‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 73 sur 87 · MARIE ^ CRÉATURE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

MARIE ^ CRÉATURE UNIVERSELLE

MARIE, CREATURE UNIVERSELLE, FEMME TYPE, REALISE ET RESUME EN ELLE LES LOIS DE l'oRDRE MORAL ET SOCIAL : LA SAINTETl':, LA MATERNITÉ, LA VIRGINITÉ, l'hUMILITÉ.

Dieu s'est fait liomrae pour instruire les hommes dans l'art de la vertu, et leur en montrer le type absolu sous une forme humaine.

Créés à son image et à sa ressemblance, avec la sublime faculté de pouvoir nous éloigner ou nous rapprocher indéfiniment, pour notre malheur ou pour notre félicité, de ce divin original de la perfection, nous étions déchus de ce degré primitif de ressemblance dans lequel il nous avait créés; et, dans cet état de déchéance, nous pouvions moins que jamais aller à lui, s'il ne fût venu vers nous, s'il n'eût mis sa divine perfection à notre portée, non pas en la diminuant, mais en la couvrant d'une ressemblance humaine, en la coulant en quehiue sorte dans un moule humain, en se faisant à notre image, pour nous refaire à la sienne, en nous montrant Dieu homme, de telle sorte que nous n'eussions qu'à imiter un homme pour imiter Dieu .

Le Christ est ainsi la souveraine Perfection faite homme, l'homme Perfection, l'Homme-Dieu, type universel dont toute la vie, dont la mort, surtout, exposée aux regards de la nature liumaine au haut du Golgolha,

' In similitudinem hominum factus, et habitu inTCntus ut homo, Ad Philipp., II, 7,

3y i UVRE III, CHAPITRE VII.

a eu pour but de lui servir de modèle et de l'édifier*. Mais, si grande qu'ait été cette miséricordieuse condescendance de Dieu pour la nature humaine, et par cela même si digne 'de sa bonté, il n'a pas pu faire que c ette perfection qui nous est proposée en Jésus-Christ ne soit une perfection divine, une sainteté incréée, infinie, d'une nature par conséquent hors de toute proportion avec la nôtre. Sans doute, cette sainteté est appropriée à notre condition par la forme des vertus sous lesquelles elle s'est produite, l'humilité, la patience, la résignation, l'obéissance, le pardon des injures, le sacrifice, etc.; ce sont là des vertus humaines ; ?'est-à-dire que la créature seule a lieu de pratiquer : mais, au fond, la sainteté qui les a pratiquées en Jésus- Christ est divine ; et Rousseau a fort bien dit : « Si la V vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la « mort de Jésus sont d'un Dieu. »

Comment atteindre à une telle perfection ? Ce qui la recommande à rcternello admiration du monde semble l'enlever à son imitation.

Il n'en est rien sans doute ; car, par la grâce de Jésus- Christ, par ce secours surnaturel dont ce divin modèle attire et soutient ses disciples, l'Inimitable est celui qui a suscité le plus d'imitateurs, et qui a refait le monde entier à son imago.

Mais la grâce de Jésus-Christ est une force secrète et discrète, quicomj)te avec la nature, la respecte, et veut bien l'associer h ses opérations par des transitions et des ménagements sous lesquels elle dissimule ses miracles.

D'a|)rès celte économie générale, Ditui devait disposer outre la sainteté incréée de son l<'ils et uotro faible

' hispioo ot fur. sftcuiiUum exkJiuplur (|iin(i tii»i in muiite moiislra-

tillU l'sl. ICxode. .\\v. Kl.

nature, toujours portée au découragement, un raodèîo de sainteté créée, qui, par cette nature créée, semblable à la nôtre, fût plus à la portée de notre imitation, et, par le degré sublime où elle serait élevée au-dessus de toutes les créatures, pût réellement leur servir de modèle. Il devait nous faire voir, comme dans un portrait avantla lettre, la première épreuve, si j'ose ainsi dire, de l'impression de Jésus-Christ dans une àme, et le chef-d'œuvre de sa grâce, afin de nous montrer, avec le divin Modèle, un modèle achevé de son imitation.

C'est ce qu'il a fait dans xMarie. Marie n'est pas sainte comme les autres saints, en qui la sainteté est plus ou moins humaine par quelque côté ; sa sainteté est absolument surhumaine, surangélique ; elle dépasse toute proportion, toute conception; elle se perd en élévation dans une sorte d'infini, qui est fini, sans doute, par rapport à l'infini ; qui est créé par rapport au Créateur ; mais qui, pour répéter les paroles de Gerson, constitue une hiérarchie unique, et qui est immédiatement la seconde au-dessous de la souveraine hiérarchie de la Trinité.

