‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 33 sur 41 · II. Î · texte numérisé non relu

II. Î

sulineSy de Sœurs Notre-Dame, et de Congrégation de Notre-Dame.

Nous n'avons cité que les Ordres religieux , soit dhommes , soit de femmes, ostensiblement consacrés à la Vierge, et ce sont les plus considérables ; mais tous les autres ne l'étaient pas moins : on ne pourrait en citer un seul où cette dévotion n'ait eu la même importance.

Toutes ces Institutions religieuses se ramifiaient dans la société, et en pénétraient toutes les conditions par les Tiers Orrfre^; c'est-à-dire par l'affiliation des personnes laïques à leur esprit, moyennant certaines observances appropriées à la vie séculière; et aussi par les dévotions et les pèlerinages dont la plupart des Ordres religieux avaient le privilège : de sorte qu'en influant sur ces institutions, le culte de Marie rayonnait par autant de loyers de grâce et de vertu dans le monde. W

VI. — Quelque rapide et quelque incomplète qu'ail clé cette revue, elle suflit cependant pour justifier ce que nous avons posé en tète de celte Etude, savoir, que la théorie et le fait s'unissent étroitement pour élablir que le culte de la Très-Sainte Vierge a été par excellence le moyen générateur et vital des Inslilulions religieuses, et que c'est à rinfiuence de ce saint culle que doit remonter rinduence si considérable qu'elles ont exercée ellesmêmes sur la société.

Au surplus, si l'on pouvait douler encore de celle influence du culte de la Vierge pour la perfeclion delà vie cbrélienne dans les Ordres religieux, on achèverait d'en élre convaincu par le rapport de cause h elTel qui a toujours existé entre ce culle et ces institutions dans

loule leur destinée, soit de fondation, soit de relâchement, soit de réforme, soit de suppression. Ainsi, comme il n'y a pas d'Ordre qui ne soit fondé sous le patronage de la Vierge, il n'y en a pas dont le relâchement n'ait commencé par l'alTaiblissement de cette dévotion, et dont la réforme n'ait débuté par un retour à sa ferveur. Quant à leur suppression par le protestantisme, on sait qu'elle a concouru partout avec la destruction du culte de la Vierge. — Comment en aurait-il été autrement, puisque c'était la suppression de la chasteté, de la pauvreté et de l'obéissance ? Quelle horreur ne devaient pas ressentir pour la Vierge, qui a professé ces vertus jusqu'à devenir par elles la Mère de Dieu, ceux qui les ont violées jusqu'à en détruire tous les asiles?

Nous avons fait assez amplement le procès à la Réforme sur ce point, dans le troisième livre de notre ouvrage sur le Protestantisme. Qu'il nous suffise de dire (pic la haine profonde, que les inimitiés implacables de la Réforme contre le culte de la Mère de Dieu, concourant avec la destruction des Ordres religieux, sont la plus glorieuse apologie de ces Institutions. C'est l'accomplissement de l'antique prophétie : Je mettrai des inimitiés entre toi et la Femme, entre ta semence et sa semence. Les Ordres religieux ont paru clairement la semence de la Vierge, par ces communes inimitiés dont ils ont été l'objet avec elle, et qui ont été le signe de réprobation de la fausse réforme.

Par contre, la vraie réforme, celle qui se fit en dedans de l'Église, et qui, en la sauvant, sauva la fausse réforme elle-même de ses derniers excès, et la retint sur la pente des abîmes où elle entraînait le monde, se signala par le réveil de la dévotion à la Sainte Vierge, et par de non-

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velles institutions religieuses qui s'inspirèrent de cette dévotion.

Telles furent notamment la Société de Jésus, les Oratoriens, les Lazaristes, les Sulpiciens, auxquels sont venus se joindre de nos jours les Maristes, les Oblats de Marie, la congrégation du Saint-Esprit et du Saint- Cœur de Marie, la société des Prêtres de l' Immaculée Conception , les Frères de la Doctritie chrétienne, etc.

Toutes ces saintes institutions ont élé et sont la 5emencc de Marie. La Société de Jésus est née, on le sait, du dévouement chevaleresque de saint Ignace à la Mère de Dieu ; V Oratoire a jailli en France du grand cœur de ce cardinal de Béruile, qui a mérité d'être appelé par Urbain YII V Apôtre des Mystères du Verbe incarné, par ses beaux Discours sur les grandeui's de Jésus et de Marie; et celte savante congrégation, appauvrie depuis par le soufllc du jansénisme, qui avait éteint en elle cel esprit de son institution, a reparu de nos jours avec un éclat que tout le monde admire, sous le nom sigiiificalil" et béni ({'Oratoire de l Immaculée Conception; — les congrégations des Prêtres de Saint-Lazare et des Sœurs de la Charité, qu'il suffit de nommer, sont nées d'une sainteté qui a reçu ses premières inspirations de Noire- Dame de Bîif/lose, la sainteté du grand Vincent de Paul, si dévot au culte de X Immaculée Conception, qui attribuait la délivrance de sa captivité au secours de la Vierge, et dont les Filles sont si justement appelées pailes Oriciilanx des Maries; — la communauté de Saint- Sulpice, si pieusement lidèle à l'esprit sacerdotal qu'elle a reçu de M. Olier, et qu'elle inspire au clergé de France, n'a cessé de pi'ofesser avec ce saint fondateur que Marie est comme un .saciuvmkni supérieur sous

lequel le Verbe incarne distribue ses biens et ses grâces à tout le corps de l'Église^.. — Nous nous bornons à ces principales Communautés, comme exemples de cette influence du culte de Marie qu'on retrouvera dans toutes les autres institutions catholiques, et qui en est comme Tarome.

