‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 36 sur 41 · S III · texte numérisé non relu

S III

Marie objel de rimagination et de la sensibilité dans les art*.

Saint Augustin ressentait et exprimait, avec son âme d'artiste et de saint, la théorie, ou plutôt la vivante réalité du Beau que nous avons essayé d'exposer dans le paragraphe qui précède, lorsqu'il s'écriait : « Que de séduc- « tions sans nombre dans les œuvres de Tart et de l'in- « dustrie : vêtements, vases, tableaux, statues ; abus d'une « nécessité, abusmême d'une intentionpieuse; nouveaux « enivrements que les hommes ajoutent aux convoitises « des yeux! Répandus au dehors à la suite de leurs « œuvres, oubliant en eux-mêmes celui qui les a faites, « ils gâtent, en se défigurant, le chef-d'œuvre divin. — « Ici même, ô mon Dieu! ô ma gloire! ici, je trouve à « glorifier votre nom, ô mon sanctificateur ! car ces beau- « tés que vous faites passer de l'âme à la main de l'artiste « procèdent de cette Beauté supérieui-e à nos âmes vers « laquelle mon âme soupire nuit et jour. Mais ces ama- « teurs, ces fabricants de beautés extérieures, emprunte tent à l'Invisible la lumière qui les leur fait agréer et « non la règle qui en dirige l'usage. Elle est présente et « ils ne la voient pas. C'est en vain qu'elle leur dit de « ne pas aller plus loin et de vous conserver toute leur « force, au lieu de la dissiper dans ces délices éner-

' Ballanche à madame Récaœier.

« vantes. — Et moi qui en parle ainsi, qui en parle avec « discernement, j'engage encore mes pas aux filets de ft ces beautés; mais vous me délivrez, Seigneur; vous a me délivrez, «parce que votre miséricorde est toujours « présente à mes yeux. » Ma faiblesse se laisse prendre, tt votre miséricorde me délivre, parfois sans soutTrance, tt quand je tombe par mégarde, parfois avec douleur, « quand le lien s'est resserré *. »

Voilà à quelle hauteur de vue et de sentiment du Beau le Christianisme a élevé l'âme humaine, sanctifiée par sa grâce. Ce n'est pas le beau dans Tart et pour l'art, le beau fini et captif dans la forme, et y servant à captiver les cœurs : c'est le Beau alïranchi, et planant au-dessus de toutes les œuvres qu'il inspire : le Beau pour lui-même; plus que cela, le Beau pour le Bien, le Beau en Dieu et pour Dieu.

Cette élévation du cœur, ce Sursum corda opéré par le Christianisme dans l'humanité, dut avoir pour elîet d'imprimer h l'art une direction céleste, en plaçant son but dans l'Infini divin. Et comme ce même Infini s'était fait humain dans le Christ, et par le Christ dans Marie, et par sa grâce dans les Saints, l'art trouvait dans ces nouveaux modèles tout ce qu'il lui fallait de forme pour exprimer ce Beau céleste et pour s'y élever.

Les conditions de l'art furent dés lors interverties : ses pôles furent, pour ainsi dire, relournés. La forme était la maîtresse, elle devint la servante, li expression prévalut. L'arl passa de l'extérieur à l'intérieur; il devint spirituel, animé, et animé d'une vie supérieure, d'un souille surnaturel. Au lieu de nous attacher à ses formes

• Co"/fM/oH*, Liv. X,di. xxxiv.

et par elle à la partie sensible de la nature où il les puise, au lieu de nous retenir dans ses filets et de nous y énerver, il eut pour effet de nous recueillir, de nous détacher de ce foyer sensible par la spiritualité de ses œuvres ; de nous détacher de ces œuvres elles-mêmes par le sentiment céleste qu'elles respirent; et de nous élever à ce loyer divin d'où il émane et où il fraternise avec la science et la sainteté.

Tel est l'art chrétien comparé à l'art païen dans toutes ses branches : l'architecture, la statuaire, la peinture, la musique. Il eut sur son devancier la supériorité de l'expression sur la forme, de l'esprit sur la matière, de l'àme sur le corps, de la grâce divine sur la grâce humaine. Il plut moins, parce qu'il nous sevrait de la beauté créée, sans nous mettre encore en possession de la beauté incréée, et qu'il nous provoquait à une ascension dont le terme n'est pas ici-bas; mais, d'un autre côté, il alluma en nous un tel sentiment de cette beauté incréée, qu'il nous lit perdre le repos dans la beauté créée, ou qu'il ne nous le laissa qu'au prix de la diminution de nousmême et de l'abjection.

