XVIII PRÉFACE
raît pas au premier abord s'y prêter, quoiqu'il en soit profondément susceptible, et que si nous Yèîvions fait avec succès, nous aurions concouru, par un g:rand exemple, k faire tomber le dernier et le plus spécieux des malentendus dont la philosophie s'auloi'ise encore dans sa séparation de la Religion.
La science humaine, grande et respectable, sans doute, quand elle ne veut pas l'être autant que la Religion, prétend marcherde pair avec cette Fille du Ciel, et partager avec elle le ministère spirituel des âmes. Et, dans ce partage, elle s'attribue lès esprits d'élite, l'es penseiirs, laissant à la Sagesse éternelle les esprits vulgaires, le peuple. A moi l'Intelligence, dit-elle, h vous le Sentiment.
Si cô partage était fondé, si la philosophie ne pouvait avoir de prises sur l'humanité, et si la Religion rie pouvait atteindre aux esprits d'élite, ni la philosophie, ni la Religion ne rempliraient les Uni de la Vérité, qui doit luii^e pour tout le monde, descendre à la portée des plus petits, et répondre à la capacité des plus grands; être à la fois populaire^ cl pliilosophiquo, simj)le et subiirne, expérimentale et transcendante. D'aiitahl que ces deux besoins no correspondent pas nécossairemenl au partage de l'humanilé eh savants et en ignorants: erreur grave de la j)hilosophie! mais que, à divers degrés, la portion savatite de riunnanité ne les éprouve pas moins l'iin et l'auti'e qiie la portion
PRKKACE. XIX
ignoranio; que chaque philosophe renferme un homme, comme chaque homme, étant un être inteUigent, renferme un penseur; que ce qu'il y a même de plus radical et de plus constant dans l'un et dans l'autre, ce 'qui importe le plus en une science qui a pour objet la conduite et la destinée de l'homme, c'est l'homme, l'humanité: de sorte c[ue c'est ne satisfaire aucun de ces besoins que de ne les satisfaire pas tous les deux, que de re satisfaire pas surtout le plus instinctif, le plus humr. 'n et le plus pratique.
La philosophie nouvelle fait donc preuve d'une grande modestie, eu é^ard à sa prétention d'égalité avec la Religion, en déclinant la mission môme que cetLe prétention lui impose, de répondre au commun besoin des hommes. Elle n'est plus alors, quand elle n'est, pas funeste, qu'un beau mécanisme, dont le propre est de ne pas fonctionner.
La Religion , qui réalise au plus haut degré cette mission, atteint de plus les fms de la philosophie, et remplit ainsi les deux conditions de la Vérité.
' De ces deux conditions, d'ailleurs, celle qu'on abandonne à la Religion, de mettre la vérité infinie h. la portée des plus humbles intelligences, est la plus sublime. Il n'y a rien de surprenant à ce que le Christianisme captive les esprits supérieurs par la hauteur et la profondeur des vérités qu'il leur expose, et la théologie, plus encore que la phi-