ANCIENNES LITURGIES
aurait pu suppléer celte découverte, lui prête à plus forte raison son appui contre les objeclions intéressées de ceux dont elle blesse les préjugés.
C'est ainsi que les Évangiles apocryphes et les peintures des Catacombes viendraient au besoin prêter appui aux Liturgies Apostoliques en laveur du cuUe de la Mère de Dieu.
II. — Mais ces Liturgies se soutiennent très -bien elles-mêmes. Ce sont les Liturgies connues sous les noms de saint Marc, de saint Jacques ou d'un autre Apôtre, et qui ont toujours été réputées d'origine Apostolique.
La grande objection qu'on élève contre cette antique origine, c'est qu'elles n'ont été fixées par écrit que vers le cinquième siècle. Le fait est vrai, mais la conséquence est fausse. Les mêmes témoignages y en effet, qui prouvent que la Liturgie n'a pas été mise par écrit dans les premiers siècles, prouvent aussi qu'elle a été soigneusement conservée par tradition dans chaque Église. C'était un mystère que l'on voulait cacher aux païens et qui se transmettait par l'usage journalier et commun des lidèles unis aux pasteurs : le plus sûr et le plus infaillible de tous les moyens de conservation, parce qu'il est multiple et un. Il ne faut pas raisonner sur l'authenticité de ces Liturgies comme sur un ouvrage particulier d'un Père ou d'un Apôtre. Apprises par cœur et récitées journellement par les Chrétiens , c'est le monument de la croyance et de la pratique d'une Église entière, ayant l'autorité, non-seulement d'un saint personnage, quel qu'il soit, mais la sanction publique d'une société nombreuse de pasteurs et de fidèles qui s'en est servie con-
stamment. C'est tout un peuple qui, par la forme de son culte et par les expressions de sa piété, rend témoignage de sa croyance sous le feu des persécutions. Qu'importe dès lors la date de leur rédaction par écrit, si précédemment et en remontant jusqu'aux Apôtres on les voit journellement mises en usage par des Églises entières? Les noms de ces Apôtres leur ont été donnés légitimement et témoignent de leur origine Apostolique. Il a été naturel de nommer Liturgie de saint Pierre celle dont on se servait dans l'Église d'Antioche ; Liturgie de saint Marc, celle qui était suivie dans l'Église d'Alexandrie ; Liturgie de saint Jacques, celle de Jérusalem, et ainsi des autres. On ne prétendait pas pour cela que ces divers perso nnages'^les eussent réellement écriles, mais qu'elles venaient d'eux, par tradition, dans' les Églises qu'ils avaient fondées.
Ce qui est certain, c'est que la vérité de cette origine et la fidélité de cette tradition se trouvèrent attestées à l'époque de leur rédaction de deux façons : matériellement et moralement. Matériellement, parla conformité qui se trouva pour le fond entre ces Liturgies des dilïérentes Églises du monde; moralement, par la notoriété incontestée alors de leur origine Apostolique. Et quel témoignage plus décisif de celte notoriété que ces paroles du pape saint (]élestin, écrivant, en l'an 428, aux Eglises (les Gaules : « Faisons attention au sens des prières sait cerdotalesqui, reçues par tradition des Apôtres dans a tout le monde, sont d'un usage uniforme dans toute « l'Église (catholique, et par la manière dont nous de- « vous prier, apprenez ce que nous devons croire'. »
» Hocuell de D. Couslaiil, Epint., 1)r>, 217, ilf.
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Maintenant, dans ces Liturgies, dont TApostolicité est ainsi établie, nous trouvons des commémorations de la Sainte Vierge d'une admirable conformité avec les peintures liturgiques des Catacombes, et avec les sentiments de vénération et de confiance envers Marie qui respirent dans les Apocryphes : « De nouveau et encore de nou- « veau, y est-il dit, faisons mémoire de la vraiment « bienheureuse et préconisée par toutes les générations a de la terre, sainte, bénie, toujours Vierge Marie « Mère de Dieu. )> — « Souvenez-vous d'Elle , Sei- « gneur Dieu, et par ses prières pures et saintes, parte donnez-nous, ayez pitié de nous, exaucez-nous. » « — « Bénie soit Marie et béni soit le Fruit qui d'elle « est sorti. » — « Par les prières de la Mère de la «t Vie , Mère de Dieu , Marie , et celles de tous les « Saints, etc. '. »
HT. — Mais une objection subsidiaire se produit ici et mérite que nous l'examinions.