C'est ce qu'on a vu dans la déviation et la décadence de l'art à partir de la Renaissance. Le retour à l'Antique fut tenté, mais il fut manqué. De la hauteur où le Christianisme l'avait élevé, l'art ne pouvait tomber qu'audessous du point où il l'avait pris. Dans cette chute, on ne put plus se prendre en quelque sorte et se retenir à ce beau antique, dont le secret fut perdu du jour où celui du beau chrétien fut révélé. La Renaissance a introduit un faux antique, un art métis, qui n'est qu'une apostasie et une corruption de l'art chrétien, pire que l'art païen. N'insultons pas à celui-ci en lui rattachant

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ces productions adultères. L'art qui a produit la Vénus de Milo est saint, en comparaison de celui qui a produit la Diane de Poitiers. Celle-là n'est que nue; celle-ci est déshabillée. On peut appliquer à l'art cette parole du divin Maître : Si je n'étais pas venu ^ ils n auraient pas le péché qu'ils ont ^ Le péché peut surprendre le goût, mais il n'aura jamais son hommage ni son adhésion. En rompant la relation de l'âme avec le Bien, il la rompt avec le Beau, et la chute de l'art qui s'y prostitue est inlaiUible.

Nous sommes arrivés au dernier fond de cette chute. L'art n'est plus. Il a fait lui-même son épitaphe : l'Art pour l Art; épitaphe encore fastueuse si l'on considère ce qu'elle recouvre : le métier pour le vice.

La devise de l'art antique était l'Art pour le Beau : à quoi le Christianisme est venu ajouter le Beau pour le Bien et pour le Vrai, à cette hauteur où ils s'identiflent et où ils sont Dieu.

S'il veut se relever de sa chute, l'art doit venir se retremper dans la grâce de ce Dieu fait honune pour devenir notre modèle et notre forme en toutes choses ; dans le Beau, comme dans le Vrai et dans le Bien. A l'art comme à la conscience et à la science, à tout l'homme dans ses aspirations, il a été dit : — « Regarde et fais « selon le module qui t'a été montré sur la montagne; » Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est '^.

Mais pour le voir, il faut fermer les yeux à toutes ces fausses heaulés qui troublent le regard; il faut avoir le cœur pur, comme il l'a dit lui-même : Beati mundo

> Jonn, XV, 22.

• Exode, XXV, 40.

corde^ quoniam Deum videbunt '; il faut le goûtei\ comme il l'a dit encore : Gustate et videte, quoniam suavis est ^. Alors vous le verrez éclater au-dessus de tout ce qui est beau, super omne quod visu pulchrum est ^ comme le Beau même. II mettra en vous un sentiment exquis de lui-môme, qui surpasseia tout sentiment, el qui sera la source suréminente de l'art dans toutes ses applications.

Mais pour cela, il faut le voir comme il s'est fait voir, en Marie et par Marie. En elle il a mis toute sa grâce et sa beauté : il s'est mis Lui-môme; et ce n'est ((ue par elle qu'il a voulu se montrer et se donner à nous. En cela, comme en tout, il a élevé, non défait son premier ouvrage. A la femme a été donnée la beauté avec toutes ses grâces, pour qu'elle en fût le temple vivant et le type créé. Souillé et dégénéré, ce temple a été purifié, ce type a été réparé par le Dieu lui-môme l'Archétype de la beauté. C'est donc toujours la femme qui a le sceptre de la beauté : seulement, en Marie, ce sceptre est Jésus- Christ, le Beau lui-môme, rayonnant en elle et par elle dans l'humanité.

Laissons parler sur cet ineffable sujet deux maîtres, Lamennais et de Maistre. Ils lui ont consacré des pages que nous tenons d'autant plus à citer, qu'elles sont comme inédites, tant elles sont cachées dans des œuvres posthumes qui ne les annoncent pas.

« En recherchant les types divers que présente l'Art « avant le Christianisme, dit le premier, on trouve chez

» MaUh., V, 8.

