‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 4)Chapitre 7 sur 41 · I. — Dans son grand ouvrage sur les monuments do · texte numérisé non relu

I. — Dans son grand ouvrage sur les monuments do

Tait chrétien primitif, le Père Marchi décrit ainsi la rryple de Marie et de VEnfant Jésus dans les Galacombes de Sainte-Agnès.

« Au-dessus du petit autel de cette crypte, on voit (( une lijrure de la Vierge, à rai-corps ; elle est assise, <* ayant sur ses genoux le divin Enfant. Pour ôter toute <( équivoque, le peintre a gravé à droite et à gauche le '< double monogramme du Christ. La divine Mère étend « les bras pour prier. L'Enfant ne fait pas ce geste pour « marquer la distance infinie qui sépare le Fils de la « Mère. La Mère est une créature, la plus puissante des « créatures, mais seulement par son pouvoir dinter- <( cession et de prière, tandis que le Fils est tout-puis- « sant par lui-même '. «

Le Père Marchi ajoute que cette peinture appartient aux dernières années du second siècle.

Dès le second siècle, le culte de la Mère de Dieu unie à son divin Fils et l'intercédant pour les hommes, était donc reçu parmi les Chrétiens, et s'exprimait par des images. Je dis le Culte, ces peintures en elïet se trouvent dans des chapelles, au-dessus de l'autel même, qui n'était que le tombeau des martyrs, sur lequel on célébrait les Saints Mystères. De sorte qu'on a là tout à la fois le culte de la Vierge, le culte des martyrs, le culte des reliques et celui des images ; en un mol, tout le Ca^ [. tholicisme : la condamnation la plus complète de la Réforme, n'ayant détruit tout cela qu'en s'auforisant de la primitive Église qui revient aujourd'hui la désavouer. — Ces images étaient sans doute secrètes, furtives comme

' Honumenli dette arti Chrhtiane primitive uella Metropoli del Chris- ,tianesimo,it» 152, 157.

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le culte , éclairées seulement par les torches de la proscription et du martyre ; mais elles n'en sont que plus sacrées ; et leurs traces enfumées, rongées, martyres elles-mêmes de la nuit et du temps, n'en expriment que mieux la vénérable antiquité de notre foi.

Des découvertes modernes sont venues jeter un grand jour sur la multiplicité de ces représentations primitives de la Mère de Dieu, avec cette circonstance remarquable que très-souvent on trouve la Yierge seule sans le divin Enfant.

Dans la peinture des Catacombes de Sainte -Agnès dont nous venons de parler, la Yierge est représentée étendant les bras pour prier : lEnfant-Dieu et son monogramme la font connaître. Or un grand nombre d'autres peintures représentent une femme dans la même attitude de prière, mais seule; c'est la même peinture moins l'enfant. L'idée que ce put être la Vierge Marie n'avait pas arrêté d'abord l'altcnlion, et le nom général A'Orantcs avait été donné à ces figures. Cependant plusieurs d'entre elles ayant été trouvées portant écrit, les unes le nom de Mara, les autres celui de Maria, le Père Marcbi y vit des représentations de la Yierge Marie. Ce qui le confirma dans cette pensée, c'est que ces peintures étaient trouvées dans des chapelles où elles faisaient le pendant de la figure de Notre-Seigneur, sous l'emblème du bon Pasteur. M. De llossi ne se rangea pas d'abord à ce senliment, sans toutefois le contredire. Il le soumit à l'épreuve dune longue investigation, el c'est après avoir formé sa conviction par tous les éléments de la crilifjue la plus attentive qu'il a fini par le partager, (ne découverte des plus explicites semblait d'ailleurs réclamer en faveur do cette conclusion : c'est celle

d'une peinture du troisième siècle, semblalde aux précédentes, mais avec cette inscription :

MAniA vinco

MINESTF.n DE TEMPVI.0 GEROSALE < .

Celle-là était bien la Vierge Marie dans son ministère souverain de prière, se préparant dans le temple à devenir elle-même le temple du Saint-Esprit et le tabernacle du Fils de Dieu. Mais les autres Orantes, absolument semblables, sauf l'inscription, poitant même quelquesunes le nom de Maria ou incorrectement Mara, ne sont-elles pas autant de ligures de Marie, autant de témoignages de son culte cbez les premiers Cbrétiens? Voilà ce que la science a conclu par la plus légitime induction.

