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C'est ce qui fait que cela n'est pas nécessaire. Loin de contester cette plénitude de la dévotion du inonde à la Vierge après le concile d'Éphèse, on l'objecte comme une innovation sans fondement et sans racines dans les siècles primitifs. Ce qui importait, c'était donc de montrer ces fondements , ces racines de la dévotion à la Vierge qui se déploya au cinquième siècle, dans le quatrième siècle, dans le troisième, dans le deuxième, et jusque dans le premier. C'est ce que nous avons fait. C'est ce qui était à faire ; car ces premiers siècles ne sont pas, en général, assez fouillés, assez connus; tandis que les siècles postérieurs ont de nombreux historiens et de nombreux apologistes. Et c'est précisément ce grand jour- jeté sur cette dernière phase historique de la dévotion à la Vierge qui a nui à la première, en la rejetant dans l'ombre, ou ce qu'il y a de pis dans le faux jour de documents apocryphes qui faisaient d'autant plus croire que le fondement y faisait défaut. Nous avons dû suivre une marche inverse. Nous avons évoqué ces premiers siècles peu connus ou masqués sous le badigeon d'une fausse science, et nous les avons fait apparaître dans la native autorité de la doctrine Apostolique. Les témoignages que nous avons produits, depuis saint Jean jusqu'à saint Cyrille, n'ont rien qui les dépasse, j'oserais même dire qui les égale dans tous les prodiges de la dévolion à Marie qui ont rempli le moyen âge. Les cathédrales de Chartres , de Reims et de Paris sont des monuments merveilleux sans doute de cette dévotion; mais ce qui est plus grand et plus vivant encore, c'est la doctrine, c'est la piélé qui en a inspiré la création; ce sont les louanges et les invocations à Marie dont elles retentissent; c'est l'âme et le souffle de ces grands
rorps. Or, c'est là ce que nous avons lenu à montrer dans l'exposition qui précède.
Nous avons en un mot écrit pour prouver : maintenant il ne resterait plus à écrire que ^ouvraconter. Assez d'autres l'ont fait, pour que nous n'ayons pas à le refaire, et la terre entière raconte la gloire de la Mère de son Sauveur.
Nous n'allons donc tracer ici que quelques grands traits du tableau de la vie et du culte de Marie dans la succession des siècles chrétiens, depuis le concile d'Éphése.
Gomme nous l'avons vu, Nestorius trouva le culte de la Mère de Dieu en possession de monuments séculaires que le Christianisme lui avait élevés dès qu'il avait pu élever quelque chose sur le sol païen. Constantin consacrant la capitale de son empire à la Vierge, au milieu de tous les évêques qui venaient de professer la foi à Nicée', sa mère, sainte Hélène, élevant dans les Saints Lieux, trois sanctuaires à Marie : l'un, qui enveloppait riiumhle demeure de Nazareth où Marie avait, à la salutation de l'Ange, conçu divinement le Fils de Dieu; l'autre, à la grotte de Bethléem où elle l'avait donné au monde; et le troisième, sur le chemin du Calvaire où la tradition disait qu'elle l'avait rencontré^ : ces dédicaces et monuments, dis-je, avaient été comme la première piise de jtossession du monde converti, par Marie.
A cette première époque remonte l'érection à Rome, par le Pape Libère, de Saintc-Marie-Majcure, appelée ainsi parce que ce fut l'église Patriarcale élevée par le
' /ONAnAS, Aiiiiiiliiim lil'. III. — Nickpiioius , Ealvsinst. hisior., ••ap. XXVI.
' //'/(/., Hkda, AiiRicoMiDB et alii.
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Christianisme à Marie, comme celle de Lalran à Noire- Seigneur; appelée aussi précédemment Sainte -Marie à la Crèche^ et primitivement Sainte-Marie à la neige, à cause d'un miracle qui détermina sa première érection, et dont la commémoration est l'objet d'une fêle qui se célèbre au îi aoûl'. — Pareillemenl, l'église consacrée à Marie par le pape saint Sylvestre sous le nom de Libéra nos ù /?œw/s au milieu du Forum, et celle de Sainte-Marie au delà du Tibre, dont Baronius fait remonler la construction au pape saint Gallixte, au troisième siècle, à la faveur de la tolérance d'Alexandre Sévère déférant à la foi de Maniée sa mère, nous montrent, comme à ciel ouvert, l'antiquité de ce culte virginal dont le cimetière de Callista vient de nous livrer la souterraine présence.
