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contre le culte de la Sainte Vierge, il faut s'inscrire contre tout honneur rendu à la créature naturelle en vue du Créateur, contre tout honneur rendu à la créature régénérée en vue de son Sauveur, contre tout honneur rendu à la créature glorifiée en vue de son Rémunérateur, et priver Dieu de tout cet honneur qui lui revient de ses ouvrages créés, régénérés et glorifiés, et pour lequel seulement il les a faits; en un mot il faut faire taire le Magnificat universel de la création, depuis l'insecte qui le bruit sous Therbc, jusqu'à la Vierge auguste qui le chante au-dessus des Séraphins.
Du culte dû à la Très-Sainte Vierge en ce qui la distingue des autres Saints et de toutes les créatures.
I. — Cet honneur commun rendu à la créature en vue du Créateur doit être en raison de l'excellence dont il l'a douée, excellence qui est elle-même en raison de son rapport avec Lui.
De là, dans l'honneur commun que nous rendons aux créatures, divers degrés mesurés sur la grandeur qu'elles tirent de leur rapport avec Dieu.
Ainsi, plus dignes d'honneur sont les créatures élevées à l'ordre de la grâce que celles qui sont restées dans l'ordre de la nature, et plus dignes d'honneur celles qui sont élevées à l'ordre de la gloire que celles qui sont encore dans l'ordre de la grâce ; parce que plus immédiat et plus vivant est le rapport qui les unit à la Souveraine Excellence.
Et dans chacun de ces ordres principaux, de nature,
de grâce el de gloire, sont divers degrés, sur lesquels, d'après le même principe, doit encore se graduer l'honneur commun. Ainsi l'homme fait à l'image de Dieu a été couronné d'honneur et de gloire entre tous les ouvrages de la nature ; le chrétien élevé à la dignité d'enfant de Dieu est plus consacré entre les hommes à raison des grâces quil a reçues et de sa fidélité à leur faire porter des fruits de vertu et de sainteté; les Saints et les Anges, transférés ou crées dans la gloire de Dieu, occupent des trônes de béatitude et de splendeur dont la hiérarchie va s'élevant à raison de leur rapprochement du Roi de gloire Jésus-Christ, par la prédestination, la sainteté et le ministère qui les rattachent à ce divin Chef.
De ces prémisses je conclus que s'il est un être que Dieu ait manifestement élevé au-dessus de tous les autres, par un rapport de nature, de grâce et de gloire avec Lui qui épuise en quelque sorte tout ce qu'il peut faire à une simple créature, cet être merveilleux devra être l'objet d'un culte qui épuise tout honneur fini et relatif.
Telle est la Très-Sainte Vierge.
Ici se pressent toutes les raisons, toutes les considérations, toutes les vues que nous avons déployées dans les deux, premiers traités de cet ouvrage, et qui ne sont que quelcpies pâles rayons de la gloire que nous avons voulu célébrer. Concentrons-les dans un rapide aperçu.
II. — Elles se résument toutes dans cette parole que Dieu lui-même a fait entendre par la bouche de Celle à qui elle s'applique : Fecit mihi Magna qui Polens est.
Magna. . . Polens. . . Dieu m'a fait des choses si grandes
que leur nom est « grandes, » Magna, et que leur mesure est le Tout-Puissant, quiPotens est; et le Tout-Puissanl y déployant toute la force de son bras, fecit Potentiam mBrachio suu.
Quelle incommensurable idée ces étonnantes paroles ne nous donnent- elles pas de la grandeur de Marie !
Et cependant que sont-elles, que seraient toutes les qualifications, toutes les expressions de la langue la plus hyperbolique et la plus enthousiaste que des bégaiements et des balbutiements, auprès de la simple réalité?
Supposons, en effet, que vous ne sachiez pas quel est cet honneur que Dieu a fait à Marie. Je vous le donne à concevoir. Bâtissez sur ce Magna et sur ce Potens toutes les conjectures, toutes les hyphotbèscs de l'imagination la plus inventive et la plus hardie ; accumulez grandeur sur grandeur, privilège sur privilège ; partant des plus riches créations de la nature , parcourez , traversez tous les degrés de la grâce et de la gloire, les Saints, les Confesseurs, les Martyrs, les iVpôtres, les Prophètes, les Patriarches ; montez par delà tous les Anges, tous les Chérubins, tous les Sérapliins, tous les Trônes, toutes les Vertus, toutes les Puissances ; de toutes ces grandeurs créées, de toutes ces excellences et de toutes ces dignités, composez une seule grandeur et une seule dignité : à quelle distance serez-vous encore de k grandeur et de la dignité de Marie ? A une distance inexprimable.
