‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 13 sur 41 · EST · texte numérisé non relu

EST

Ce sentiment fut salué comme le sentiment de VAntiguitéau. concile d'Kplièse, soit parce qu'à ne le prendre que dans saint Grégoire de Nazianze il ôlait déjà ancien à l'époque de ce concile, soit surtout parce qu'il descendait, comme nous l'avons vu, d'une antiquité plus haute encore, et qui se confondait avec celle de l'Église.

Professer Marie Mère de Dieu n'est donc pas une vaine question, comme disait saint Archelaiis au troisième siècle, won ergojam vana estquœstio, et toute la Religion y est engagée. Ainsi le proclame l'Antiquité. Or, ((u'csl-ce que professer Marie Mère de Dieu, si ce n'e&i honorer et invoquer UiU'ÏG Mère àe Dieu; de même que professer Dieu c'est l'adorer cl le prier ? Le culte est la forme el la mesure de la foi à tous les degi'és. Tout ce que réclame d'honneur el de piété cette grande et se-

courable dignité de Mère de Dieu est donc la forme et la profession de sa croyance, et parlant de toute la Religion qui en dépend. La doctrine implique le culte ; et en montrant l'antiquité de celle-là nous avons démontré l'antiquité de celui-ci.

Aussi avons-nous vu, dès que la liberté de l'Église put le permettre, cette profession doctrinale de la Maternité divine de Marie éclater en des louanges et des invocations sublimes qui retombaient en anathèmes sur les hérésies qui la niaient, et qui n'étaient, comme elles le furent pins tard au concile d'Ephèse, que l'exposition pratique et animée de la doctrine,

V. — Saint Jean Ghrysostome, dont le nom seul est un panégyrique, cet Homère des orateurs, devait, de sa bouche d'or, payer un éloquent tribut à cette belle vérité. II l'a fait en des accents qui, même après ceux de saint Épiphane et de saint Éphrem, ont droit de se faire écouter :

« C'est une bien grande merveille, en vérité, s'écrie-l-il, « que la Bienheureuse et toujours Vierge Marie. Qui « jamais, en elîet, s'est trouvé, qui pourra se trouver « jamais de plus grand et de plus illustre, Elle qui seule a dépasse par l'ampleur de sa majesté et le ciel et la « terre? Qu'y a-t-il de plus saint? Ni les Prophètes, ni « les Apôtres, ni les Martyrs, ni les Patriarches, ni les n Anges, ni les Trônes, ni les Dominations, ni les Séa raphins, ni les Chérubins, ni rien enfin d'entre les « choses créées, visibles ou invisibles, ne peut atteindre « à une telle grandeur et à une telle excellence. Servante « et Mère de Dieu, Vierge et Mère tout ensemble : Mère « de Celui qui a été engendré du Père avant tout com-

168 LIVRE III, CUAPITRE V.

« mencemenl, et que les Anges et les hommes révèrent « comme le Souverain Seigneur de l'univers. Youlez- « vous savoir de combien cette Vierge l'emporte eir « puissance sur les célestes esprits ? Ceux-ci assistent « avec crainte et tremblement, la face voilée, au trône « de Dieu : celle-là présente le genre humain à Celui « qu'elle a engendré, et par elle nous obtenons le pardon « de nos crimes. Salut donc Mère, Ciel, Fille, Vierge, « Trône de Dieu; honneur, gloire et firmament de notre « Église : ne cessez de prier pour nous Jésus votre Fils (( et notre Seigneur, pour que par Vous nous obtenions « miséricorde au jour du jugement , et que tous les « biens réservés à ceux qui aiment Dieu nous soient dé- « partis par la grâce et la bénignité de Notre-Seigneur « Jésus-Christ'. »

C'est ainsi que la profession, c'est-à-dire /e cw/^e delà Maternité divine de Marie sortait de la bouche du génie et de la sainteté dans l'âge d'or de l'Eglise ; et c'est à cette glorieuse et sacrée Antiquité que devrait remonter le reproche d'exagération et de superstition qu'on ne craint pas d'adresser de nos jours à ce saint culte.