• Ps. xxxili, 8.

» Isaïe, II, 16.

« les Anciens le type de la femme, sous ces différentes « modifications d'épouse, de mère, déjeune fille; mais « celui de la Yierge-Mère, né du dogme chrétien, leur « est totalement étranger. Sainte comme le Christ, qui « a pris en elle notre nature afin de la régénérer, elle « est la femme selon l'esprit, comme la Vénus antique « était la femme selon la chair. Aussi dans la Vierge « tout détache de celte pensée de la chair. Telle qu'une « fleur aérienne, elle flotte au milieu d'une limpide lu- « mière qui semble en la révélant la voiler encore. Un « parfum exquis d'innocence s'exhale d'elle et l'enve- (( loppe comme un vêtement. Sur son front serein, et a où cependant apparaît déjà le germe d'une douleur « immense pressentie et pleinement acceptée, sur ses « lèvres qui sourient à l'Enfant divin, dans son regard « virginal et maternel, dans la pureté de ses traits pleins « d'une grâce céleste, on reconnaît tout ensemble et la « simple naïveté de la fille des hommes, et l'auguste et « inellahle sainteté de celle en qui le Verbe éternel « s'est incarné pour le salut du monde. Voilh la femme « selon le Christianisme, la seconde Eve réparatrice de « l'humanité ruinée par la première; et lorsque après « une vie cachée, on la revoit au pied de la croix sur « laquelle se consomme le volontaire sacrifice de son « Fils, lorsqu'elle est là défaillante sous le poids de ses a inénarrables angoisses, et toutefois recevant de la main « du Père le calice d'amertume et l'épuisant jusqu'à la c( lie, sans proférer une plainte ; quelle distance de la « mère du Christ ù l'antique Niobé ' ! » L'ouvrage de M. de Lamennais, d'où nous avons

' Ëiqiiiste d'une phihsopliir, [. jlf, y). 223.

MARIE DANS LES SCIENCES, LA l'OÉSIE, LES ARTS. 521

extrait cette admirable page, est postérieur à sa chute, et en ce sens nous avons pu dire qu'il est posthume. Mais bien certainement cette page môme, ainsi que plusieurs autres, est antérieure. Nous savons, du reste, que les plus belles parties de cet ouvrage remontent au temps où il vivait.

Ecoutons maintenant M. de Maistre :

« Les premiers essais et les premiers grands efforts « de la peinture et de la sculpture représentèrent jadis « les héros et les dieux. A la renaissance des arts, le « Christ et ses héros s'offrirent à l'imagination des « artistes, et lui demandèrent des chefs-d'œuvre d'un « ordre supérieur. L'art antique avait senti et rendu le « beau idéal; le Christianisme exigea un beau céleste, ' « et il en fournit des modèles dans tous les genres : ses « vieillards, ses jeunes gens, ses enfants, ses femmes, « ses vierges, sont des êtres nouveaux qui semblent « défier le génie. Saint Pierre recevant les clefs, saint « Paul parlant devant l'Aréopage, saint Jean écoutant « les trompettes, ne laissent rien à désirer à l'imagina- « tion tout à la fois la plus brillante et la plus sage. La « beauté mâle dans sa fleur respire dans la figure des « anges; en eux se réunit la grâce sans mollesse et la « vigueur sans rudesse. Ils ont la beauté des deux sexes, « et cependant ils n'ont point de sexe. Le goût même « se croirait coupable s'il y pensait. Une éternelle ado- « lescence brille sur ces visages célestes ; jamais ils n'ont « été enfanls, jamais ils ne seront vieillards; en les « contemplant nous avons l'idée de ce que nous serons, « lorsque nos corps se relèveront de la poussière pour « n'y plus rentrer. »

« L'enfance surnaturelle se montre déjà dans ses ini-

« mitables chérubins placés au-dessous de la Reine des

« anges dans lun des plus beaux tableaux de Raphaël.

