‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 17 sur 43 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RÉSUMÉ DE CETTE PREMIÈRE EXPOSITION. — CONCLUSION EN RÉPONSE A UNE VIEILLE ATTAQUE RENOUVELÉE DE NOS JOURS.

Nous croyons avoir établi la parfaite rationalité du culte de la Très-Sainte Vierge, en exposant ses vrais caractères et en redressant toutes les fausses vues qui ont cours à ce sujet. Le système chrétien étant posé, ce culte s'en déduit si logiquement, il réalise si excellemment les principes qui s'y trouvent contenus, il satisfait si complètement les conceptions qui en résultent, il fait rendre, pour ainsi parler, à la doctrine chrétienne des accords si purs, si pleins, si consonnants; il relie en un mot si parfaitement tous les membres du système, que la vérité générale du Christianisme y trouve une de ses manifestations les plus saisissantes, et l'erreur de l'hérésie une de ses plus accablantes condamnations,

La donnée générale, aussi belle que rigoureuse, sur laquelle repose cette exposition, c'est que la créature, par la même Révélation qui l'a dépouillée du culte d'adoration dont elle étaill'objet, a été entourée d'un culte (ïhonneur qui, en la glorifiant, l'assujettit à Dieu, pour lequel ce culte lui est rendu, comme à l'Auteur de son être, de son ennoblissement et de sa gloire; que par conséquent ce culte préserve de l'idolâtrie loin d'y exposer, et que le refuser c'est refuser à Dieu la gloire qui

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Lui revient de ses ouvrages, c'est livrer ceux-ci à tous les égarements mutuels que provoquent leurs attraits, c'est rouvrir à deux battants la porte de l'idolâtrie.

La conséquence non moins rigoureuse de cette première donnée, c'est que, si toute créature doit être honorée comme l'ouvrage et l'image du Créateur, elle doit l'être proportionnellement à ce rapport avec Dieu et à l'excellence qu'elle en tire. Conséquence qui se voit déjà dans l'ordre de la nature, où Ihomme a été couronné d'honneur et de gloire au-dessus de tous les ouvrages de Dieu comme fait à sa ressemblance ; conséquence qui doit se poursuivre dans l'ordre de la grâce et de la gloire, où le Chrétien doit être honoré à proportion de son rapport de grâce et de sainteté avec Jésus- Christ, comme refait à cette image incarnée de Dieu lui-même.

De là, entre tous les Chrétiens, un honneur commun et proportionnel dont le culte est le corollaire de celui de Jésus-Christ, et qui est d'autant plus légitime, d'autant plus sacré que l'union de grâce et de gloire qui les associe à ce divin Chef est plus merveilleuse et qu'elle va jusqu'à ne faire avec Lui qu'un seul corps, jusqu'à les rendre participants de sa divinité comme il s'est rendu participant de notre humanité. Et cela sans le moindre péril de confusion avec Lui, avec d'autant plus, même, de distinction et de dépendance, parce que plus est élevé l'honneur de cette union, plus il tourne à la gloire de Dieu et s'éloigne de l'idolâtrie, élant fondé sur la grâce plus grande que Dieu a faite à sa créature et sur la fidélité plus absolue avec laquelle celle-ci s'est sacrifiée à son senice et à son amour. Enfin ce culte d'honneur étant aussi un culte de charité trouve dans ce caractère

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une nouvelle raison qui découle, jusqu'à l'équipollence, (lu grand commandement d'aimer Dieu de tout nol)'e cœur; puisque, pour l'aimer ainsi, il faut l'aimer dans nos frères, à proportion c|u'il y habile lui-même par ses dons. Sur cette base commune de culte d'honneur et de charité que se doivent réciproquement les Chrétiens, présentant une diversité infinie de hiérarchies solidaires, dont toutes ont pour garant la juste rétribution de ce qui est dû à chacune, s'élève le culte de la Très-Sainte Vierge ; culte qu'on ne peut refuser ou diminuer sans attenter à la destinée chrétienne tout entière dont Marie est la plus haute personnification ; culte qui glorifie en elle notre race, puiscju'elle est notre sœur en Adam et notre Mère en Jésus-Christ; culte qui, par cela même qu'il est dû, est dû dans toute sa mesure, qui est d'être sans mesure, puisqu'il a pour objet une dignité dont Dieu même est la proportion, Tincommensurable dignité de Mère de Dieu; culte qui néanmoins ne peut, en cela, tomber dans l'excès, parce qu'il ne fait qu'épuiser sa nature qui est le simple honneur, sans adoration, sans sujétion ; culte qui non-seulement ne peut ainsi jamais faire ombrage à celui de Dieu, mais glorifie Dieu plus qu'il ne l'est dans tous ses autres ouvrages ; puisque Marie est la créature en qui il a fait de ^\\\^ grandes choses, et qui s'anéantit le plus devant Lui ; qui en a reçu le plus de grâce et qui Lui rend le plus de gloire ; un abîme de grandeur relevé par un abîme d'humilité : un Magnificat qui remplit toute la terre et le ciel même ; culte enfin que nous pouvons d'autant moins refuser qu'il a été rendu à Marie non-seulement par tous les Justes des deux Alliances, non-seulement par la nature Angélique, mais par Dieu lui-même, qui, après avoir voulu naître

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de son âme autant que de son sein, a rempli envers elle tous les devoirs de la plus filiale soumissiou, et nous la léguée pour Mère sur la croix au suprême instant où elle le devenait par les déchirements de sa compassion.

