‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 2 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PREUVES DE LA HAUTE ANTIQOITÉ DU CULTE DE LA SaINTE VlEHCE COMME CULTE lîVANGÉLIQUE, UIBLIQUE ET MYTHIQUE.

Les Protestants, adversaires déclarés du culte de la Sainte Yierge, et qui trouvent des auxiliaires si complaisants dans les Jansénistes, les Rationalistes et les pseudo- Catholiques, s'arment conlre ce culte d'un rigorisme impitoyable touchant la justification de son antiquité. Ils ne peuvent lui contester au moins quatorze à quinze siècles de pleine existence, et décliner le fait éclalant, le fait immense du Concile d'Ephése, en l'an 431 , décernant, ou plutôt maintenant à Marie, dans un temple qui lui était déjà consacré, et aux acclamations enthousiastes de tout l'Orient, le titre et les honneurs de Mère de Dieu fondés sur la Divinité de Jésus-Christ son Fils qui élait niée par l'hérésie Nestorienne. Mais ni cette antiquité déjà si vénérable, ni le transport unanime de toute la Chrétienté attestant dès lors une antiquité de beaucoup plus hante encoie, ni enfin le lien, le nœud si étroit qui parut en celte mémorable circonstance entre le culte de la Maternité divine de Marie et la Divinité de Jésus-Christ, n'ont le pouvoir de les toucher et de les satisfaire. Moins chrétiens (jue protestants, le triomphe du dogme fondamental de la Divinité du Christ ne peut leur faire pardonner celui de la glorieuse Maternité de Marie , et ils se conduisent à l'égard de ce grand Concile comme de vrais Ncstoriens. *

PREUVES DE l'antiquité DU CULTE DE LA SAINTE VIERGE. 5

Il faut donc remonter plus haut : mais jusqu'où? et par quelles preuves faut-il montrer le culte de la Mère de Dieu en possession des honneurs qu'on lui conteste ? Oh ! c'est ici que nos adversaires sont d'une exigence que rien ne peut satisfaire. Plus nous remontons, plus nous prouvons, plus ils deviennent difliciles, plus cette antiquité qu'ils exigeaient de nous cesse d'être l'antiquité du moment qu'elle nous est acquise. Le quatrième siècle, le troisième siècle même, ces siècles des Augustin, des Chrysostôme, des Jérôme, des Ambroise, des Épiphane, des Basile, des Athanase, des Éphrem, des Denys d'Alexandrie, des Cyprien, des Grégoire de Néo- Gésarée, des Origène, ces siècles vénérables où la foi chrétienne grandit dans le martyre et sortant des catacombes se dresse et se personnifie dans ce qu'il y eut jamais de plus grand sur la terre parle génie et la sainteté, sont entraînés dans un commun mépris avec les siècles inférieurs, du moment qu'ils s'inclinent devant Marie. « Ce culte, dit Bayle, n'a commencé dans l'Église « que trois ou quatre cents ans après l'Ascension de « Jésus-Christ. Il est né du penchant naturel à tous les « hommes à imaginer la Cour céleste semblable à celle « des Rois de la terre, dans laquelle les femmes ont c( ordinairement beaucoup de pouvoir; de l'intérêt sor- « dide des prêtres et des moines, qui ont vu que ce « culte était très-lucratif; des faux miracles qu'on a « forgés, etc., etc. • »

Ce jugement dégrade-l-il les illustres et saints génies que j'ai évoqués ou Bayle lui-même ? Fait-il injure au Catholicisme qui les compte pour Pères ou au Protestan-

* Dicl. cril., Jniwu.

tisme qui les renie ? Je le laisse à penser. Le culte de la Sainte Vierge ne date que du qualrième siècle, ditesvous : que diriez-vous donc s'il ne datait, comme vous, que du seizième ?. Il se recommande de ce qu'il y eut de plus grand et de plus saint dans l'Église : que serait-ce donc s'il avait pour fondateur un Luther et un Henri VIII ?... Il est né du penchant naturel des hommes à faire le ciel à l'image de la terre, de l'intérêt sordide des prêtres et des moines, des fau\ miracles, etc. : que serait-ce donc si, au lieu de cette banale et vague imputation que dément hautement le caractère des grands siècles où vous faites vous-même remonter ce saint culte, il était né patemment, comme la Réforme, de la luxure des moines, jetant le froc pour le mariage; delà cupidité des princes, secouant le joug de l'Église pour se jeter sur ses dépouilles; et du déchaînement de toutes les passions contre tous les freins? Que serait-ce donc si ses fondateurs euxmêmes disaient «qu'il fut en Allemagne l'ouvrage de l'in- « térôt, en Angleterre celui de l'amour, et en France ft celui de la nouveauté*, » ou que « parmi cent de ses « sectateurs on en trouverait à peine un seul qui le soit « devenu par aucun autre motif que pour pouvoir s'a- « handonner avec plus de liberté à toutes sortes de vou luptés et d'incontinences*^ ?... »

Il faut en convenir , les exigences du Protestantisme nous font beaucoup d'honneur, si nous les mcsuions suises licences. Sa haine contre un culte aussi antique, aussi chaste et aussi humble que celui do Marie est la conséquence logique et parlant le naïf lénioignage de la nouveauté, de l'incontinence et de l'orgueil.

' Fn^DÉRic LE Ghanu, Mémoires de Brandebourg. ' Calvin, Comment. 1 1, in eput. Pétri.

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