Ne me demandez pas de vous analyser maintenant cette sainteté, et de vous faire voir les traits qui la justifient. Je le tenterai dans la seconde partie de cet ouvrage, en déroulant les mystères de la très-saùite- Vierge, et je ne désespère pas d'y parvenir ; mais, quant à présent, il me suffit de faire observer qu'il nous est parfaitement donné de concevoir un type de sainteté sans le secours de ses actes, lorsque nous avons, pour le soutenir dans notre esprit, des termes de proportion. Ainsi en est-il de la samteté de Dieu, qui repose principalement sur l'idée de son infinité ; ainsi en estil de celle de la Samte Vierge, comme la plus grande après celle de Dieu. Le peuple ne s'y trompe pas : dans

ces expressions de Très-Sainte Vierge, — do pleine

DE GRACE, — de MÈRE DE DiEU, — de SANCTUAIRE OU

d'Épouse du Saint-Esprit, — de Marie immaculée, conçue SANS péché, — de Reine des Anges, et dans ces mille qualifications que sa piété, sa confiance et son amour ont attachées partout à l'envi au nom de Marie, il renferme une idée, un sentiment incomparable de sainteté, (le pureté, de maternité, de virginité, de douceur, d'humilité, de miséricorde. J'en appelle à témoin les représentations de la virginale figure de Marie par l'art chrétien, dans les siècles de foi, et la susceptibilité avec laquelle tous les hommes de goût accusent la dégénères' eance de ces représentations, même sous la main des plus grands maîtres : ce qu'ils ne peuvent faire que d'après un type, un idéal de sainteté qu'ils gardenl dans la partie la plus saine et la plus conservée do leui âme, et qu'ils doivent à la foi commune des chrétienSj alors même qu'ils sont morts à cette foi.

C'est ce type que le Saint-Esprit a peint le premier dans Marie, comme l'image la plus parfaite de Jésus- Christ, la plus glorieuse pour lui, pour Dieu ; plus glorieuse que la création, qui n'est qu'une imago matérielle, inerte et corruptible, Marie étant une image spirituollo, vivante, sainte, et dont l'humilité renvoie étor nollcmcnt la gloire do ses gnindiuirs à la Toulo-Puis sanco qui s'est déployée pour les lui faire.

C'est ce chef-d'œuvre de sainteté, dont l'hérésio îi loiiré la gloire à Dieu et le secours aux honiinos, (|iii t.iil i\o Mario une créature universelli; servant do niodMt (»ldo transition h la nalun^ iiumaino, ]iour s'élever ^i sa condition déchue à Jésus-C^hrisl, par l'imitation (h Marie ; comme elle s'élève à nini, par rimiUilioii du Jésus-Christ.

Il est une seconde raison, parfaitement saisissable encore, de la convenance du ministère de Marie comme modèle d'imitation.

Quelque commune que soit l'humanité dans les deux sexes, et quelque générale que soit la supériorité infinie de Jesus-Christ, modèle divin, il faut cependant reconnaître qu'en s'incarnant dans le sexe de l'homme, il n'a pas pu fournira celui de la femme un modèle do sainteté spécialement approprié à ce sexe dans les états qui le distinguent, notamment les deux grands états de la Maternité et de la Virginité.

Pour sentir toute la convenance d'un type spécial à la femme sous ce rapport, il suffit de considérer l'importance de la femme elle-mûme dans le monde moral et social.

La femme, dans les états qui lui sont propres, dans l'influence bienfaisante ou malfaisante qu'il a été donné à son sexe d'exercer sur l'iiomme, est une puissance immense, par la plus subjuguante de toutes les forces, la force de la faiblesse, de la grâce et du charme. Le patriarche de l'Idumée, l'antique Job, qui a ressehti et rendu si vivement tous les sentiments de notre nature, disait-: «J'ai fait un pacte avec mes yeux, pour ne pas « raô'ïie rêver à une vierge ' ; » et les livres sapieniiaux sont pleins de peintures des maux ou des biens que la femme produit dans le monde, et toujours extrêmes : « Les sentiers de sa demeure sont ceux de l'enfer et « pénètrent dans les gouffres de la mort ; » — ou bien, « elle est comme ces choses précieuses qu'on tire de loin « et qu'on rapporte à grand prix des extrémités de la «terre, etc.'. » L'antiquité profane, mythologique,

' Job, XXXI, 1.