YII. — Ce patronage inspirateur de Marie s'étend enlin aux (ouvres de charité cl de bienfaisance religieuses ou laïques, qui combattent sous toutes les formes la misère, l'infirmité, l'ignorance, la corruption, tous les maux de la nature et de la société, et par lesquelles le Christianisme sauve chaque jour le monde.

Parcourez tous ces établissements et toutes ces œuvres : celles qui regardent l'enfance et l'adolescence, comme les Crèches, les Salles d'Asile^ les Associations des Mèî^es de /amil/e, etc. ; celles qui regardent les jeunes garçons, comme les Ecoles chrétiennes^ les Œuvres des Orphelins, des Apprentis^ des Catéchismes, ûcs petites Conférences, etc.; ou les jeunes fiiles, comme les Ecoles des Sœurs, les Ouvroirs, les maisons de Préservationy et trente autres qu'il serait trop long de nommer; celles qui ont pour objet les maux de naissance ou du jeune âge, comme les Enfants trouves, les Sourds- Muets, les Jeunes Aveugles; ou la pauvreté, la maladie et la vieillesse, linstruction, l'hospitalité, comme les sociétés de Saint-Vincent-de-Paid ^ l'œuvre des Familles, des

1 Vie de M. Olicr. Voir ci-dessus, p. 82, lou!e la suite de celle belle «îilalion. — La dévotion à la Vierge a mis son cachet sur tout ce qui appartient à cette pieuse couimunaulé : le linge, l'argenlcrie, les livres, tout, jusqu'aux portes, y csl martiué au chilTre de Marie.

Pauvres Malades, des Petites Sœurs des Pauvres, des Savoyards, des Allemands ; toutes celles qui ont pour objet la pénitence et la réhabilitation, comme les sociétés de patronage pour les Jeunes Libérés ou Prévenus acquittés, les maisons de Miséricorde ou du Bon-Pasteur, l'œuvre de Saint-François-Régis , les colonies agricoles, etc., etc.; en un mot qui comprend tout, la Charité dans toutes ses industries : parcourez, dis-je, le Manuel des Œuvres à la main, toutes ces Œuvres qui , pour Paris seulement, dépassent le nombre de deux cents; et partout la Religion vous y apparaîtra sous le signe delà Yierge-Mère.

Rien n'est plus logique et plus aisé à concevoir.

Chacune de ces œuvres est le Christianisme s'adressant à tel ou tel besoin de l'humanité, comme il s'est adressé au monde entier. Pour le monde entier, le Christianisme a été une Œuvre : c'est cette Œuvre dont parlait le Prophète quand il disait : « Seigneur, vous vivifierez « votre Œuvre au milieu des temps; quand après vous « être irrité, vous vous souviendrez de votre miséri- « corde ' . » C'est celte même Œuvre dont Marie louait l'accomplissement, lorsqu'elle chantait : Il s'est souvenu de sa miséricorde ; et que Jésus proclamait, lorsqu'il disait : « Les aveugles voient, les boiteux, marchent, les « lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts c( ressuscitent, l'Évangile est annoncé au\ pauvres '\ » Voilà toutes les œuvres dans la grande Œuvre du Chrislianismc. Le Christianisme, c'est le Christ continué,

* Dominn, Opiis tiiuiu in iiicdio aiuKirum viviflca lllud; in nicdio annonim noliun fade» ; cutn Iratus rtinis, niiserlcordim recordaberia. llAUActii:, III, 2.

* MaUh., XI, 6.

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travei'sant les âges en faisant le bieri^ et venant à ciiaque misère en particulier, comme il est venu à la misère humaine en général.

Or, comment est-il venu à la misère humaine en général? Comment a-t-il vivifié son OEuvre an milieu des temps, si ce n'est en prenant ^)^e dans le chaste sein de la Vierge Marie? C'est de là, c'est de cette humble source, que jaillit et que se répand dans toute 1 humanité la céleste Miséricorde. Aussi Marie, après avoir chanté les ^rrt/ifi?e5 choses que Dieu a faites en elle, fecit mihi magna qui potens est, continue-t-elle, en disant : « Et sa miséricorde se répand d'âge en âge sur ceux qui « le craignent. » Et misericordia ejus a progenie in progenies tiinentibus eMm;etelle continue en chantant les effets de cette miséricorde dans la confusion des superbes, le renversement des tyrans, la condamnation des riches et l'élévation des petits, le rassasiement des affamés, le salut de Ihurable Israël.

Israël , c'est-à-dire toute âme qui languit, et que le Christ vient relever, suscepit Israël piierum suum.

