‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 11 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

Un culte d'honneur est dû à la Très-Sainte Vierge en commun avec tous les Saints.

I. — Comme nous l'avons posé dans le précédent paragraphe, il n'y a qu'un culte religieux, c'est le culte d'adoration, c'est-à-dire de sujétion, rendu à l'Etre nécessaire pour lui-même, comme Principe de l'existence et de tous les biens de la nature et de la grâce que nous lui devons. Ce même culte est dû, par conséquent, à la personne et à la personne entière de Jésus-Christ, comme étant, avec son Père et le Saint-Esprit, ce Dieu unique, ce Principe; selon que lui-même l'a déclaré : Je suis le Principe^.

Mais, en dehors de la Trinité de Dieu, à qui un tel culte pourrait-il s'adresser sans idolâtrie? Evidemment à nul être, parce que nul être que Dieu n'est nécessaire, nul être que Lui n'a droit à notre sujétion.

Il suit de là que le culte de Dieu, Père, Fils et Saint- Esprit, épuise tout culte religieux proprement dit. Gela n'est pas douteux. Nous donnons acte à qui voudra de cette doctrine, et nous prétendons la professer dans toutes ses conséquences.

Quel est donc le culte que nous rendons à la Vierge et aux Saints?

Il n'y a qu'une voix dans toute l'Église pour répondre par la bouche de Bossuet : « Nous honorons les Saints et

rabis deum alienum ? Aut si non adorant, fateantur, et finis est, ne quem sub religionis nominis professione decipiant. S. Ambros., de Fuie. 1 Jean, vin, 25.

« la Bienheureuse Vierge, non par un culte de servitude « et de sujétion (car nous sommes libres pour tout au- « tre, et ne sommes assujettis qu'à Dieu seul dans « l'ordre de la religion), mais nous les honorons, dit a saint Ambroise, d'un honneur de charité et de société « fraternelle. Honoramus eos charitate^ non servitute, « comme dit encore saint Augustin '. »

On sait si peu en dehors du Christianisme ce que c'est que le respect et que la charité, on a tellement perdu le sens de ces deux grands sentiments chrétiens, et on sait si peu aussi les concilier avec une digne et juste liberté, qu'on est toujours porté à les prendre pour de l'adoration et de la servitude, et qu'on ne voit d'autre parti que de les refuser et de les supprimer, faute de savoir les ressentir et les rendre. De là cette disposition chagrine et jalouse qui voit de Tidolàtrie partout, jusque dans le plus simple hommage, qui sait encore moins jusqu'où peut aller l'hommage sans tomber le moins du monde dans l'adoration, et qui, pour vouloir éviter l'idolâtrie, tombe à chaque instant dans l'impiété.

Qu'on le sache donc bien, tout ce culte que nous rendons à la Vierge, aux. Anges et aux Saints, n'est qu'un honneur de charité et de société fraternelle^ de la même nature que celui dont les fidèles chrétiens se préviennent les uns les autres dans leur commerce icibas.

Qu'on ne se récrie pas ; c'est la doctrine et la. pratique constante de l'Église : « Nous honorons les mar- « tyrs dans le même esprit de charité et de société « fraternelle que nous honorons les amis de Dieu vi-

1 Bossuet, Sermon sur la dévotion à /a Sainte Vierge.

« vant encore ici-bas^ » dit saint Augustin ' ; et Suarez , à l'appui du même sentiment , que professent unanimement tous les docteurs, cite ce passage de la lettre du pape Adrien à Constantin, qui se trouve au deuxième acte du septième synode : « De quel culte « honorons-nous les Saints? Assurément d'aucun autre « que de celui dont nous nous préveno7is les uns les « autres^ par des marques de déférence et de respect'^. » C'est à cela que se réduit tout le culte des Saints et de la Vierge.

IL — Pour le comprendre, remarquons bien deux choses qu'il ne faut pas confondre : Vordre de Thonneur que nous rendons à la Yierge et aux Saints; et le degré dans cet ordre. Nous ne nous occupons d'abord ici que de préciser l'ordre de cet honneur, c'est-à-dire ce qu'il a de commun à la Vierge et aux Saints.

Eh bien, ce qu'il a de commun, ce qui le caractérise, c'est qu'il n'a rien de commun avec ce qui caractérise le culte divin.

Ce qui caractérise le culte divin, c'est que c'est un culte de dépendance nécessaire rendu à l'Etre Souverain pour lui-même. Ce qui caractérise le culte de la Vierge et des Saints, c'est que ce n'est pas un culte de dépendance, et qu'il ne leur est pas rendu pour euxmêmes : c'est un culte d'honneur fraternel, qui leur est rendu pour Dieu et pour Jésus-Christ.

D'où il faut conclure deux choses : i" qu'on peut ac-

1 Contra Faust. ,\ih. XX, c. xxni.

2 Suarez in 3 part. Disp. 52, eecl. 2.

quitter ce culte sans idolâtrie ; 2" qu'on ne peut le refuser sans impiété.

Expliquons bien tout ceci : les développements en sont aussi beaux qu'ils sont utiles.

L'adoration est tout autre chose que le simple honneur. Honorer, c'est marquer l'estime plus ou moins grande que l'on fait du mérite d'une personne ; adorer , c'est ajouter à cette marque d'estime une profonde soU' mission.

Toute adoration renferme donc un honneur; mais tout honneur ne renferme pas une adoration : cette remarque est de saint Augustin : Honorât omnis qui adorat, non autem odorat omnis qui honorât '.

Et ceci, comme on le voit, est une affaire de principe, non de degré. Quelque grande que soit l'estime que je fais d'une personne, et quelque grand que soit l'honneur qu'en cela je lui rends, je ne fais pas acte de sujétion envers elle. On peut honorer un égal, même un inférieur. Honorez toutes sortes de personnes, dit saint Pierre'*. Prévenez-vous les uns les autres par des témoignages d'honneur et de déférence, dit saint PauP. Honneur et gloire à tout homme qui fait le bien, dit le même apôtre*. Il n'est pas jusqu'à Dieu qui ne puisse honorer. Il honore ses Saints : Si quelquuyi me sert, dit Jésus-Christ, mon Père l'honorera^. Vous nous traitez, ô Dieu, avec une grande révérence, dit le Sage*; et le

1 Serin, conlr. Arian.. lib. III. cap. \\\n. « 1'* Épîlre, u, 17.

» Rom., XII, 10.

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