Tels sont les fondements du culte de la Sainte Vierge comme culte d'honneur et de charité.

Ce culte, avons-nous dit ensuite , est un culte d'Imitation, et ce second caractère sort du premier. Contempler et reproduire en soi les vertus d'un père ou d'une mère, voiià les vrais hommages par lesquels la tendresse des proches doit consacrer leur mémoire. Ainsi parle la nature humaine par un de ses interprètes les plus profonds. Le culte d'honneur dû à la Sainte Vierge doit donc se traduire en culte d'imitation. Et ce qui est ainsi pris dans la nature, à quel degré de vérité et d'excellence n'est-il pas porté dans la Religion! La Religion a pour but final l'imitation, la reproduction dans l'âme humaine de la perfection môme de Dieu. Nous racheter et nous édifier, voilà la double fin de l'Incarnation du Verbe. C'est pour cela qu'il s'est fait homme : pour que, dans cette nature d'homme, il eût, non-seulement de quoi expier par son sacrifice, mais de quoi nous former par son exemple; avec cette différence que l'expiation n'a été que le moyen, et que notre formation était le but. Pour cela, donc. Dieu même s'est posé en exemple approprié à notre nature. Mais ce n'a été là que la tête du système. Sa suite a été de reproduire rimage de Jésus-Christ dans des copies assez parfaites pour devenir elles-mêmes des modèles secondaires d'imitation, par lesquels, comme par une sorte d'enseignement mutuel , nous pussions nous élever au divin Modèle. Tels sont les Saints. Telle est au-dessus d'eux, la Très-

Sainte Vierge ; la Très-Sainte Vierge en qui Dieu a réalisé la plénitude de cette perfection qu'il a semée à divers degrés dans les Anges et les Saints, non-seulement pour tirer d'elle sa gloire, comme l'Ouvrier de son chef-d'œuvre, mais pour en faire un instrument de reproduction de sa sainteté dans nos âmes. C'est là avec tous les traits de cette visible destination que nous avons signalés dans notre étude, la fonction de la Très-Sainte Vierge entre Jésus-Christ et nous. D'où il faut conclure l'obligation de notre part de l'imiter, et pour cela de l'honorer. De sorte que si le culte d'honneur, dont nous avons vu d'abord la raison d'être, doit se traduire par un culte d'imitation, le culte d'imitation , qui n'a pas moins sa raison propre, doit se traduire dans un culte d'honneur, et que ces deux caractères du culte de la Très-Sainte Vierge s'engendrent et se fortifient réciproquement. L'admiration porte à l'imitation, et l'imitation part de l'admiration, la justifie et la féconde ; fait que le culte d'honneur n'est pas un culte oiseux et superstitieux, mais éminemment pieux et religieux; d'autant plus pieux et religieux, que nous honorons et imitons en Marie des vertus qui nous portent à Jésus-Christ et nous élèvent à Dieu, qui nous forment à être les serviteurs de Dieu comme elle a été sa servante, et qui font de son culte la haute école de l'imitation de Jésus-Christ.

Mais ce n'est pas à l'honneur et à l'imitation que se borne le culte de la Très-Sainte Vierge ; il a encore pour objet VJnvocation, l'invocation de son intercession auprès de Dieu pour nous en obtenir des grâces, et de sa coopération même pour nous enfanter à la vie de Dieu et pour nous sauver. En cela, encore, nous n'attribuons à la Sainte Vierge, sauf le degré, que ce qui est déjà le par-

lage des autres Saints dans le ciel, et même des fidèles vivant sur la terre; et le lui refuser, c'est en déshériter tous les chrétiens. Tous nous avons le pouvoir et le devoir (["intercéder les uns pour les autres, de nous édifier et de nous sauver mutuellement : pouvoir qui n'est pas de nous sans doute, qui est de Dieu et de Jésus- Christ, mais qui est ew nous, et qui, comme tel, loin d'être incompatible avec le souverain caractère A^mique Médiateur et Sauveur en Jésus-Christ, est institué par Dieu lui-même qui, dans ses deux Testaments, non-seulement a proclamé ce pouvoir de ses Saints, mais qui a subordonné son souverain pouvoir lui-même à leur entremise. Il faut renverser tout le Christianisme dans ses Écritures, dans ses dogmes et dans son histoire, ou reconnaître cette vérité. Cette vérité reconnue et le pouvoir d'intercession et de coopération des Saints étant en raison de leur sainteté et de leur élévation dans la gloire, il sensuit que la puissance d'intervention et de coopération de la Sainte Yierge prime toute autre puissance, qu'elle est dans la proportion de sa dignité et de sa sainteté de Mère de Dieu, c'est-à-dire qu'elle est une Toute-Puissance jtar qui Dieu a résolu de faire passer tous les biens de -a grâce, comme suite du glorieux dessein qui a fait naître d'elle leur Auteur.

