CHAPITRE IV
INFLOEKCE DU CULTE DE MaRIE SUR LA SOCIÉTÉ.
l" Le culte de Marie exerce une influence sur la société.
2" Quelle est cette influence ?
I. — Un incrédule d'une haute portée d'esprit, mais qui avait joui trop longtemps de l'impiété pour avoir le goût et le sens du Christianisme fut, après une controverse amicale que j'eus un jour avec lui, entraîné par le courant des idées à laisser tomber de sa bouche cette vérité qui le dominait jusqu'à lui faire oublier l'avantage que je pouvais en tirer contre lui : « Si le Christianisme a venait à disparaître, que deviendrait la société ! » Celte exclamation, dont le geste et l'accent doublaient l'expression, lui était venue à propos d'une autre vérité dont il avait parfaitement senti la portée : c'est que le Christianisme n'agit pas seulement sur le petit nombre relatif des dévots^ mais par eux dans la masse des indilïérents ou môme des impies; et que la moralité telle quelle dont ceux-ci se prévalent pour se passer de religion, leur arrive de celte Ueligiun même qu'ils renicnl, cl de celte dévotion qu'ils méprisent.
On ne peut en elïel méconnaître la puissance des
milieux et des foyers. Le Christianisme n'est pas seulement dans les tabernacles et dans les temples, il est au dehors, sur les places, dans les maisons, dans les familles, dans les institutions, dans les mœurs, dans les idées, dans l'air. C'est l'impression ineffaçable de la piété du premier âge qui se réveille de loin en loin dans le cœur; c'est le souvenir profond de la sainteté d'une mère aimée, d'un père vénéré qui se confond avec le respect douloureux que nous portons à leur mémoire; c'est la vue d'un digne prôtre, l'exemple ou le discours d'un ami, l'innocence d'un enfant, la piété d'une épouse, d'une fille ou d'une sœur; le dirai-je? c'est la foi et la régularité d'un domestique, d'une pauvre servante, qui édifient quelquefois toute une maison, qui y répandent un parfum de religion et de vertu, et qui montent jusqu'à la haute intelligence du maître pour y déposer des impressions et des germes de moralité dont il ne se doute pas, et qu'il reçoit cependant, tout en disant qu'il lui suffit de sa conscience.
Le Christianisme pénètre tout. Nous vivons, nous nous agitons, nous flottons dans le Christianisme : In e o vivimus, movemur et sumus. Qu'il vienne à tarir, qu'il cesse d'alimenter la charité des saintes Sœurs vouées au soulagement de toutes les misères humaines ; le dévouement des humbles Frères qui sèment sa doctrine et sa morale dans les générations successives du pauvre et de l'ouvrier; le zèle des Prêtres qui maintiennent les populations des campagnes et des faubourgs dans le respect de Dieu et la patience de leur condition; l'autorité des Évêques qui évangélisent incessamment leurs diocèses, et y font entendre périodiquement ou dans chaque circonstance solennelle cette grande parole qui a couvert i
le monde et qui le rappelle à ses destins ; qu'il cesse de soutenir et d'animer cette multitude innombrable d'institutions charitables par lesquelles il pénètre dans tous les pores, pour ainsi dire, du corps social ; qu'il cesse d'inspirer ces convictions et ces écrits qui défendent pied à pied le patrimoine de la vérité divine et en étendent le règne dans les intelligences ; en un mot, que le Ghristia-r nisme arrête un seul jour le vaste mécanisme de son action civilisatrice, qu'il cesse de dire et d'inspirer son Sursiim corda/... et la société est abîmée.
Elle est abîmée sans pouvoir se retenir au degré même de décomposition d'où le Christianisme est venu la retirer; car, selon la loi delà pesanteur morale, elle tombera autant au-dessous qu'elle a été élevée au-dessus.
II. — Gela posé, nous devons en tirer, en ce qui touche notre sujet, une conclusion bien simple, h savoir, que le culte de la Très-Sainte Vierge a dans celte influence du Christianisme sur la société, la part qu'elle a dans le Christianisme même pris à son foyer.
