‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 3)Chapitre 75 sur 87 · MARIE, TYPE D'HU^ULITÉ · texte numérisé non relu

MARIE, TYPE D'HU^ULITÉ

Ceci n'est pas seulement une vérité de morale évangéliquo, c'est devenu une vérité de mœurs. La sociabilité la plus mondaine, la simple politesse, revêt les formes de l'humilité ; et ce n'est pas une marque insignifiante de l'appauvrissement des mœurs chrétiennes . et de l'invasion de l'individualisme, que la substitution de ces assurances de haute considération, par lesquelles nous terminons nos missives, à ces antiques et naïves formules d'humilité que ne ménageaient pas nos pères, et qui honoraient celui qui les signait, plus encore que ceux auxquels elles étaient adressées.

C'est pourquoi il appartenait à la servante du Seigneur d'en être la Mère, et dans cette haute dignité, d'être aussi la Mère et la servante du genre humain.

Nous pourrions parcourir ainsi toutes les vertus, et nous verrions toujours que l'immilité en est comme la substance et comme l'arôme.

Saint Augustin, écrivant à son ami Dioscorus sur ce qull devait faire pour arriver à la vérité, lui disait avec l'autorité de son génie soumis à la règle qu'il lui traçait :

« Je voudrais, mon cher Dioscorus, que vous missiez « toute votre application à bien comprendre qu'il no « saurait y avoir pour vous d'autre voie de parvenir à « la vérité que la voie qui nous a été frayée par celui <( qui, comme Dieu, voit l'infirmité de toutes nos dé- « marches. Cette voie est premièrement l'humilité; se- (( condeuient l'humilité; troisièmement l'humilité; et au- (c tant de fois que vous m'interrogerez, je vous dirai \K l'humilité. Non qu'il u'y ait pas d'autres préceptes à a observer, mais parce qu'ils sont vains, si toutes nos (( actions ne sont précédées, accompagnées et suivies de (( l'humilité. Soyons attentifs à toutes les vérités, fidèles

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« à tous les préceptes, soumis à tous les commande- « ments : que nous reviendra-t-il de tout le bien que « nous aurons fait, si l'orgueil vient à nous l'extorquer, « en y glissant sa complaisance? Les autres vices sont à « redouter dans les infractions, mais l'orgueil dans la « vertu même, de peur que ce qui est fait de louable ne « soit perdu par le plaisir d'en être loué * . »

Le Christianisme nous a moins apporté une nouvelle doctrine, si j'ose ainsi dire, qu'un nouvel état; moins de nouvelles vertus qu'un nouvel esprit ; et ce neuve' état, ce nouvel esprit ; c'est l'humilité. L'humilité, c'esi le Christianisme : Dieu prenant la forme de serviteur, formam servi accipiens, pour ramener, par ce tout-puissant et persuasif exemple, le genre humain échappé, sous le joug de Dieu, et l'affranchir, par ce noble et sainl joug, du joug honteux et abrutissant de l'homme.

Ce qui distingue principalement le monde ancien du monde moderne, c'est que le monde ancien était i)osc sur l'orgueil, et que le monde moderne est posé sur l'humilité. C'était l'amour de soi poussé jusqu'au mépris de Dieu, amor sut usque ad contemptum Dei; et c'est l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi, amor De\ usque ad contemptum sut.

D'après cela, l'humilité ne pouvait nous être trop donnée en exemple.

Le premier do tous est celui de Jésus-Christ. Mais j'ose dire qu'il no pouvait se passer d'un second. El voici pour(]U()i.

Quehjue inlinimeul humble (juc soit Jésus-Christ, puisqu'il l'est de toute la distance qui sépare sa divinité de noire huiiiaiiifé, dans ln(|U(>llo il l'a commoanéMiilie, copendaiil il ne peut pas l'iiire qu'il no soit Dieu, et,

Epist. M.

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comme tel, son humilité se trouve devoir faire place à s* grandeur, à sa puissance, à sa majesté inaliénables, qui élèvent en lui l'homme à la hauteur du Dieu, autant que le Dieu est abaissé à la condition de l'homme. Aussi, à travers le nuage de son humanité, voyons-nous percer le soleil de sa divinité dans ces grandes paroles : Je suis la Vérité; — je suis la Vie; — je suis le Principe; — je suis la Lumière du monde, et dans tous les miracles par lesquels il le prouvait. Quelque attention qu'il eût à modérer et à tempérer l'éclat de sa divinité, il ne pouvait pas ne pas en faire profession par des déclarations qui importaient à sa mission régénératrice, comme celles-ci encore : Qui de vom me convaincra de péché? — Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passei^ont pas, — Le Père ne juge personne ; mais il a remis tout jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père... Assurément il n'y avait pas d'orgueil pour lui à parler ainsi : il y avait vérité, justice, sagesse; aussi n'en sommesnous nullement choqués, et c'est là une grande preuve morale de la divinité de Jésus-Christ. Mais en cela, bien évidemment, il ne nous est pas un exemple d'humiUté. Il en résulte môme que ce qui est pour nous un exemple d'humilité revêt un caractère d'autorité, dans lequel le Dieu a toujours sa part, et qui par là ne nous est pas entièrement applicable.

Il était donc encore une fois convenable qu'entre lui et nous il ménageât un exemple secondaire d'humilité dans une pure créature. Et quel exemple plus manifestement approprié à cette fin que celui de la Vierge Marie 1 elle dimt l'humiUté a déterminé, a fait l'anéantissement du P'ils de Dieu, rappelle cet anéantissement, et nous le fait voir dans ce qu'il a de plus profond, le sein d'une femme, qui par là est la forme de l'humihté de Jésus-Christ lui-même ; de telle sorte que c'est l'humi-

lité (le Jésus-Christ que nous trouvons dans Marie, comme dans sa forme la plus simple et en même temps dans son empreinte la plus parfaite, tout en étant la plus accessiJDle à notre imitation; la plus propre à nous faire voir, dans une créature comme nous, toutes les vertus, toutes les richesses, toutes les forces, toutes les joies, toutes les grandeurs et toutes les gloires de l'humilité.

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