Tel est, dégagé de toutes les objections de détail dont nous avons fait justice et d'où nous avons tiré de plus riches développements, le fondement du culte à" Invocation de la Très-Sainte Yierge; culte qui fait profiter les chrétiens sur la terre de toute la vie, de toute la gloire et de toute la puissance dont Marie jouit dans le ciel ; qui établit entre eux et cette Mère sainte un commerce et comme un échange des hommages et des vœux qu'ils

lui adressent, et des secours et des grâces qu'elle leur obtient ; culte qui r omplète et conclut le culte d'honneur et d'imitation, en faisant que cette dignité que nous honorons nous soit secourable, et que cette sainteté que nous nous efforçons d'imiter nous soit communicable, qui nous vaut les grâces et les vertus sans lesquelles le culte d'honneur et d'imitation serait stérile et impuissant; culte qui, par là surtout, ne s'adresse pas à une idole et à une divinité, mais à un être vivant, à une Mère, que nous appelons à bon droit notre douceur, notre espérance, notre vie; et qui, ne l'étant que parla grâce de Jésus-Christ, source de celte vie dont elle est la dispensatrice, n'intercepte pas, mais alimente nos rapports avec Dieu, à qui se termine tout le culte.

Tel est le résumé pressé et substantiel de cette première exposition.

Voyons maintenant la conclusion qiii sort de celte doctrine, conclusion qu'une ancienne attaque renouvelée de nos jours en a fait jaillir éloquemment.

.^ If.

Un philosophe contemporain, qui se dit et qui se croit catholique, mais dont le talent et le caractère se sont déplorablement fourvoyés dans un gallicanisme janséniste qui ne va à rien de moins qu'à accuser l'Eglise de perversion dans le culte , dans le gouvernement, dans la morale, et jusque dans le dogme; et qui voit dans les doctrines de 89, notamment dans la proclamation des droits de l'homme, une troisième révélation, d'où sor-

tira la Rédemption universelle ^av la constitution civile du clergé, M. Bordas-Dumoulin, dans un livre récent sur les Pouvoirs constitutifs de f Église, justement condamné à Rome, a consacré deux chapitres à ce qu'il appelle le Marianisme substitué au Christianisme.

Pour apprécier le malheur de cette attaque , il faut savoir qu'un des plus grands griefs de M. Bordas-Dumoulin contre l'Église est la tolérance qu'elle apporte dans l'interprétation de la maxime : Hors de fÉglise point de salut, en lui donnant pour tempérament celleci : L'ignorance invincible de la vraie religion n'est pas coupable aux yeux de Dieu. Selon M. Bordas-Dumoulin, les hommes sont coupables, quoique invinciblement emportés^. La maxime hoi's de l'Église doit par conséquent n'admettre aucun tempérament : sa rigueur doit être judaïque et entraîner impitoyablement la damnation de tous ceux sur qui elle tombe littéralement; doctrine d'autant plus désolante, que, d'autre part, M. Bordas-Dumoulin ne voit dans l'Église qu'un foyer de perversion, et qu'ainsi, dans l'Église comme hors de l'Église, point de salut.

Un tel rigorisme devait évidemment avoir en horreur un culte tout miséricordieux comme celui de la Très- Sainte Vierge. Mais ce qui est remarquablement instructif, c'est que cette haine qui prend la forme d'un zèle outré pour le Christianisme, qu'il veut purger du Marianisme, vase perdre dans la négation de Jésus-Christ,

' Cette proposition fait l'objet de tout le chapitre III du sixième livre de l'ouvrage de M. Bordas-Dumoulin. — M. Bordas-Dumoulin est mort depuis notre première édition ; mais sa doctrine lui survit : Elle n'est qu'une forme du jansénisme. Sous son nom, c'est donc celui-ci que nous discutons.

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et, par cette fatale issue, accuse hautement l'erreur qui l'y conduit.

Nous n'avons qu'à citer pour justifier cette assertion.