Mais enfin, me direz-vous, de quoi s'agit-il? Marie est-elle ou n'est-elle pas une créature ?
Oui, Marie est une créature, et qui plus est la plus humble de toutes les créatures, mais une créature qui, pour cela même, est, entendez-le bien, la Mè&e du
Chéatecr DE Dieu. Voila sa dignité. Mesurez-la si
vous le pouvez.
Saint Paul, voulant exprimer la grandeur de Jésus- Christ, dit de lui qu'iV est autant élevé au-dessits des Anges que le nom quil a reçu est plus excellent que le leur. Car^ ajoute- t-il, qui est IWnge à qui Dieu ait jamais dit : Votis êtes mon Fils ? — Et qui est l'Ange aussi à qui Dieu ait dit : Vous êtes ma Mère? — Mère, dès lors, autant élevée au-dessus des Anges que ce nom est plus excellent que le leur. Et combien en effet ne doitelle pas voir tous les chœurs des Anges s'incliner devant elle dans la gloire, Celle qui, dans sa mortalité et avant sa maternité même, a reçu leurs hommages dans TArchange député de Dieu !
Et qu'on ne murmure pas ici le mot d'exagération, Ion est chrétien; car Marie est Mère de Dieu aussi iii que son Fils est Dieu.
Sans doute, et c'est ici le caractère distinctif qui sauve la grandeur de Marie de tout péril didolâtrie, c'est par grâce qu'elle est Mère de Dieu et non par nature ; par la grâce de l'abaissement du Fils de Dieu dans son sein: mais grâce dont le propre est d'unir proportionnellement son sujet à son Auteur, anéantissement dont l'effet est d'élever proportionnellement à Dieu tout ce à quoi il s'abaisse.
Ainsi, au-dessus de Marie, l'humanité qu'elle a fournie au Verbe a contracté avec Lui une suprême union qui va jusqu'à rendre cette humanité adorable. Le même anéantissement qui fait le Dieu homme fait l'honmie Dieu en Jésus-Christ.
Aucune union, sans doute, n'est comparable à cette première union; parce qu'elle est /7erso««e//e, et que
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comme c'est la personne entière qui reçoit l'honneur, l'adoration qui est due au Fils de Dieu comprend la nature humaine qu'il s'est perso7i7iifiée . Rien de pareil dans la Sainte Vierge, parce qu'elle n'est pas personnifiée à Jésus-Christ.
Mais si, pour ce motif, elle n'est pas adorable, elle est honorable pour le motif de l'union que la grâce de sa Maternité lui a fait contracter avec son Fils, et dans la rigoureuse proportion de cette union.
Cette union est la seconde, comme venant immédiatement après celle de l'humanité à la Divinité en Jésus- Christ. Mais elle est la première entre toutes celles qui viennent ensuite, qui rattachent les membres vivants de Jésus-Christ à ce divin Chef et constituent le corps universel de l'Église. Et qu'elle leur est supérieure! qu'elle est sublime et incomparable! Car enfin, remarquez-le bien, et ceci est rigoureusement logique, la maternité fait de la mère et de son fruit une seule chair, laquelle est autant, ce semble, la chair de la mère que la chair de l'enfant : non pas absolument sans doute, parce que la personne de l'enfant s'approprie dans la chair de la mère une chair qu'il fait sienne, et que celle-là fournit et nourrit; mais quelle communion de vie que celle qui va jusqu'à un môme sang, une même pulsation, un même souftle! Si bien qu'on a pu dire que la maternité de Marie n'était guère moins unie à l'humanité de son divin Fils que celle-ci l'était à la divinité, et que saint Thomas, toujours si mesuré, a dit que, par l'opération de sa maternité, Marie confine en quelque sorte à la Divinité : Sua operatione fines Divi7iitalis propinquiiis attingit *.
» Div. Tliom., I part. 9, 25, a h.
