‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 6 sur 41 · LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE DANS LA PRIMITIVE ÉGLISE · texte numérisé non relu

LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE DANS LA PRIMITIVE ÉGLISE

ATTESTÉ PAR LES ÉVANGILES APOCRYPHES, LES PEI.NTIRES DES CATACOMBES ET LES ANCIENNES LITCRGIES.

Pour la Vierge Marie comme pour Jésus-Christ, inséparables, et ne faisant dans le rapport qui les unit qu'un seul prodige sur lequel repose toute la Religion, le grand prodige du Verbe fait chair, l'Évangile est tout à la fois le terme et le départ historique du culte : le terme pour les siècles antérieurs à l'Incarnation ; le départ pour les siècles postérieurs. La chaîne religieuse des temps, depuis l'origine jusqu'à la fin du monde, a une double portée qui se relie en Jésus-Christ, qui se noue en Marie, si justement appelée le nœud des mystères du Christ, Nodus mysteriorum Christi.

Comme donc le Christianisme des temps anciens professait le culte de la Vierge devant enfanter, le Christianisme des temps nouveaux professe le culte de la même Vierge ayant enfanté. Le sein Virginal de Marie est ainsi comme le centre vital autour duquel gravitent tous les siècles, et d'où ils reçoivent l'influence de grâce qui les féconde pour l'éternité.

L'histoire vient confirmer cette belle vérité , après comme avant l'Evangile, sans laisser un seul temps, un seul jour de solution de continuité dans le témoignage qu'elle lui rend.

Sans doute, la situation du Christianisme naissant, resserré dans la masse du monde païen avant qu'il ne l'eût convertie, et durant le travail si colossal de cette conversion, ne devait pas être la même que lorsque, vainqueur et parvenu du Golgotlia au Capitule, il prit en main les rênes du monde Chrétien. Nous reviendrons sur cet aperçu pour expliquer la réserve de la primitive Église à l'égard du culte de la mère de Dieu. En ce moment il suffit de l'indiquer pour apprécier, eu égard à cette réserve, la valeur des témoignages que nous allons rapporter.

Le premier est tiré des Évangiles apocyphes.

Évangiles apocrypiies.

I. — On appelle de ce nom des récits composés sur le môme fond que les quatre Évangiles canoniques, à une époque contemporaine ou voisine de ceux-ci, et qui forme ce qu'on ajustement appelé le Cycle évam/éliquey ayant pour objet de remplir les lacunes que l'austère simplicité du récit sacré laissait à la tradition ou à l'imagination , et différents des vrais Évangiles : 1" en ce qu'ils ne sont pas inspirés ; 2° en ce qu'ils se sont produits sous des noms d'auteurs supposés; 3" en ce qu'ils sont mêlés parfois de fantaisies pieuses et légendaires que la critique désavoue.

Ces monuments (je parle des apocrypiies orthodoxes, et non de ceux qui furent l'expédient des premières hérésies contre l'Église) ont cependant une réelle importance qu'a un certain point de vue une critique judicieuse doit apprécier.

D'abord il est permis d'y voir, sur plusieurs points, des événements vrais, dont la tradition vivante dans les souvenirs publics du temps s'est déposée dans ces récils; et de ce nombre est, par exemple, la Présentation de la Sainte Vierge au temple. Ensuite, dans ce qui est douteux ou inexact, quant aux faits en euxmêmes, il faut y voir, comme dans toute légende, même fausse, une empreinte de l'esprit du temps, des dispositions des âmes, de l'impression faite en elles par les événements qui ont eu lieu et par les personnages qui ont agi dans l'histoire. Nous avons l'histoire, l'Évangile, et nous en recevons telle ou telle impression; une impression d'admiration et de culte pour la Mère du Christ. Mais ce sentiment, qu'on prétend être conçu sous l'empire d'un préjugé catholique postérieur à l'Évangile, ne résulte-t-il pas de l'Évangile même et des événements dont il fait le récit? Là est la question. Or, quelle meilleure manière de la résoudre, que de consulter l'impression immédiate, naïve, spontanée, que l'histoire évangélique a faite dans la société contemporaine? Eh bien! les Apocryphes sont des témoins vivants de cette impression; c'est le collège populaire de Jésus et de Marie qu'il nous est donné d'approcher, et en qui nous voyons, de qui nous recevons l'idée et le sentiment qu'ils ont produit dans les masses, le degré de culte dont ils ont è(é l'objet. Il n'importe pas de savoir précisément si tout ce qu'on en a dit est vrai : là-dessus la critique peut se donner carrière; il s'agit de savoir ce qu'on en pensait, l'idéal qu'on s'en était formé, et c'est uniquement pour cela qu'il s'agit de savoir ce qu'on en a dit. Ce qu'on en a dit, même mêlé de fables, non-seulement ne nuirait pas à la révélation de ce qu'on en pensait, mais le f II. S

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ferait connaître davantage, en le montrant jusqu'à ce degré où Timagination émue n'a pas assez de la vérité el se satisfait par Tinvcnlion; et la même critique qui rejette celle-ci garde et recueille lidéal qui s'y trouve contenu.