Ainsi, à propos de cette belle pensée de Monseigneur de Parisis : « Il est à remarquer que presque toujours, « quand le genre humain s'est trouvé dans des crises « extraordinaires, il lui a été donné, pour en sortir, de « reconnaître et bénir une perfection de plus dans cette « admirable créature qui fut ici-bas le plus magnifique « reflet des perfections du Créateur, » à propos, dis-je, de cette belle pensée, le zèle chrétien de M. Bordas-Dumoulin s'enflamme, et quelle est l'expression qui l'échauffé le plus ? On ne le devinerait jamais. C'est le mot reflet. « Nous aurions cru, dit-il, que le plus ma- « gniflque reflet des perfections divines ici-bas avait « été.... Jésus-Christ '. »

Ainsi les perfections divines n'appartiennent pas à Jésus-Christ; il n'en a que le reflet; il n'est donc pas Dieu... Et l'auteur sait très-bien ce qu'il dit, car il a déjà professé, p. 69, que les perfections divines n'appartiennent quà la Divinité.

C'est ainsi que les censeurs du culte de la Très-Sainte Vierge ne nous reprochent si fort de l'exalter que parce qu'ils veulent rabaisser Jésus-Christ ; Jésus-Christ dont ils prétendent cependant venger la gloire...

Ailleurs, l'auteur, nous reprochant de vouloir diviniser Marie, alors que nous n'en faisons que le reflet des perfections divines, ajoute : « Ils ne s'aperçoivent pas « qu'en divinisant la mère ils déshumanisent le fils, et « se perdent dans l'Eutychéisme. La Yierge, faite Dieu,

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« pourra créer un homme et elle ne pourra l'engendrer, « car on n engendre que son pareil^. »

Par cette dernière proposition, l'auteur tombe évidemment dans le Nestorianisme; car si on n'engendre que son pareil , Marie, simple femme, n'a pas engendré Dieu, mais un simple enfant d'Adam comme elle , une personne humaine à laquelle est venue se joindre seulement la personne divine du Fils de Dieu, ce qui est la négation radicale du Christianisme. M. Bordas-Dumoulin ne se borne pas à cette négation implicite de la divinité du Fils de Marie ; nous le verrons, à l'occasion du concile dÉphèse, articuler explicitement le Nestorianisme, et justifier par là tristement ce culte de Marie qu'on n'attaque jamais impunément.

Mais M. Bordas-Dumoulin ne s'est pas borné à attaquer le culte de la Vierge par une agression directe : il a cru devoir exhumer et réimprimer un écrit plus spécieux, plus adroit et plus cauteleux, qui parut dans le dix-septième siècle sous le titre : Avis salutaires de la Bieîiheureuse Vierge Marie à ses dévots indiscrets, et dans lequel, parmi des propositions orthodoxes et reconnues de tous les chrétiens, on insinue, par la bouche de la Très-Sainte Vierge, une censure générale qui ne tend à rien de moins qu'à effacer son culte de dessus la terre.

Cet écrit, composé d'abord en latin par Adam Widelketz, jurisconsulte de Cologne , puis risqué en français par le fougueux Gerberon, fut le manifeste du jansénisme et le programme des mutilations liturgiques que la secte introduisit depuis dans les Offices relatifs au culte de la Mère de Dieu. Soutenu d'abord à grands ren-

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loris d'approbations flamandes de docteurs , chanoines, suffragants; couvert par l'archevêque de Cologne même, et enfin, comme l'observe avec complaisance M. Bordas- Dumoulin, par Gilbert de Choiseul du-Plessis-Praslin, évêque de Tournai et rapporteur à l'assemblée du clergé pour la Déclaration de 1G82, il n'en fut pas moins condamné à Rome le 22 juin 1675.

Mais ce qui recommande cet écrit à notre curiosité, ce qui lui donne un intérêt historique, c'est l'honneur qu'il eut de tomber sous les coups de l'éloquence française, à laquelle il fournit l'heureuse occasion de se déployer pour la gloire de cette Vierge auguste qu'on voulait déprimer,

Bourdaloue, que M. Bordas-Dumoulin n'a pas crainl d'invoquer à l'appui de sa thèse, s'éleva à cette occasion à des accents catholiques où toute sa raison parut enflammée par la piété de son cœur. C'est la plus solide et la plus belle apologie du culte de la Sainte Yierge qui ait peut-être jamais été prononcée : elle n'a pas vieilli, et elle tombe aujourd'hui, comme au grand siècle, sur ces censeurs du culte de la Mère de Dieu qui sont plus chagrins de ses prétendus excès et abus qu'ils ne sont touchés de ses beautés et de ses avantages. Cette pièce d'éloquence avait toutefois perdu une partie de son intérêt par l'ignorance où nous étions de la circonstance qui l'avait provoquée. Remercions M, Bordas- Dumoulin, en faisant revivre les Avis salutaires, de faire remonter, devant nous, Bourdaloue dans sa chaire, et de redonner sur ce point à la parole du grand orateur une actualité qu'elle n'avait plus*.