Je dis p7ns à son foyer; car autrement ce ne serait pas le culte de la Vierge seulement, mais le culte de la Présence réelle, le culte de la divinité de Jésus-Christ, le culte du Dieu vivant lui-même qu'on pourrait éliminer du Christianisme. Il y a une multitude de christiaiiismes de convention, aujourd'hui, qui répudient ces divers éléments du Christianisme réel. Le Siècle a son christianisme, M. Renan a son christianisme, Strauss avait son christianisme ; si Voltaire revenait, il aurait le sien; car le moyen de combattre le Chrislianismo, aujourd'hui, autrement qu'en lui dérobant son litre et le falsiliant? Il y a môme beaucoup de ces christianisraes de bonne foi
autant que peut l'être raccommodement d'une règle aux vues et aux penchants individuels qu'elle doit redresser: ainsi en est-il de toutes ces sectes et nuances du christianisme protestant depuis le puséisme jusqu'à l'unitarisrae. Mais tout ce chaos est-il le Christianisme? Qui oserait le dire sérieusement? Tout ce qu'on peut accorder, c'esl que c'est du christianisme à divers degrés de décomposition, dont le foyer est dans le Christianisme intégra/. dans le Catholicisme ; de même que les divers degrés de lumière et de chaleur qui se font sentir dans une atmosphère chargée de vapeurs, proviennent de l'astre qui darde ses rayons dans la haute sérénité de l'air.
C'est donc à cet unique foyer du Christianisme qu'il faut étudier la part du culte de la Vierge dans l'émission de sa vivifiante influence.
Or, là, ce culte nous apparaît inhérent au Christianisme. Nous ne voyons jamais un religieux, un prêtre, un chrétien actif, un ouvrier évangélique, une institution, une œuvre, une influence quelconque émanant directement et efficacement du Christianisme, qui ne s'inspire éminemment de cette dévotion. — < C'est un fait.
Il faut reconnaître même que cette dévotion est le propre caractère de l'activité et de la fécondité chrétiennes, qu'elle en est la profession et la perfection. Le rosaire pend à toute ceinture de Sœur de charité, de Frère de la doctrine, de religieux ou d'apôtre, et sa récitation entre dans la vie pratique de tout prêtre et de tout chrétien, à proportion qu'on est plus fervent et plus actif dans le service de Dieu et dans l'exercice du Christianisme. L'image de la Vierge est le signe caractéristique de toute Œuvre chrétienne, et ses dévotions sont l'aliment de tout zèle et de toute charité. En un mot.
si on supprimait tout ce qui se nourrit du culte de la Vierge dans le Christianisme, on supprimerait le Christianisme même pris à ce foyer d'où émane tout christianisme dans le monde et toute influence chrétienne sur la société.
III. — On en sera plus convaincu si , de ce foyer du Christianisme, on porte la vue sur le sujet collectif de son action, sur cette partie de la société qu'on appelle la société des fidèles^ les chrétiens pratiquants dans la plus large acception du mot; c'est-à-dire tous ceux qui entrent dans nos églises, et qui revenant ensuite dans le monde, y apportent les impressions religieuses qu'ils ont reçues, et les communiquent à divers degrés à la masse qui se meut en dehors. Si, dis-je, on porte la vue sur cette société qui comprend ainsi directement ou indirectement toute la société, on ne peut méconnaître encore la part considérahle du culte de la Vierge dans l'action sociale du Christianisme.
La Religion chrétienne n'a aucune fête où la Vierge ne soit honorée. Je ne parle pas encore des dévotions facultatives, comme le rosaire, le mois de Marie, les confréries, les pèlerinages, etc., etc., je parle du culte régulier, liturgique et officiel, sans lequel on ne prend pas de part à la communion des fidèles. Le culte du Christ, le culle divin proprement dit, dans le Sainf- Sacrifice qui en est l'âme, et dans la céiéhrafion de ses mystères les plus essentiels : les mystères de l'Avent, de Noël, de l'Epiphanie, de la Présentation, de la Passion, de Pâques, de la Pentecôte, est tout imprégné du culte de la Vierge; et réciproquement, le culte liturgique de la Vierge , les fôtes de l'Immaculée Conception , de la
Nativité, de l'Annonciation, de la Visitation, de la Purification, de l'Assomption, sont toutes imprégnées du culte divin. L'Assomption, qui est la fête des fêtes de la Vierge, est même la fête nationale et sociale entre toutes, et la Religion semble ramasser et réchauffer en ce jour, la société chrétienne tout entière, comme sous les ailes maternelles de Marie. Quelle doit donc être l'influence d'un culte aussi éminent et aussi collectif?