II. — Mais les magnifiques découvertes de M. le chevalier De'Rossi sont venues produire à nos regards, sous le jour de la plus complète évidence, des témoignages Apostoliques, mêmes, du culte de la Mère de Dieu.

Grâce à la belle entreprise de M. Perret, si parfaitement exécutée par le crayon de M. Savinien Petit, nous avons pu parcourir ici les catacombes romaines du troisième et de la lin du second siècle. Lorsque ces curieux dessins furent soumis à l'Assemblée constituante pour en obtenir le crédit nécessaire à leur publication, nous nous

' Hagioglypta sive Piclurx et Sculpturx sacrx onliquiores explicatr n Joanne l'Heureux, p. 36, édité par M. le comte de TE^calopier. f .1. 4

rappelons l'impression que lit à tous l'image de la Vierge et de l'Enfant-Dieu. Un représentant de la montagne fut frappé du caractère césarien de la figure de l'Enfant, et il dit tout haut qu'il y voyait la preuve de la très-haute antiquité de cette peinture.

Les récentes découvertes de M. De' Rossi ont distancé encore ces grands témoignages. Le cimetière de Domitilla a livré à sa science ses trésors et ses secrets, et, sur ses pas, nous pénétrons dans le premier siècle \ M. Charles Lenormant, revenant de parcourir ces catacombes, nous en a fait, dans le Correspondant, un rapport oîi l'autorité de M. De' Rossi est doublée de la sienne, et où il nous fait partager les impressions que son âme catholique a ressenties dans ce berceau sépulcral de notre foi.

« Avant mon dernier voyage de Rome, dit-il, et sur « la seule inspection des dessins de M. Savinien Petit, (( j'étais déjà convaincu que la peinture chrétienne re- « monte jusqu'aux époques florissantes de l'art romain; « mais à ce moment c'était encore une hardiesse que de « parler des productions du troisième siècle. Aujonr- « d'hui, fort de la conviction parfaitement raisonnée « de M. De' Rossi, et j'oserais dire de nos communes

* Voici rhUlorlque tin ciinelière de Domilillc, TulgairCinent connu sons le nom de Calaroinbes de Sainl-Nérée el Saint-Acliill(^c. Snbinus, frère de VcspaalcD, avail une lillo noniuu'ic Domililla, (|ui fui convertie i\ la fol rlirt5licnno par deux cipilaincs de ses gardes, NiM't^e el Achlllée, tous deux chrt^tlcns. Coux-ci ayant (^l<^ martyrisé», Domililla donna ft l'Éf^llBe tia de seti champH pour y iféposcr leurs corps et creuser un lieu souterrain de sépulture el de réunion à l'usage des chrétiens. Elle lit faire à cet effet une cliapello ornée à l'antique, dans un style de décors et de peinture qtil porte la date Inconleslaiilo de ce temps. C'est dans celle cliapelic (pie m trouvent les peintures dont il va Mre parlé.

l'EINTUltBS DES CATACOMBES. 63

a observations, je ne crains pas d'aflirmer qu'on peut (( refaire toute nne histoire de la peinture clirétienne (c depuis la lin du premier siècle ou le commencement « du second jusqu'au quatrième. Ces vieux tilres de c( noblesse se déroulent avec une évidence incontesc( table. » — « J'avais visité la chambre sépulcrale de « la pyramide de Caïus Cestius la veille du jour où c( M. De'Rossi me conduisit au cimetière de Domitilla; « j'avais donc dans la mémoire, et pour ainsi dire dans « les yeux, l'empreinte toute fraîche d'une décoration « peinte à date certaine, le tombeau pa'ien dont je « parle ayant été construit l'an 32 avant Jésus-Christ. « Quand je me trouvai dans la première salle de la « catacombe, où s'offre à la voûte une figure chrétienne « du bon Pasteur, je ne crus pas avoir changé d'époque, « et pour peu, les deux décorations, celle de la veille « et celle du jour, m'auraient fait l'illusion d'avoir été « tracées par la môme main. « — « Cependant mon « aimable et savant guide ne voulait pas me laisser sons « le coup de cette première émotion, il tenait à l'aug- « menter encore. Après ra'avoir fait voir des ligures du « Christ et des Apôtres, qu'on croirait, sauf le sujet, « enlevées des murs d'Herculanum, ainsi que des sym- « boles évidents des mystères eucharistiques, il me « mena dans une autre chambre où la Vierge, tenant « son divin Fils sur ses genoux, se montre recevant les « présents des Rois Mages. 0 douce et puissante compa- « raison ! Raphaël a certainement vu plusieurs peintures « des catacombes, et il en a profité. Son Adam et Eve « du plafond de la salle délia Signatura au Vatican, se « retrouve presque identiquement au cimetière de Do- « mililla. A son tour, la Vierge de la même catacombe

