‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 27 sur 41 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

INFLUENCE DU CULTE DE LA SaINTE VieRGE SUR LA FAMILLE.

J)e l'influence du culte de Marie sur l'individu à son influence sur la famille, la Iransilion est aussi naturelle que la conséquence est certaine.

On peut dire môme qu'elle est croissante.

I. — Dieu, qui est le grand Unisseiir, comme parle saint François de Sales, se plaît dans l'union. VUnivers, comme le mot lui-môme l'indique , n'est qu'une vaste union des êtres tirés de la confusion. Pour ne parler que de l'homme, nous avons vu que Dieu ne l'a pas môme conçu un instant solitaire. Il le créa en double et en un. Mais cette première union ne devait (Mre encore que le principe d'une union plus multiple. En vertu de cette parole : Miiltipliez-vons, les enfants na(juirent; d'époux, l'homme et la femme devinrent parents, et la famille fut instituée, pour devenir ellejaiêine, par son union, l'élément d'une union plus grande, la nationalité de chaque peuple, de chaque gens, dont la réunion forme le genre humain.

L'Antiquité n'avait compris qu'une seule union, à laquelle elle avait sacrifié toutes les autres : la nationalité. Point de famille pour elle, point de genre humain. Elle avait dénaturé par là môme la nationalité, en la déta-

chant et de ce qui la forme et de ce qu'elle doit ellemême former. Elle n'avait gardé qu'un anneau de la chaîne entre celui qui précède et celui qui suit; elle Tavait même forgé de leur absorption, et lui avait ôté par cela même son caractère.

Cette rupture était d'autant plus fatale, que la chaîne devait avoir une plus grande portée encore, et ne devait pas aller seulement de l'union des sexes à celle des nations, de la dualité humaine au genre humain. Sa destinée était d'aller de Dieu à Dieu.

Adam, en effet, qui fut de Dieu, comme dit l'Evangile ', par le souffle de vie qu'il reçut de Lui, devait, en transmettant ce souffle à sa postérité, le communiquer à Dieu lui-même, dont le Fils devait venir le prendre dans le sein d'une femme. V homme de Dieu devait devenir Y Homme-Dieu. Mais ce n'était pas là encore le terme de l'union ; c'en était la voie. Cet Homme-Dieu, Fils de Dieu el fils de l'homme, devait i-éaliser en lui l'union générale de l'humanité à la Divinité, en communicpiant à tout homme (jui la recevrait de sa grâce, la qualité d'enfant de Dieu ; en ramassant en lui la généralité des hommes, et l'élevant à sa propre union avec son Père, « afin que tous ensemble ils ne soient qu'un, « de même que lui et son Père ne sont qu'un; et que « l'universalité soit ainsi consommée dans l'unité'^. »

En se consommant, celte union merveilleuse devait resserrer, on le conçoit, toutes les unions secondaires dont elle est le terme. Elle devait réagir sur elles et les inspirer. De là, en ellet , l'indissolubilité du mariage

I Luc, III, 3B.

• Juiiii., XVII, 32.

scellée de l'union même de Jésus-Christ avec son Église; la famille constituée sur ce fondement et sur la coexistence religieuse et civile de la triple personnalité de l'homme, de la femme et de l'enfant ; la nationalité assurée par l'obligation de rendre à César ce qui est à César, sous la garantie réciproque entre les peuples et leurs souverains de rendre à Dieu ce qui est à Dieu ; enfin le genre humain constitué sur le droit des gens de l'Évangile en une seule famille de frères, rachetés du sang de Jésus-Christ, et disant ensemble à Dieu : Notre Père.

Cette Paternité céleste inspire toutes ces relations et les relie, en imprimant à chacune d'elles un caractère de famille, dont le cercle va tout à la fois en s'élevant et en se concentrant, comme la voûte d'un édifice. L'humanité est ainsi constituée religieusement sur le plan de la famille. Combien plus la famille elle-même doit-elle donc répondre à ce plan !