« Ces récits familiers et anecdotiques faits au foyer, « sous la tente, aux champs, dans les haltes des cara- « vanes, dit un critique distingué qui a attaché son nom « à un travail remarquable sur ce sujet, contiennent un « vivant tableau des mœurs populaires de l'Église nais- « santé. Là, mieux que partout ailleurs, se peint la vie « intérieure de la société chrétienne. Nulle part on « n'étudiera mieux la transformation qui s'opérait alois (( sous l'inllucnce du Christianisme dans les rangs infect rieurs. La riche source d'idées et de sentiments, ou- « verte par le nouveau culte, s'y épanche"avec abondance « el liberté. Il se peut que ce que ces livres nous racoii- « lent de la Sainte Vierge et de ses parents, de Jésus et « de ses Apôtres ne soit point très-exact, cela même est « probable; mais les usages, les pratiques, ^les habitudes « qu'ils révèlent involonlaircmont sont \éritables. Évi- « demment ils prêtent aux personnages sacrés des dis- « cours qu'ils n'ont jamais tenus; mais s'ils leur ont « prêté telle conduite, telle démarche, telles paroles, « c'est qu'elles étaient dans l'esprit du temps, c'est « qu'on les croyait dignes de ceuxà qui on les attribuait. <( Ces légendes sont donc, à vrai dire, un commenlaire « populaire de l'Evangile, et le mt^nsonge même en est a vrai*. »

' M. DouHAinE, sur is Évnmjiloi apncnjphrs, Iravail insi'i»^ dans ]'Univerèité catholique, I. V.

Ce n'est pas que tout soit invention dans les Apocryphes, système que le rationalisme allemand n'a pas crainf de pousser jusqu'à l'absurde en retendant mt-me aux Évangiles canoniques; car quelle serait la base de l'idéal et d'un tel idéal, et comment aurait-il pu sortir d'une société qui lui était si contraire et s'imposera elle d'une manière si prodigieuse? Évidemment cette base est historique au plus haut degré : à savoir, les quatre Évangiles canoniques de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean, dont l'authenticité, la sincérité, la véracité, on l'a montré cent fois, sont inimitables. Viennent ensuite les Évangiles d'auteurs supposés, ou apocryphes, mais orthodoxes; ne contenant rien qui soit contraire aux doctrines et aux faits exposés dans les Évangiles canoniques, se rattachant même exactement à leur contenu, et s'elîorçant seulement de les étendre davantage, de présenter au lecteur une vie plus complète du Fils de Marie, plus accommodée aux idées et aux sentiments que l'Évangile même venait de former dans les âmes; faits en un mot d'après la donnée d« l'Evangile. Les Apocryphes viennent ainsi se ranger autour, mais à distance, des Canoniques^ comme la chronique autour de l'histoire, la supposant sans la compromettre; la montrant écrite, non-seulement dans les Livres sacrés, forts de tous les caractères de la vérité historique et de toutes les garanties de l'inspiration, mais dans les émotions et dans les bruits de la foule, et rendant à l'Évangile un double témoignage, par la ressemblance et par la différence : par la ressemblance, en montrant l'Évangile dans les âmes avec des amplifications dont la naïveté, même dans ce qui est d'invention, atteste la vérité du fond et n'est qu'une manière de la traduire; par la diflérence, en

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faisant néanmoins ressortir la majestueuse simplicité, la céleste véracité des Évangiles tracés à la manière de Dieu, par leur comparaison avec les Évangiles amplifiés à la manière de l'homme.

Tel est le caractère des Apocryphes qu'il importait de bien discerner avant d'en faire usage. Cet usage va consister à établir que le culte que nous décernons à la Mère de Dieu résulte, non-seulement de l'Évangile, ce que nous avons montré, mais de l'impression de lEvangile telle qu'elle a été ressentie par lespremiers Chrétiens.

II. — Nous possédons trois Évangiles apocryphes uniquement relatifs à la Mère de Dieu, naïve expression du culte que l'Évangile avait inspiré pour elle dans lésâmes. Ce sont le Proto-Éva7i(/ile de samt Jacques, — Vflistoire de la Nativité de Marie et de VEi}fance du Sauveur, — et VEvangile de la Nativité de sainte Marie. Ils sont d'origine très-ancienne. Nous savons par des témoignages positifs que XEvangilc de saint Jacques remonte au premier âge de l'ère chrétienne ; saint Justin au second siècle en fait mention'; Clément d'Alexandrie réfute les inventions qui y sont contenues; Tcrtullien, Origène et saint Épiphanc y font allusion^. Les deux autres, XHistoire et VEvanqile de la Nativité, sont évidemment de la même famille et sortent de la même inspiration. Outre ces trois Évangiles, nous avons y Evangile de l'Enfance et VFIistoire de Joseph le charpentier, qui rellètent, le premier surtout, sur Marie, l'éclat le plus touchant, et qui sont l'un et l'autre de la

« Dinl. rnm Trijph., 78.

• Sanct. Ki'IPII. rnlv. Uierel., lilt. Iii, l.ll, Collyridiaiii, n, 5.

même époque'. Enfin Epiphane, le moine, nous révèle re\istencc de trois autres légendes qui ne nous sont point parvenues : l'une qui embrassait la vie entière de la Sainte Vierge, les deux autres consacrées au récit de ses dernières années et de sa mort.

Tous ces récits sont éclos du sentiment d'admiration, de vénération, de bénédiction dont la Vierge Marie est l'objet dans l'Évangile, pour sa dignité de Mère de Dieu. Sentiment qui éclate dans l'exclamation sortie de la foule: Bienheureux le sein qui t" a porté et bienheureuses les mamelles que tu as sucées/ et qui, épuré par la réponse que Jésus-Christ fit à cette exclamation, se trouve si hautement consacré par Siméon, par Elisabeth, par l'Ange, ou plutôt par l'Esprit même de Dieu qui les animait. C'est là le germe des Apocryphes.