Que dire maintenant du culte facultatif ^e la Vierge? quelle action puissante n'exerce-t-il pas sur la société? action d'autant plus grande qu'elle est plus libre, qu'elle est sollicitée par ceux mêmes sur qui elle se fait sentir, et qu'elle meut les multitudes par leur propre spontanéité. Quelle influence profonde et réellement sociale toutes ces manifestations de la foi des masses à Marie n'attestent-elles pas? Ces déplacements de populations attirées par la dévotion à ses sanctuaires privilégiés; ces commémorations de fêtes locales amassant des provinces entières sur un seul point; ces fondations de sanctuaires et ces érections de statues par le concours de vastes diocèses ; ces manifestations de villes entières mues d'un même transport, et le faisant éclater par des illuminations qui font de toute une vaste cité un temple et un sanctuaire à Marie; enfin ces images et oratoires qui consacrent nos demeures, ces médailles ou ces symboles qui individualisent le culte de Marie, et en font un culte domestique et privé autant qu'il est extérieur et public : toutes ces manifestations accusent une influence qu'on ne peut méconnaître comme la plus vaste et la plus profonde, la plus collective et la plus intime que puisse sentir et exprimer une société.
Si donc le Christianisme a une influence vivifiante sur
la société moderne, s'il en est la vie même, il faut reconnaître que le culte de Marie entre dans cette influence pour une immense part.
IV. — On dira, je le sais, que c'est là le catholicisme, et que toute la partie si considérable du monde protestant atteste la superfluité du culte de la Vierge comme influence chrétienne sur la société.
Je réponds ce que j'ai déjà dit, et en y insistant. Le Catholicisme est au protestantisme dans le monde chrétien, ce que, dans chaque pays du monde chrétien, le Christianisme est aux déistes et aux impies. Dans chaque pays chrétien, les déistes et les impies, qu'ils le veuillent ou qu'ils ne le veuillent pas, vivent du Christianisme, et sont à quelque degré chrétiens. De même, dans le monde chrétien, le protestantisme vit du Catholicisme : il en subit l'influence en l'attaquant. Ce qu'il y a de Christianisme dans les pays protestants est vivifié par la grande unité centrale du Catholicisme en Europe, qui agit à distance sur les sectes (jui s'en sont détachées, et dont il retarde la décomposition ou opère le retour par une force de gravitation proportionnelle, si je peux ainsi parler, qui se fait sentir à divers degrés aux plus rebelles et aux plus révoltés. Je n'en veux pour preuve que cette révolte même. Il y a de la religion dans le blasphème, a-t-on dit très-justement : il y a de même du Catholicisme dans le proteslanlisme ; et on ne proteste que contre ce qui agit. La haine spéciale dont le culte delà Vierge est l'objet de la part du protestantisme, atteste ainsi la spécialité de son action.
El puis, qui peut nier l'influence de la France dans le inonde, et que ce par quoi elle exerce le plus cette
influence, ses Sœurs ^ ses apôtres et ses soldats, ne soit à la fois, et ce qu'il y a de plus français, et ce qu'il y a de plus chrétien, et ce qu'il y a de plus pieux envers la Vierge ?
