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CHAPITRE VI

lîSFLUENCE DU CULTE DE LA VIERGE SUR LES INSTITUTIONS CHRÉTIENNES.

ORDRES RELIGIEUX. — INSTITUTS ET CONGRÉGATIONS. — OEUVRES DE CHARITÉ ET DE BIENFAiSA^GE.

Marie vit en tout dans l'Église et dans le monde. Il faudrait donc tout étudier, tout explorer, pour apprécier cette vie prodigieuse de l'humble Vierge de Nazareth, élevée à la hauteur de Mère de Dieu et de Patronne du genre humain. Cette tâche excède nos forces : nous sommes vaincu par son immensité. Nous ne pouvons que jeter quelques pensées dans cet ahînic, sans espérer le combler jamais. Nous aurons du moins donné quelque idée de son étendue et de sa profondeur.

Quelles idées n'éveille pas, par exemple, le titre de cette nouvelle Étude I

Qu'ont été les Ordres religieux dans la formation du monde moderne? Que sont les associations, les congrégations, les œuvres de charité et de bienfaisance dans son existence actuelle, ot dans son évolution vers l'avenir? La léponse h ces questions devra remonter à celle-ci : Quelle est l'inllucnce du culte de la Vierge? Car le culte de la Vierge concourt tellement à la vie de ces institutions, que tout ce (ju'elles sont et tout ce qu'elles font doit lui être imputé, non comme au principe, mais

comme au moyen vital de leur existence et de leur action.

I. — Nous n'avons pas à faire l'apologie des Ordres religieux, et de tous les services qu'ils ont rendus à la société et à la civilisation ; et nous n'étonnerons que les esprits arriérés en disant que sans ces institutions le monde moderne serait encore dans le chaos. Cette vérité sort de toutes les études historiques qui ont eu lieu depuis cinquante ans, bien que leurs auteurs, philosophes ou protestants, n'aient pas été en parfaite situation de justice à cet égard. En relisant les belles pages que Balmès a écrites sur ce sujet, nous avons senti tout le progrès que la vérité avait fait dans l'opinion. Chose consolante, ces pages qui étaient hasardées il y a vingt ans, sont déjà presque surannées aujourd'hui. La cause est jugée en cassation contre tous les aveugles préjugés de l'hérésie et de l'impiété. Et comment ne rendrait-on pas justice aux Ordres religieux, dans un siècle éminemment archéologique, et dont la gloire sera la savante impartialité avec laquelle il recueille l'héritage du passé'/ Impartialité qui est souvent de l'indiHérence, il est vrai, comme celle du notaire qui inventorie une succession vacante, et pour compte de qui il appartiendra ; mais qui n'en est que plus exacte dans ses appréciations. Or cette succession, qui occupe de ses richesses toute la science de nos jours, est la succession des Ordres religieux, des moines, des couvents. A travers les ruines de nos révolutions, nous correspondons avec ces vénérables proscrits, et, prenant leurs lumières sans partager souvent la foi qui en a été le foyer, nous en composons le trésor de nos connaissances. Nous trouvons, il est vrai, quel-

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quefojs à les critiquer; mais en cela même nous leur sommes redevables ; car sans eux, nous n'aurions pas cet avantage sur eux. — Et nous ne parlons ici que de Tordre intellectuel; mais il en est de môme de tout le reste, môme de Tordre industriel. Les découvertes dont nous sommes si fiers pour le perfectionnement de la vie sociale en toutes choses, n'ont eu de raison d'ôtre qu'après la satisfaction des plus impérieux besoins. Or, ce sont les moines qui ont défriché, assaini, desséché, fondé le sol sur lequel nous posons nos rails. Ils ont été en leur temps des industriels de premier ordre. Ils ont créé ce que nous perfectionnons. Ils ont travaillé de première main à tout ce dont nous jouissons. — Je ne parle pas maintenant des sciences métaphysiques et théologiques : ils sont restés, dans cet ordre fondamental, nos maîtres; et plût à Dieu que nous fussions leurs disciples! mais nous leur sommes tellement inférieurs que nous ne les comprenons môme pas. Nous les admirons du moins, avec la conscience de cette infériorité, dans ces créations archilectui'ales, qui sont comme la forme en relief de cette science, de cette vie religieuse qui les illuminait et les animait; dans ces merveilleuses basiliques, qui sont comme de vastes traités, comme des Sommes théologiques, où, par un art qui confond, la pierre, le bois, le plomb, ce qu'il y a do plus insensible et de plus brut dans la nature est élevé h l'honneur d'exprimer et d'in- «pirer co qu'il y a de plus spirituel et de plus surnaturel : le céleste, Tinlini, la prière, l'adoration, Tcxiase. — T]n-. fin, que dire de ce que nous leur devons dans Tordre moral et social? C'est eux, j'ose le dire, qui ont fait Tair chrétien que nous respirons : ce milieu d'idées el do mœurs que nous attribuons à la philosophie, et qui était

datis l'Évangile bien avant d'être dans nos livres,

comme le dit Irès-bien Rousseau. Il ne sufliKail pas que ce lût dans rÉvangile. 11 fallait rinoculer au monde, \'y maintenir à (ravers toutes les révoltes de la corruption et do la barbarie, et le faire passer dans les mœurs jusqu'à l'assimilation ; de telle sorte que, quelles que fussent les infractions individuelles, ou même les sacrilèges des révolutions, on y fût toujours ramenù par la force logique du tempérament social. Or, qui a fait cela? ho Catholicisme, sans doute, l'Église : mais l'Église par les Ordres religieux. Voici comment.