Or, la Paternité céleste, qui en est le foyer, ne résulte pour nous que de la Fraternité de Jésus-Christ ; et la Fraternité de Jésus- Christ ne résulte elle-même que de la Maternité de Marie. Cela est certain. « Dieu « a envoyé son Fils fait de la femme^ pour que nous « reçussions l'adoption des enfants, et étant enfants, « Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, c( qui crie : Père'. » Voilà la constitution de la famille céleste. Dieu n'est notre Père que parce que son Fils s'est fait notre Frère ; et il ne s'est fait notre Frère qu'en tant qu'il a pris Marie pour Mère. C'est cette Maternité de Marie, commune à Lui son Premier-

1 Galat., IV, 4 l'I G.

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iié ' selon la nature et selon la chair, et à nous ses autres enfants^ selon la grâce et selon l'esprit, qui nous fail entrer dans la fraternité de Jésus-Christ et dans la liliation de Dieu. La famille céleste est ainsi constituée sur la femme, sur IMarie.

Or, s'il est vrai que le céleste doit être le type du terrestre, doit l'inspirer et l'informer, Marie doit avoir dans la religion de la famille la place que nous venons de lui reconnaître dans la famille de la religion. Le culte du Père, du Fils et du Saint-Esprit doit venir %Hncarner en quelque sorte dans celui de la Vierge Marie. De là le mot si vrai d'un petit enfant à sa mère qui lui faisait faire le signe de la croix : Maman ! et il n'y a pas de Mère?

IL — La convenance d'un tel culte, et rinfluence qu'il doit exercer sur la famille chrétienne résulte, du reste, de celle qu'il a déjà eue sur sa formation. S'il est vrai, en effet, que l'émancipation de la femme et le prix de l'enfant, que ces deux personnalités sans lesquelles il ne saurait y avoir de famille et qui étaient ahsorhées dans celle du père, sont une ci'éation du Christianisme ; s'il est vrai que le culte delà Vierge-Mére et de l'Enfant-Dieu a puissamment contribué à cette création, il doit être vrai que ce même culte doit contribuer au maintien et au perfectionnement de son propre ouvrage.

Qu'on le remarque bien, la tendance de la nature déchue vers la brutalité de la force n'a pas été détruite,

> MaUli., I, 1ï,.

* A|)ocnly|)«i', XII, 1 7.

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mais domptée seulement par le Christianisme : elle çp relèverait soudain si le Christianisme suspendait le prodige continu de son ciMeste empire. Bientôt l'enfant cl la femme seraient absorbés par le père et le mari, le pauvre par le riche, le faible par le fort, les petits État,^ par les grands, et la tyrannie antique relèverait sa tête hideuse. Or, dans la famille chrétienne, qui est-ce qui fait contre-poids, pour la femme et pour l'enfant ? qui est-ce qui maintient le mari et le père, à leur égard, dans l'équilibre de la justice, dans l'inclination même de la tendresse et du respect? Nos lois, dira-t-on, nos mœurs : sans aucun doute : mais remontez à la source de ces lois et de ces mœurs, considérez encore aujourd'hui ce qui les alimente, et vous trouverez la Religion et plus particulièrement le culte de l'Enfanl-Dieu et de la Vierge-Mère consacrant la Mère et l'Enfant. — Ah ! que ce culte, que cette douce et sainte image de la Vierge, tenant, pressant dans ses bras l'Agneau qui doit juger la terre, impriment à la fois de respect, de douceur et de crainte, entre les parois de nos demeures, dans cette domesticité où la nature de l'homme, contenue au dehors par l'opinion, n'est que trop portée à s'échapper! De quel reflet protecteur il couvre la femme et l'enfant ! quel supplément pour leur faiblesse !

m. — Le culte de la Vierge verse dans la famille une autre influence non moins essentielle, une influence de pureté et de chasteté. — Casta piidicitiam servat domus, disait le poëte latin, en opposant l'imaginaire bonheur de la vie champêtre à la dissolution des mœurs romaines. Il était réservé au Christianisme de réaliser cette fiction dans toute famille qui reconnaît sa loi. Il contient

les écarts des sens en consacrant leur légitime usage. Il fait la garde autour du sanctuaire de la fécondité, pour en écarter toute profanation, et il préserve les sources de la vie de toute altération et de toute souillure. Or, dans ce commun respect des époux, quelle est l'influence que la Religion oppose alors avec le plus d'efïïcacité, et de laquelle rayonnent, pour ainsi parler, la pudeur et la chasteté comme de leur foyer céleste? Qui est-ce qui consacre en particulier l'épouse chrétienne, la fait respecter de répoux même qui ne se respecterait pas, et lui fait remplir tous ses devoirs, sauvegardant l'honneur, qu'elle ne perd jamais sans perdre son empire, si ce n'est le culte de la chasteté dans la plus haute expression qu'elle ait jamais reçue;, la Vierge des vierges, en qui la virginité a été élevée au suprême honneur de la fécondité, et qui est devenue Mère de Dieu, ne connaissant point d'homme?