V. — Mais ce n'est pas seulement dans ce qu'elle est aujourd'hui que l'influence du culte de la Vierge veut être appréciée, c'est aussi dans ce qu'elle a été. La sêciété présente, dans toutes ses parties, est fille du Ga-tholicisme. Elle a du Catholicisme dans le sang. Si donc nous voulons étudier les éléments religieux qui sont entrés dans son tempérament et qui le constituent, l'influence sous laquelle elle a grandi, dont elle a emporté avec elle les impressions , et qui continue à se faire sentir en elle comme tout ce qui est primitif et constitutif, il faut observer ces éléments à l'âge, pour ainsi parler, de son adolescence, au moyen âge. Nous avons beau faire, nous sommes les fils des croisés. Je ne veux pas donner à cette expression le sens étroit qui s'attache aux mœurs sociales du meyen âge : la société ne doit pas plus revenir au moyen âge, sous ce rapport, qu'elle ne doit s'arrêter à l'âge •présent : elle ne le peut pas ; le développement est la loi de sa destinée ; mais le développement dans l'ordre immuable de foi. Imntulabilité qui n'est pas une borne^ mais qui est une carrière ; parce que c'est l'immutabilité de Tinfini, qui comprend et mesure tout développement ; l'immutabilité de Dieu, de sa parole et de ses mystères. Je veux donc dire q^ie nous sommes les fils des croyants^ que nous sommes de race chrétienne, que nous portons tous en nous un principe vital qui remonte à l'âge de notre formation, et qui, par consétjuent,
pour être bien apprécié, doit être observé à cet âge. Or, à cet âge , quelle place le culte de la Vierge n'occupait-il pas dans la profession du Christianisme ? Nous l'avons sommairement exposé, et les monuments qui couvrent notre sol en font foi. Nos trente cathédrales consacrées à la Vierge, sans compter la multitude des autres sanctuaires qui lui sont également dédiés, perpétuent au milieu de nous cette dévotion de nos pères dans les plus sublimes proportions et les plus magnifiques expressions que l'art puisse donner au culte dont il s'inspire. Ces étonnantes basiliques, pour lesquelles les plus indifférents professent aujourd'hui une savante admiration, versent sur nos têtes et dans nos âmes l'influence de cette dévotion à Marie qui les éleva, et la font rayonner au loin dans l'espace. Il en est de môme de toutes les autres expressions de la foi de nos pères : la poésie, la statuaire, la peinture, l'éloquence, la légende, les innombrables écrits théologiques, apologétiques ou ascétiques qui ont été inspirés par le culte de la Vierge et qui entrent pour une si grande part dans cet héritage historique de lumières, de science et d'art que nous recueillons aujourd'hui avec un soin si scrupuleux, exercent sur notre société une influence qu'on ne saurait méconnaître sans méconnaître la valeur même que nous y attachons. Cette valeur, je le sais, est, pour beaucoup de ses appréciateurs, purement artistique ou archéologique ; mais par eux elle devient, dans la société, comme un courant de goût, de sentiment, d'impression et d'opinion qui influe sur la croyiince et sur les mœurs. Ce .'^ont dos titres do famille retrouvés, qui réveillent le culte des ancêtres, et d'où s'échappe une émanation de foi naïve que nous aimons
à respirer comme notre air natal. Nous nous retrouvons, sous cette impression, plus chrétiens, plus catholiques, plus pieux enfants de la Vierge'. En un mot, s'il est vrai que nous provenons du Christianisme, il est vrai que nous provenons de la Vierge qui l'a produit et dont l'influence n'a cessé de le vivifier ; et malgré les profondes altérations que l'hérésie ou l'impiété nous ont fait subir, on peut dire encore de nous, en nous regardant bien , ce qu'on disait de notre Auteur : Nonne hic est Filins Mariœ? Celui-ci n'est-il pas le Fils de Marie?
Aussi la rénovation religieuse revêt-elle partout, de nos jours, le caractère de dévotion pour Marie. Le Christianisme, dont l'éclipsé a plongé la société dans une si affreuse confusion, en se dégageant aujourd'hui des vapeurs de l'impiété, reparaît avec ce même caractère qu'il avait au moyen âge. Il en renoue la tradition; il en déploie même la doctrine. Tant le culte de la Vierge est inhérent au Christianisme ! tant il a de part à l'influence que le Christianisme exerce sur la société !
Mais cela va devenir plus manifeste, si, de la constatation de cette influence, nous venons à examiner en quoi elle consiste et quelle elle est.
Elle est de trois sortes : de doctrine, de morale et de culte.
1 Les journaux américains ont rapporté l'impression que produisit aux Étals-Unis, il y a un an, l'exposition d'une Immaculée Conceplion de Murillo. Du culte de l'art, les esprits passèrent presque au culte de l'idée et du dogme.
4iO LIVRE IV, CHAPITRE IV.
