II. — Or, chose digne d'une profonde réflexion, il
• Il y a eu un ordre militaire de la Merci, ouire l'ordre purement TPlipienx, dont nous parlerons pins loin.
-[• it. 2(i
4gB WVRE IV, CWM'ITRE VI.
n'est pas un de ces Ordres qui, dans sa formation et dans son action, n'ait été le produit et l'agent de la dévotion à la Vierge ; qui n'ait reçu d'elle son investiture, qui ne se soit proposé d'honorer ses grandeurs, de reproduire ses vertus , de faire de son culte le moyen de sa perfection au dedans, et le ressort de sa persuasion au dehors.
La théorie et le fait s'unissent étroitement pour mettre cette vérité hors de toute controverse.
La virginité étant le nerf de ces institutions, elles devaient naturellement naître du culte de Celle qui la personnifie et qui l'inspire, du culte de la A'iehge. -—L'esprit de fraternité en étant l'âme, elles devaient encore 86 constituer sous l'influence de la Mèue, qui est le sein et le nœud de toute union fraternelle, et qui a aussi %di plus haute et sa plus pure expression dans Marie. — • Enfin la fécondité régénératrice étant leur but, elles devaient la puiser dans le culte de colle en qui elle a été élevée jusqu'au prodige, dans le culte de la Vierge-Mère. — Gomme Vierge, comme Mère, comme Vierge-Mère, le culte de Marie répond ainsi admirahlemenl à la constitution des Ordres religieux.
Marie, en outre, est le type et comme la forme de la vie religieuse dans ses trois vœux : le vœu de chasteté, porté jusqu'à cette question faite à l'Ambassadeur céleste : Comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d homme y \q vœu d'obéissance, si heureusement professé par cette giando réponse : Voici la servante du Seigneur, f/iiil ?ne soit fait selon votre parole; et le vœu de pauvreté et do sacrifice si admiraltlement pratiqué dans l'étable de IJethléem cl sur le Calvaire.
Outre ces caractères fuudamenlaux de tout Ordre reli-
gieux, Marie oflre encore le type des quatre diverses applications de la vie religieuse : la vie contemplative, la vie ouvrière, la vie apostolique et la vie militante : la première dans son cœur, où elle gardait et repassait tout ce qu'elle entendait de Jésus; la seconde à Nazareth, où elle soutenait son existence et celle de Jésus du travail de ses mains ; la troisième au Cénacle, où elle instruisait les Apôtres ; et la quatrième au ciel, d'où elle écrase le Dragon, et lui est terrible comme une armée rangée en bataille. Ainsi tous les Ordres religieux sans exception ont trouvé en Marie un attribut correspondant à leur caractère distinctif : les Ordres contemplatifs, les Ordres travailleurs, les Ordres apostoliques et les Ordres militaires.
Enfin l'influence que nous avons reconnue au culte de Marie sur la vie chrétienne en général doit se faire sentir au plus haut degré dans la vie religieuse qui en est la perfection. Membres plus étroitement unis à Jésus- Christ, les religieux se trouvent par cela même en rapport plus filial avec la Mère de ce divin Chef. La vie chrétienne étant en eux plus intense, le sein maternel d'où elle a été donnée au monde leur est plus intime et plus familier. Aspirant cà la perfection évangélique, ils s'y élèvent par l'imitation et le secours de Celle qui en a été le chef-d'œuvre. Plus pénétrés, à raison même de la sainteté de leur profession, de l'indignité humaine, de son opposition avec le but céleste où ils tendent, et de la rigueur du compte qui leur sera demandé, le miséricordieux patronage de Marie leur est plus approprié. Et ni même temps qu'il répond à la hauteur de leur vocation en les aidant à s'y élever, il en tempère la sévérité par tout le charme de la femme bénie entre toutes les
460 LIVRE IV, eu A PITRE VI.
femmes, de la Vierge pleine de grâce, de la Reine des Anges, de la Mère de Dieu.
Telle est, sommairement envisagée dans sa théorie, l'influence du culte de la Yierge sur les Ordres religieux.
III. — Or, toute l'histoire de ces Ordres nous en offre la plus parfaite application.
Chose convaincante pour la valeur chrétienne de ce culte, et qui doit le recommander à tous ceux qui ont à cœur d'être chrétiens, il n'y a pas d'Ordre religieux qui n'ait été jaloux d'être plus particulièrement consacré à Marie, qui n'ait fleuri par cette dévotion, qui n'ait dégénéré quand il lui a été infidèle, et qui ne s'y soit retrempé quand il a voulu se réformer. Il y a eu entre tous les Ordres religieux une émulation et une rivalité filiales à ce sujet. Aucun n'a voulu le céder aux autres, et chacun se prévalant de telle ou telle faveur, de telle ou telle dévotion, et reproduisant tel ou tel attribut de Marie, tous ont offert le spectacle d'une famille d'enfants qui se disputent les tendresses d'une mère, et l'honneur de la servir.