Les Apocryphes portent principalement sur la partie de la vie de la Sainte Vierge que l'Évangile a laissée dans l'ombre, la partie antérieure à l'Annonciation. C'est comme V avant- scène de l'Évangile, d'où le nom de Proto-Evangile donné à l'un d'eux. L'Évangile, avec une simplicité et une économie de récit admirable, entre en scène, pour ainsi parler, sans nous faire connaître la Vierge Marie autrement que comme Viei'ge pleine de grâce et Mère du fils du Très-Haut. Un Ange, député du ciel, la salue telle, en vue du grand mystère qui va s'accomplir, et c'est ainsi seulement qu'elle est montrée. Ouelle divine convenance! Tout y est commandé par le suprême objet de l'Évangile : Jésus-Christ ; et il n'est question de la Vierge qu'à son sujet. Ou'était-elle avant?

' MOELUEEP, La Patrolofjic des Dois pnm'wis sii!cles, I. Il, p. 6G5 cl 567.

Comment s'était passée sa jeunesse, son enfance? Quelle était son origine? — Quimporle? détails oiseux relativement à l'Objet capital. — « L'Ange Gabriel fut envoyé « de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à <( une Vierge qu'un homme de la maison de David, « nommé Joseph, avait épousée; et cette Vierge s' appe- « lait Marie. » Yoilà tout, et l'action commence. Assurément cela n'est pas de l'homme; et les Apocryphes, en s'étendant sur la nativité et l'enfance de Marie, font ressortir, par le contraste, ce caractère inimitable du divin récit.

Ce n'est pas qu'ils ne soient pas autorisés par l'Évangile même à ce culte des antécédents de Marie, car ce culte est justifié par la grandeur de son sujet, par l'admiration et la vénération qui lui sont dues, par l'induction la plus rationnelle d'une prédestination qui enveloppe toule sa vie ; tout cela résulte de l'obscurité même où l'Évangile a plongé l'enfance et la nativité de Marie pour ne mettre en lumière que son éminente dignité de Mère de Dieu. Que résulte-t-il, en elTef, de ce divin procédé de l'Évangile? Il en résullc que c'est de Jésus-Christ que Marie tire toute sa distinction, toute sa personnalité, toute sa destinée; qu'elle est Marie de Jésus, comme l'appelaient excellemment les premiers chrétiens. Mais c'est là précisément sa grandeur. L'isoler dans cette grandeur, c'est donc la glorifier davantage. « Elle est là, « posée en admiration à tous les regards, dit un Père de a la primitive Église, la Yiei'gc Mère du Roi, Seigneur « Dieu des armées, comme uti Trône sublime élevé pour « la gloire de (iOlui (jui Ta édilié'. « (l'est montrer dés

' Eccc enim, cccc Tliromi.s Hiibliiui.-» cl clcNatus ad cj»» jiloiiain qui

lors que tout clans l'enfance, dans la naissance, dans la conception, dans l'existence en un mot de la Sainte Viei-ge, a dû être prédestiné, préordonné, édifié en vue de Jésus-Christ. L'Évangile, en ne disant rien des antécédents de la Sainte Yierge pour ne la montrer, tout à coup, ({ue dans sa grandeur de Vierge pleine de grâce, et de Mère de Dieu, réagit ainsi sur ces antécédents de toute celte grandeur à laquelle il les sacrifie; il en dit plus que les Apocryphes, et autorise tout ce qu'ils en disent. Voilà le sentiment chrétien, évangélique par excellence, et c'est ce sentiment qui a inspiré le Proto-Evangile de saint Jacquci^^ {'Histoire et V Evangile de la Nativité. Pénétrons maintenant dans ces récits'.

III. — On y représente le mariage de Joachim et d'Anne, parents de Marie , comme étant demeuré longtemps stérile. La douleur qu'ils en éprouvent, et surtout celle d'Anne, y est peinte avec des expressions poétiques de la plus touchante vérité. Joachim , aitligé d'être le seul des Justes qui ait été privé de postérité, ému plus particulièrement au souvenir d'Abraham, ne veut plus reparaître devant sa femme, il s'enfonce dans le désert avec ses troupeaux et ses pâtres. Il y fixe sa tente et il y jeûne quarante jours et quarante nuits, disant dans son cœur : Ma prière sera ma seule nourriture. Anne,

e»l fabricatus, Virgo Mater Régi Domino Sabaotli, spcclati^sima illic siatuitur. S. Methodius.

' Nous allons plus particulièrement nous ullacher au Prolo-Évanijile de saint Jacques, comme au plus ancien ; nous signalerons en note les variantes de l'Histoire de la Nativité. Quant à V Évangile de la Satiiiié, il n'est qu'une abréviation des deux autres.

laissée par lui en proie à une double douleur, celle de son veuvage et de sa stérililc, écarte les consolations de Judith, sa servante, qui vient lui rappeler que le jour de la grande fête du Seigneur approche et qu'il faut l'honorer par des habits et un air de fête. Elle revêt néanmoins ses habits de noce, mais c'est pour recevoir un alïront plus éclatant en étant chassée du temple comme stérile. Cependant, seule, dans son jardin, assise sous un laurier, elle adresse à Dieu une fervente prière pour quil la bénisse ainsi qu'il a béni les entrailles de Sara; puis, levant les yeux au ciel, sa vue rencontra sur l'arbre un nid de passereau, et sa douleur éclata en ces touchantes paroles : « Hélas ! à quoi suis-je « comparable? Puis-je être comparée aux oiseaux du « ciel? Mais les oiseaux du ciel sont féconds devant « vous. Seigneur. Puis-jc me comparer aux animaux « de la terre ! Mais les animaux de la terre sont féconds « devant vous, Seigneur. Puis-je me comparer aux fleu- « ves et à la mer? Mais les fleuves et la mer ne sont pas « frappés de stérilité, et, calmes ou émues, leurs eaux « peuplées de poissons chantent vos louanges. Je ne puis « non plus me comparer aux plaines, caries plaines porte tent leurs fruits en tout temps, et leur fertilité vous « bénit, ô Seigneur! Cependant, Seigneur tout-puis- K sant, qui avez donné de la postérité à toutes créata- « res, et qui faites qu'elles se réjouissent de leurs petits, u je vous rends grâce, puisque vous avez voulu que «t seule je fusse exclue des faveurs de votre bonté; car « vous connaissez. Seigneur, le secret do mon cœur; « j'avais fait vœu , dés le commencement de mon voyage, « que si vous m'aviez donné un fils ou une lille, je '< vous l'aurais consacré dans votre saint temple. »