I. ^T- Nous avons montré avec développement, dans notre exppsition historique, l'influence doctrinale du çttlte de la Sainte Vierge. Sous ce rapport capital, ce culte est de beaucoup antérieur au moyen âge. Il date du Christianisme primitif, de l'Antiquité évangélique et apostolique. Il nous apparaît dès lors comme l'élément le plus actif du triomphe de la doctrine sur toutes les hérésies qui éprouvèrent son essor, dans ces quatre premiers siècles de lutte que l'Église naissante eut à soutenir contre la brutalité de la force et la subtilité de l'erreur, et qui aboutit au triomphe de la Maternité divine à Éphèse. Ce triomphe clôt l'âge primitif, et il ouvre le moyen âge. Il résume la doctrine de la Maternité divine, et il en déploie le culte. Ce culte, si considérable dès lors et qui n'a cessé de grandir depuis, était l'expression même du Christianisme vainqueur. Et comme il est dans la destinée du Christianisme d'être toujours en lutte contre Terreur, le culte de la Maternité divine a toujours eu et aura toujours, dans la conservation du Christianisme, la part qu'il a eue dans son triomphe primitif. Ce culte est le concile d'Éphèia continué; c'est-à-dire [le Christianisme même, dont ce concile résumait la doctrine contre toutes les hérésies qui avaient précédé, et celles mêmes qui devaient suivre.
Cette vérité ne résulte pas seulement de sa plus Bolennelle expression à Éphèse. Elle éclate h chaque page de l'histoire dogmatique du Christianisme en remontant jusqu'aux Apôtres. Nous l'avons montré et démontré.
Nqus pe rappellerons ici, de tous les témoignages ^i fort», si pleins, si décisifs que nous en avons produits,
INFLUENCE DU CULTE DE MARIE SUB LA SOCIÉTÉ. 4i<
de saint Ignace à saint Cyrille, que celui de saint Archôr laiis dans sa discussion contre Manès. Ce saint et éloquent évoque, comme on le sait, voulant faire ressortir l'importance du dogme de la Maternité divine que niail Manès, déroula, anneau par anneau, toute la chaîne des vérités religieuses et morales qui prend son point d'attaclie dans ce dogme, et il montra, soit en la descendant, soit en la remontant, tout l'ordre social suspendu à cette chaîne, comme Homère représente le monde suspendu à la chaîne cl'or de son Jupiter, a Montronis « ouvertement, dit-il, combien ton assertion recèle « d'impiété. Si, comme lu le dis, le Christ n'est pas né tt de Marie, sans nul doute il n'a pas souffert; car souf- « frir est impossible à qui n'est pas né. Que s'il n'a pas « souffert, il faut faire disparaître jusqu'au nom de ({ Croix. La Croix supprimée, Jésus n'est pas ressuscité « des morts. Que si Jésus n'est pas ressuscité des morts, « aucun autre ne ressuscitera. Que si nul ne doit ressuac< citer, il n'y aura pas de jugement. Que s'il ne doitpa? t( y avoir de jugement, c'est gratuitement qu'on obsep- « verait les commandements de Dieu ; il n'y a plus lieu « de nous contraindre ; mangeons et buvons, car nous « devons mourir demain. Toutes ces choses s'enchaînen « pour celui qui nie que Jésus soit né de Marie. — Si au « contraire tu confesses celle naissance de Marie, la « Passion la suit nécessairement 5 la Résurrection, la ft Passion ; le Jugement, la Résurrection ; et tous les prête ceptes de FÉcriture sont sauvés, — Ce n'est dono pps « là, conclut-il, une vaine question, mais elle contient « beaucoup de choses dans cq seul mot. De même, donc,
« QUE TOUTE LA Loi ET LES PROPHÈTES SONT CONTENUS « DANS LE DOUBLE PRÉCEPTE, DE MÊME TOUTE NOTRE ESPÉ-
« RANGE EST SUSPENDUE A l'EnFANTEMENT DE LaBiENHEU-
« REUSE Marie* »
Ceci est vrai d'une vérité absolue, que l'expérience vient confirmer.
Beaucoup de gens se flattent d'être moraux sans religion, d'autres d'être religieux sans christianisme, d'autres enfin d'être chrétiens sans dévotion à la Yierge. Ils opposent l'exemple du sentiment religieux dans l'Antiquité païenne, tel qu'il s'est produit dans les écrits des poètes et des philosophes, etc., etc. — Quand j'accorderais tout cela, il n'en serait pas moins vrai que ce qui aurait lieu pour quelques individus ne saurait avoir lieu pour la société, comme société. La société peut-elle se passer d'une religion positive? Non. Peut-elle avoir une autre religion positive que le Christianisme? Non, encore. Le Christianisme peut-il subsister sans la croyance à l'Incarnation et sans le culte de la Maternité divine de Marie, formule et aliment de cette croyance ? Non, enfin. — Comme nous l'avons vu, en efïet, toute activité chrétienne positive se nourrit de ce culte ; et le protestantisme, qui l'a rejeté, a perdu ou perd tous les jours la croyance à l'Incarnation du Yerbe, et n'est retenu dans sa ruine chrétienne que par la vigueur catholique de cette croyance dans le monde, entretenue ellemême par le culte de la Maternité divine de Marie.
