CULTE EVANGELIQUE ET UIBLIQUE DE LA VIERGE
ment et de leur transport; à Jean-Baptiste qui reçoit par Marie la grâce qu'il doit annoncer à tous les hommes; à Elisabeth qui, remplie du divin Esprit, s'écrie d'une j^'randevoix. : Vous êtes Bénie entre toutes les femmes ^ et le Fruit de votre ventre est béni ; qui lui rend comme à LA Mèke de son SeiGiNeur le culte le plus profond de sa vénération, qui lui attribue la dispensation de la grâce dont elle vient de ressentir le frémissement, et qui la publie Bienheureuse, pour avoir cru, et pour avoir frayé par là à Dieu V accomplissement de toutes ses miséricordes?,.. — Quel culte plus évangélique que celui qu'au même instant et en extension des paroles d'Elisabeth le Verbe de Dieu lui-même décerne à sa Mère, et le Saint-Esprit à son Epouse, dans ce sublime Magnificat qu'ils lui inspirent, où toutes les générations futures sont appelées à honorer successivement Marie de ce même culte que vient d'inaugurer Elisabeth, parce que le Tout- Puissant a fait en elle de grandes choses?...
— Quel culte plus évangélique que celui que continuent à lui rendi-e les Bergers et les Mages, les Juifs et les Gentils adorant XEnfant dans les bras de Marie sa Mère, le saint vieillard Siméon associant cette Mère, dans sa prophétie, à toutes les contradictions auxquelles doit être en butte son divin Fils, et plus particulièrement à ceglaive de douleur qui doit les unir dans le grand supplice : et tuam ipsius animam pertransivit gladius? . . .
— Quel culte plus évangélique que ce culte filial de confiance, de tendresse et d'abandon que Dieu enfant a voulu lui-même rendre à Marie, en faisant du sein virginal où il avait déjà puisé la vie humaine son trône, son refuge, son aliment, son oreiller; que ce culte de soumission qu'il a voulu lui rendre encore avec tout l'éclat
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de la sagesse qu'il avait fait briller dans le temple, et qu'il a voulu prolonger dans l'obscurité la plus glorieuse pour Marie jusqu'à trente ans : et erat subditiis illis?
— Quel culte plus évangélique que celui delà divine déférence du Fils de Dieu à une seule parole de Marie, avançant pour elle l'heure de sa manifestation, par le grand miracle de Cana, et nous constituant redevables à sa malernclle influence de l'ouverture de ses miracles, de la foi de ses Disciples et par eux de celle du monde?
— Quel culte plus évangélique que celui que décerne à Marie la femme de l'Évangile, s'écrianl dans le ravissement de la parole de Jésus : Bienheureux le ventre qui t'a portée bienheureuses les ma7nelles que tu as sucées I et que Jésus lui-même relève par ce propos : Bien plutôt heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent^ ratifiant ainsi la parole d'Elisabeth à Marie : Bie?ihcureuse vous qui avez cru^ et celle de l'Evangéliste : Or, Marie conservait toutes ces choses et les repassait dans son cœur? — Quel culte plus évangélique enfin que celui que Marie a conquis sur la reconnaissance et l'amour du genre humain en l'enfantant si douloureusement au pied de la Croix par sa maternelle Compassion, et que l'auguste Victime elle-même a institué par ce testament suprême : Mère^ voilà votre Fils : Fils, voilà votre Mère ?
Vous on appelez à l'Évangile! eh bien, voilà l'Évangile : c'est le culte de Marie à sa plus haute source. Cela est si vrai, que le culte catholicpie de Marie ne se compose que de l'Évangile : c'est V Angélus, c'est le Magnificat^ c'est la commémoration de V Annonciation^ de la Visitation, de la Aativité, de la Purification, de la Présentation ot do la Compassion^ c'est la lecture pure
CULTE ÉVANGÉLIQUE ET BIBLIQUE DE LA VIEHGE. Il
et simple de toutes ces pages du saint Livre où Marie est glorifiée; et en les citant je n'ai fait que rappeler la liturgie du culte de Marie.
Vous donc qui voulez vous soustraire à ce culte, qui l'attaquez et l'insultez, vous le pouvez ; mais en déchirant l'Evangile, en abjurant le Christianisme. Il ne s'agit pas môme ici d'interprétation, il s'agit de simple lecture, il s'agit de croyance à Jésus-Christ.
Voici un singulier aveu de celte vérité.
Bayle, qui, dans l'article Junon de son Dictionnaire, nous a dit que le culte de Marie n'a commencé qu'au quatrième siècle, et qu'il est né de Vintérêt sordide des prêtres, etc., etc.; le même Bayle, daîis son article Nestorius, estime que « tout ce que l'on a dit de plus outré « touchant Marie coule naturellement du titre de Mère « de Dieu; et que, quand même on se serait borné à la « seule qualité de Mère de Jésus-Christ^ comme le vou- « lait Ncstorius, on en aurait infailliblement tiré les « mêmes conséquences. »
Bayle a philosophiquement raison; tout ce qu'il y a de plus outré, — si quelque chose l'est, — dans le culte de la Sainte Vierge, coule naturellement du titre de Mère de Dieu. Le Christianisme, en effet, a donné de Dieu en Jésus- Christ une si haute idée de sainteté, de sagesse, d'amour, de puissance, de victorieuse majesté, il a tellement relevé l'idéal Divin, la notion de Dieu, que dire de Marie qu'elle est Mère de Dieu, c'est lui reconnaître une prérogative si haute, si prodigieuse, quelle surpasse tout entendement et qu'elle réclame tout honneur; que «dans « cet unique mot, comme dit Luther, tout honneur est « contenu pour Marie, et que personne ne pourrait pu- « blier à sa louange des choses plus magnifiques, eût-il
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« autant de langues qu'il y a de fleurs et de brins dherbe c( sur la terre, d'étoiles dans le ciel et de grains de sable (( dans la mer*. « Se borner môme à la seule qualité de Mère de Jésus-Christ , comme l'entendait Nestorius» c'est-à-dire comme n'ayant donné le jour qu'à un homme, mais à un homme à qui Dieu même serait venu se joindre dans le sein qui l'aurait conçu, c'est encore lui laisser une telle gloire qu'elle aurait droit à un culte exceptionnel; et la preuve, c'est que les Nestoriens lui rendent un tel culte. Ce qui est outré^ ce n'est donc pas le culte que nous rendons à Marie, c'est l'Évangile qui la salue et la préconise Mère du Seigneur par la voix de l'Ange et par le souffle même du Saint-Esprit dans Elisabeth. — Voilà ce qui est otdré, si quelque chose l'est dans le culte que nous rendons à Marie. Que faut-il donc faire pour lui refuser ce culte, et que font ceux qui le lui refusent? Ils tombent au-dessous des Nestoriens; ils renient l'Evangile; ils abjurent le Christianisme.
Libre à eux; mais à une condition : c'est qu'ils ne se prétendront plus chrétiens; c'est qu'ils nous abandonneront l'Évangile comme ils nous ont abandonné la Tradition ; c'est (ju'ils ne viendront plus dire que le culte de la Sainte Vieigc est né de iintéivt sordide des prêtres et ne date que du (luatriéme siècle; c'est qu'ils confesseront avec IJayle que, né du litre de Mère de Dieu ou même de Mère de Jésus-Christ^ il date de l'Évangile qui préconise en Marie ce litre inellable, il en coule naturellement.
Cela est acquis.
> Sii/'fr Magnincal CommcHf., t. V, p. 8ft, Opcr. omn., l&5i.