• ÉVANGILES APOCRYPnES. 45

Comme elle disait cela, l'Ange (la Seigneur lui apparut (lisant : « Ne crains point, Anne, car ton reje- « ton est dans le conseil de Dieu, et ce qui naîtra de

« toi SERA EN ADMIRATION A TOUS LKS SlfcCLKS JUSQU'a i< LKLlR consommation' W

Voilà l'idée qu'on avait, dans la primitive Église, de la Yierge Marie; prodige obtenu par la sainteté dans l'épreuve, conçu à l'avance dans le conseil de Dieu, et prédestiné à l'admiration du monde, à jamais.

Cependant l'Ange du Seigneur avertit également Joadiim que sa prière ainsi que celle d'Anne est exaucée^. Le patriarche, transporté de reconnaissance, appelle ses pasteurs, dispose un triple sacrifice, et se dirige avec ses troupeaux vers sa demeure'. Anne, qui était sur sa

* Prolo-ÉvaiirjUe de saiitl Jiictiues et Ilislvirc de la Xalivilé.

- « Sache, a» sujet de la femme, qu'elle comtcvra une liUe qui sera « dans le temple de Dieu, et l'Esprit-Saiiit reposera en elle, et sa bé- « nédiction sera sur toutes les Temmes sainU-s ; de sorte que nul ne « pourra dire qu'il y en eût jamais une pareille cl qu'il y en aura « dans la suite des siècles une autre semblable; et son rejeton sera « béni et elle-m(me sera bénie, et elli; sera établie la Mère de la bé- II nédiclion éternelle. » [Histoire de lu Naiivilé.) Ces paroles sont évidemment la paraphrase de la Salutation angélique, de l'exclamation d'Élisabelh et du Magnificat, et elles témoignent loulc la portée de l'Kvangile pour le culte do Marie dans l'esprit des premiers chréliens. Ces témoignages évangéliques, qui sont pour nous lettre niorle, étaient alors vivants et retenlissanls.

3 Parmi les détails ([ue nous supprimons à regret, se trouve celui-ci, dans VHistoire de la Nativiié : — l.e Patriarche adore l'Envoyé de Dieu et se dit son Serviteup,. El l'Ange lui dit : JVt- dis pas, Je suis (on Seyviteiir, mais: Je suis ion compagnon; car nous sommes les Serviteurs d'un seul Seigneuu. Telle a toujours été la doctrine de l'Église ; ainsi l'avons-nous montré dans l'Exposition théorique. Ici elle répond heureusement au reproche iVidolAtrie, et fait voir de quelle pure source fort le culte de la Mère de Dieu, mCmc dans les Apocryphes.

porte, raperçoit, elle court au-devant de lui et se jette à son cou, disant : « Je connais maintenant que le Sei- « gneur Dieu m'a bénie, car j'étais veuve et je ne le « suis plus; j'étais stérile et j'ai conçu (prophétiquement, « comme l'explique saint Épiphane). » — Et Joacliim reposa le même jouv dans sa maison.

Mais (admirable scrupule de continence!), Joachim ne veut pas toucher au bienfait du Seigneur qu'il ne soit justifié. Le lendemain il va au temple, demande à Dieu un signe qui lui donne l'assurance qu'il est béni, et connaissant à ce signe qu'il n'y a pas de péché en lui, il descend justifié de la maison du Seigneur, vient dans sa maison : et Anne conçut.

Le neuvième mois, Anne enfanta une fille et lui donna le nom de Marie. Lorsque l'enfant eut six mois, sa mère la posa à terre pourvoir si elle se tiendrait debout. Et Tenfant fît sept pas en marchant, puis vint se jeter dans les bras de sa mère. Et Anne dit : « Vive le Sei- « gneur mon Dieu! tu ne marcheras pas sur la terre « jusqu'à ce que je t'aie oiïcric dans le temple du Sei- « gneur. » p]t elle la sanctifia dans son lit et tout ce qui était souillé, elle l'éloignait de sa personne à cause d'elle. Et elle appela des filles juives, sans tache, pour soigner l'enfant.

