‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 14 sur 41 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

LE COXCILE D'tPHKSE.

Il est convenu, parmi tani d'erreurs de convention qui ont fini par se Taire recevoir, que c'est au concile d'Éphèse que le culte de la Ïrès-Sainte Vierge prend sa source. Ce qui précède démontre surabondamment qu'il est plus vrai de dire que c'est à ce célèbre concile qu'il afïlue. Ou plutôt, et c'est là ce qui fait illusion, il est également vrai de dire que c'est à lui qu'il alllue et que c'est de lui qu'il s'épanche. Il y afflue comme un tleuve, distillé d'abord des vapeurs du ciel sur les hauts sommets Apostoliques, alimenté des plus purs écoulements de la doctrine chrétienne successivement exprimée par les Pères dos trois premiers siècles; jaillissant ensuite des Catacombes, où la corruption autant que la fureur du paganisme lui avait fait creuser son cours mystérieux, et bouillonnant dans saint Épiphane et dans saint Ephrem avec une abondance où tous les siècles postérieurs ont été puiser; puis roulant dans ses flots vigoureux les débris de cent hérésies balayées sur son chemin, et arrivant ainsi, dans la plénitude croissante de son cours, au cinquième siècle, où l'hérésie Nestoricnne entreprend de l'arrêter, et le fait déborder sur le monde.

Cette entreprise était nouvelle. Aucune hérésie jusque-là n'avait attaqué directement la Maternité divine

LE CONCILE d'ÉPIIÈSE. 177

de Marie. Une seule avait voulu nier sa perpétuelle Virginité, et nous avons vu quelle horreur elle avait soulevée. Ce n'est pas que le mystère du Verbe fait chair eût été respecté. Nous avons vu, au contraire, que toutes les hérésies, depuis le Docétisme jusqu'à l'Arianisme, s'étaient ameutées contre ce fondement de la foi du monde. Mais quoique le dogme de la Maternité divine fût évidemment impliqué dans toutes ces attaques, il ne les avait ressenties que par contre-coup. Il avait même été l'instrument qui avait servi à les briser, et qui avait grandi en les brisant. Le dogme de la Maternité divine était au fort de son règne lorsque l'ennemi vint l'attaquer; et il ne l'attaqua qu'à cause de cette victorieuse puissance qui avait triomphé de toutes les hérésies antérieures, et qui le désignait à sa fui-eur. Le Serpent se retourna contre le talon qui l'écrasait. Il voulut livrer sa grande bataille contre l'Enfant, en s'en prenant, cette fois, à la Femme qui le manifestait, et dont il avait appris, à ses dépens, toute l'importance.

Tout justifie l'exactitude historique de cette appréciation. L'expression de Mère de Dieu, Deipara ou Théotocos, était répandue dans l'Église depuis longtemps. « Vous, chrétiens, vous ne cessez d'appeler Marie Mère « de Dieu, » Vos Mariam Deiparam vocare non cessatis, disait l'empereur Julien ; et tous les écrits des Pères du quatrième siècle sont émaillés de cette expression. Toutefois ce n'est guère que cent ans avant le concile d'Ephèse qu'elle commença à prendre un caractère doctrinal et à devenir la formule abrégée de la foi. Mais ce qu'elle exprimait était professé avec la plus glande suite et le plus grand éclat, nous l'avons vu, depuis les Apôtres; et saint Cyrille, dans sa lettre aux

solitaires de l'Egypte contre Nestorius, avait raison de dire : ^ C'est la i'<^que les Disciples nous ont transmise, « quoiqu'ils ne se soient pas servis de ce terme; c'est « aussi la doctrine que nous avons reçue des saints il Pères • . »

Une preuve sensible de ceci, c'est que toutes les objections faites par Nestorius contre le titre de Mère de Dieu étaient renouvelées des anciennes hérésies chrétiennes contre l'Incarnation du Verbe. C'est ce qui fut lumineusement déduit par Cassien de Marseille, dans le Traité de r bicarnation que ce savant prêtre composa sur l'invitation du Pape saint Célestin contre l'hérésiarque. — Par contre, tous les arguments et tous les analhèmes dont on usa contre Nestorius avaient déjà servi contre ces vieilles hérésies. Ce ne furent pas saint Cyrille et les Pères d'Éphèse seulement qui condamnèrent Nestorius, mais, par leur bouche, ce furent saint Grégoire de Nazianze, saint Athanase, saint Épiphane, saint Archélaiis, TertuUien, saint Irénée, saint Justin, saint Ignace et tout le Collège apostolique; ce fut le saint Évangile posé sur un autel au milieu du concile : preuve solennelle de l'Apostolicité du culte delà Mère de Dieu.

Nous avons dit toutefois que l'hérésie de Nestorius était \mQ nouveauté; y om en quoi :

L'hérésie, que Cassien comparait très-justement à l'hydre de la Fable, avait mille tètes. Cependant, comme elle faisait corps contre l'Incarnation du Verbe, elle se bifuniuait dans ces mille tètes en deux grandes négations correspondantes aux deux natures dont l'union personnelle compose le mystère de cette Incarnation divine. Elle

' Laiiik, Concil. Eplies.

Page 1