IV, — L'éducation de l'enfant ne se ressent pas moins de cette sainte influence; on peut dire même qu'elle ne saurait s'en passer. Deux vies s'éveillent en même temps et se développent parallèlement dans l'enfance chrétienne: la vie de la nature et la vie de la grâce, la vie du temps et celle de l'éternité. Ces deux vies se pénètrent réciproquement, de telle sorte, cependant, que c'est la vie de la grâce qui r/evela vie de la nature, et qui en fait réellement Wklucation. La famille naturelle prête alors ses analogies à la Religion, qui le lui rend on inlluence. De la notion corrélalivo de mère et d'enfant i\\\\ lui est personnelle ou immédiate, l'enfant s'élève à celle de leur type, la Vierge-Mère et l'Enfant-Dieu; et de colle-ci â relie du Père céleste et invisible dunt ils lui olïrent le

reflet. Présenter à l'enfant la notion abstraite de Dieu serait peine perdue. On ne pourrait même dès l'abord le lui faire concevoir sous la vague notion de Père, et surtout le lui faire aimer. Pour l'élever à cette sublime notion, il faut la lui faire aborder pai- celle de Fils, de Jésus-Christ, Homme-Dieu, mort sur la croix pour nos péchés. Mais cette notion d'Homme-Dieu crucifié est encore bien abrupte et bien escarpée pour l'enfant;, comment la faire descendre à sa portée ? Comment ? Par le môme procédé qu'a réellement employé le Fils de Dieu pour se mettre à la portée de l'homme qui, relativement aux. choses divines, n'est Jamais qu'un enfant; par la vérité même du fait et de la doctrine qui nous présentent le Verbe fait petit enfant^ naissant d'une Vierge-Mère, recevant ses soins prolongés, grandissant en âge et en sagesse sous sa garde jusqu'à l'âge de trente ans, et s'immolant à la justice de son Père, pour le salut des hommes qu'il réconcilie avec lui par sa mort. C'est là le Christianisme même : c'est ainsi que la Sagesse éternelle a fait l'éducation de l'humanité. C'est ainsi que toute éducation doit se faire. Par là, chose admirable et touchante ! la mère s'appuie sur l'autorité de Marie à l'égard de Jésus, et sur l'exemple de Jésus obéissant à Marie pour captiver l'attention et la soumission de l'enfant ; et l'enfant s'autorise à son tour de la sainteté de Marie et de la sagesse de Jésus pour obliger la mère à être digne de cette sublime analogie. La leçon et l'autorité sont doubles : elles descendent de la mère à l'enfant, et elles remontent de l'enfant à la mère; elles profitent aux parents autant qu'à l'enfant : elles constituent pour ceux-là un sacrement en quelque sorte d'autorité, et pour celui-ci un sacrement de libcrlé de conscience.

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Liberté et autorité qui se concilient comme la prédication de TEnfant-Dieu parmi les Docteurs avec sa soumission à Marie, et qui sont le germe de ce tempérament d'autorité et de liberté que l'enfant devenu homme portera plus tard dans la vie publique. — Tout ceci n'est pas de la spéculation, c'est de la pratique. Qu'on nie que ce soit Ja mère chrétienne qui fasse la première éducation et le tempérament moral de l'enfant , ou qu'on reconnaisse qu'elle ne le fait pas sans l'influence évangélique de la Sainte Enfance de Jésus et de la Maternité de Marie.

V. — Mais le culte de cette sainte et virginale Maternité exerce dans la famille une influence plus générale el plus intime encore.