1 Voici cornmenl M. Bordas-Dumoulin enregistre cette inforlunt*

Ce fut le jour de la grande fête de l'Assomption que le prince des prédicateurs choisit pour protester contre les Avis. Avec cet ensemble de vues qui le faisait appeler par madame de Sévigné le grand Pan ' , il pose premièrement que « pour honorer saintement la Mère de Dieu,

« il faut rhonorer judicieusement Mais, ajoute-t-il,

c( on doit en même temps convenir d'une autre vérité, qui (c me paraît également incontestable, savoir, que, s'il faut « du discernement et de la prudence pour honorer la « Mère de Dieu, il n'en faut pas moins, que dis-je? il « en faut même encore plus pour censurer ceux qui « l'honorent, et pour s'ériger en juge du culte et des

« honneurs qu'on lui rend Il peut y avoir dans le

« monde, parmi les personnes adonnées au service de « la Vierge, des dévots indiscrets, j'en veux bien tomber « d'accord avec vous; et s'il y en a de tels, à Dieu ne « plaise que je prétende ici les excuser ni les autoriser! « mais aussi peut-il y avoir des censeurs indiscrets de « la dévotion envers cette même Vierge ; et c'est à quoi « l'on ne pense pas assez. De ces deux désordres, on « se pique d'éviter le premier, et il arrive tous les jours « qu'on se fait un faux mérite ou une Aanité bizarre du « second. Cependant le second n'est pas moins dange-

desilf/s : c On s'étonne que Bourdaloue les ait attaqués (nous réser- « vons à M. Bordas-Dumoulin un autre élonnemenl). Fut-ce de son « propre mouvctnenl (on va le voir), ou ai;il-il sous l'influence de « ses confrères les Jésuites? Quoi qu'il en soit, forcé de s'appuyer sur " les texies iipocrvphes dont j'ai parlé, et sur les écarts où ils avaient « jeté saint Bernard, il fait pitié. »

1 H Tous les prédicateurs de cette année sont écoulés quand le grand Pan ne prt-clie pas : ce gratid Pati, c'est le urand Bourdaloue » ( Lettre du 28 mar.<: 1689).

« reux que le premier ; et l'homme chrétien ne court « pas moins de risques devant Dieu en condamnant avec « témérité un culte légitime et saint, qu'en pratiquant « par ignorance un culte outré et superstitieux »

Bourdaloue, abordant plus ouvertement les ylt;/5 , en caractérise ainsi les auteurs et la portée :

« On a prétendu que, malgré le soin qu'ont eu les c( pasteurs d'instruire les peuples, et d'épurer dans « notre siècle la religion ou la dévotion des fidèles, il y « avait encore de l'excès, et par conséquent de l'abus c( dans le culte qu'on rend à la Sainte Vierge ; et ce que « je vous prie de bien remarquer, ce ne sont pas seulece ment les ennemis déclarés de l'Église qui en ont jugé « de la sorte. Quelques-uns même de ses propres ence fants ont déploré cet abus : des catholiques prétendus c( zélés, mais dont le zèle sans doute n'a pas eu toutes ce les qualités requises pour être ce zèle selon la science ce que demandait l'Apôtre; quoi qu'il en soit, des cace tholiques même ont cru devoir prendre sur ce point ce la cause de Dieu ; et de la manière qu'ils s'en sont exce pliqués, voici les trois chefs où la vénération du comcc mun des fidèles leur a paru aller jusqu'à X indiscrétion . ce Car c'est le terme dont ils se sont servis, et il nous ce importe une fois de bien comprendre à quoi ils l'ont ee appliqué.

« Touchés des intérêts de Dieu, ils se sont plaints ce qu'on rendait des hommages à Marie comme à une ce divinité; — ils se sont plaints qu'on lui donnait des ce titres d'honneur qui ne lui appartenaient pas, surtout ce ceux de Médiatrice et de Réparatrice du monde perdu ; « —ils se sont plaints qu'on lui attribuait de nouveaux ce privilèges, qui ne nous é (aient révélés ni dans l'Ecri-

« ture ni dans la tradition. » (Ce dernier grief avait trait surtout à la croyance à Tlmmaculée Conception, de plus en plus professée dans l'Église, et dont il a été donné à notre âge de voir la proclamation.)

« Examinons leurs plaintes sans préjugé , reprend « Bourdaloue , et, puisqu'ils les ont publiées dans le « monde chrétien en forme ai Avertissements donnés par « Marie elle-même à ses dévots indiscrets , nous qui « voulons de bonne foi que notre dévotion soit prudente, « qu'elle soit solide, qu'elle soit sans reproche, profitons « de ces Avis, et servons-nous de l'examen que nous al- « Ions en faire pour nous rendre encore plus exacts « et plus irrépréhensibles dans le culte de la Vierge que « nous honorons. »

Après avoir ainsi caractérisé et déterminé le débat, avec ce grand calme d'honnête raison qui faisait le fond de sa nature, Bourdaloue entreprend l'examen des trois griefs articulés.