Ainsi donc, ceux d'entre les chrétiens qui ont voulu être et qui ont été le plus chrétiens, ont été les plus dévots à Marie. C'est un fait constant dans l'histoire du Christianisme. Qu'on vienne taxer ce culte, maintenant, de superfétation ! Prétendre se passer de lui, enlace d'un tel témoignage, c'est avoir une hi(Mi grande coiiliauce, ou une bien petite ambition.
Outrt! l'usage général, dans tons les Oi'dres religieux, d'honorer Marie chaque jour j)ar ce chant collectif du Sahe (jui la proclame Mère, et ((ni jtiaco le repos de la coinniunauté sous sa garde, l'Ordre palriarcal de Saint- Ucnoit a eu en usage, selon la prescription expresse
INFLUENCE UE LA VIEHGE .SUK LES INSTITUTIONS. 4til
de son illustre fondateur, d'honorer la Vierge par la première station de la procession qui doit avoir lieu tous les dimanches. La plupart des ahhayes de Cluny ont été en outre consacrées à Marie, suivant les intentions de saint Benoît, qui lui avait voué l'un des si\ premiers monastères de son Ordre, sur le lieu où il avait reçu lui même l'inspiration de son grand dessein et la révélation de la hénédiction qui lui était réservée.
En sortant de cette souche commune, les autres Ordres religieux ont déployé, sous des caractères divers, ce culte de la Yierge-Mère, en lui attribuant leur naissance cl leurs progrès. Ainsi, l'ordre contemplatif de Saint- Bruno a eu pour berceau le sanctuaire de Casalibus, consacré à Marie, et pour dévotion constitutive la récitation de son olTice tous les jours.
L'Ordre travailleur de Cîteaux^ qui eut pourpremiers fondateurs les abbés Robert et Albéric, sortit de l'Ordre de Cluny par un zèle de réforme dont l'inspiration fut hautement attribuée à la Sainte Vierge. On raconte qu'elle donna elle-même les constitutions qui devaient le régir. Pour reconnaître son virginal Patronage, la coule blanche fut substituée à la robe noire de Cluny, et il fut décrété que tous les monastères de Citeaux seraient universellement consacrés à Marie. Saint Bernard porta plus haut encore la dévotion à Marie qu'il avait puisée dans ce saint Ordre. Quand on lit les suaves expressions de sa piété envers elle, on ajoute foi à ce qui est rapporté qu'il avait reçu du lait de ses chastes mamelles : du lait, c'est-à-dire le Verbe Enfant, comme l'entendait Clément d'Alexandrie', et comme l'expriment ces pa-
* QUiE SUOS ACCERSENS INFANTULOS, SANCTO LACTE, NEMPE VeRBO
rôles qu'on lisait longtemps après au socle de la statue de Marie où saint Bernard avait reçu cette faveur :
Bei'nard, molt amé, mon Chappellaiii, Prenez, recevez de ma main Le doux Sauveur du monde.
De la même inspiration naquit l'Ordre clérical et apostolique des Prémontrés , fondé par saint Norl)ert pour former des ouvriers évangéliques, réformer les chapitres, évangéliser les peuples, et qui, se répandant partout en Allemagne, en Italie, en France, en Angleten-c, répara les ravages de l'hérésie socialiste de Tanquelin dans les Pays-Bas, et arrêta ceux de l'immoralité par raustère pureté de sa règle, au douzième siècle. Ce saint Ordre lui consacré à la Vierge par le vêtement blanc qu'il en reçut, pour pré-mont7'er la pureté de l'âme et la candeur de l'esprit dont il devait briller au sein de la corruption des peuples '. — N'est-ce pas un beau spectacle que celle philosophie pratique de la candeur de l'esprit et do la pureté de lu vie, proposée à l'ambition des Ames généreuses comme la première de toutes les richesses, montrée au sein des désordres les plus antisociaux par la
INFAMII.I, KNDTRIT. — ClEM. Ai.EX., P.r(l(i(jnrjits, lil). \, cap. VI. — Voir cl-dcsfUH, p. 104.