- Prov,, VII, 27; XXXI, lo.

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héroïque et historique retentit de cette vérité; et le dernier de ses grands historiens, Tacite, ce peintre profond de la nature humaine qu'il voyait à nu dans les mœurs de son temps, en a tiré des leçons qu'on ne distinguerait pas des avertissements de la Sagesse. La femme fait l'homme dans l'enfant, comme mère, jusqu'à l'adolescence ; à peine le quitte-t-elle à cet âge comme mère, qu'elle le prend comme sœur, et bientôt comme épouse, enfin comme fille, et toujours comme femme. Elle ne peut se perfectionner ou se dégrader, sans perfectionner ou dégrader tnut autour d'elle ; et jamais à demi. Elle fait ou défait les maisons, les sociétés, les mœurs publiques : elle a défait originairement le genre humain ; elle ne pouvait pas ne pas servir à le refaire.

A ce point de vue, le genre liumain, avant et après la Rédemption, s'y sépare comme en deux mondes. Sans méconnaître les traits de vertu, d'ascendant maternel, de fidélité conjugale, de piété filiale, de chasteté et de dignité qui ont honoré quelques femmes dans les temps anciens; en nous autorisant môme de ces traits d'autant plus signalés (qu'ils étaient exc(îptionnels, ce qui est inverse dans les temps modernes : il faut reconnaître que la femme avait, dans l'antiquité, peu d'intluence pour le l)ien, et inmiensémont d'influence pour le mal. Elle y était restée ce ([u'elle avait été dans ce drame i)rinntif de notre déchéimco, redit par toutes les traditions, beau mat, comme Hésiode l'avait appelée, et comme le redisaient à l'envi tous les sages. Pour le bien, elle était dominée par l'homme, sans inlluenco reconnue, plus ou moins humiliée dans lii famille et dans la société. Pour le mal, elle dominait l'homme, elle était ])our lui mi fruil empoisomié, un foyer do mort. Elle était l'Oraphahi de cet Hercule. Oulragéti dans sa pudeur par

loiitoslos représentations, tous les rites et tous les jeux (kl paganisme, elle ne pouvait trouver d'asile nulle part, et avait dû finir par accepter l'outrage, par se l'infliger à elle-même comme une religion , pour le renvoyer à l'homme comme une vengeance; par devenir la divinité de la corruption, et trouver son suprôme honneur dans sa suprême honte.

Le type religieux de la femme dans l'antiquité était Vénus : Vénus, qui n'était ni vierge, ni épouse, ni mère, ni fille, ni sœur, ni rien de ce que peut être la femme en bien ; et qui était tout ce qu'elle peut être en mal. Dépouillée de toute qualité morale, comme de tout voile, armée de tous les traits et de tous les appas de la concupiscence, dont le vieil Homère avait composé sa ceinture, elle était la plus victorieuse de^ toutes les divinités, la dominatrice des dieux et des hommes, la mère fatale des impurs désirs :

Mater sacva cupidinum.

Qu'on juge de l'influence que ce type de la femme devait exercer sur son sexe, et par lui sur les mœurs, parle culte infâme dont il était l'objet, à Chypre, à Samos, à Corinthe, au mont ÉrLx, où il était desservi, dans des temples magnifiques, par des milliers de courtisanes.

Tirons un voile sur cette abjection. C'en est assez pour faire sentir l'importance en bien ou en mal du caractère assigné à la femme dans le monde, d'un ty[)e spécial à son sexe.

Étant donnée la nature humaine, surtout dans l'état où elle était tombée, la femme devait donc trouver, au sein d'une religion régénératrice, un type spécial de sainteté et de dignité, comme elle avait eu un type de

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corruption et de honte ; et sur lequel, reformée, elle pût reformer tout ce qui relève de son influence.

C'est ce type qui lui a été donné dans la Vierge Marie.

Il faut voir comment il lui a été approprié.