Quant aux individus qui prétendent se passer de ce culte ou môme du Christianisme, je leur répondrai qu'ils s'en nourrissent, par le fait, comme membres parasites de la société chrétienne ; — que s'ils n'avaient que le scnlimenl religieux des Anciens pour soutenir leur
' Voir page 1 1 4 du préaont voluin».
moralité, cette moralité ferait bientôt le môme naufrage que celui dont les mœurs païennes nous offrent le hideux tableau; — enfin, que ce sentiment religieux des Anciens n'était religieux que parce qu'il était tout ce qu'il pouvait être alors en lumière et en piété, tandis que le Christianisme étant venu agrandir la sphère du sentiment religieux, on ne peut plus, sans irréligion et sans impiété, se borner à ce que ce sentiment était chez les Anciens :
Une grande espérance a traversé la terre, Malgré nous vers le ciel il faut lever les yeux '.
Il est donc vrai que, même pour les individus, et à plus forte raison pour la société, toute religion sérieuse et positive consiste dans le Christianisme : c'est-à-dire,
— rappelons-le, — dans l'obligation morale de bien vivre, fondée sur la croyance à un jugement à venir ;
— dans la croyance à ce jugement, fondée elle-même sur la croyance à la résurrection qui nous y fera comparaître ; — dans la croyance à cette résurrection de chacun de nous, fondée sur la croyance à la résurrection de Jésus-Christ ; — dans la croyance à la résurrection de Jésus-Christ, fondée sur sa Passion; — et dans la croyance à sa Passion, fondée elle-même sur sa Naissance de Marie, à l'enfantement de laquelle sont ainsi suspendues toute croyance et toute moralité.
En défendant le dogme de la Maternité divine, en le professant par le culte le plus fervent, le Catholicisme défend et professe ainsi tout l'Ordre religieux, moral, et par conséquent social. Et l'hérésie de tous les temps,
• Alfred de Mdsset, Espoir en Dieu,
MA tlVRE IV, CHAPITRE IV.
en attaquant toujours ce même dogme, et en tombant aussitôt dans toute la série des négations opposées aux croyances qui en dérivent, justifie au plus haut point le culte dont il est l'objet.
Sans doute, la société chrétienne , en recevant l'influence dogmatique qui découle de ce saint culte , no s'en rend pas compte, comme nous venons de le faire, parla déduction de toutes les vérités qui s'y rattachent, et dont la chaîne compose sa foi ; mais ce ne sont pas les raisonnements explicites qui déterminent le plus les convictions et les volontés , c'est la raison implicite, c'est le sens infus d'une vérité ; c'est surtout son expérience, et la vie qui en résulte pour l'âme qui s'en nourrit. Et c'est Ih aussi ce que produit le culte de la Sainte Vierge. L'tlme s'y abreuve de doctrine, comme aux mamelles de la foi ; elle reçoit la croyance toute faite et à l'état concret, pour ainsi parler, comme l'enfant reçoil à l'état de lait la substance des divers aliments dont se nourrit la mère ; ou bien .encore, comme on recueille à une source le volume de toutes les eaux qui se distribuent dans toutes ses dérivations. A ce point de vue si essentiel, le culte de la Vierge ne peut être suppléé pav aucun autre. Il a une propriété unique, et qui est mer^ veilleusement adaptée au besoin do l'humanité. Toute la Religion y est ramassée sous sa forme la plus complète, et tout à la fois la plus simple et la plus saisissa])le. En y professant la Maternité divine de Marie, on professe tout le Plan divin. Aussi les plus pieux envers Marie ont -ils élé toujours les plus croyants et les plus fidèles; et réciproquement ceux dont la foi a été la plus riche, la plus lumineuse et la plus pénétrante, ont-ils toujours été les plus fidèles serviteurs de Marie.
Telle est l'influence doctrinale du culte de Marie dans la société.