• (;'c«l 10 qu'on trouve lr6*-bio» exprluiiî duiid uno elirotiiiiuo en ver», dont iiou.s cxtraioii» ce pnssngo :
Qui Clii'ivlo iiitr«|iidu pin poctui'O jurn ralonliir,
lîl Doniiiii (lcln>iil |insc(M'p rilc Kicgcni, Hou vit» ci>i'li> iiitP((rititii )iurl«iimn, mentcR
('arnlur, cl iii(,'i'iimi>, ili'xtciiln»f|ui' doccut. Hoc ni'gitm poli M)lvoii» in pcclocr riii'uiii,
Qu« Dontiuum vlto; Mater lionesta tnlit,
blancheur d'un vôtement reçu de la Vierge Immaculée, et préchôe par des légions d'anges voués h sa profession!
L'Ordre des Servîtes naquit aussi du vœu de péni- Icnce et de pauvreté que firent h la Yierge sept riches marchands de Florence. Ils se retirèrent à cet effet à Moîite-Senario, où ils vécurent dans la retraite et la moflificalion, portant un vêlement noir pour exprimer le saint veuvage de Marie après l'Ascension de son divin Fils. Cet Ordre fut redevable ensuite de ses principaux accioissements à saint Philippe Benizzi , son général , qui institua la dévotion à Notre-Dame des Sept-Douleiirs^ dont il opposa le culte à l'hérésie des Hussites, et qui édifia l'Europe entière, pendant une grande partie du treizième siècle, par son zèle et par ses vertus. L'écusson de cet Ordre portail sepi lis en champ d'azur reliés par une M couronnée, exprimant la royale Maternité de Marie, dont les sept pieux marchands de Florence s'étaient déclarés les Servîtes ou serviteurs.
L'Ordre de la Merci ou do la Rédemption des Captifs, si honorable pour la religion et l'humanité, naquit également, on le sait, de la dévotion à la Yierge. Aux trois vœux ordinaires de religion, les religieux de cet Ordre joignaient celui d'employer leurs biens, leur liberté et leur vie au rachat des captifs, si nombreux en ces temps
Praraonstrantes, aeternie lumiua ritte
Monstrantes, quœ sit vitaque grala Deo, Pura uli volult veste et caudore uotala,
Lt caudoreni aiiiiui signilkai'ct, opes : Mentis opes, quibus liaud ineliores sustinct orbis,
Quas quicumque tenet, optima qua-que tenet. Idcirco liane olim a sunimo dcraisit Olympe ;
Dlxit et : Hoc auimi piguus habeto inei.
6*»i>Ak Bautonea, in tuo monaUW, Gtrmén, C'Aroft.
OÙ les puissances barbaresques se jouaient impunément de l'Europe, et en écumaient les côtes, comme une proie qu'on leur avait arrachée et qu'elles menaçaient toujours de ressaisir. C'est à une triple apparition de la Vierge que fut due l'institution de cet Ordre héroïque. Aussi les troncs destinés aux aumônes recueillies par les religieux de la Merci devaient- ils porter l'image de Marie tenant son Fils entre ses bras ; el à ses pieds, d'un côté quelques captifs chargés de chaînes, et de l'aulro un religieux de l'Ordre prenant d'une main le pan de la robe de la Mère de miséricorde, "et élevant l'autre audessus des captifs en geste de supplication accompagnant ces paroles sortant de sa bouche : Mère de Dieu, déliez les chaînes des pinsonniers!
Nous n'avons besoin que de nommer les trois grands Ordres du Garmel, de Saint-Dominique et de Saint-François, pour rappeler à la fois ce qu'il y a eu de plus secourable au monde et de plus civilisateur. Ces trois Ordres se disputent entre eux l'honneur d'être plus particulièrement les Ordres de Marie, et attribuent également leur origine à une impulsion de sa divine Maternité. Ils en portent l'investiture et le gage : les Carmes dans le Scapulaire, les Dominicains dans le liosaire, et les Franciscains dans le privilège de la Portioncule. En eux et par eux, le culte de la Vierge a sauvé le monde des ténèbres et de la corruption. Nous en avons parlé plus amplement dans notre Tableau historique.