La chasteté, cette vertu de l'àme qui lui assujettit le corps, qui rend l'esprit maître de la chair, qui constitue par conséquent sa liberté, sa noblesse, sa grandeur, sa beauté propres, et les faits rayonner dans la chair ellemême, qu'elle transfigure comme le cristal de l'àme, au lieu d'en être le tombeau, cette angélique vertu a plus particulièrement son sanctuaire dans la femme. La concupiscence, à quelques dérèglements qu'elle descende, n'étant dans son origine qu'un rapport des sexes, dont l'initiative attrayante est dans la femme, la femme est par là maîtresse en quelque sorte de la pudeur, nonseulement en elle, mais par elle dans l'iiomme. Pour l'intéresser à la garde de cette précieuse vertu, la Providence la lui a identifiée et l'en a décorée : elle en a fait dépendre l'attrait même qu'elle exerce sur l'homme, afin que le danger fût enveloppé en quelque sorte de son préservatif, et qu'ils fussent solidaires. La femme est pudeur, et c'est ce qui fait qu'elle est grâce, selon ce beau mot do l'Esprit-Saint : Gratin super gratiam mulier sancta et pudorata*. La pudeur perdue, rien no lui survit dans la femme; et l'attrait indigne qu'elle peut exercer encore, loin de relever cette ruine, no fait (juo la consommer.

Or, bien que la pudeur et la chasteté puissent se conserver dans tous les états légitimes de la femme, la virginité, aimée et gardée pour elle-même, a toujours été considérées comme le phis haut témoignage d'intégrité.

La virginité toutefois avait contre elle le désiioimeur

' ES<:cléHiaKtiqu(', xxvi, 19.1

(le rinfécoiidilé, cl par là elle cédait le pas à la maternité, qui enfante et perpétue.

Ainsi la virginité avait pour elle l'intégrité, et la maternité la fécondité.

Lequel de ces deux états pouvait-on donner à la Femme type, qui n'entraînât le regret de l'autre, et ne les appauvrît tous les deux ? Car, si c'est la virginité, elle sera privée de l'honneur de la maternité; et, si c'est la maternité, elle sera privée de l'honneur de la virginité.

La Sagesse divine a résolu la difficulté par l'admirable alliance de la virginité et de la maternité dans la Vierge Marie.

En elle et par elle, dans les mœurs modernes, la maternité et la virginité se pénètrent réciproquement, et se donnent réciproquement ce qui leur manque. La maternité a été honorée par la virginité de Marie, et la virginité par sa maternité; et toute femme a ainsi été bénie dans celle qui a été bénie entre toutes les femmes.

Et non-seulement toute femme a été bénie en elle, mais toute femme a été élevée à la participation de sa virginale maternité.

La maternité chrétienne, en eflet, est empreinte d'une pureté moralement virginale ; et la virginité, d'une fécondité moralement maternelle. La virginité chrétienne n'est pas stérile; elle enfante Jésus-Christ dans les âmes, par l'apostolat de la foi ; elle le fait vivre dans les corps mômes, par celui de la charité. Nos vierges chrétiennes sont les sœurs, les mères de tous les membres soutîrants de Jésus-Christ, plus mères souvent que celles de la nature : elles continuent l'office de la Maternité divine. La maternité chrétienne, de son côté, n'est pas moins virginale par la grâce du sacrement de ma-

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riage, qui lui en fait accomplir les fins, sans préjudice moral de la chasteté, et qui lui en fait enfanter et cultiver les fruits pour le ciel : elle continue l'office divin de l'angélique Virginité de Marie. Il y a ainsi de Marie dans toutes les femmes. Le caractère de la Vierge Marie a profondément empreint la femme moderne, l'a faite à son image ; et l'art chrétien, dans les siècles de foi, n'a si- admirablement représenté ce céleste original, que parce qu'il était environné de ses copies.

Attachons un peu nos regards sur ce type céleste pour comprendre toute son influence.

La Virginité, qui est le comble de l'intégrité, n'avait pas eu d'expression parfaite avant Marie. Ne parlons pas des Vestales. Outre qu'on pouvait à peine on réunir sept, saint Ambroise a très-bien caractérisé leur virginité : vestalium virginiios^ dit-il, erat emptitia^ temporanea et fastu plena; c'était une virginité à gage, temporaire et pleine d'orgueil : trois caractères qui sont incompatibles avec la vraie virginité, dont le propre est d'être aimée pour elle-même, d'être entière dans sa durée, comme dans tous ses autres caractères, et d'être voilée de modestie et d'humilité.

Combien est autre la Virginité dont Mario est le modèle! La volonté constante de conserver toujours sa pureté et l'intégrité de son corps, môme on esprit, est son premier caractère. Nulle autre femme avant Mario n'avait confiiiué et fixé cette volonté i)ai' un vœu éternel. Le vœu d'une virginité perpétuelle était inouï dans l'Aiicion Testament avant la très-sainte Vierge.

Le second caractère do cette Virginité incomparable, c'est do n'avoir jamais été troublée par le plus léger soufllo do la convoitise, non plus([ue si le corps de Marie eût (lié u|i purospi'il; d'avoir été angéU(iue jusipi'à lui avoir mérité d'être, dans un corps, la Reine des Anges.