On ne peut méconnaitre dans tout ceci la croyance à la conception immaculée de Marie. Purifiés par l'Age et surtout par la sainteté de tout ce qui fient aux sens, les auteurs de Marie ne lui donnent l'existence (pie pour la «'onsacrer d'une manière particulière au Seigneur, et ne se regardent, n'agissent à son égard que comme les gardiens de celle fleur de pureté jusqu'à ce qu'elle lui soit offerte, « (l'est ainsi, dit le savant auteui- de la Si/mhn-

« Uque^ Moehler, que la primitive Église s'exprimait an (( sujet de la conception sans tache de Marie '. »

(Juand reniant eut accompli sa première année, Joachim donna un grand festin où il convia les Princes des prêtres, et les Scribes, et tout le sénat, et tout le peuple d'Israël. Et il ollril des présents aux Princes des prêtres, qui bénirent l'enfant, disant : « Dieu de nos pères, « bénis cette enfant, et donne-lui un nom oti soit célé-

C( BRÉ DANS TOUTES LES GÉNÉRATIONS. » Et tOUt le peuple

dit Amen... El les parents de Marie la présentèrent aux Prêtres qui la bénirent disant : « Dieu de gloire, abaisse « tes regards sur celte enfant et accorde-lui une béné-

« DICTION OUI NE CONNAISSE PAS DE BORNE... » Et Sa

mère (cette mère qui avait été naguère chassée du temple comme stérile !) la prit des mains des Prêtres, la mit au sein, et chanta ce cantique devant tout le peuple : « Je chanterai la louange du Seigneur , mon « Dieu , parce qu'il m'a visitée, et qu'il a enlevé de (( dessus moi l'opprobre dont me couvraient mes enne- « mis. — Le Seigneur a mis en moi le fruit abondant « DE LA jusiicE. — Qui aunouccra aux fils de Ruben « qu'Anne la stérile allaite ? — Écoutez, écoutez, tribus « d'Israël, voici qu'Anne allaite ! »

Ceci est tout simplement du sublime ; sublime plutôt biblique qu'évangélique, il est vrai, et cela même convient ; sublime humain, si l'on veut, comparé au sublime divin de la Visitation et du Magnificat ; mais qui n'exprime que plus naïvement le profond sentiment d'admiration et d'exaltation pour la grandeur de Marie que l'Évangile avait imprimé dans les âmes, le culte qui

1 La Paîrologie des trois premiers siècles, t. 11, p. 568.

s'attachait dès l'origine du Christianisme à cette incomparable personnalité.

Vient ensuite la scène de la Présentatioti définitive de la petite Marie au temple : scène ravissante de délicatesse chrétienne, qui montre (surtout après le cri de la nature que nous venons d'entendre) combien était spirituel et généreux ce sacrifice où devait être consommée dans la grâce la. Vierge que Dieu se destinait.

Marie a deux ans ; Joachim pressé par la crainte de Dieu d'accomplir le vœu que lui et Anne avaient fait, veut la conduire au temple. Anne, relenue par la peur que l'enfant, encore trop jeune, ne redemande son père et sa mère, et ne se donne pas assez généreusement au Seigneur (admirable scrupule de la part d'une mèro!), est d'avis qu'on attende la troisième année. Joachim dit : Attendons. La troisième année de Marie ayant sonné, Joachim dit : « Appelez les vierges sans tache « des liébreu\ et qu'elles prennent des lampes,, et « qu'elles les allument, et que l'Enfant ne se retourne « pas en arrière, et que son esprit ne s'éloigne pas de la « maison de Dieu. » Les vierges agirent comme il le prescrivait, et le prince des PréIres reçut l'Enfant, l'embrassa et dit : « Marie, le Seigneur a donké de la gran-

K mail A.TO.N iN((M DANS TOUTES LES GÉ5ÉaAI IONS, et, à la

« lin des jours ' le Seigneur manifestera en toi le prix a de la licdemplion d'Israël. » Et il la plaça sur le troisième degré de l'autel, et le Seigneur répandit sa grâce sur elle, et elle Iressaillit de joie, en dansant avec 863 pieds, et toiilc la maison (Vlsi'ai'l la clirril '^ Et ses

I Uci Jours de la Loi; cxprcsëion biltliquc.

• f Kllc monta rn coiirnnt lc« quliuo dcgrc'H, sans regaiiKr en ar-

ÉVANGILES ArocnypHES. 49

parenis descendircnl, admiranl cl louant Dieu de ce que r En faut ne s'était pas retournée vei'S eux.

Admirable d(:'lachcmcnt ! suMime dùvouemciil ! si ad- Tniral)le et si sublime que la vérité du mystère sort ici de la beauté du récit ; que toute la (latliolicité le célèbre dans une fête des plus anciennes, la fête de la Présentatio7i de la Sainte Vierge; et que le vénérable fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, M. Olier, voit et montre à ses lévites, dans celte scène incomparable, le plus parfait modèle en même temps que le plus puissant patronage de la Cléricature franchissant les degrés du sanctuaire ' !

Voilà ce qu'au deuxième siècle on admirait et on ressentait touchant la Sainte Vierge, sa naissance, son enfance, et les saintes dispositions dont elle était le fruit prédestiné et immaculé jusque dans ses auteurs. A^oilà le sentiment public à son égard.

Notre intention n'est pas de faire connaître les Apocryphes si ce n'est pour en tirer la preuve que nous nous sommes proposée. Le reste du Proto- Évangile de saint

Il rièrc el sans deinaniltr ses parents, ainsi que les cnrants font d'or- « dinaire; et tous furent remplis de surprise à celle vue, et les prêtres « du temple étaient saifisd'éîonnemcnt. » Ilisioirc de la Saiivi(é.