Ce qui est certain, c'est que dès que l'Église l'a pu, sans aucun des inconvénients que nous avonssignalés, elle a pratiqué par un culle public et solennel la doctrine de louange et de recours à la Mère de Dieu qu'elle n'a cessé de professer par ses Conciles, ses Docteurs et ses Pères. La dévotion à la Vierge est née avec tous les peuples chrétiens. Ce que nous venons de montrer à Constantinople cl dans tout l'Orient, puis à Rome, se passait en Espagne et dans les Gaules. Les sanctuaires de Notre-Dame del Pilar à Saragossc, de Notre-Dame d'Atocha ou de Theotoca à Madrid, àe Notre-Dame dif Port à Glermont, do Notre-Da?ne des Dons à Avignon, de Notre-Dame des Grâces à Arles, de Notre-Dame de la Daurade à Toulouse, de Notre-Dame de Soulac dans le diocèse de Bordeaux, de Notre-Dame de Roc-Ama-
' Benoit XIV, de Fesiis, lib. Il, cap. vu.
202 UYRE m, CHAPITRE VII.
dour dans le diocèse de Cahors , de Notre-Dame d'Amiens, A^ Notre-Dame de Chartres, àe Notre-Dame àe Paris, peuvent exercer plus ou moins la critique par leur prétention de remonter au cinquième, quatrième, troisième, deuxième et môme premier siècle du Christianisme; mais ce qui paraît incontestable, c'est qu'ils remontent à l'introduction même du Christianisme dans ces diverses contrées, par les premiers Apôtres et Évêques qui y portèrent la foi.
Les Papes et les Évêques ont été les premiers inaugurateurs et toujours les plus fervents zélateurs du culte delà Mère de Dieu.
Il faut reconnaître aussi que, par une suite du même dessein qui a voulu rendre le monde redevable de sa régénération à la femme, les femmes ont eu une juste part d'influence à l'établissement du Christianisme, et l'ont à bon droit consacrée par le culte de Celle qui les honore, et dont le sein virginal a été le premier et le plus beau temple chrétien. Callista, Mamée, Hélène, Clotilde, expliquent à ce point de vue la chapelle de la Vierge dans les Catacombes de saint Nérée et saint Aquilée, Sainte- Marie au delà du Tibre, la dédicace de Constantinople à Marie, et Notre-Dame de Paris.
L'impératrice Pulchérie, qui, par l'éminente pureté de son caractère, eut un si grand ascendant sur Théodose II, son frère, puis sur Marcien, son époux, avec qui elle vécut vierge, est encore un exemple éclatant de cette môme influence. Pendant qu'elle concourait à la convocation des conciles d'Éphèse et do Chalcédoine, elle faisait élèvera la Vierge, dans Constantinople, trois l)asiliques magnifiques et longtemps célèbres, l'église des Bluquernes, celle de Ghalcopratée et celle des Gnides. Dans
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la première étaient vénérées les bandelettes qui avaient entouré le corps sacré de Marie dans le sépulcre; dans la deuxième, la ceinture virginale qu'elle avait revêtue pendant sa vie; et dans la troisième, l'image si célèbre de ses traits angéliques attribuée au pinceau de saint Luc'. Dans ce môme cinquième siècle et dans le suivant, de nouveaux temples splendides furent élevés à Marie, dans Constanlinoplc, par les empereurs qui se succédèrent, notamment par Léon I" et par Justinien; et non-seulement à Constantinople, mais à Jérusalem, à Alexandrie et à Carthage. La reconnaissance vint se joindre à la foi et à la piété dans ces grands témoignages de Religion; car Marie, par les bienfaits que son intercession attirait du ciel sur l'Église, sur les empereurs et sur les peuples, répondait au culte de louange et d'invocation qu'elle en recevait. C'est la belle réflexion que le vénérable Baronius fait au sujet de Justinien. « La u Mère de Dieu et Justinien, dit-il, parurent combattre « de bienfaits et d'oflices. Comme celui-ci, en etTet, a défendait contre les Nestoriens le titre éminent de la « Vierge, sa dignité de Mère de Dieu, elle le lit arriver « au souverain pouvoir; et comme il érigeait à la gloire « de sa bienfaitrice de nombreux sanctuaires, notam- « ment la belle basilique de Jérusalem, il lui fut donné « de subjuguer toute l'Afrique : ce dont il se montra fle « nouveau reconnaissant par l'érection de plusieurs « autres temples à Gartbage. Ainsi Tbomme et Dieu o semblent lutter de mutuels services; de telle sorte ce- « pendant que Dieu l'emporte toujours, et qu'il ne reste «. à l'homme qu'un moyen de le vaincre, qui est de con-
' Baronius, an. 450. — Nic^pliore.
