qua&i Nutritius Ephraïm ♦, à une mère qui les caresse et les console : Quomodo si cui mater blandiatur, ita ego comolabor vos*. Il renchérit même sur cette comparaison, et veut aller plus loin quelecœurd'une mère, dans cette incomparable parole : « Une mère peut-elle oublier son enfant, et ne pas avoir « pitié du fruit de ses entrailles ? Eh bien ! si elle l'ou- « bliait, moi je ne t'oublierai pas. » ISumquid oblivisci potest millier infantem swim, ut non miscrcaiur filio utcri mi ? et si illa oblita fuerit, ego tamcm non obliviscar tui^. On dirait qu'il est jaloux, dans son amour, de tous les sentiments de tendresse par lesquels il nous a unis les uns aux autres, et plus parliculièromenl de son chef-d'œuvre, de la mère.

' Osée, XI, 3.

' Isaïe, Lxvi, H.

• thi,l.. ri.fX. 15.

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Dans cet ordre de vues, ce n'était pas assez évidemment pour Dieu dese faire iiomnie. Tout miséricordieux, tout attrayant qu'est notre divin Sauveur, il est homme, et ce caractère, en soi, ne nous inspire pas, dès l'abord, autant d'abandon que celui de la femme. Il est Dieu, surtout, il est Juge, et par là il ne laisse pas de nous inspirer de la crainte. Il étaitdonc convenable à sa condescendance et à notre misère, qu'entre lui et nous il plaçât la femme, dans son caractère le plus pur et le plus indulgent, la mère; qu'il en empruntât le ministère et les sentiments ; de telle sorte que cette femme, à laquelle il confierait ce rôle, fût asse? approchée de sa Divinité pour eu i;icliner vers nous les grâces, et assez di.«taiit«i pour pouvoir, san3 en comprendre la majesté, en pousser l'amour, ce semble, jusqu'à la faiblesse, et nous inspirer la confiance jusqu'à l'abandon.

\'A, merveilleuse dispensaiion ! cette femme étant à la Mère de Dieu et Mère des hommes, ayant par là tout ,.. «avoir et tout vouloir pour notre salut, dont elle a été justement appelée le séquestre, cette double Maternité divine et humaine se trouve jetée entre Dieu et nous <'"!'ime un pont de miséricorde, par lequel nous pouvons I à lui par la mome voie qu'il a prise pour venir à ^ : et, ainsi, tout, dans cette divine théologie, passe le cœur d'une Mère.

A est le rôle admirable de Marie.

A ces conditions naturelles joignons des raisons dogmatiques.

est une loi économique du Christianisme que les relations des Personnes divines nous soient rendues conmuines. Ainsi le Fils de Dieu est en môme temps le Fils de l'homme et notre frère Premier-né; le Père céleste est notre Père; et c'est dans le Saint-Esprit devenu en nous V Esprit d'adoption, que nous sommes «ps fnfnTit'.

Comment n'en serait-il pas de même de la Mère de Dieu ? Comment ne serait-elle pas notre Mère ?

Direz-vous qu'elle n'est pas de la Trinité, et que ce qu'on dit du Père, du Fils et du Saint-Esprit, on ne peut pas le dire d'elle ? C'est vrai de la Trinité en soi, mais non de la Trinité par rapporta nous. Car, et celte raison est sans réplique, si, par rapport à nous, la Trinité s'étend jusqu'à nous comprendre dans son sein comme Enfaals, comment Marie en serait-elle exclue comme Mère, notre Mère par conséquent comme elle l'est de Dieu?

Cette double Maternité, en ce qu'elle fait Marie noire Mère, comme le Père céleste est notre Père, comme le Fils de Dieu est notre Frère, est plus intelligible que ces dernières participations. Le Père, le Fils et le Saint- Esprit, en effet, sont tels en eux-mêmes de toute éternité, dans l'indépendance de leur nature divine, sans aucune relation avec nous. Dans cette nature divine el indépendante, ils ne sont pas, ils deviennent, ils se fon1 notre Père, notre Frère, et c'est là le grand mystère; mystère de l'anéantissement de Dieu par lequel il nous élève à la participation de sa Trinité sainte. Mais que Marie, (jui appartient déjà à la famille humaine, en soil la Mère pour la régénération, comme Eve l'a été poui la ruine, il n'y a rien là que d'intelligible, si grand que cela soit. Ce qui est incompréliensiblo ot vraiment mystérieux n'est pus ([ue Marie soit Mère des hommes, mais qu'elle suit Mère de Dieu. Que si par là elle entre dans la famille divine, Mère, Épouse et FiHe de Dieu, comment n'y serait-elle pus encore une fois notre Mère, comme le Fils est notre Frère, comme le Père est notre Père, et comme, dans le Saint-Esprit, nous sommes ses Knfnnts ?

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