' Il Les Clercs, dit M. Olier, contempleront la Sainte Vierge se pré- (I sentant au temple, comme I^alronii;^ de la Cléricalurc, couime pleine « de son esprit, et donnant l'exemple de la séparation du siècle et de M l'applicdlion à Dieu. l'ossédée de l'Esprit de Ditu touljiuissant, « tout ardeur, tout amour, elle monte seule les degrés du temple à « trois ans, nous apprend par là que Dieu est le supplément de nos « inlirmités, et elle vient ratilier solennellement en ce jour ce qu'elle « avait fait dans 1q premier moment de sa vie. Elle entre dans uu ou- « bli du monde, une mort d'elle-même, dans un abandon à Dieu, uu « amour el un zèle qui ne se peuvent comprendre. Elle ne regarde

50 LIVRE m, CUAPITRE III.

Jacques raconte le mariage de Marie avec Joseph, le miracle de la baguelte fleurie désignant ce patriarche pour être le gardien de la Yierge ; puis le récit vient se rencontrer avec l'Évangile sur l'Annonciation , la Visitation, le soupçon de Joseph, la Nativité de Notre-Seigneur , el l'adoration des Mages , déparant la célesle simplicité de l'Évangile par des détails oiseux ou même parfois ridicules qui ne se rencontrent pas dans la première partie que nous avons analysée, comme si la tém<''rité de toucher au récit évangélique avait porté malheur à l'écrivain.

IV. — \J Histoire de la Nativité s" éienà avec plus de complaisance que le Proto-Évangile de saint Jacques sur le séjour et la céleste éducation de Marie dans le temple. Il y a là un tableau trés-édi fiant et qui montre la pureté d'esprit avec laquelle on concevait la Vierge Marie. L'alliance de la vie active et de la vie contemplative est montrée en elle par cette règle qu'elle s'était imposée de

« point derrière elle ; elle ne pense point, en quiUant lo monde gros- M Bicr cl corrompu, si elle aura besoin de rien au service de Dieu, si « ce grand Dieu lui sulTlra pour toutes choses ou non. Elle ne pense « point à sa maison, à ses parents ; elle s'abandonne fi Dieu dans une « conflance merveilleuse, sans retour quelconque sur elle ni sur rien ■ de créi? ; elle nous apprend ainsi h vivre en l'Esprit de Noire-Seigneur « J(^8U8-Clirisl, eiitirreuient abaiidonniî aux soins de sou Pc'ro. » ( Vie dp M. Olicr, I. Il, p. 2({i.) — M. Olicr ne dil rien des parenls de la Sainte Vierge, parce f|u'll ne s'adressait qu'aux Clercs; mais que leur conduite est ndiniral)le de (Idt^iiK^, de gi'uu^rosili^ ! d'autant que l'amour dei parenls pour leurs enfants esl plus fort q\ni relui de ceux-ci pour eux, et qu'on jirul dire que c'est eux qui avaient ins])ir(' ou dtSeloppé dan» la polllo Mario ce dévoucmenl cans retour avec lequel elle se donna h DIen, el qui lui avalent appris à ne pm regarder en arrière.

s'appliquer à l'oraison depuis le matin jusqu'à la troisième heure, cl de se livrer au travail manuel depuis la troisième heure jusqu'à la neuvième ; et dans ces exercices, comme dans tout son être, elle surpassait, elle édifiait et ravissait tout le monde. Cependant ayant atteint quatorze ans, Marie, à la difîérence de toutes ses ■ compagnes, déclare vouloir persévérer dans la virginité ; ce que le grand prêtre fait connaître au peuple en ces termes : « Depuis que ce temple a été élevé par Salo- « mon, il a contenu un grand nombre de vierges admi- « râbles, filles de rois, de prophètes, de pontifes; quand « elles ont atteint l'âge convenable , elles ont pris des « maris, et elles ont plu à Dieu en suivant la coutume de « celles qui les avaient précédées. Or voici : il s'est in- « Iroduit, avec Marie, une nouvelle manière de plaire au (( Seigneur, car elle a fait à Dieu la promesse de persé- « vérer dans la virginité, et il me paraît que, d'après « nos demandes et les réponses de Dieu, nous connai- « trons à qui elle doit être confiée. »

VHistoire de la Nativité reproduit le Proto-Évangile dans le reste de la vie de Marie devenue Mère de Jésus, Il y est fait mention de plusieurs prodiges, imaginés, si l'on veut, comme événement; mais vrais comme signification de l'amour de Jésus enfant pour Marie. Nous n'en rapporterons qu'un seul, qui a inspiré à TAlbane une de ses toiles le plus suaves, et sur lequel il s'est essayé avec amour plusieurs fois. La Sainte Famille, fatiguée par la chaleur et par la marche, dans sa fuite en Egypte, s'arrête sons un palmier, au pied duquel Joseph s'empresse de faire descendre et asseoir Marie. Marie jetant les yeuv sur la cime du palmier et la voyant couverte de fruits, dit à Joseph : « Je désirerais, s'il était

« possible, avoir un de ces fruits. » Et Joseph de répondre : a Je m'étonne de voire parole lorsque vous « voyez combien sont élevés les rameaux de ce palmier; « pour moi, je suis préoccupé de notre manque d'eau « et je ne sais où m'en procurer. » Alors l'enfant Jésus qui était dans les bras de la Vierge Marie, sa mère, dit au palmier : « Arbre, incline tes rameaux et nourris ma « mère de tes fruits!» Aussitôt, le palmier inclina sa cime jusqu'aux pieds de Marie, on put recueillir les fruits qu'il portait, et tous s'en nourrirent. Et le palmier restait incliné, attendant, pour se relever, l'ordre de Celui à la voix duquel il sétail abaissé. Alors Jésus lui dit : « Relève-loi, palmier, et sois le compagnon de mes « arbres qui sont dans le paradis de mon Père. Et que « de tes racines jaillisse une source pour étancher notre <( soif. » Et aussitôt le palmier se releva, et des sources d'eau très-limpide et d'une fraîcheur extrême jaillirent de ses racines, et la Sainte Famille se désaltéra, — Le lendemain, comme ils partaient, Jésus se tourna vers le palmier, et dit : « Je te l'ai dit, palmier, j'ordonne qu'une « de tes branches soit transportée par mes Anges et soit « plantée dans le paradis de mon Père. Pour te récom- « penser, je veux qu'on dise à tous ceux qui auront « vaincu dans le combat pour la foi : Vous avez mérité « la palme de la victoire. » Comme il parlait ainsi, voici que l'Ange du Seigneur apparut, se tenant sur le palmier, et il prit une des branches, et il s'envola par le milieu du ciel, tenant cette branche i» la main.