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t< a la grâce chaste et la souplesse d'une madone de Ra- « phaël. La foi du catholique s'exalte en reconnaissant, « à d'indubitahles preuves, le culte de la Mère de Dieu « établi jusque dans les plus haules époques de la pri- « mitive Église. L'arliste et le savant s'émerveillent de t( l'antiquité dun type dont le moyen âge avait garde « l'empreinte, et que la Renaissance ramena à sa prête mière élégance • . »

Celle émotion si naturelle à l'âme catholique découvrant les traits de ses auteurs, el les assises de sa foi, paraîlrait, dans tout autre, avoir prévenu le jugement. Chez M. Lenormant, elle témoigne la profondeur de la conviction, et en est la plus haute garantie.

Pour ceux, cependant, qui préféreraient une informalion tout au moins plus froide, et môme adverse par le garant dont elle se recommande, nous citerons ce passage du seco7id Rapport de M. Desjardins à Son Exe. M. le Ministre de r Instruction publique et des Cultes, en date du 8 janvier 1857, sur une mission scientifique en Italie. On y verra en même temps la portée de ces découverles par l'émolion qu'elles causent dans le monde prolestant.

« M. Dc'Rossi, dit ce jeune et recommandahie sa- « vaut, dislingue trois cimetières vers la voie Ap- «( pienne, et trois autres vers la voie Ardeatine. Les •< plus curieux, après celui de saint Gallixto, sont ceux M de Domililla du premier siècle, à l'ouest du précé- « dent, et dans lequel les travaux se poursuivent en ce i< monieiil, el de Saint-Prélcxlal au sud-esl et en deçà « de la basilique de Sainl-Sébaslicn. Le cenlrc hislo-

' Corretpouttanl du 2:> l'ÔMlcr 185!).

« rique de la catacomle de Domililla est reconnu. C'est « là que doivent se trouver les sépultures de saint Nérée « et de saint Achillée, et des marlyrs contemporains de « l'Apostolat. Les peintures déjà découvertes otîrent le « plus grand intérêt. II est remarquable que dans les « cimetières retrouvés par M. De' Rossi ligure le portrait « de la Vierge, ce qui semble bien établir que ce culte « remonte aux premiers temps de lÉglise. Les protes- « tants d'Allemagne se sont émus et alarmés de tant de « précieux témoignages religieux découverts par un « savant catbolique dont le travail n'est soumis à aucun c( contrôle. Des attaques directes et parties de très- « baut ont été publiées à Berlin; mais M. Heuzen, le « premier à Rome, quoique appartenant au culte réc< formé, a courageusement élevé la voix ]tour défendre « la probité scientifique de M. De' Rossi, dont le carac- « tère et le dévouement exclusif à la grande cause de la « vérité sont au-dessus de tout soupçon. L'acte coura- « geux de M. Heuzen, acte qui bonore autant son au- « leur que celui qui en est l'objet, n'a d'ailleurs surpria « personne, et ceux qui ont Tbonneur de le connaître « n'attendaient pas moins de lui. Votre Excellence me « pardonnera de saisir avec empressement cette occasion « de lendre ici témoignage au caractère d'un bomme « dont l'Europe connaît déjà le savoir éminent et « auquel, pour ma part, je dois de si importants secours « dans l'accomplissement de la tâcbe qui m'a été « confiée'. »

Voilà les savants et bonorables garants de l'antiquité Apostolique du culte de la Vierge d'après les peintures

• Bcvtic des Sociétés savaiUes, février 1858.

des Catacombes. Ce témoignage vient se joindre à celui des Évangiles apocryphes, pour ne permettre aucun doute sur la vérité historique de ce culte public, suite immédiate de l'Évangile d'où il découle.

Un troisième témoignage vient concourir surabondamment à cette démonstration, celui des Liturgies.

Anciennes Liturgies.

Nous avons déjà fait connaître, par des citations, la place faite à la Vierge Marie dans ces Liturgies. Nous avons abrégé d'autant ce que nous avons à en dire ici.