Yoilà ce que le Christ fait dans cluuiue œuvre, de la même façon qu'il l'a fait dans lŒuvre des œuvres. Il vivifie celles-ci comme il a vivifié celle-là, en Marie el par Marie.

Le principe viviliant et fécondant dans chaque œuvre chrétienne, qui rapproche et lie les éléments dont elle se compose, qui en fait un être moral distinct, une OEuvre; qui lui inspire un souffle de vie, el la fait mouvoir elfonclionneraveccette merveilleuse organisation que nous admirons dans chaque œuvre chrétienne, c'est Dieu ; mais Dieu- avec -nous ^djn Marie. Marie estainsi le nœud vital de chaque œuvre, et de toutes les œuvres, comme

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étant elle-môme, par excellence, lOuviière de la grâce, iOuvrière de qui TOiivrier lui-même a voulu être fait.

En un mot, toute œuvre est le produit d'un enfantement qui s'inspire du grand Enfantement ; de celui qui a produit l'Œuvre des œuvres.

C'est cette belle vérité qu'a proclamée le vénérable curé de Saint-Sulpice , en plaçant toutes les œuvres, auxquelles il a élevé un vaste local de réunion , sous le patronage de Notre-Dame des Œuvres.

Le Protestantisme, dont il s'est plus particulièrement proposé de combaltre l'action, ne peut qu'être vaincu sur un tel terrain. Il pourra, à force d'argent et d'opposition, former des coalitions, jamais des Œuvres. L'esprit de bienfaisance, le zèle cbréticn même, qucje reconnais volontiers chez plusieurs de ses membres, et dont je suis d'autant plus disposé à honorer les efforts que j'en plains l'impuissance, est frappé de stérilité. Il y a entre le Protestantisme et le Calholicisme, sous ce rapport, une inégalité décisive. D'où vient cette inégalité? Le Protestantisme n'est pas moins ardent, liumaincmeni parlant : il l'est mémo plus, il dispose de beaucoup plus de ressources. Il est plus libre et plus agile dans ses mouvements, n'ayant pas toutes ces contraintes, toutes ces mortifications, toutes ces retenues et tous ces scrupules dont il a rejeté la surcharge, et cependant il est vaincu en fait d'œuvrcs de charité. On l'a vu en Crimée, on le voit de même partout. Et si l'on veut être édifié conipléteruent sur celte question, on n'a qu'à lire les en- (luétes et les rapports oHiciels du Protestantisme Juiniême, découvrant les plaies sans fond du paupérisme et de l'ininioralilé dont il est atteint dans la plus industrieuse de SCS capitales, sans pouvoir Icnr nji|i(is('r au-

c'une de ces Œuvres par lesquelles le Galliolicisme les fombat ou les prévient.

D'où vient cela? — De ce que le Protestantisme a rompu les canaux de la vie et de la fécondité chrétiennes, dont le premier est le culte de la Mère de Dieu, par qui la Vie même a été donnée au monde.

Mil. — C'est ainsi que la Vierge Marie vit et opère dans l'Église par rinfluence de son culte sur les Ordres religieux, les Congrégations et les Œuvres, Elle les enfante, les nourrit, les féconde du haut du ciel de sa Maternité puissante.

On raconte qu'un religieux de l'Ordre de Cîteaux, élevé, par sa dévotion à la Vierge, à la contemplation de la gloire céleste dont elle jouit dans le ciel, la vit environnée de tous les Ordres célestes et terrestres, de l'ancienne comme de la nouvelle Loi ; des Anges, des Patriarches, des Prophètes, des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs, chacun avec leurs caractères distincts; et aussi des Bénédictins, des Chartreux , des Prémontrés, des Dominicains, des Fransciscains , enfin de tous les Ordres religieux ' ; et que, ne voyant pas son Ordre dans cette multitude d'enfants de la Vierge, il en exprima son étonncment et sa douleur à celle-ci , qui lui dit : « C'est la prédilection même que j'ai pour les tiens qui « fait que lu ne les vois pas ; les ayant placés, comme « mes favoris, sous mes bras, pour les y réchaulïer de « ma tendresse. » Puis, enlr'ouvrant le manteau dont

^ C'est ce que le pinceau de Lemoine a représenté dans la Gloire qui décore la voûte de la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice. Une pareille Gloire pourrait être représentée dans la cliapelle des OEuvres.

elle paraissait vêtue et qui était d'une ampleur merveilleuse, elle lui découvrit une multitude innombrable de religieux et de saints de son Ordre, dont la vue le ravit de joie.

Ainsi Marie couvre de sa Maternité, réchauffe de sa charité tout ce qui a vie dans l'Église et dans le Christianisme. L'Amour éternel, Jésus- Christ, s'est allumé en elle comme dans son foyer, et c'est de ce foyer qu'il ne cesse d'enflammer les âmes. C'est de là que les Institutions qui ont pour objet de le communiquer rayonnent dans l'Église, toutes par une même inspiration, chacune dans un sens divers ; puisant dans cette plénitude de grâce et de vertu la spécialité de caractère et d'action que réclame l'application qui en est faite au monde.

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