N'est-ce pas là une charmante manière de représenter l'amoui- de Jésus pour Maiie sur la terre, comme gage du crédit de Marie auprès de Jésus dans le ciel? Et puis quel louchant symbole de la part de Marie dans la

victoire du chrétien que cette palme élevée h devenir la couronne du vainqueur dans le ciel pour s\Mre abaissée aux pieds de Marie sur la terre! Quelle idée cela ne nous donne-l-il pas de l'élévation de Marie elle-même et des privilèges de son humilité! Il y a dans toute cette charmante légende comme une gracieuse émanation de l'esprit chrétien qui ravit l'âme.

Y. — \j Evangile de l'enfance de Jésus, beaucoup plus ancien que \ Histoire et que Y Evangile de la Na-' licite, touche aux temps apostoliques. Il parait indigne d'attention tant il est tissu de contes ridicules. On pourrait le croire composé, dit Moehler, dans le but de décrier les miracles de Jésus-Christ en les exagérant, si l'époque à laquelle ce livre remonte, l'innocence de l'auteur qui perce dans toutes les pages, et l'effet que l'on sait qu'il faisait sur ses lecteurs n'écartaient une semblable idée.

Cependant dans celte légende même, si on peut et doit rejeter la fable, on ne peut dédaigner l'affabulation, la moralité. Elle est trop remarquable comme croyance populaire à la bénédiction de Dieu en Marie se répandant sur les chrétiens qui y ont recours; comme confiance en la puissance de son crédit et de Fon intercession.

Ainsi la Sainte Famille voyageant, vint dans une ville où se trouvait une malheureuse femme démoniaque dont ont fait le tableau, du reste très-vraisemblable. Marie la vit, dit le récit, et fut touchée de compassion, et aussitôt Satan abandonna celte femme, et il s'enfuit sous la forme d'un jeune homme, en disant : « Mnl- « heur à moi à cause de toi, Marie, et à cause de ton

54 LIVRE m, CHAPITRE III.

c( Fils! y> La honte de celte raalheurense revenue à ellemême, et la reconnaissance de ses parents, sont ensuite très -convenablement racontées.

Une autre femme avait deux enfants, malades tous deux ; l'un mourut et l'autre était près de trépasser ; sa mère le prit dans ses bras et le porta à Marie en versant un torrent de larmes et lui dit : t( 0 ma Maîtresse, viens « à mon secours et aie pitié de moi ! » et elle lui expose son malheur. Marie eut pitié d'elle, lui fît placer son enfant dans le lit où avait dormi Jésus, et l'enfant revint à la vie. Alors la mère dit : « 0 Marie, je connais que la « vertu de Dieu habite en toi, au point que ton Fils « guérit les enfants aussitôt qu'ils l'ont touché. »

Ce n'est pas au moyen âge, c'est au secoiidou âiipreinier siècle qu'on professait une telle conliance dans le miséricordieux secours de Marie. Et qu'on remarque bien tout ce qu'il y a àecotrec/., doctrinalement pai'Hant, dans cette croyance : c'est à cause de son Fils, c'est par son Fils et dans son Fils, que Marie est secourable; c'est lui qui guérit : elle p?'oc ure scu\emen\ la guérison.

Il n'y a pas un seul de ces miracles qui ne porte ce caractère. Ainsi, une femme ayant un fils près de succomber à un mal inexorable, le mène à Marie et la trouve baignant Jésus. Et cette femme dit : « O Marie, « vois mon fils qui souffre cruellement ! » Marie l'entendant lui dit : « Prends un peu de cette eau avec la- « quelle j'ai baigné mon Fils et répands-la sur le tien. » Ainsi Ut la femme, cl son lils, après un profond sommeil, se réveilla complètement guéri. Cette mère, pleine de joie, revint trouver Marie (jui lui dit : a, Jtends f/rdcc à « Dieu (le ce (/uil a guéri ton fils. » Ce polit miracle est des plus expressifs, cuiniiic conliance dans la bonté

et dans le pouvoir de Marie, à qui il suffît de dire pour toute prière : « Vois, mon fils souffre^ » et comme attribution du miracle à la vertu de Jésus et à l'action de Dieu qui seul a guéri l'enfant, et à qui Marie reporte la reconnaissance de ceux à qui elle a procuré le bienfait. Marie n'est là que comme médiatrice auprès du Médiateur Jésus, de qui elle dit à une autre femme qui lui demandait une guérison : « Que la miséricorde du Seigneur Jésus soit sur toi! »

Voilà la dévotion à la Sainte Vierge, dans toute sa pureté doctrinale, établie et pratiquée dès l'aurore du Christianisme. Elle n'est que la suite de celle que nous offre l'Evangile dans la grâce apportée à saint Jean et dans l'hommage si profond d'Elisabeth, puis dans le miracle de Gana si exlraordinairement accordé à la demande de Marie; deux miracles typiques de sa miséricordieuse médiation, l'un de l'ordre spirituel , l'autre de l'ordre temporel : tous deux, écoulements de la grande médiation de la Maternité divine de Marie, qui a guéri la race humaine par l'enfantement du Sauveur.