Il a bientôt disculpé l'Église du premier, savoir, qu'elle aurait pu favoriser ou tolérer qu'on rendît à Marie des hommages divins. Il montre que le culte dû à Marie, pour être judicieux, doit être un culte inférieur à celui de Dieu, mais, en même temps, supérieur à tout autre que celui de Dieu. Malheur à celui qui la confondrait avec Dieu! Mais aussi malheur à celui qui ne lui rendrait pas des hommages particuliers, et qui, dans son estime, ne la mettrait pas au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu ! Voilà comment tous les siècles chrétiens ont honoré Marie. « Nous sommes donc bien éloignés « de cette grossière erreur , conclut-il , ou de cette « énorme indiscrétion, qui consisterait à faire de Marie « une déesse ; et l'indiscrétion, s'il y en avait ici, serait

« plutôt de la part de ceux qui, dans leurs Avis, au- « raient supposé qu'un nombre de fidèles, à la vue de c( leurs pasteurs, avaient pu tomber et étaient en effet « tombés dans une telle corruption ; l'indiscrétion se- « rait non-seulement d'avoir par là renouvelé les accu- « salions vaines et frivoles des anciens hérétiques contre (( l'Église, mais d'avoir donné l'avantage à l'hérétique « protestant de voir les catholiques même persuadés (( que notre foi s'était ainsi corrompue dans ces derniers

M siècles »

Répondant ensuite au second grief : « On a blâmé c( comme indiscret , dit-il , le zèle des fidèles qui attri- « l)uaient à Marie des titres d'honneur qu'on prétend « ne lui pas convenir : et moi j'avance et je soutiens « que depuis que l'Église universelle , par le plus solen- « nel de ses décrets, qui fut celui du Concile d'Éphèse, « a maintenu la Vierge, dont je défends ici la gloire, « dans la possession du titre de Mère de Dieu , que l'hé- « résiarque Nestorius lui disputait, il n'y a point de titre « d'honneur qui ne lui convienne, ni de qualité émi- « nenle qu'on puisse sans indiscrétion lui contester...» Après cette déclaration générale , Bourdaloue prend en main la défense des titres particuliers de Médiatrice et de Réparatrice du monde , qui étaient disputés dans les Avis contre le langage constant de l'Église. Il explique ces titres, comme nous l'avons fait précédemment, d'après la doctrine catholique, en distinguant la Médiation de Rédemption , qui ne convient qu'à Jésus-Christ, de la médiation d'intercession qui convient aux Saints et par-dessus tout à Marie, et en rappelant aussi, pour le ihrGAe Réparatrice, que s'il est vrai que Jésus-Christ seul a racheté le monde par son sang, on ne peut igno-

rer que ce sang qu'il a répandu a été formé de la substance même de Marie, et que , par conséquent , Marie a fourni , a offert , a livré pour nous le sang qui nous a servi de rançon : car c'est sur quoi , dit-il , toute l'Église s'est fondée pour la qualifier de Médiatrice et de Réparatrice des hommes. Puis il vient se renfermer dans cette grande et souveraine raison de L'enseignement de rÉglùe, qui déterminait saint Bernard à honorer Marie de ces titres qu'on voudrait lui enlever : « Sans raison- « ner davantage, dit-il avec ce Père, il me suffit que t< l'Église m'ait appris à honorer de cette manière la « Mère de Dieu : car ce qu'enseigne l'Église c'est à quoi « je m'attache inviolaMemenl, et de quoi je ne me dépar- « tirai jamais. Tout ce qu'elle croit , je le crois; et tout « ce quelle pratique, je le veux pratiquer : en le croyant, « en le pratiquant sans distinction et sans restriction , « je me tiens en assurance, puisqu'elle c?t lOracle que c( je dois écouter sur tout, et le guide infaillible que je « dois suivre : Quod ah illa accepi, securus teneo'. »

Appuyé sur cette large base , c'est ici que Bourdaloue exhale, avec l'élan d'une àme catholique, toute sa foi, toute sa piété envers Marie; c'est la doctrine, c'est l'Église même qui semble publier, ou plutôt chanter par sa bouche la gloire de Marie et la confusion de ses ennemis : •

« Or , selon cette règle , mes chers auditeurs , nous ne « craignons point d'être des dévots indiscrets de Marie tt quand nous l'appelons notre Médiatrice et notre Répaa ratrice; quand nous disons qu'elle est pour nous une a source de vie , qu'elle est dans cette terre d'exil notre

