MARIE, MEKE DES HOMMES
en s'accroissant de plus en plus. Voici en effet qu'il faut reconnaître que Mario n'est entrée dans ces divines relations que pour nous, et que nous n'y entrons que par elle. Sa Maternité est le nœud de notre filiation. Nous ne sommes enfants du Père que parce que le Fils est notre frère par sa naissance de Marie. Marie, par cette naissance, nous a donc engendrés à la vie de frère de Jésus-Christ et d'enfant de Dieu. Elle est donc visiblement notre Mère.
Elle est tellement notre Mère, que c'est uniquement pour cela qu'elle est Mère de Dieu : Propter nos homines el propter nostram salutem descendit de cœlis et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine. Ces paroles de notre symbole sont la profession de foi de la Maternité humaine de Marie, non moins que de sa Maternité divine. Chose admirable et bien digne d'exciter notre amour et notre confiance envers cette Vierge Marie de qui est né le Fils de Dieu ! elle a été sa Mère pour la même raison qui l'a porté à être son Fils : pour nous faire enfants de Dieu. Mère du Sauveur, elle l'est en lui des sauvés. Elle est par conséquent moins sa Mère en quelque sorte que la nôtre, puisqu'elle ne l'enfante à la vie des hommes que pour nous enfanter à la vie de Dieu. Cette vie des hommes étant une mortalité pour le Fils de Dieu, qui en était affranchi par l'immortalité de sa nature, elle lui donne moins la vie que la mort; elle est moins sa mère que sa cosacrificatrice et notre corédemptrice. De sorte qu'en lui, c'est nous qu'elle a réellement engendrés. Ne vous étonnez pas aussi que le mystère de sa Maternité ne s'arrête pas à la crèche ; que, se continuant à travers toute la mortahté de l'Homme- Dieu, il aille jusqu'à la croix, et que là surtout il nous ; apparaisse avec cette fermeté que l'Évangile nous montre en elle, et qui ne s'expliquerait pas, si elle n'é-
tait que Mère du Christ. Son amour maternel aurait dû la briser à ce cruel spectacle. D'où vient donc que, malgré tous les déchirements qu'elle y a ressentis, elle s'y est tenue si ferme, si héroïque ? C'est que, associée au même amour qui a porté Dieu à nous donner son Fils, ce Fils à se donner lui-môme, elle nous le donnait, elle aussi, dans ce moment suprême, comme notre vie spirituelle; elle accomplissait la fin pour laquelle elle l'avait enfanté à la nature, qui était de nous enfanter à la grâce; elle achevait de devenir ce que son Fils la proclama quand tout fut consommé, Notre Mère.
Ce qui fait obstacle en nous à l'inteUigence de ce mystère, c'est que nous séparons la Rédemption de l'Incarnation. Nous nous représentons une fois Marie Mère du Christ, comme toute autre mère naturelle, et puis ensuite nous avons peine à la concevoir Mère des hommes, et nous considérons cet enfantement [)ar le(iuel elle le devient au pied de la croix comme une pieuse extension.
C'est là une vue terrestre et fausse que nous no saurions trop travailler à spiritualiser et à rectifier. L'Incarnation et la Rédemption, la naissance et la mort de Notre-Seigneur se relient étroitement comme le commencement et la fin d'un môme mystère. L'Incarnation, c'est la Rédemption qui commence ; la Rédemption , c'est la fin de l'Incarnation qui s'accomplit. C'est ce ([ue proclame notre divin Sauveur du haut do la croix i)ar cette grande parole : Tout est consommé; c'est-à-dire, comme il s'explique lui -môme : J'ai consomme l'œuvre ijue vous m'avez donnée à faire et pour laquelle je suis venu. Ojjus consummavi, quod dedisti mihiut faciam «. Or, ce (pii est vrai de l'Incai-nation est nécessaire-
' .IlMII. \\ II. I.
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ment vrai delà maternité par laquelle elle s'est opérée. Cette Œuvre, dont parle notre Sauveur, c'était de nous racheter et de nous donner la vie d'enfants de Dieu par sa mort. Pour cela, il fallait une victime infinie. Le Fils de Dieu se présente à son Père, et dit : Me voici : Ecee venio, ut faciam, Deus, voluntatem tuam. Mais, pour cela encore, il fallait une mère qui adaptât au Verl)e un corps passible et mortel, et qui fournit ce corps de ses entrailles. Alors Marie dit aussi : Me voici : Ecce ancilla Domini, fiât mihi secundum verbum tnum, La maternité de Marie et l'holocauste du Fils de Dieu sont ainsi conjoints dans l'œuvre de notre salut , non-seulement à la croix, mais à la conception du Fils de Dieu, qui est le lion de mortalité par lequel l'adorable victime y est attachée. Dès l'origine de sa maternité, Marie est ainsi la mère de notre rançon, notre mère; et lors(iue, à la croix, transpercée, connue il lui avait été prédit, du môme glaive de douleur que son Fils, elle y est déclarée notre mère, elle ne fait qu'achever de le devenir, et que consommer^ elle aussi, l'Œuvre qui lui avait été donnée à faire.
Cette œuvre était d'être selon la chair mère de notre Chef, pour être selon resi)ri( mère de ses membres, conmio dit saint Augustin : Cariw matvr capifis nostri, spiritu mater membrorum ejus.
De môme que, selon la belle parole do saint Paul, Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde : Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi; de môme le monde était dans le Christ recevant le bienfait de celte réconciliation ; de sorte ([uc , dans le Christ , c'est le monde que Marie a enfanté, l'humanité nouvelle, tous les chrétiens : Quos in uno genuisti, dit saint Arabroise ; et, nouvelle Eve, c'est à elle que, dans la première, fut donné ce grand nom de Mère des vivants.
Le sein de la Vierge Marie a été comme celai de l'Épouse des cantiques, que son Époux comparait à un amas de froment entouré de lis : Venter tuus ut acer- Dus tntici, vallattjis liliis '. Un grain divin, celui que les prophètes appelaient le Germe, est tombé du sein de Dieu dans ce sein virginal, comme dans un champ, pour y mourir, et par sa mort, pour y fructifier, déclarant ainsi lui-même ce mystère : En vérité , en vérité, je vous le dû : si le grain de froment tombant en terre n'y meurt, il demeure seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ^. De ce grain est sorti cette merveilleuse moisson du monde chrétien, qui a fait du sein de Marie un amas de froment, mais de froment environné de lis; Maternité sublime qui était, en effet, réservée à la suprême Virginité : Venter tuus ut acervus tritici, vallatus liliis.
Ainsi Marie nous a portés dans le Christ ; ainsi elle est notre Mère; ainsi tous les Chrétiens qui se sont succédé, et qui se succéderont jusqu'à la fm des temps sont comme la moisson de sa Virginité.
Mais comme elle est notre Mère, elle en a toutes les prérogatives, pour nous en prêter tout le secours ; et c'est par elle que nous viennent toutes les grâces, comme c'est par elle que nous est venu leur Auteur.
C'est ce que nous allons exposer dans le chapitre suivant.
' ("ant., vu, 2.
' Jean, xii, 21.