Si, comme nous l'avons reconnu dans la précédent( Étude, ce culte influe puissamment dans la vie de l'hommo pris individuellement, combien cette influence ne doitelle pas se faire sentir dans la vie do famille, dans cette vie où rbomme est le plus bomme, si je peux ainsi dire, et le plus réciproquemciil bonimc; sur ce théâtre intime d'aflections et d'émotions où la nature se déploie dans toute l'intensité et la liberté de ses plus vifs sentiments el de ses plus chers intérêts ; à ce foyer domestique où se passent tant d'événements personnels, tant de soucis, tant d'épreuves, tant do douleurs, tant de joies, tant d'illusions, tant de déceptions; où l'homme naît, vil, soulfre, ineurl, dans tous ses inembi'cs, et où s'amasse au jour le jour ce poids de mérites ou de torts qui doit peser dans la balance d(ï sa destinée ! Ah ! combien là se fait sentir le Ixisoin d'nn Dicui l'aniilier, du Uieu-avecnoM.v, naissant, vivant, souIVranl, mourani comme nous:

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et sanctifiant par la grâce de ses mérites et de ses exemples toutes ces vicissitudes de la mortelle condition ! Et comment pouvons-nous avoir ce Dieu avec nous sans la Vierge par qui il est venu, avec qui il a ressenti toutes nos misères depuis la crèche jusqu'à la croix, avec qui il a vécu en famille, pour qui son dernier soupir a été un soupir de famille ? Sur trente-trois ans, le Fils de Dieu en a consacré trente à la vie de famille. Il nous a préparé dans la Sainte Famille, dont il a voulu être si longtemps le nœud, le modèle sanctifiant et protecteur de toute famille chrétienne. Or, sur qui reposait cette céleste famille, si ce n'est sur la Maternité de Marie? Joseph n'était le père de Notre-Seigneur, que parce qu'il était l'époux de Marie ; sainte Élisaheth, saint Jean-Baptiste, les autres cousins de Jésus, et toute sa parenté, ne tenaient à lui que par Marie. Lui-même n'a voulu tenir sa qualité de Fils de l'homme que de Marie. El lorsque toute cette parenté humaine du Fils de Dieu s'est éteinte ou dispersée, qui est-ce qui a vécu seule avec lui, si ce n'est encore Marie? Enfin la mort elle-même n'a pu rompre ce lien de sang de Jésus et de Marie ; elle l'a transformé en un lien spirituel d'adoption, en l'étendant à toute la famille humaine. Jésus a voulu se survivre comme Fils de Marie dans la personne du bien-aimé Disciple à qui il la lègue en mourant, et qui « à dater de « cette heure la prit à son foyer, » dit l'Évangile : Ex illa hora accepii eam Discipulus in sua'. Le Disciple n'était en cela que la personnification de tout disciple du Christ qui, lui aussi, doit prendre Marie à son foyer, doit l'honorer d'un culte doniestique, doit honorer et

' Jean, xix. 27.

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chérir en elle le dépôt de Jésus mourant, et continuer ce que ce divin Fils a voulu être pour elle toute sa vie et après sa vie'. Quel témoignage de tendresse intime de Jésus envers le Chrétien que de lui léguer sa Mère ! et quel précieux moyen de fidélité et d'amour du Chrétien envers Jésus que le culte domestique d'une telle Mère ! Jésus, qui a dit : « Quand vous serez plusieurs « réunis en mon nom, je serai au milieu de vous, » peut-il manquer de se trouver dans une famille qui possède ainsi Marie , et Dieu, qui nous est rendu propice par Jésus, ne doit- il pas habiter dans une telle maison?...

Et combien ce culte n'est-il pas approprié k ce caractère privé, intime et domestique qui constitue la famille! Point de famille sans une mère, et la famille vaut ce que vaut cette mère. Qu'est-ce donc d'une famille qui a pour mère la Mère de Dieu, qui vit et agit sous l'œil et l'influence de Marie ! Son culte tempère celui de Dieu et de Jésus-Christ, et le fait descendre, sans en compromettre la majesté, dans le cercle de la vie privée. Dans toutes

' On ne voit d'ordinaire qu'une circonslaiice privée An la vie de Jésus dans le don qu'il lit de sa mère à son Disciple. Comme s'il y avait en quoi que ce soil de privé dans la vie du Fils de Dieu, et qui ne rentrât dans sa nnssion publique et universelle de Sauveur des hoiinni's! Comme si tout ce qu'il a fait et dit, surtout du haut de la Croix, comme si sa suprCme parole n'avait pas toute la portce de sa mort et n'y iHait pas annexée ! Comme si lui-mi^me ne l'avait pas dit expressément par cette réllexion de son Disciple, qui suit inini(Uliatement le don qu'il lui fait <le Marie : « Après cela, Jésus sacliaiH (pic louirs rliotea élaivut accomplies l » — Le don de Mario rentre évideuunent ilans ces toute» choses dont l'accompiissemcnl constituait la mission du Kilt de Dieu. C'est un don tuysiitpte (pii s'adresse dans saint Jean nu Kcnre humain. — Hitvoirc(> que nous avons dit sur i-e sujet dans /n \ lerije Marie d'après VKvannile,