VI. — A cette suite de docteurs si illustres et si vénéi-ables qu'il faudrait en accuser, nous devons joindre deux génies, deux Saints qui sont trop éminents pour être omis, quoique leur témoignage soit superflu : ce sont saint Ambroise et saint Augustin,

Ici et dans ce qui va suivre, nous sommes obligé de répondre aux paradoxes historiques et dogmatiques par lesquels l'hérésie cherche à diminuer le poids accablant

• lùIrnU do rofllce In Festin Ucalx Marine.

de l'Antiquité chrétienne en faveur du culte de la Mère de J)ieu. Un philosoplie que nous avons eu déjà à réfuter, et dont la mémoire, protégée par une mort lidèle, a droit à nos ménagements, M. Bordas-Demoulin, s'est fait l'organe de l'erreur sur ce sujet dans son Mariainsme substitué au Christianisme. Son attaque survit malheureusement trop à ses suprêmes sentiments pour que nous puissions la négliger. C'est à ce point de vue, et comme étant sous son nom l'en-eur de l'hérésie vivante et agissante autour de nous, que nous allons y répondre. Ce sera d'ailleurs une épreuve qui fera mieux ressortir et apprécier la vérité.

L'auteur des Pouvoirs constitutifs de l'Eglise, dans ses chapitres sur le Marionisme, avance que : Le pre- « mier grand Saint nommé comme faisant ses délices de tt la dévotion à Marie est saint Ambroise ; » puis à la page suivante, que : « Pour rencontrer quelqu'un qui se dé- « lectât dans la dévotion à la Vierge, il faudrait reculer « trois ou quatre siècles après saint Ambroise^. » Si ce n'est pas là une contradiction, cela veut dire que jusqu'au septième siècle il n'y a eu que saint Ambroise qui ait professé pour Marie un culte pieux. Contre cette assertion s'élèvent, nous l'avons vu, saint Jean Chrysoslome, saint Grégoire de Nazianze, saint Épiphane, saint Éphrem, saint Archélaiis, saint Grégoire le Thaumaturge, Origène, Clément d'Alexandrie, saint Iréiiée, saint Justin, qui tous le disputent à saint Ambroise de louange et de piété envers la Mère de Dieu. L'auteur <:/e^ Pouvoirs constitutifs de l'Eglise parle « d'écrits apo- « cryphes où le Marianisme puise la folie et l'impiété,

f II. 10

« et les met effrontément sous l'autorité de la saine et « savante Antiquité. » — Mais, s'il y a, en effet, des écrits apocryphes attribués à quelques Pères, nous avons eu très-grand soin de les écarter, jusqu'à nous priver de ceux qui ne sont que douteux et dont généralement on fait usage. Nous défions la critique la plus sévère de rien arguer contre l'authenticité de nos citations. Cette authenticité est notoire pour ceux qui savent ces choses, et on ne peut que la confesser. — Que reste-t-il donc pour soutenir létrange thèse que jusqu'au septième siècle il n'y a eu que saint Ambroise de particulièrement dévot à la Sainte Vierge? — Il reste à dire que les témoignages que nous avons produits n'ont pas la portée qu'on reconnaît dans celui de saint Ambroise. Or ceux même qui n'ont pas lu ce Père illustre pourront difficilement comprendre qu'il ait eu pour Marie une dévotion plus ardente que celle qui éclate dans ses devanciers. Nous nous contenterons, quanta nous, de celle-ci, et renoncerons volontiers à celle de saint Ambroise si l'on veut souscrire à cet accord : nous nous contenterons de cette sentence de saint Grégoire de Nanzianze, que : « Celui « qui ne professe pas (et qui par conséquent nhonore « pas) Marie Mère de Dieu est Athée, » et de celle de saint Archélaùs que : « De môme que toute la Loi et les « Prophètes consistent à aimer Dieu, demème toute notre <( espérance est suspendue à l'enfantement de la Bienheu- « reuse Marie, ita nostra omkis spes in Be.vtj': MARiJi « partu susi'ensa est. » — Nous nous contenterons des sublimes louanges et des invocations embrasées que saint Épiphane et saint Éphrem adressent à la Mère de Dieu; de la foi de sainte Justine à sa virginale protection, et de celle de saint Grégoire le Thaumaturge à sa lumi-