Il y a dans V Evangile de l" enfance un miracle admirablement symbolique de cette guérison du genre humain par l'Incarnation. Il est raconté qu'une femme noble étant devenue victime de l'Esprit maudit sous la forme d'un serpent qui s'enlaçait autour de son corps, rencontra Marie et le Seigneur Jésus sur son sein. Elle pria la Vierge sainte de lui permettre de porter et d'embrasser le divin Enfant. Marie y consentit, et aussitôt que cette femme eut touché lEnfant, Satan l'abandonna et s'enfuit. — La femme noble, c'est la race humaine que le serpent de l'idolâtrie enlaçait de ses venimeux replis. Dès qu'il lui a été donné de prendre lEnfant du sein de

Marie et de l'embrasser, elle a été délivrée : mais il a fallu que Marie y conseiitH.

C'est celte même médiation secourable de Marie dont les Apocryphes nous font voir le culte passé dans la croyance et dans les mœurs des premiers Chrétiens. Les Apocryphes sont les témoins irrécusables de cette vérité.

Je dis les témoms^ non les fondements. Qu'on ne dise pas, en effet, que nous faisons reposer la dévotion à la Mère de Dieu sur les Apocryphes. Nous avons prévenu cette diiriculté dans ce que nous avons dit précédemment du rôle de ces écrits. Le fondement de la dévotion à Marie, médiatrice des grâces de Jésus, c'est l'Évangile, c'est la Malernilé divine de Marie. Les Apocryphes ne sont que les témoins de l'existence de cette dévotion chez les premiers Chrétiens.

Qu'on ne dise pas non plus que comme témoins ils ne sont pas dignes de foi étant discrédités par les fables dont ils abondent. Nous avons encore prévenu cette difficulté. Docti'inalement ils sont orthodoxes, purs de loute supersiition et exagération : historiquement ils témoignent hautement de la croyance au pouvoir de Marie, du recours à sa divine Maternité pour en recevoir les grAces de Jésus. Il n'importe que les faits particuliers qui son! racontés se soient passés ou non. Ils n'ont rien du reste, en ce qui touche notre sujet, que de trôs-vr.'iisomblable. Ce qui est certain, c'est qu'ils expriment l'idée, la croyance, les mœurs religieuses du temps ; cl c'est tout ce qu'il faut'.

' DariH un lîvnnBllc apocrypiic dos Vali'iilinirna , liriLMiiiucs du commencement dit necond siècle, qui, écarlnnl les fuU» vt se. plaçnnl

Ainsi, le culte de la Vierge Marie, dans la primitive Église, est attesté par les Évangiles apocryphes.

Peintures des Catacombes.

Le culte de la Vierge .Marie est, en second lieu, attesté par les peintures des Catacombes.

Tout le monde a entendu parler des découvertes des Catacombes, et de la science des Marchi et des Rossi à les interpréter. Ces savants archéologues ont été comme les Ctwier de ces couches fossiles du monde chrétien, avec une précision plus incontestable encore que celle que l'illustre géologue a apportée dans l'explication des catacombes de la nature; tout le protestantisme s'en est ému, beaucoup des siens ont été touchés de ces saintes apparitions des premiers siècles, venant témoigner eu faveur de notre foi avec la majesté du martyre subi pour elle, et réduisant au silence de la confusion et du res-

ilans une région purement tnélaph)'8Îque, appauvrissaient la notion de Dieu et de Jésus-Clirist par un système d'émanation dont Jésus-Christ était la dernier produit , et qui devaient par conséquent ne tenir aucun compte de M.irie dont la divine maternité les confondait. On voit cependant qu'ils avaient reçu la plus liante impression louchant cette Vierge sainte, à laquelle ils disent par la bouche de J.'sus : « Tu es « heureuse, Marie, au-dessus de toutes les femme j qui sont sur lu « terre, car tu seras le pleurôme de tous les pleurômes (la plénitude de (i toutes les plénitudes), et la fin de toutes les fins. » Le Livre de la fidèle Sagesse.

Voir pour cet écrit, comme pour les autres Apocryphes que nous avons cités, le Dictionnaire des Apocryphes, publié par l'abbé Mignc.

pect ceux qu'ils n'amenaient pas à la confession de la vérité.

Le protestantisme, d'accord avec le sens humain que le Christianisme est venu réformer, ne voit en général dans l'Évangile que le Christ docteur et réformateur ; un Livre est son seul symbole ; la Parole son seul instrument : un Dieu qui ne parle pas, un Dieu enfant ne lui dit rien. Que si ce Dieu, en cet état, est l'objet de l'adoration, on le souiîre à peine, et que si cette adoration de TEnfant comprend, comme cela doit être, la vénération de la Mère dont il est le fruit et sur laquelle sa divinité se reflète, on s'en scandalise, on crie à l'idolâtrie. En un mot, le protestantisme a de l'éloignement pour Jésus Enfant parce qu'il ne peut l'adorer sans vénérer Marie sa Mère.

Or, il a contre lui l'Évangile, qui produit surtout à nos adorations \Enfanl avec Marie sa Mère. Il n'a pas moins contre lui les idées et les sentiments des premiers Chrétiens, comme nous venons de le voir par le témoignage des Apocryphes,

Les peintures des Catacombes viennent à leur tour témoigner de cette doctrine, que viendront attester plus lumineusement encore les écrits des Pères apostoliques et de leurs successeurs dans leur lutte contre l'hérésie.

Les pointures des (iatacombcs ont produit dans tout le protestantisme un désappointement qu'on n'a pas su dissimuler, et qui prouve l'importance de leur découverte pour le culte de la Mère de Dieu,

Nous allons nous borner J» deu?î ou trois exemples, mais qui seront suffisants.

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