Ce caractère essentiel à celle qui devait fournir la chair flu Saint des saints no permet pas d'admettre qu'elle ait été jamais entachée. Elle a dû ôtre Vierge ail plus haut degré, dès sa conception. L'Immaculée conception de Marie fait partie en quelque sorte de sa Virginité.

Le troisième caractère de ce merveilleux chef-d'œuvre de Virginité est dans ce privilège unique et inouï à tous les siècles, incompréhensible à l'esprit humain, admirable au ciel et à la terre, d'une virginité unie avec la maternité. Marie est vierge, et pourtant elle est mère; elle est mère, et pourtant elle est >ierge. Et de qui estelle mère? De Dieu. Ah! ce comble de la grandeur do Marie me confond sans doute; mais, en me confondant, il me la fait comprendre. Je comprends que Marie soit vierge quoique mère, puis([u'elle est mère de Dieu. Loin de m'étonner qu'une telle maternité n'ait pas porté atteinte à la virginité de Marie, je vois, je contemple et j'admire le comble le plus sublime de la virginité dans une telle maternité. Celui qui est la sainteté infinie, l'intégrité essentielle, la Virginité même, qui fait la sainteté et l'intégrité dans ses créatures, a dû l'accroître au plus haut degré dans sa Mère. Sa conception, son enfantement ont dû mettre le sceau à cette auguste virginité, loin de lui porter atteinte, crevit ejus partu integritas potius quam decrevit : et virginitas ampliata est potius quam fugata, dit saint Fulgence. Marie, en un mot, doit être d'autant plus vierge qu'elle est mère, puisqu'elle est mère de celui qui est Virginité.

Elle doit ôtre aussi, et par cela même, d'autant plus mère qu'elle est vierge, l'étant excellemment et doublement, et comme mère et comme vierge. Comme mère : quelle mère en effet que celle qui n'a jamais connu d'autre sentiment, qui n'est rien que mère, qui

est toute mère, en un mot qui est Mère- Vierge! Comme vierge : quelle mère que celle qui, dans le fruit de sa maternité, voit la fleur de sa virginité, qui met la Virginité même au monde, qui devient par son enfantement la Vierge des vierges, en un mot, qui est Vierge-Mère! (( Marie, » dit Bossuet, avec une grâce qui sied bien à ce fort génie, «aimait son divin Fils comme mère, mais « elle l'aimait aussi comme vierge : elle considérait Jé- « sus-Christ comme une fleur que son intégrité avait « poussée ; et, dans ce sentiment, elle lui donnait des u baisers plus que d'une mère, parce que c'étaient des « baisers d'une Mère-Vierge'. »

Ainsi Marie est toute mère et toute vierge : doublement mère, étant Mère -Vierge; et doublement vierge, étant Vierge-Mère. Ce qui s'exclut partout ailleurs s'accroît et se multiplie en elle, pour offrir au monde, et plus particulièrement à son sexe, le plus merveilleux, on dirait le plus adorable chef-d'œuvre de Virginité et de Maternité, si le propre de ce chef-d'œuvre n'était de glorifier et d'exalter son Auteur.

Marie offre ainsi un type sanctifiant dont toute femme peut se glorifier et s'inspirer, et qui consacre tous les états de son sexe. « Venez, dit saint Augustin, venez u donc, vierges, à la Vierge : venez, mères, à la Mère ; « venez, vous qui concevez, à celle qui, par excellence, « a conçu ; venez, vous qui enfantez, à celle qui a en- H fanté; venez, vous qui allaitez, à celle qui a allaité; « simples jeuiies filles, venez trouver aussi en elle la « jeune fille. La Vikkok Marie a |iris ainsi, en Notuk- « Seigneur Jésu.s-Christ, tous les états do la nature, u pour ôtre secourable à toute femme qui recourrait à « elle, et pour restaurer, nouvelle Eve, tout le sexe des

■ Onzième sermon »ur la Compassion do la sainte Vierf^e.

u femmes, sans préjudice toutefois de sa virginité, de a même que tout le sexe des hommes l'a été par l'Adam (( nouveau, Jésus-Christ, Notre-Seigneur ' . »

Il est un autre état, une vertu plus générale qui devait trouver aussi sou type et son culte dans Marie : c'est Vhumilité.

Ce sujet veut un chapitre spécial.

" Serm. de Ortu Veritatis è terra, virgineà, 15 de Tempore.

406 ^ LIVRE m, CHAPITRE VIII.

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