neuse apparition, célébrées par saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse. — Nous n'irons pas plus loin que Clément d'Alexandrie lorsqu'il « donne avec « Joie à Marie le nom d'EcLiSE, nourrissant les Chrétiens « de Jésus-Christ comme de son lait, » et que saint Irénée et saint Justin, lorsqu'ils l'appellent I'Avocate d'Eve, et l'Eve nouvelli:, ayant à la réparation la môme part que l'ancienne a eue à la chute ; la Cause du salut HUMAIN. — Voilà ce que la saine et savante Antiquité a professé : voilà la doctrine et le culte du quatrième, du troisième, du second et môme Au premier siècie, comme l'attestent les peintures récemment découvertes dans les Catacombes de Callista. La haine ou l'amour ne font rien à cela : comme celui-ci ne l'a pas supposé, celle-là ne peut le détruire : c'est un fait; c'est la vérité.

Revenant à saint Ambroise, la déclaration que nous discutons a donc une double portée : la première que ce grand Docteur se délectait dans la dévotion à la Vierge; la seconde, c'est que cette dévotion de saint Ambroise, n'ofï'rant et ne pouvant oll'rir rien de plus formel et de plus fort que tout ce que nous avons cité de ses devanciers, on doit étendre à ceux-ci, et à toute la saine et savante Antiquité, ce qu'on reconnaît dans saint Ambroise. Ce grand Saint n'a fait que les continuer sans les dépasser, on peut dire môme sans les égaler. C'est pourquoi nous jugeons superflu de reproduire ici les expressions de sa piété envers Marie, d'autant que nous l'avons déjà fait dans une exposition liturgique.

VIL — Pour ce qui est de saint Augustin, les adversaires du culte de Marie ne prennent pas aussi volontiers condamnation; ils s'élèvent contre « la mauvaise

172 LIVRE III, COAriTRE V.

tt foi ou l'imbécillité de ceux qui mettent sur le compte « de ce Père une misérable déclamalion où il est dit que tt Marie est notre espérance, la source de la grâce, la « médiatrice du salut et la restauratrice des siècles ' . »

Il est vrai qu'on cite généralement ces paroles comme de saint Augustin et qu'elles ne sont pas de lui. Bossuet, Bourdaloue, saint Bernard les lui ont cependant attribuées. Mais une critique plus avancée est venue jeter des doutes sur l'authenticité des sermons attribués à saint Augustin d'où ces paroles sont tirées, et nousméme, fidèle à la règle que nous nous sommes imposée, nous n'en aurions pas fait usage. Voilà le vrai. Mais nous nions maintenant toutes les conséquences qu'on veut en tirer.

D'abord ce qu'on appelle misérable déclamation a été jugé digne d'ôtre attribué à saint Augustin par Bossuet, et n'a pu passer pour être de ce beau génie que par analogie avec ses autres productions. En second lieu, dans le doute, il^est très-permis , sans mauvaise foi ou imbécillité, surtout quand on est saint Bernard, Bossuet ou Bourdaloue, de citer ces beaux sentiments comme étant de saint Augustin, alors qu'on ne fait pas de la critique bibliographique, et qu'on se propose seulement d'édifier. — En troisième lieu, on ne prouve rien contre l'antiquité du culte de la Sainte Vierge en écartant ces sentiments comme n'étant pas de saint Augustin, au cinquième siècle, lorsqu'on est oblige de convenir qu'ils sont de saint Épiphane et de saint Ephrem au quatrième, de saint Archélaùs et de Clément d'AJexandrie au troisième, de saint Irénée et de

* M. BoRnAS-DF.MOl'MN. lUs Pouvoirs cniisliditifs de l'EijUsc, p. 82.

sailli Justin au deuxième, el de l'Église apostolique au premier. — En quatrième lieu, ces sentiments sont ceux de saint Au^'ustin.