IV. — Il faut nous borner h ces principales mentions. Nous devons y joindre cependant colle des Ordres militaires. Ces Ordres, comme on sait, na(iuircnt des croisades; quelques-uns préexistaient aux croisades comme
Ordres simplement hospitaliers, établis à titre de tolérance dans la Palestine, pour y servir les pèlerins, les indigents et les malades, et y faciliter le culte des Lieux- Saints : tels furent l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem^ devenu depuis l'Ordre de Malte, l'Ordre des Templiers et l'Ordre du Saint-Sépulcre. Cette même dévotion des Lieiiv-Saints donna naissance à l'Ordre des chevaliers Teutoniques, importé depuis en Allemagne. Ces Ordres ne tardèrent pas à devenir militaires par la nécessité de se défendre et de protéger la civilisation chrétienne contre le Croissant. — Quand on voit aujourd'hui le soleil de cette civilisation monté jusqu'à l'épanouissement majestueux du siècle de Louis XIV, jusqu'aux merveilles industrielles de notre temps ; et d'un autre côté l'ignoble dégradation et stagnation où sont plongées les races turques, on ressent comme un remords d'ingratitude et d'injustice à l'égard de ces Ordres célèbres qui firent la garde autour du berceau de l'Europe, qui pendant tant de siècles refoulèrent ou continrent la barbarie rugissante qui le menaçait, et contre qui nous avons tourné ces lumières que nous leur devons. — Sans doute, ils dégénérèrent de la pureté de leur première institution ; mais qui est-ce qui ne dégénère pas dans l'humanité, excepté ce grand prodige de l'Église et de la Papauté que Dieu même assistera jusqu'à la fin du monde? Les Ordres militaires étaient plus exposés à cette altération que les Ordres purement religieux, parce que leur organisation était plus complexe, et parce que le but qui en déterminait la tension n'étant pas aussi permanent que le combat spirituel contre les vices, le relâchement devait succéder à l'effort et au succès. Mais la question de justice à leur égard consiste à savoir
s'ils ont atteint ce but de leur institution ; s'ils ont sauvé l'Europe du Croissant. — Nous sommes nous-mêmes la réponse à cette question.
Or tous ces Ordres se sont fait gloire, non moins que les Ordres purement religieux, de relever de la Reine du ciel, et lui ont rapporté toutes leurs victoires. — Les chevaliers de Jérusalem se placèrent dès l'origine sous la sauvegarde de la Vierge, à qui ils dédièrent leur première église et leur premier monastère près du Saint- Sépulcre, sous le litre de Sainte-Marie-Latine. Plus lard, quand ils furent constitués militairement par Innocent m, pour devenir le boulevard de la Chrétienté sous le nom de chevaliers de Malte, ils prirent la livrée de Notre-Dame, qui fut une croix l)lanche sur leur manteau noir, et ils obtinrent dans maintes entreprises des témoignages signalés de la céleste assistance de Marie, notamment dans ce célèbre siège de Rhodes, où le Turc lui-même couvrit la confusion de sa défaite de l'aveu de cette miraculeuse intervention. — Il en a été de même, de l'Ordre des Templiers ; et la blancheur do leur tunique était encore le signe de leur consécration à la Yierge. — Quant aux Chevaliers Teuloniques, qui rendirent un double service à la Chrélicnté, contre les Sarrasins en Orient, et contre les IdolAIrcs d;ms le nord de l'Europe, où ils conquirent \\ la civilisalion la Prusse, la Poméranie et la Litiiuanic, leur nom de Soldats de la Vierge ou de Chevaliers de Notre-Danic dit tout. Ils porinient en signe de c(îltc virginale consécration la robe et le manteau blanc avec une croix noire faisant rossoilir une l)lus pclile croix bl.'inche sur leur poitrine; cnlin, après avoir arraché la Prusse au paganisme, ils y bAlirent, en mémoin? do leur dévotion à Marie, une ville qu'ils nom-
mèrenl Marienbourg. Ces hommes de fer, ces marteaux d'armes se pliaient ainsi sous le joug de la plus douce et de la plus humble des créatures, et rapportaient à la puissance spirituelle de sou Patronage auprès de Dieu tous les prodiges de leur force et de leur valeur.
Nous ne ferons que rappeler d'autres Ordres de chevalerie également institués pour honorer la Vierge par une dévotion spéciale, et s'inspirant de cette dévotion pour la défense de la Chrétienté : tels que l'Ordre de Notre-Dame de l'Êloile, fondé par le roi Robert ; l'Ordre de Notre-Dame du Lis, fondé par don Garcie de Navarre; l'Ordre des Chevaliers dWvis ou des Frères de Sainte-Marie dÉvora, en souvenir do la victoire do ce nom, remportée sur les Maures, en Portugal ; l'Ordre de la Milice de la Vierge, institué par Uibain IV pour secourir les pauvres veuves et les orphelins; l'Ordre de l'Annonciade, fondé par Amédéc de Savoie; l'Ordre du Chardon de Notice-Dame, fondé par Louis de Bourbon, neveu de Charles VI, en acquit d'un vœu fait à la Mère de Dieu pour obtenir la Un des maux que les Anglais faisaient éprouver à la France; l'Ordre du Vase de Notre-Dame, fondé par Ferdinand de Caslille contre les Maures; l'Ordre de la Toison d'or ou de la Toison de Gédéon, figure de la Mère de Dieu ; l'Ordre de la Milice de la Vierge Marie du Mont- C arme l, fondé par Henri IV, et composé des plus vaillants gentilshommes, pour être auprès de lui dans les combats; l'Ordre de la Milice de V Immaculée Conception, fondé par trois gentilshommes italiens contre les dernières entreprises des Infidèles. Tous ces Ordres composaient dans l'Europe, n'ayant pas encore de forces réglées pour se défendre et d'insiiliitious nationales pour se gouverner,
408 LIVHE iV, CHAl'ITBE Vf.
des sentinelles contre la barbarie, et des centres de ralliement contre l'anarchie des sociétés.