Il est vrai, dit-on, nous lisons ces témoignages du culte de la Mère de Dieu dans les Liturgies dont vous parlez. Ces Liturgies, il est vrai encore, peuvent, doivent môme être considérées comme primitives, apostoliques. Mais n'a-t-on pas pu, n'a-t-on pas dû très-légitimement, et sans altération, y interpoler, de temps en temps, quelques termes destinés à professer nettement la foi de l'Église contre les hérétiques ? L'hérésie Nestorienne, vaincue au concile d'Éphèse, n'a-t-elle pas dû notam-
1 Voir pour ces citations et les antres noire Exposition liturgique cl-d«8SU8, t. 1, p. Ctil.
ment donner lieu à ces professions de foi liturgiques de dates postérieures touchant le dogme de la Maternité divine de Marie, et n'est-ce pas de celte source que sont venues se joindre et se mêler au fleuve apostolique ces glorifications de la Mère de Dieu?
Nous avouons la vérité du fait qui sert de base à cette observation ; mais nous nions sa portée contre le témoignage liturgique du culte primitif de la Sainte Vierge. Le titre de Mère de Dieu donné à Marie ne date pas du concile d'Éphèse : on le trouve avec la plus grande ert'iision de louange, nous le verrons, dans les écrits des Pères antérieurs au cinquième siècle , de saint Jean Chrysostome, de saint Épiphane, de saint Éphrem, de saint Athanase et d'autres. On sait aussi que Julien l'Apostat faisait un grief aux Chrétiens d'appeler sans cesse ainsi la Mère de Jésus: Vos Mariam Deiparam vocare non cessatis ; et enfin le soulèvement de toul le peuple quand un disciple de Nestorius contesta pour la première fois la légitimité de ce titre, prouve que la dévotion publique en était en possession. La présence de cette glorieuse appellation dans les Liturgies Apostoliques, peut donc très-bien soutenir son antiquité par rapport au concile d'Éphèse. Néanmoins, je conviens que, pour protester contre l'hérésie Nestorienne, il est probable qu'à l'époque de ce concile on a formulé plus nettement et plus fréquemment dans les Liturgies le dogme de la divine Maternité. Mais c'est là tout. En conclure que tout ce qui est mémoire, éloge, invocation de la Vierge Marie, dans ces Liturgies, date également de là est tellement abusif, tellement contraire au contexte général des Liturgies, aux autres témoignages du culte primitif de Marie que nous avons fait ressortir, et à ceu.x;
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plus importants encore que nous réservons pour le prochain chapitre, que cela ne peut se soutenir.
Du reste, nous avons un argument qui tranche la dilliculté. C'est celui qui est tiré de la Liturgie des Nestoricns eux-mêmes, contre lesquels on aurait introduit dit-on, la louange et l'invocation de Marie dans les Liturgies Apostoliques. Il est certain que les Nestoriens n'ont pas pu inscrire leur propre condamnation dans leur liturgie, et qu'ainsi le litre de Mère de Dieu \{\j est pas donné à Marie ou qu'il en a été retiré ; et cela prouve qu'ils sont bien séparés de l'Église sur ce point. Que si, néanmoins, sauf cette appellation, ils ont conservé tout ce qui 'constitue le culte de Marie dans la Liturgie Apostolique, la dilliculté tirée de l'interpolation de ce culte après le concile d'Éphèse tombe devant ce fait. Or dans leur Liturgie, qu'ils appellent des Bienheureux Apôtres, les Nestoriens ont continué à honorer Marie d'un culte d'invocation des plus fervents : « Mère de Notre-Sei- « gneur, y dit le prêtre, priez pour moi le Fils unique c( qui est né de vous, pour qu'il me remette mes man- « quements et mes péchés, et qu'il reçoive de mes mains « débiles et pécheresses ce sacrifice que ma faiblesse « offre sur cet autel par votre intercession pour moi, « Mère Sainte' ! » Et dans leurs livres de prières, ils ont des hymnes nombreux à la Mère du Christ. Tant il est vrai, en principe, que « tout ce que l'on a dit de « plus outré, comme parle Bayle, louchant Marie, coule « naturellement, même de la seule qualité de Mère de « Jésus-Christ, comme le voulait Neslorius! » Tant il
■* UiiNAUDor, Cummentarinvi ad Lilurgiam Çopticam, p. 235, t. Iir lie ta oollectioii dis Lilurt^ics Orienlales.
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est vrai, en fait, que ce culte de Marie, antérieur au concile d'Éphèse et maintenu chez les Nestoriens malgré la profonde scission qui les a retranchés de l'Église, trouve, dans cette scission même, à l'épreuve de laquelle il a résisté, le plus fort témoignage de l'antiquité Apostolique à laquelle hérétiques et orthodoxes le font remonter !
Ainsi le témoignage Liturgique se soutient tout seul. Il reçoit néanmoins, du double témoignage des peintures des Catacombes et des Évangiles apocryphes, un appui qu'il leur rend, pour composer un triple et indestructible témoignage historique de l'Antiquité primitive et Apostolique du culte de la Mère de Dieu.
Mais nous avons à dérouler un titre plus victorieux encore, celui des écrits et des combats de l'Église des trois premiers siècles, et de la glorieuse part que la Vierge Marie a prise au laborieux enfantement de notre foi.
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