Ils sont de saint Augustin dans la partie de ses écrits dont l'authenticité est incontestée. Nous allons nous borner à une seule citation, parce qu'elle renferme et dépasse tout ce qu'on avait dit jusqu'à lui de plus formel pour le culte filial du genre humain envers Marie. En effet, tout ce que nous avons l'ait connaître jusqu'ici de la doctrine des anciens Pères, si magnilique qu'il soit, est uniquement et exclusivement renfermé dans le ministère de Mère de Dieu en Marie. C'est par cet enfanment divin seul, médiatement et indirectement dès lors, qu'elle a coopéré à notre salut et qu'elle en est la cause. Ce n'est que comme Mère du Vivant qu'elle est la Mère des vivants. Saint Augustin va plus loin, et tire de cette doctrine ce qui y était contenu assurément, mais ce qui n'avait pas encore été aussi formellement exprimé. Outre la maternité divine, il reconnaît en Marie une maternité directe à notre égard. Marie a deux maternités : l'une selon la chair, l'autre selon l'esprit. Selon la chair, elle est Mère du Chef; selon l'esprit, elle est Mère des membres. Cette seconde maternité ne saurait se confondre avec la première; car loin que, selon l'esprit, elle ait enfanté le Chef, elle est née de Lui comme nous tous. Cette maternité selon l'esprit est donc une maternité propre, distincte et directe à notre égard. Elle est notre Mère immédiatement. Comment cela ? En coopérant par sa charité à notre naissance spirituelle dans 4'Église. Voici le texte de saint Augustin; il est tiré de son Traité de la Virginité, chapitre VI :

« Cette unique Femme est selon l'esprit , aussi bien

« que stilon la chair, Mère et Vierge. Elle est Mère, en a effet, selon l'esprit, non de notre Chef, je veux dire « du Sauveur, de qui plutôt elle est elle-même ainsi « née, parce que tous ceux qui ont cru en Lui, et au « nombre desquels elle est, sont appelés les fils del'Epoux; « mais elle est pleinement ainsi Mère des membres, c'est- « à-dire de nous, parce qu'elle coopère, par sa charité, « à la naissance des fidèles dans l'Église. Par le corps, « elle est d'ailleurs mère du Chef lui-même.,. Marie a seule est donc Mère et Vierge selon l'esprit et selon « la chair. »

Voilà les sentiments de saint Augustin. Ils dépassent , comme on voit, ceux qu'on repoussait comme une misérable déclamation indigne de cet illustre Père. Marie n'est pas seulement la il/e'rfzrt^nce du salut, elle en est la Mère; Notre Mère; et eWe V est pleinement, plane mater. Ses titres à notre culte ne se bornent pas à nous avoir tous enfantés dans un seul qui est le Christ, elle nous enfante encore chacun en particulier au Christ. Gomme elle a coopéré par sa foi à lui donner notre vie humaine, elle coopère par sa charité à nous donner sa vie divine. C'est ce que vit saint Jean dans l'Apocalypse lorsque lui apparut la Fenime-àV Enfant mâle et ses autres enfants, à qui le Dragon fait la guerre. Car le môme saint Augustin nous apprend que selon la foi venue jusqu'à lui, celte Femme signifie la Vierge Marie ^ et que sa protection est souveraine contre les venins du serpent. Accepistis et syriibolum protectionem Parturientis contra venena serpent is ' .

Ces sentiments de saint Augustin sont décisifs, et ler-

t De Syiubolo ad calochuincnos.

minent dignement l'enquête que nous venons de faire entendre sur l'antiquité du culte de la Très-Sainte Vierge. Ils réagissent en effet sur la doctrine Apostolique d'où ils découlent, et nous font voir dans quel sens direct et formel la Vierge y était considérée comme l'Eve de la nouvelle alliance, et la Cause de notre salut ; dans le sens effectif de vraie Mère de tous les vivants, les enfantant par le concours de sa charité à la vie de la grâce, les nourrissant du Verbe incarné comme de son lait, et les préservant ou les guérissant des venins du serpent par sa protection secourable.

« C'est sur ce solide fondement, dit Bossuet, après « avoir cité ces sentiments de saint Augustin, que sont « appuyés tous les éloges que l'Église a toujours décer- « nés à la Sainte Vierge, et dont on peut voir un modèle a dans le concile d'Éphèse qui est le troisième général'. »

Donnons maintenant une attention particulière à ce grand Concile.

* Avertissement sur les Litanies de la Sainte Vierge.

ne LIVRE Ilf, CHAPITRE VI.

Page 1