• I. — Ce ti'oisième témoignage, livré à lui-môme, demanderait une longue étude pour ressortir dans tonte sa force. Mais les deux, témoignages précédents (les Évangiles apocryphes et les peintures des Catacombes) viennent en ({uelque sorte au-devant pour diminuer cette tâche, du moins pour lui prêter fondement.

En effet, dans ces chapelles souterraines des Catacombes, quelles prières, quelles louanges devait-on proférer? quelles mémoires devait-on célél)rer? quel culte, en un mot, quelle liturgie devait-on pratiquer? Évidemmenl, une liturgie qui comprît la louange et l'invocation de Marie, après l'adoration de Jésus-Christ et le culle du Dieu suprême. Les images qu'on y voit encore le disent iiautemenl. Ces images, en ellet, sont lilitrgùpies. Elles rcpi'ésenlent la Vierge Marie dans son ministère de Mère, et en même temps dans une attitude d'intercession, montrant ainsi à la lois le fonde-

ANCIENNES LITURGIES. ftî

ment de son pouvoir et l'usage qu'elle en fait pour nous. Et où sont placées ces images? dans des chapelles, audessus de l'autel môme où se consommait le sacrifice et d'où s'élevaient les prières. Évidemment c'est là toute une liturgie du culte de Marie; liturgie muette qui suppose nécessairement, et même a fortiori, la liturgie parlée et chantée. L'image corporelle, en eftel, e&l un revôlement de la pensée plus sensihle encore que la parole. Que si le culte de vénération pour la Vierge Marie se traduisait par des images, combien plus par des prières et par des vœux ! Ces images supposent donc un culte liturgique d'honneur et d'invocation à la Mère de Dieu.

D'autre part, les Évangiles apocrj'phes nous révèlent les idées et les sentiments qui avaient cours dans la société chrétienne touchant la Mère de Dieu; c'étaient ceux delà louange et de l'invocation. Tout \& Proto-Evangile de saint Jacques, ainsi que {'Histoire et V Evangile de la Nativité, montrent quel culte d'admiration et de louange on nourrissait pour Celle qu'on appelait la Mère de la bénédiction, de qui on disait quelle serait en admiration à tous les siècles à vetiir, et dont on se plaisait à raconter la conception merveilleuse, l'enlance immaculée, la consécration si généreuse au Seigneur, la vie si sainte dans le temple, et le vœu si nouveau de virginité. Et le rapport de ces Evangiles de la Nativité et de la Présentation avec les peintures des Catacombes, u'est-il pas rendu manifeste par ces Orantes portant le nom àe Maria, ou même l'inscription Maria Virgo minister templi Jérusalem? — Pareillement YEvangilede VEnfance nous fait entendre les invocations des premiers Chrétiens à Marie, et nous fait voir, par les miracles

qui y sont racontés, les secours qu'ils en atfcndaienl : « 0 ma Maîtresse, viens à mon secours, et aie pitié de « moi! — 0 Marie, je connais que la vertu de Dieu « habile en toi, au point que ton Fils guérit les enfants « aussitôt qu'ils l'ont touché, w — « 0 Marie, vois mon (c fils qui souffre cruellement, etc., etc. » Tels étaient les sentiments des premiers Chrétiens dans le cours delà vie, et qu'ils devaient porter au pied des autels. Et lorsque, au-dessus de ces autels, nous voyons les représentations de la Yierge Mère, nous y retrouvons ces sentiments dans le culte régulier de leur objet.

Les peinlur.es des Catacombes et les Évangiles apocryphes se rendent ainsi un mutuel témoignage. Les Apocryphes sont le commentaire des peintures, et les peintures sont la consécration des croyances contenues dans les Apocryphes. Dans ceux.-ci nous avons le sentiment public, dans celles-là la formule plastique de leur objet.

Mais entre ce sentiment et cet objet devait se trouver un langage consacré, qui précisât et épurât ces sentiments en les mettant en rapport avec leur objet, et ce langage c'est la Liturgie. Les Apocryphes et les peintures, en se rendant réciproquement témoignage, rendent donc un témoignage connnun à une Liturgie contemporaine, c'est-à-dire Apostolique. Ils l'impliqucnl virtuellement.

(}\\c cette Liturgie Apostolique vienne maintenant à être découverte, et qu'elle nous offre une consonnance parfaite avec les poinluros cl les Apocryphes, nous n'en serons pas étonnés, pas plus qu'on ne l'est de la découverte d'un fait dont rexisicnce était déjà démontrée par le raisonnement, et cette démonstration rationnelle, qui

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