XVI PRÉFACE
son de fleurs plus ou moins hâtives, nous n'en connaissons pas un seul qui ne suppose déjà la dévotion à la Sainte Vierge dans l'âme du lecteur, et qui n'ait pour objet de la satisfaire.
C'est-à-dire qu'il n'y en a pas un seul pour les indévots, pour les indifférents, pour les esprits prévenus contre le culte de la très-sainte Vierge. A lire ces livres, on ne se douterait pas que l'esprit humain a traversé un abîme d'incrédulité. Ce sujet est toujours traité à l'ancienne manière. Il date encore des siècles de foi. Il est resté sur la rive opposée, et n'a pas passé de ce côté de l'esprit humain. Toutes les autres parties de la dogmatique catholique sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur l'Église ont été réexposées, discutées ; elles ont conquis l'attention, reçu l'hommage de l'esprit nouveau. Le culte de Marie, non. Soit égard, soit mépris, il est resté le partage de ce qu'on appelait autrefois les dévots.
Cependant il ne faut pas se le dissimuler, rien de ce qui a été autrefois no peut renaître, d'une manière générale, sans avoir été éprouvé par cet esprit moderne qui, mêmeà bonne intention, n'accepte les vérités par voie de tradition qu'après en avoir renoué la chaîne par la réflexion. Le monde nHîommence. Sans doute, et il n'en a que trop fait l'expérience, il ne peut vivre sans les conditions de ■ la vie, sans la foi, et sans la foi catholique ; mais, tout en reprenant co joug divin, il veut faire acte
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de volonté et d'intelligence en le considérant une fois. Ce n'est pas collectivement, c'est individuellement que la foi renaît ; et tout ce qui est individuel est réfléchi.
Cette disposition, avec laquelle il faut nécessairement compter, ne doit pas, ce nous semble, être improuvée. Dans la situation actuelle de l'esprit humain, elle est au moins digne des plus sympathiques égards. Quand le Christianisme parut sur la terre, il fut introduit dans le monde païen à coups de miracle, sans doute, mais aussi à flots de lumière. Aujourd'hui, après un siècle de paganisme social, il reparaît, introduit de liouveau par le miracle des événements providentiels qui proclament sa nécessité, et qui poussent, qui jettent la société dans ses bras. Mais en définitive, si pressée que soit la raison par ce puissant retour, elle veut lui obéir avec conscience, et par là rendre un hommage d'autant plus digne à cette Religion, dont elle ne peut éviter, et dont elle veut néanmoins accepter intelligemment l'empire.
C'est pour cet état des esj)rits que nous avons écrit nos Études Philosophiques sur le Christianisme. Le bien produit par cet ouvrage a semblé nous solliciter de traiter de la même manière le sujet de la Sainte Vierge, comme une suite et un complénu'iit de notre premier travail. Nous nous sommes d'autant plus senti porté à appliquer le procédé intellectuel à cet auguste sujet, qu'il ne pa-