les peines, dans toules les joies, dans tous les intérêts, dans toules les épreuves, Marie est de la famille, comme elle était des noces de Cana ; et Jésus y est convié par la présence et l'entremise de Marie, qui lui dit plus d'une fois : « Ils manquent de vin ; » ils manquent de consolation, de force, de grâce, de vie. C'est à elle qu'on s'adresse pour tout obtenir de son divin Fils. On ose tout avec elle ; car elle est Mère : on espère tout ; car elle est Mère de Dieu. Par elle enfin Dieu se fait de la famille, pour en faire la famille de Dieu.

VI. — El qu'on ne voie pas dans tout ceci une pieuse fiction. C'est une vérité tout à la fois de doctrine et de pratique. Marie sans doute est au haut du ciel, auprès du trône de Dieu ; et c'est de là qu'elle parle et qu'elle agit en notre faveur, de là qu'elle fait couler abondamment sur nous les trésors célestes, de là qu'elle se rend attentive à nos vœux et pourvoit à tous nos besoins : mais tout cela à proportion que nous l'honorons, et que nous l'invoquons sur la terre. Ce culte la fait descendre en quelque sorte au milieu de nous par les grâces qu'elle distribue ; il spécialise ces grâces, et les approprie à nos situations et à nos besoins. Ainsi le culte domestique de Marie obtient des grâces domestiques, des bénédictions de famille, comme le culte national obtient des grâces nationales et des bénédictions de peuple. La famille , comme famille, reçoit donc du culte de Marie une influence de grâce et de bénédiction qui découle de l'impression de ses vertus, de la faveur de son entremise, et de la puissance de son crédit ; et il n'y a pas de famille consacrée à Marie qui n'éprouve les effets sensibles de ce patronage maternel.

•!- Jt. 23

Pour en revenir à l'idée d'où nous sommes partis dans cette Étude, outre l'influence du culte de Marie sur l'individu, ce culte a une influence sur la famille; influence plus grande et autre : plus grande, en tant que la famille chrétienne réalise davantage ce qui est le propre du Christianisme, Vunion; autre, en tant que ce culte est merveilleusement approprié aux conditions, aux besoins et aux mœurs de la famille.

Bourdaloue, dans un beau sermon sur la dévotion à la Vierge j prêché pour la fête de l'Assomption, après avoir rappelé le vœu de Louis XIII, dont on faisait la commémoration au sein des pompes nationales de la cour, de la magistrature, et de tout le peuple, ajoutait ces paroles par lesquelles nous ne pouvons mieux terminer :

a Voulez-vous, mes chers auditeurs, que je vous tt donne une pratique digne de votre piété? Elle est (i aisée, il n'y a point de prétexte qui vous en puisse (c dispenser» Faites^ chacun dans votre condition, ce que (( fit ce prince très-chrétien et très-religieux, dont nous c( accomplissons le vœu. Il consacra son royaume à la « Reine des vierges; consacreK-lui vos familles et vos « maisons : il lui dévoua sa personne et celle de ses (( peuples; dévouez-lui la vôtre et celle de vos enfants. ( Ce n'est pas assez : mais comme ce grand Monarque, u par une conduite solidement pieuse, qui no lui acquit a pas moins devant Dieu ([ne devant les hommes la qua- « lité de Juste, voulut que son dévouement fftf public, « ne rougissons point de faire connaître le nôtre; con- <v fessons librement ce que nous sommes, puisque c'est « la profession de ce (juo nous sommes qui nous doit a Hauver. Ne souflrona pas que les libertins du siècle « soient plus hardis h railler le culte que nous rendons à

« la Mère de Dieu, que nous à le défendre... Surtout, « Chrétiens, souvenez-vous de celte parole de saint An- « selme, que, comme toute famille solidement et sain- « tement dévouée à la glorieuse Vierge ne pé?'it pas, « aussi ne devons-nous pas compter que la bénédiction « de Dieu se trouve dans une famille oit la glorieuse « Vierge nest pas honorée. »

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