Dirait-on que c'est attribuer à un état physique des effets spirituels et moraux qu'il ne comporte pas ; que c'est par l'âme, par l'esprit, par la sainteté que nous sommes unis à Dieu, et que tout cela n'a rien à voir avec une connexion purement charnelle ?
Je demande pardon à ceux d'entre les chrétiens à qui je peux prêter une pareille objection, tant elle suppose d'irréflexion ou d'ignorance. Le seul mot Incarnation la fait disparaître. Pourquoi Dieu s'est-il fait chair si ce n'est parce que, par sa chair ^ il devait nous faire esprit? La chair, l'humanité du Verbe est donc le lien qui nous unit à sa divinité , et Marie était par conséquent unie à la Divinité dans la proportion où elle était unie à l'humanité de son divin Fils.
Et puis, oublierait-on que cette humanité était ellemême formée du Saint-Esprit en Marie ; que la maternité de Marie était sainte, virginale, divine; qu'elle était l'effet de la vertu du Très-Haut et de la coopération de Marie elle-même , de sa foi , de sa charité , de son humilité, de sa sainteté en un mot, dont la plénitude lui avait déjà valu les hommages du Ciel même?
C'est au naturel sans doute que Marie est la Mère de Jésus , que le Fils de Dieu est son Fils; mais naturel qui a été l'effet, en elle, d'une opération surnaturelle, pour être le principe de cette divine opération dans le monde, à commencer par elle qui , la première , par anticipation et d'une manière incomparable , en a reçu la grâce dans son intégralité.
Marie , en un mot , est la Fille de Dieu dans la proportion où elle est sa Mère; elle a été comblée de la grâce dans toute la plénitude qui était nécessaire pour en enfanter l'Auteur. Elle a été revêtue de Lui comme
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elle l'a revêtu ; et c'est ainsi qu'elle nous est montrée dans la vision de Pathmos : Amicta sole ^ vêtue du soleil.
Ainsi dans cette dignité unique de Mère de Dieu se trouve comprise et nous devons honorer à un égal degré celle de Fille de Dieu.
Celle ^'Epouse de Dieu en sort aussi nécessairement et à double titre : en premier lieu, parce que la Vertu du Très-Haut qui l'a rendue Mère du Verbe est la même que celle qui engendre ce Verbe dans les profondeurs de la céleste Paternité , et qui , par Marie , se l'est donné pour Fils dans le temps comme elle l'avait pour Fils dans l'éternité ; en second lieu , parce que , avec Jésus-Christ comme Premier-né ^ le Père s'est donné par Marie tous les hommes rachetés pour enfants.
Dans sa divine Maternité , Marie s'offre encore à nos hommages comme le Sanctuaire du Saint-Esprit, puisque c'est eu elle, comme dans le vivant atelier, si j'ose ainsi dire, de ses opérations, que Dieu a ouvré l'Œuvre de ses œuvres, en vue duquel il a tiré celles-ci du néant et nous a prédestinés à sa gloire ; ce qui fait de Marie, coopérant à ce grand ouvrage, la Mère des élus et la cause seconde de la création.
Enfin , à ces grands titres de Marie à notre culte , il faut joindre ceux de Rehie^ Reine des Anges et des Saints; spécialement des Patriarches, des Prophètes, des Apôtres, des Martyrs, des Vierges, des Confesseurs , des Docteurs , de chaque Ordre de sainteté qui a fleuri et qui fleurira à jamais dans l'Église; Reine et Mère de l'Eglise, Reine et Dame des royaumes, de toutes les créatures et de l'univers. Titres qui sont aussi solides qu'ils sont glorieux , comme ces simples
CULTE PARTICULIFR DU A LA SAINTE VIERGE. 7o
raisonnements, développés ailleurs, suffisent à le démontrer :
D'une manière générale, Marie est Reine, parce qu'elle est la Mère du Roi , la Fille du Roi , l'Épouse du Roi , le Trône et le Pavillon du Roi. Et d'autant plus Reine à tous ces titres, que c'est au Fiat de sa foi et de son humilité que le Fils de Dieu a voulu devoir cette Royauté: et qu'elle a partagé avec Lui tous les travaux, tous les combats, toutes les souffrances par lesquels il l'a conquise.