« Ces têtes sont pleines d'intelligence, d'amour et d'ad-

« miration. C'est la grâce des amours fondue dans l'in-

« nocence cl la chasteté. Mais tous ces elTorts de Tart

« ne sont que des préparations et comme des degrés qui

« doivent élever l'artiste jusqu'à la figure de XEnfant-

« Dieu. Le voyez- vous sur les genoux de sa Mère! Elle

« embrasse son Créateur qui lui demande du lait. La

« Parole éternelle balbutie ; elle joue, elle dort ; mais

Cl le Verbe, qui se rapetisse pour nous en voilant sa

« grandeur, n'a pas voulu l'éclipser. Le nuage qui couvre

« l'astre épargne l'œil sans le tromper, et jusque dans les

« moindres traits de l'enfance mortelle on sent le Dieu. »

« La beauté ayant été donnée à la femme, la femme « devait être le modèle de choix pour les deux premiers « arts d'imitation. L'Antiquité, chez qui le vice était '( une religion, pouvait se donner carrière sur ce point; « mais le Christianisme, qui n'admet rien de ce qui « peut altérer la morale, a prononcé à cet égard une « loi bien simple. Celte loi proscrit toute représentation « dont l'original oiïenserait dans le monde l'œil même « de la sagesse humaine... On n'a pas manqué d'obu server que celle réserve nuit à l'art ; mais c'est une « erreur qui repose sur une fausse idée du beau, que le w vice délinil à sa manière, en confondant ce qui plaît a avec ce qui est beau, ou, en d'autres termes, ce qui « plall aux sens et ce (pii ])hiit à l'intelligence. — Le « beau dans tous les genres imaginables est ce qui plaît « à la vertu éclairée. Toute autre délinilion csl fausse

« OU insufTisanlc. — Ces maximes pernicieuses ne sont « propagées que par la médiocrité, qui se met à la solde « du vice pour s'enrichir. Le beau religieux est au- « dessus du beau idéal, puisqu'il est l'idéal de l'idéal ' ; « mais peu de gens peuvent s'élever à cette hauteur, « l'artiste vulgaire quille ce qui est beau pour ce qui « plaît. Écrasé par le talent qui produit la Transfiguc( ration et la Vierge à la chaise^ il s'adresse aux sens « pour être sûr de la foule. Il sait bien que le vice s'ap- « pelle légion. — Une loi sévère, qui se mêle à toutes « les pensées de l'art, lui rend le plus grand service en « s'opposant à la corruption, qui détruit à la fin le beau « de toutes les classes, comme un ulcère malin qui ronge « la vie '^.

« La femme chrétienne est donc un modèle surna- « turel comme l'ange. Elle est plus belle encore que la « beauté, soit que, pour confesser sa foi, elle marche « au supplice avec les grâces sévères de son sexe et le

1 Ne pourrail-on pas dire qu'il en esl la réalité?

* Ces belles vérités devraient être gravées dans toutes les salles de nos Eaposiiions, el surtout dans celles des jur^s d'examen.

M. Cousin, s'inspirant de Platon et du Christianisme, s'est admirablement rencontré avec M. de Maistre dans ce passage de son Argument du Gorgias : a Tout ce qui ne réussit qu'en flattant les passions « inférieures de la nature humaine ne saurait être appelé du nom « d'a»7, dont le caractère est de s'adresser il ce qu'il y a de plus « noble en nous, et de réveiller les sympathies puissantes, mais ca- « chées, de l'âme avec la vérité, par l'intermédiaire de la beauté em- « ployée comme une forme de la vérité elle-même. Le beau est agréable « el l'art plaît, sans doute ; mais l'agrément n'est pas la beauté, et « l'art se propose autre chose que de faire plaisir. Ce qui substitue « l'agrément à la beauté, el cherche seulement à plaire, n'est donc « pas un art, c'est une pratique servile, dit Platon, un métier comme « la cuisine. » — Gorgias, Argument, page 140, tome H, de la traduction de Platon.

« courage du nôtre; soit qu'auprès d'un lit de douleur « elle vienne servir et consoler la pauvreté malade et « souffrante, ou qu'au pied d'un autel elle présente sa « main à Ihomme qu'elle aimera seul jusqu'au tom- « beau. Dans toutes ces têtes d'un caractère si diffé- « renl, il y a cependant toujours un trait général qui u les fait remonter au même principe de beauté.

Faciès non omnibus una,

Nec diversa tamen, qualem decet esse soronim.