1 Saint Bernard.

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consolation , qu'elle est au milieu de tous les dangers notre espérance; pourquoi? Parce que jusqu'à la fin des siècles, malgré le chagrin de l'hérésie , l'Église la réclamera et la saluera sous toutes ces qualités : Vita, dulcedo, et spes nostra, salve. Notre vie : comment? Après Dieu et après Jésus-Christ; notre consolation : comment? Après Dieu et après Jésus-Christ; notre espérance : comment? Après Dieu et après Jésus-Christ. Peut-on sans indiscrétion et même sans malignité nous soupçonner, ou plutôt soupçonner l'Église de l'entendre dans un autre sens? Et parce qu'il est évident et incontestable que c'est là le sens de l'Église, et que nous n'en avons point d'autres, malgré la fausse délicatesse des censeurs de notre dévotion envers la Mère de Dieu , nous ne faisons point difficulté de l'appeler absolument notre vie , absolument notre consolation, absolument notre espérance : Vita, dulcedo et spes nostra. Oui, c'est ainsi que nous le chantons avec l'Église , et qu'on le chantera jusqu'à la dernière consommation des temps. Les ennemis de Marie passeront; mais l'Église leur survivra, l'Église après eux subsistera , et touchée des mêmes sentiments, elle dira toujours, en s'adressant à la Mère de son Époux et de son Sauveur : Vita , dulcedo et spes nostra ! »

Nous voudrions pouvoir abréger la citation de la réponse de Bourdaloue au troisième grief, mais sa mâle énergie s'y refuse : c'est comme une masse de raison animée qui ne souffre aucun retranchement ni aucune suspension :

« Enfin, on a traité de zèle indiscret celui que fait « paraître le peuple chrétien à défendre certains pri-

viléges de Marie. Privilèges de grâce dans son Immaculée Conception, privilèges de gloire dans sa triomphante Assomption; bien d'autres dont je n'entreprends point de faire ici le dénombrement, et qu'on s'est aussi contenté de nous marquer sous des termes généraux, en les rejetant. Mais moi, voici encore , et sur le même principe , comme je raisonne : puisque nous reconnaissons Marie pour Mère de Dieu , de tous les privilèges propres à rehausser l'éclat de cette Maternité divine, y en a-t-il un seul que nous ne devions être disposés à lui accorder , ou pour mieux dire, y en a-t-il un seul que Dieu ne lui ait pas accordé ? Si Dieu ne nous les a pas tous également révélés , si nous n'avons pas sur tous la même certitude , et si tous ne sont pas dans le Christianisme un point de foi ' , n'est-ce pas assez que ce soient des privilèges reconnus par les plus savants hommes de l'Église, autorisés par la créance commune des fidèles , appuyés, sinon sur des preuves évidentes et des démonstrations , au moins sur les plus fortes conjectures et les témoignages les plus solides et les plus irréprochables? Or , tels sont les privilèges que nous honorons dans Marie; et c'est par là que nous les honorons prudemment. Un esprit raisonnable et sage, surtout un esprit bien prévenu à l'égard de Marie, et aiïeclionné à son culte (car voilà le point), un esprit, dis-je, guéri de certains préjugés, ou dégagé de certains intérêts, dans le choix de deux partis, s'il y en avait deux à prendre, ne penchera- t-il pas toujours vers le plus

* Qu'est-ce donc lorsqu'ils le sont devenus par une décision solennelle de l'Église !

favorable à la sainte Mère que nous révérons'? Ne le préférera-t-il pas, et ne l'embrassera-t-il pas, quand c'est d'ailleurs le mieux établi et le mieux, fondé? Mais que devrait-on penser d'un esprit toujours prêt à faire naître des doutes sur les grandeurs de Marie et sur ses plus illustres prérogatives , toujours appliqué à imaginer de nouveaux tours pour nous les rendre suspectes; mettant toute son étude à troubler la piété des peuples, et par toutes ses subtilités ne cherchant qu'à la resserrer , qu'à en décréditer les plus anciennes pratiques , peut-être qu'à l'anéantir , au lieu de travailler à la maintenir et à l'étendre? Ah! mon Dieu, fallait-il donc que le ministère de notre parole fût aujourd'hui nécessaire pour défendre Thonneur et le culte que le monde chrétien est en- possession de rendre à la plus sainte des Yierges? Après que les premiers hommes de notre religion se sont épuisés à célébrer les grandeurs de Marie; après qu'ils onl désespéré de trouver des termes proportionnés à la grandeur de son état ; après qu'au nom de tous, saint Augustin a confessé son insuflisance, et protesté hautement qu'il manquait d'expressions pour donner à la Mère de Dieu les louanges qui lui étaient dues, Quibus te laudibus efferam nescio, fallait-il que je fusse obligé de combattre les fausses réserves de ceux qui craignent de la louer avec excès, et qui osent se plaindre qu'on l'honore trop? Si ces prétendus zélés et ces censeurs indiscrets du culte de la Yierge avaient

1 Cette considération est des plus judicieuses, et nous la recommandons à toute la réflexion du lecteur. t,\ve /prévenu 6i affectionné c'est n'être que juste envers une mère.

