CULTE DE MARIE DEPUIS LE CONCILE D'ÉPHÈSE
« porté à croire, dit-il, que quoique dans saint Augus- « tin et dans saint Épipliane, soigneusement examinés, « on ne trouve pas trace de la fête proprement dite de « l'Annonciation, cependant cette fôte était pieusement « observée par un grand nombre de fidèles, et que la « coutume s'en établissant peu à peu dans mainte Église, « arriva ainsi à sa régulière institution par le concile, qui « se fonde lui-même sur ce que dans un grand nombre « d'Églises éloignées et éparses sur la terre, cette fête « avait déjà cours. Je ne craindrais pas d'aller trop loin, « ajoute Thomassin, en reportant à deux ou trois cents « «wsplus tôt cette dévotion pieuse et privée, qui a été « la première source d'où, s'étendant et se propageant, « les plus augustes solennités de la République Chré- « tienne sont arrivées à leur formelle institution'. »
Enfin, après avoir établi que la fête de l'Assomption ne saurait être reportée plus baut que le sixième ou le cinquième siècle , Thomassin dit encore : « Plusieurs a s'étonneront que nous n'assignions pas une origine « plus ancienne à cette grande solennité. Mais les mo- « numents de l'Antiquité sur lesquels nous nous fon- « dons sont là ; tout le monde peut les apprécier. Ce « n'est pas à dire que le cul le de la Mère de Dieu ne « soit de beaucoup plus ancien. Ainsi Sozomène rap- « porte que dans l'oratoire appelé Anastasie, donné à « Gonstantinople par saint Grégoire de Nazianze, de « fréquents miracles avaient lieu, et que la Mère de Dieu « y apparaissait souvent. De fait, on trouve dans les plus « anciennes Liturgies la mémoire de Marie , ainsi cpie « des Anges, des Patriarches et des Prophètes, avant
• Thomassinus, de Dier. festor. célébrât., lib. II, cap. xiii.
« qu'aucune fè(e eût êlé élablie en leur honneur. Le « culte de Marie était si Lien en vigueur, que les Gol- « lyridiens donnèrent dans Fabus de l'idolâlrie à son « sujet , comme nous le voyons par saint Épiphane. « Enfin, nous ne devons pas perdre de vue que plusieurs « fêtes du Sauveur étaient communes à sa Mère, savoir « les fêtes de rincarnation, de la Nativité, de l'Épipha- « nie et de la Présentation dans le temple '. »
Nous tenions à citer ce langage d'un critique non suspect de légèreté ou de partialité, parce que, sans rien sacrifier de la rigueur historique, il ne permet pas à Thérésie ni à l'indévotion d'en tirer avantage, aux dépens de cette saine appréciation qui doit pénétrer les faits pour les bien juger, et qui constitue la philosophie de la critique. Il en résulte, ce que nous tenions à établir, ({ue la postériorité de l'institution des fêles de la Sainte Vierge n'affaiblit nullement l'antériorité et l'antiquité de son culte tel que nous l'avons exposé précédemment.
La dernière observation de Thoraassin nous paraît, surtout, décisive. On ne pouvait pas se passer, si j'ose ainsi dire, de la Mère, dans la célébration dos mystères du Fils, qui lui-môme la mettait en lumière. C'est ainsi que, dès le premier siècle, le mystère de l'Epiphanie était représenté dans la chapelle du cimetière de Callista par la peinture de la Vierge offrant son divin Fils à l'adoralion des Mages, et recevant elle-même l'hommage dû à une si auguste Maternité. Qu'était-ce donc du mystère de l'Incarnation , où celte virginale Maternité était le temple même et comme le foyer du mystèic? Pouvait-on fêler l'Incarnation sans fêter la Vierge en qui et par qui
* Thomassi.nu.s, ilr })ici . Jislor. cckbrnt., cap. xx.