L'Évangile se compose de préceptes et de conseils. Or, sans les Ordres religieuv, touie la partie de l'Évangile qui est de conseil n'aurait pas eu d'application 8o> ciale, eût été vaine; ce qu'on ne peut raisonnablement supposer. L'Évangile, en ce point, n'a pour sa justitica' tion que les Ordres religieux. Mais, en outre, sans la pratique des conseils, que seraient devenus les préceples? Ils eussent été réputés aussi impossibles par ceux mêmes qui en sont venus à les pratiquer, que le sont encore pour eux les conseils. Il fallait donc que le joug de l'Évangile fût porté par quelques-uns jusqu'à la sainte rigueur du conseil, pour que la masse ne reculât pas devant les préceptes, pour qu'elle fût persuadée que qui petit le plus peut le moins, et que la lâcheté fût stimulée ou confondue. Il fallait qu'il y eût dans le monde comme des foyers d'édification et de sainteté, où l'esprit de l'Évangile, concentré jusqu'à la perfection, rayonnât dans la société au profit de l'obligation stricte. Tels ont été les Ordres religieux, bons en tout temps, pour ne pas laisser prescrire ou dégénérer l'Évangile, mais surtout au sein de la corruption et de la barbarie, d'où I9

civilisation chrétienne devait sortir. Les Ordres religieux ont été les Remorqueurs du monde moderne. Par la profession du vœu de virginité , ils ont mené le monde à la chaste indissolubilité du mariage; par la profession du vœu de pauvreté, à la modération dans les richesses et les désirs ; par la profession du vœu d'obéissance, à la soumission et à la résignation dans toutes les rigueurs et dans tous les devoirs de la vie : par la vie régulière, par la discipline monastique, par les constitutions et les lois qui faisaient de leurs associations de véritables Ordres religieux admirables, où toutes les conditions de gouvernement et de sociabilité étaient dans la plus belle harmonie au sein du chaos, ils ont tiré le monde de ce chaos , et l'ont mené à ce grand Ordre social dont nous jouissons aujourd'hui , quand l'esprit opposé à sa formation ne vient pas le dissoudre. En un mot, par des prodiges de vertu, ils ont comballu des prodiges de licence. Gomme les héros de la Fable, ils ont dompté les monstres de l'humaine perversité. Celte lutte a été sublime. La grandeur de ses proportions échappe à la petitesse et h la partialité de nos vues. Nous allons même quelquefois jusqu'à faire par l<nger aux Ordres religieux la solidarité des désordres au sein desquels ils ont vécu, au lieu d'y voir la mêlée d'un grand combat, dont ces désordres mêmes attestent l'acharnement, mais où ils ont été les vainqueurs, et dont nous sommes la conquête.

Nous ne finirions pas si nous voulions même simplement rappeler ce que le monde doit à ces vénérables Instilulions. Qu'il nous suflise de dire, en livrant aux m l'd liât ions du lecteur un sujet qiu3 nous ne pouvons qu'elllcurer, que six grands périls oui menacé l'exis-

lence du monde moderne dans sa formation et dans son développement, lesquels n'ont été conjurés que par les Ordres religieux, par le contre-poids de leur sainteté et l'énergie de leur activité : — la corruption païenne, par les Pères du désert et les Ordres monastiques d'Orient; — la barbarie germanique^ par le grand Ordre de saint IJenoît et ses rejetons immédiats, ceux des Chartreux et de Cfteaux ; — la barbarie musulmane, par les Ordres militaires de Malte, des Templiers, des Teutons et de la Merci ' ; — le socialisme des Albigeois et des Vaiidois, par les deux saints Ordres de Saint-Dominique et de Saint-François ; — le Protestantisme et le Jansénisme, par les célèbres Instituts des Jésuites, des Oratoriens, des Lazaristes, des Sulpiciens, et tant d'autres; — enfin le Socialisme de nos jours, par les congrégations des Frères de la Doctrine chrétienne, des Petites-Sœurs des pauvres, des sociétés de saint Vincent de Paul, etc. Dans ces six phases, viennent se placer une multitude d'autres Ordres qui répondaient aux besoins des temps, et qui, en élevant les cœurs vers le ciel, tenaient lieu de l'ordre social sur la terre et l'élaboraient. Nous en appelons sans crainte, sur la vérité de ces appréciations, à tout esprit vraiment éclairé et impartial. Il reconnaîtra avec nous, que le vaisseau qui portait les destinées sociales a été sur le point de sombrer autant de fois dans ces six grandes crises, souvent si prolongées et renouvelées, et que les Ordres religieux en ont été les sauveurs Cette vérité est acquise à la science et à la bonne foi.

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