« Et comme de la réunion d'une foule de traits, em- « pruntés à différentes beautés, on vit naître jadis un « modèle fameux dans l'Antiquité, tous les trails de la « beauté sainte se réunissent de même, comme dans un « foyer, pour enfanter la figure de Makie; le désespoir « et cependant l'objet le plus cbéri de l'art moderne « dans toute sa vigueur. Il semble que l'empire du sexe « pénètre jusque dans ce cercle religieux, et que les « hommes saisissent avec empressement l'idée de la « femme divinisée. La fabuleuse Isis, ayant aussi un « enfant mystérieux sur ses genoux, obtenait déjà je ne « sais quelle préférence de la part des imaginations anu tiques. Chacun voulant en posséder l'image, un poëte a a dit :

Par Isis, comme on sait, les peintres sont nourris'.

« Dans l'ordre de la vérité et de la sainteté, Marie (( peut fiiire naîlre une observation semblable. Toujours « la même cl toujours nouvelle^ nulle ligure n'a plus « exercé le talent imilalif. Le pinceau des plus grands

' .... PictoresquU neicll ab U'ide pasciP (Joven., xii, 28.)

« maîtres semble en avoir fait un objet d'engagement et « d'émulation. Sur ce sujet, mille et mille fois répété, « tantôt ils surpassaient leurs rivaux, tantôt ils se sur- « passaient eux-mêmes. Il n'y a pas un cabinet distin- « gué, en Europe, qui ne renferme quelque cbef-d'œuvre « de ce genre; et tandis que l'amateur s'extasie devant « eux, le missionnaire armé delà môme figure, quoique « faiblement exécutée, commence efficacement l'œuvre « de la régénération humaine.

« Les considérations précédentes expliquent pourquoi « nous avons été, suivant toutes les apparences, aussi « supérieurs aux Anciens dans la peinture qu'ils nous « ont eux-mêmes surpassés dans la statuaire, ou du « moins pourquoi nous n'avons jamais pu parvenir à la « même perfection dans les deux genres : c'est que la « peinture n'ayant point eu de modèle parmi nous, elle « est née tout simplement dans l'Église, et que cette « naissance étant naturelle, elle a produit librement tout « ce qu'elle pouvait produire. Dans la sculpture, au « contraire, nous avons copié; et c'est encore une loi « universelle que toute copie demeure au-dessous de « l'original. C'est en vain d'ailleurs que, pour les repré- « sentalions religieuses, on chercherait un ange dans « l'Apollon du Belvédère, une vierge dans la Vénus de « Médicis, un marlyr dans le Laocoon, un saint .lean « dans Platon-, etc. : ils n'y sont pas.

« Lorsque, autrefois, quelqu'un dit à Phidias qui « pensait son Jupiter : Où chercheras-tu ton modèle? a monteras-tu sur l'Olympe? Phidias répondit : Je fat « trouvé dans Homère.

« Pareillement, si l'on eût dit à Raphaël : Oif donc « as-tu vu Marie? il aurait pu répondre : Je l'ai vue

« dans saint Luc; parce qu'il n'y avait en effet, de part « et d'autre, qu'un modèle intellectuel, w

Nous résumerons cette Étude par cette belle vérité entrevue par Platon, et presque aussitôt évanouie dans le vague de la sagesse antique, comme tant d'autres vérités auxquelles le Christianisme est venu donner un sens :

« Il y a une sympathie intime entre la pureté et la « vérité, et la beauté : ce qu'il y a de plus pur est es- « sentiellement ce qu'il y a de plus vrai et de plus « beau*. »

La Religion du Fils de Dieu né de la Yierge-Mère étant la religion de la pureté , et d'une pureté qui, dans cette Yierge Immaculée, s'élève jusqu'au prodige, est la religion de la vérité et de la beauté. De là cette alliance constante de pureté et de beauté, autant que de vérité, dans les expressions du culte de Marie : Columba mea, immaculata mea^ formosa mea ; « Ma colombe , ma « toute />wre, ma toute belle '^. »

Telle est Marie, en qui le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous plem de grâce et de vérité "^^ et par qui nous a été ainsi donné au plus haut degré le sens du vrai dans les sciences, et le sens du beau dans la poésie et dans les arts.

» Philibe, Argument de M. Cousin, I. Il, p. 259 de sa traduction de Platon.

* Cauiiqne des Cantiques et Omce de la Vierge. > Jean, i, \\,

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