« fesser par des actions de grâces que Dieu le surpasse c( en bienfaits'. »
Ce combat de ce que l'Église a fait pour Marie et do ce que Marie a fait pour l'Église, et ce qui en est revenu de gloire à Dieu et de grandeur au monde, est un des plus beaux spectacles de l'histoire. Chaque monument élevé à Marie, depuis la basilique impériale jusqu'au simple autel de gazon, chaque fête, chaque louange fondée ou introduite à son honneur, est un témoignage de ses bienfaits autant que de la confiance qui les invoque. Gonstantinople cent fois sauvée des fléaux de la nature ou des barbares, et autant de fois reconnaissante par de nouveaux honneurs rendus à la Mère de Dieu; l'empire d'Orient soutenu ainsi par la protection de Marie, jusqu'à ce que les empires d'Occident aient achevé de s'élever sous la même protection : voilà ce qui ressort de mille traits de l'histoire de l'Église qu'on peut lire partout, et que nous n'avons pas le temps de rapporter.
Les temples supposaient les fêtes et tout le culte. Il faut donc croire que la Vierge Marie a eu des fôtes consacrées à son honneur dés qu'elle a eu des temples, c'està-dire au moins dès le quatrième siècle. Il ne faudrait cependant pas en juger d'après des sermons pour ces fêles, qu'on trouve dans les œuvres de quelques Pères du quatrième ou même du troisième siècle. Ces sermons leur ont été abusivement attribués, si ce n'est pour le fond qui se retrouve plus ou moins dans leurs autres écrits, au moins dans leur forme de 5tv7«o/i ou ^liomélie pour telle ou telle fête de la Sainte Vierge.
> Baronids, ail. l)Z\.
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Les fêtes de la Purification, de l'Annonciation et de l'Assomption sont les plus anciennes des fêtes de la Vierge. Cependant leur institution régulière paraît postérieure au concile d'Éphèse. Faudrait-il en conclure que la Yier^^c n'a eu de culte public qu'à dater du concile d'Éphèse et que vers le septième siècle, comme on le prétend avec plus de partialité que de critique? Tout ce que nous avons vu s'élève contre cette opinion. La dévotion de l'Église envers Marie a devancé toujours, et quelquefois de plusieurs siècles, l'institution liturgique de ses fêtes. Puis, les premières et les plus glorieuses fêtes de Marie ont été celles de son divin Fils, notamment les fêtes de l'Epiphanie et delà Nativité. C'est ce qui paraît avec le plus grand éclat dans les louanges et les prières composées en l'honneur de Marie par saint Épiphane et saint Éphrem, à l'occasion de ces mystères. Enfin, quelle plus grande solennité que la dédicace de Constantinople à Marie par le premier empereur chrétien? Quelle fête permanente qu'un temple comme celui de Sainte-Marie à Éphèse! Quelle solennité de culte ne suppose pas l'invitation faite par Neslorius lui-même à saint Proclus de venir célébrer Marie dans l'église de Gonstantinople, le panégyrique que ce saint évéque y prononça, et le cri de tout le peuple fuyant ce temple profané parla première apparition de l'hérésie! Voilà le culte de Marie avant le Concile d'Éphèse et dès le quatrième siècle.
Thomassin, dont la sévère critique ne fait grâce de rien en cette matière, après avoir établi que la fête de la Purification fut instituée par Justinien au sixième siècle, contrairement à Baronius qui la fait remonter à saint Gélase, au cinquième siècle, fait remonter lui-même
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plus haut le culte public de Marie. « Il ne faudrait pas tt croire cependant, dit-il, qu'avant Justinien il n'y avait « pas eu en Orient de fête de Marie qui fût observée; « car Nicéphore et Gédrénus rapportent que Pulchérie « éleva dans Gonstantinople un temple appelé aux Blu- « quernes^ sans parler de la basilique beaucoup plus « ancienne de Sainte-Marie à Éphèse, où le Concile ful- « mina ses anathèmes contre Nestorius. Ces temples « supposent évidemment des solennités en rapport avec « leur consécration, ne serait-ce que celle de leurdédi- « cace. Enfin, dans l'histoire de saint Théodose, on « rencontre souvent la mention de fêtes consacrées à la « Sainte Yierge de la manière suivante : Ce jour-là était « un jour de fête^ la fête de la Vierge Mère de Dieu, « et à cause de la grande pompe et solennité de sa ce- « lébratiofî, un grand concours de peuple se trouvait « là. Quel était l'objet propre de cette fête? Nous l'igno- « rons ; mais il n'est pas douteux, qu'elle était de beau- « coup antérieure à Justinien'. »
Pareillement, pour la fête de l'Annonciation : après avoir montré que sa trace la plus ancienne apparaissait au concile de Tolède et au concile de Gonstantinople, au septième siècle, Thomassin relève très-judicieusement ce motif de son institution par le premier de ces conciles, que la Mère ne saiirait avoir de plus grande fête que celle de l'Incarnation du Verbe dans son sein, et que par conséquent cette fête de la Mère doit être solejmisée comme celle de la Nativité même du Fils; puis ii en conclut que ce même motif a dû faire célébrer beaucoup plus tôt la fête de la Maternité divine de Marie : «Je suis
' Thomasrinus, de Dier. fesior. célébrât,, Hb. M, cap. xi.