D'une manière particulière, Marie est Reine des Anges et des Saints , parce que toutes les grâces , toutes les gloires dans lesquelles les Anges ont été créés et les Saints édifiés ont eu leur plénitude en Marie comme dans leur Océan ; puisqu'elles y ont été dans leur Auteur Jésus, et jusqu'à la production humaine de leur Auteur.
D'une manière spéciale , Marie est la Reine de chaque Hiérarchie angélique et de chaque Ordre de sainteté, parce que, dans cette plénitude de grâce dont elle a été semblée, Marie a reçu toutes les grâces spéciales qui la constituent la Première dans chacun de ces Ordres et dans chacune de ces Hiérarchies : et que c'est par elle que ces grâces ont passé et qu'elles passent toutes dans leurs rayonnements et leurs applications.
Marie est Reine et Mère de l'Eglise : la première elle a été l'Église au pied de la Croix et dans tout le cours de la vie de sou divin Fils; parce que la première elle en a gardé et repassé dans son cœur tous les mystères ; la première elle a été le ministre de ses grâces spirituelles et temporelles ; la première elle a enfanté les chrétiens, l'Église même, qui ne fait que réaliser dans le cours des siècles l'œuvre de sa Maternité , et qui la couronne des étoiles de l'Apostolat.
Marie enfin est Reine et Dame de tous les royaumes, de toutes les créatures et de l'univers, soit toujours parce qu'elle est la Mère de leur Créateur, de Celui qui tient du plus haut des ci eux les rênes de tous les empires , du Roi par qui toutes choses vivent ; soit parce que tout l'ordre de la nature, n'ayant été fait et n'étant mû que pour l'ordre de la grâce et de la gloire, est une dépendance de sa Souveraineté, et se courbe sous ses pieds comme le croissant de la lune.
Ainsi donc Mère, Fille, Epouse du Très-Haut, Sanctuaire de ses opérations; Reine des Anges et des Saints; Reine et Mère de l'Eglise ; Reine et Dame du ciel et de la terre. Que de grandeurs ! Que de gloires! Quels honneurs ne lui sont pas dus et qui peut en calculer la portée , puisqu'elle doit être celle de ces gloires mêmes et de ces grandeurs ! ! !
A cette vue, nous ne pouvons nous défendre d'un tressaillement d'enthousiasme. Marie elle-même, dans l'abîme de son humilité, l'a ressenti, exsultavit, et l'a communiqué au monde qui , de génération en génération, la redit Bienheureuse, et la glorifie dans le Seigneur.
Ce n'est pas que dans cette juste exaltation nous rabattions rien de ce que nous avons dit précédemment, savoir que les honneurs dus à Marie ne doivent pas être d'un autre ordre que ceux que nous rendons aux Anges et aux Saints, et même aux fidèles vivant sur la terre ; mais ce sont ces honneurs à la plus haute puissance : ce qu'il faut reconnaître , à moins de nier deux choses dont l'évidence a été posée , l'une qu'un honneur est dû à la créature en vue du Créateur, aux fidèles et aux saints en vue de Jésus-Christ ; l'autre que cet honneur doit être
mesuré sur son principe, qui est Texcellence que la créature tire de son rapport avec Dieu.
Le rapport de Marie avec Dieu prime tous les rapports religieux des autres créatures ; son culte doit donc primer également tout culte secondaire et inférieur à celui de Dieu.
Il faut même dire que ce rapport de Mère de Dieu et tout ce qu'il contient est tellement spécial et hors ligne, il est non-seulement tellement au-dessus, mais tellement à part, que le culte qui lui est dû doit être un culte unique comme sa dignité.
Dans cette distance infinie qui reste encore et qui restera toujours entre la créature la plus élevée et le Créateur, Marie occupe une place si sublime, qu'elle est moins la première que la seule : « Plus distante, a dit Gerson , en dignité et en gloire du Séraphin « que celui-ci ne l'est du Chérubin et de toute la « milice céleste , elle constitue à elle seule une hié- « rarchie qui est immédiatement la seconde au-des- « sous de la Trinité du Dieu suprême. » Virgo sola constituât hierarchiam secundam sub Deo trino et uno hierarchiâ summâ : Plus enim distat Virgo à Seraphiin in dignitate et gloriâ quam Seraphim à Chenibim ',
Voilà ce qu'il faut reconnaître comme la conséquence logique de l'éminente, de l'incomparable et incalculable dignité de Mère de Dieu.