V. — Nous n'avons rien dit encore des Ordres religieux de femmes institués sous le patronage delà Vierge : mais ils sont innombrables, et n'ont pas été moins secourables contre les désordres de l'ignorance et de l'immoralité. Outre ceux de ces Ordres qui correspondaient aux Ordres religieux d'hommes, et qui en reproduisaient les institutions adaptées à la sanctification de la femme, commes les Bénédictines, les Cisterciennes, les Carmélites, etc., on peut citer comme institués spécialement pour les femmes : — le grand Ordre de Fontevrault, dont nous avons déjà parlé dans notre Tableau historique, fondé sur la maternité de Marie à l'égard de saint Jean, et appliqué au secours des victimes de l'immoralité publique ; — l'Ordre des Dames de Saint-Jean de Jéricsaletn^ fondé en faveur des pauvres demoiselles par la femme d'Alphonse le Sage, à l'occasion d'une apparition de la Sainte Vierge ; — l'Ordre de Notre-Dame de la Tour aux Miroirs^ fondé par la bienheureuse sainte Françoise Romaine, dont la vie, écrite de nos jours par des plumes séculières, nous apporte les parfums des vertus dont ce saint Ordre fut comme le brasier; — l'Ordre de f Annonciade de Bourges, fondé par l'infortunée Jeanne de France, celte pauvre Heur venue parmi tant d'épines, lille de Louis XI, sœur de Cbarles VIII, femme de Louis Xll, et (|ui, parmi tant de grandeurs, n'eut (jue des tortures, au .sein desqueilc^s Dieu lui lit atteindre la plus liante ]>erfeclion, «alin, dit une bisto- «< rieniuide sa vie, (pie les j)lus grandes daines ajipri.ssenl M de son e\eni|ile(prilsepeul faire des martyrs entre le.s
c( balustres et sous le dais, aussi bien que sur les écha- (( fauds et sur les amphithéâtres'. » Ce saint Ordre est admirable et bien digne d'une fondatrice qui avait été formée à toutes les venus par toutes les épreuves, en ce qu'il a pour règle spéciale l'imitation de la Vierge Marie d après r Évangile, notamment les dix vertus que nous y admirons, savoir: la Chasteté, la Prudence, rilumililé, la Foi, la Dévotion, l'Obéissance, la Pauvreté, la Patience, la Charité et la Compassion, d'où est venu à ce saint Ordre le nom d'Ordre des dix Vertus de la Vierge Marie'^ ; — le grand Ordre de la Visitatioii de Sainte- Marie, éclos de la sainte amitié de saint François de Sales et de madame de Chantai, dans le double but de visiter les pauvres et de soigner les malades, et de faire lécole aux petits enfants, pour instiller en leurs tendres âmes la crainte de Dieu qui est le commencement de la sagesse, et son amour qui en est la perfection'; — enfin, pour abréger, les trois Ordres voués à l'éducation desjeunes lilles sous les titres si populaires d'£/r-
1 La \\. Mère do IJlémur.
* Il y a un autre ordre qu'on appelle l'ordre de VAiinonciade de Gêurs, fondé depuis celui de Bourges, et &c proposant à peu près la môme dévotion.
' L'ordre fondé par saint François de Sales a gardé le nom de la Visitation, bien qu'il ne visite plus les pauvres. Ce nonj, au surplus, ne lui avait pas élé donné par son saint fondateur. En voici l'origine : Il Le peuple, vovant que les nouvelles religieuses avaient choisi la « Sainte Vierg>î pour patronne, et orné leur autel de son image, les • avait d'abord appelées Sœurs de Sainte-Marie; mais quand il les vit « si dévouées à la visite des pauvres et des malades, il ne les nomma « plus qu2 les Sœurs delà Yisilatiott, nom qu'elles ont toujours gardé « depuis, quoique ne remplissant plus le même ministère. » — Vie de saint François de S(des, par M**'*, curé de Saint-Sulpice, t. Il, p. 43.