« été appelés au conseil, et qu'on eût pris leur avis^ « jamais ils n'auraient consenti à cetle multiplicité de « fêtes instituées en son honneur. Ce nombre in6ni de « temples et d'autels consacrés à Dieu sous son nom « n'eût pas été de leur goût. Tant de pratiques établies « par l'Eglise pour entretenir notre piété envers la Mère « de Dieu les auraient chagrinés; et pour peu qu'on les «c écoutât, ils concluraient à les abolir *. Il n'a pas tenu à « eux, et il n\ tiendrait pas encore que, sous le vain prête texte de ce culte judicieux, mais judicieux selon leur « sens, qu'ils voudraient introduire, dans le Christia- « nisme, la religion ne fût réduite à une sèche spécu- « lation qui bientôt dégénérerait, et qui, de nos jours, « en effet, ne dégénère que trop visiblement dans une « véritable indévotion. Mais malgré toutes les entre- « prises que l'hérésie, depuis tant de siècles, a formées et contre tous, A'ierge sainte, votre culte a subsisté, et il « subsistera ; jamais les portes de l'enfer ne prévaudront « contre le zèle des vrais chrétiens, et contre leur fidé- « lité à vous rendre les justes hommages qui vous apc( partiennent. Quelque effort qu'on fasse pour arracher « de leurs cœurs les sentiments tendres et respectueux « qui les lient étroitement à vos intérêts, ils les conser- « verout, ils les publieront, ils en feront gloire. Leur « piété l'emportera, et rien ne sera capable de les « séduire et de les ébranler. Vous êtes, ô sainte Mère de « Dieu 1 vous êtes l'écueil contre lequel ont échoué « toutes les erreurs et vous le serez toujours. Vous seule « avez triomphé de toutes les hérésies; à peine s'en

* C'e?l ce qu'ils essayèrent de faire, et ce qu'ils firent en parlie plus tard dans la liturgie.

« est-il formé une dans le Christianisme qui ne vous « ait attaquée , et il n'y en a point que vous n'ayez conc( fondue : Cunctas hœreses solainteremistiinuniverso « mundo^. La victoire que vous remporterez et que « vous remportez déjà sur les téméraires censeurs de « votre culte achèvera votre triomphe : s'il y faut con- « tribuerpar nos soins, nous n'y épargnerons rien; s'il « faut parler nous parlerons ; dans la chaire de vérité « nous élèverons la voix , nous nous ferons entendre , et « après avoir appris au peuple chrétien à vous honorer c( judicieusement, nous lui apprendrons à vous invoquer « efficacement.... )i

Jamais peut-être Bourdaloue n'a été si éloquent, de cette éloquence de choses et non de mots, qui est beaucoup plus dans le mouvement que dans l'expression, à la manière antique, et qui n'en est que plus entraînante et plus convaincante. On peut juger maintenant si c'est de son propre mouvement qu'il parla ainsi , comme le demande M. Bordas-Dumoulin. II parla du mouvement de la Catholicité tout entière, du niouvement de la raison, de la foi, de la vérité; et le siècle présent, comme les siècles passés et les siècles futurs, fait écho à sa parole.

Mais nous avons dit que nous réservions au nouvel éditeur des Avis un autre étonnement. Puisqu'il trouve dans la qualité de rapporteur à l'assemblée du clergé pour la déclaration de 1682 un titre de recommanda-

* Nous verfons la justification liislorique de ceUe grande vérité. Pour se venger de l'application que lui en fit ai éloqueuiment Dourdaloue, la Secie a supprimé ce verset des Offices de la Sainte Vierge, mais elle n'a fait par là que se désigner elle-même à celte application.

tion pour l'appui que l'Évèque de Tournay prêta à cette entreprise du jansénisme, quelle impression ne devra pas lui faire la conduite du grand Orateur de cette issemblée, qui en fut l'âme et la voix, de Bossuet! Or, qui fut plus pieux, qui fut plus dévot que Bossuet envers la Mère de Dieu? Qui a plus célébré et vengé sa gloire? Aussi ne fut-il pas muet contre les Avis; et dans un sermon prêché à la cour sur la dévotion à la Sainte Vierge, nous entendons sortir de sa bouche ces fortes pa'roles qui y font manifestement allusion, et qui seront la conclusion de ce premier livre :

« Par conséquent, nous avons appuyé la dévotion « envers la Vierge Bienheureuse sur un fondement sort lide et inébranlable. Puisqu'elle est si bien fondée, « anathème à qui la nie et ôte aux Chrétiens un si grand c( secours! — Anathème à qui la diminue; il affaiblit les « sentiments de la piété ' ! »

1 Troisième sermon pour la fête de la Conception de la Sainte Vierge.

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