‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 18 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PRIÈRES GÉNÉRALES ET USUELLES : — CREDO, PATER, AVE, CO.NFITEOR, LITANIES.

Nous avons exposé les caractères et les raisons du • ulte que nous rendons à la Très-Sainte Yierge. Maintenant nous allons voir fonctionner ce culte. Nous allons voir et entendre l'Église et Marie, l'humanité et la Mère de Dieu dans un rapport de vie. Nous allons retrouver, sous forme extérieure et sensible de piété, ce que nous avons exposé sous forme métaphysique et théorique de doctrine : cette doctrine même sous sa forme la plus parfaite. Car la fin de la Religion, supérieure en cela à la meilleure philosophie, n'est pas la spéculation ; mais l'action, la vie, la mise en jeu de tous les instincts relii;ieux de l'humanité. Les religions^ comme on dit aujourd'hui, l'emportent sur la philosophie de toute la différence qu'il y a entre un être animé qui se meut et ([iii agit en vue de sa fin, et un être soumis à la dissection de la science qui le sacrifie pour le connaître. Mais LA Religion l'emporte sur les religions, en ce que, tout l'U exerçant bien plus et bien mieux l'activité spirituelle

et morale de l'humanité, tout en la déployant dans le champ de la perfection la plus illimitée, elle épuise l'admiration rationnelle de quiconque veut l'étudier; elle présente le plus magnifique plan de doctrine, elle se prête à toutes les démonstrations, elle répond à toutes les objections, elle est la Science par excellence; plus que cela, la vérité : en un mot, elle serait la philosophie si elle n'était pas la Religion.

C'est à cet état et sous cette forme plus parfaite d'acte de religion, sous sa forme animée et liturgique, que nous allons donc considérer le culte de la Très-Sainte Yierge, sa vie dans l'humanité.

La Liturgie est une action, et ce mot à.' action est le mot propre sous lequel l'antiquité chrétienne désignait l'acte central de toute la liturgie, le Très-Saint Sacrifice. C'est un drame, et ce mot est encore employé pour caractériser les louanges que nous chantons à la Mère de Dieu : Ante thorum hujus Virginis, frequentate nobis dulcia cantica dramatis*. Toute la Religion est un grand drame entre Dieu et ses créatures, entre la terre et le ciel : c'est comme un immense poëme dont le héros est Jésus-Christ, en vue duquel paraissent et agissent le Père céleste, l'Esprit-Saint, la Vierge Mère, les Anges et les Saints, les démons et les réprouvés; les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Pères, les Docteurs, les Martyrs; l'Église militante, souffrante et triomphante; les siècles et tous les événements qui s'y succèdent ; la création de tous les êtres qui la composent, la nature, la

1 Antienne du 1^'' nocturne, à Matines, de l'office de la Sainte Vierge.

grâce, la gloire, la chiile, la rédemption, le salut ou la ruine : tout, absolument tout, y compris les impies, qui se croient spectateurs et juges, et qui sont le plus fort joués et jugés ; car ce drame n'est pas une fiction et une fantaisie : c'est la vérité même et le sort éternel.

Or, c'est dans la Liturgie que ce grand poëme de la Religion vient se refléter et se représenter. Là nous voyons tout paraître et reparaître avec une succession, avec une distribution admirable. Quelle poésie ! quelle musique ! quelle éloquence ! quel idéal ! quel symbolisme ! quels ornements ! quelles pompes! quelle scène! Nos cathédrales, nos cloches, nos orgues, nos chœurs, nos multitudes fidèles, nos pontifes, nos autels, nos hymnes, nos fêtes, TAvent, le Carême, la Semaine sainte, Noël, Pâques, la Fête-Dieu, la Toussaint, les solennités consacrées à la Mère de Dieu, tout le cycle de la Liturgie, n y a là, pour qui n'a pas perdu avec la pureté du cœur le sens du beau, du grand, du naïf, du pathétique, du solennel, du sublime, de l'infini, de quoi faire prendre en pitié toutes nos fictions théâtrales montées à si grands frais d'imagination, de vanité et de corruption, de quoi les faire déserter pour courir s'abreuver à la grande source de toute poésie : la Religion, Dieu.

La part que la Très-Sainte Vierge prend dans cet ensemble du culte chrétien est considérable , et cela doit être d'après le principe et la fin de la liturgie. Lescieux racontent la gloire du Créateur; le soleil et les astres dans la muette harmonie de leurs grands mouvements, la terre et les mers dans l'infinie variété de leurs tableaux et de leurs meneilles, la création tout entière par ses myriades de voix, ne sont qu'une immense liturgie que les œuvres de Dieu exécutent à sa louange, à proportion 4-1. 11

qu'elles en reflètent les perfections ; et l'homme, particulièrement créé à sa ressemblance et seul conscient de lui-même et de son Auteur, est le Pontife de cetle liturgie naturelle que tout ce qui existe chante à Dieu, Or, toutes ces œuvres, y compris l'homme même , ne sont que secondaires et relatives par rapport à une CEuvre par excellence que Dieu s'est proposée en les créant, qui est rCEuvre de ses œuvres, en qui il a rassemblé toute sa puissance et sa complaisance comme en la fin de toutes ses opérations : c'est l'Incarnation de son Fils né de la Vierge pour que nous reçussions r adoption d'enfants *. La Vierge , en qui et par qui s'est consommé ce Chefd'œuvre d'où Dieu tire toute sa gloire, doit donc avoir, entre toutes les créatures et après l'humanité de son Fils, la part la plus immédiate et la plus considérable dans le reflet de cette gloire, et par conséquent dans le culte qui en est la célébration. Aussi voyons-nous que la première Antienne liturgique, la première doxologie chrétienne qui ait été entonnée, est le cantique de gloire que les Anges firent entendre sur l'enfantement de la Vierge Mère, et que, de tous les chants de la création le plus digne, comme partant de la créature la plus parfaite, le plus étendu, comme allant de la plus profonde humilité à la plus sublime grandeur, est ce Magnificat où cette Vierge prophétise elle-même sa propre gloire, comme le témoignage le plus éclatant de la Puissance et de la Miséricorde de Dieu dans l'univers.

L'étude liturgique , où nous allons reconnaître cette belle vérité, en portant plus haut la manifestation de la grandeur de Marie, aura un autre grand avantage, c'est

« Saint Paul aux Galates, iv, 4.

de justifier, de confirmer tout ce que nous en avons dit jusqu'ici.

En effet, dans tout cp que nous ayons écrit jusqu'à présent de la Sainte Vierge, nous nous sommes inspiré de l'enseignement général de l'Église, de la doctrine des Pères, de la logique de la foi. Nqh^ n'ayons rien dit qui qui ne rentrât, en définitive, dans les principes les plus élémentaires et les plus fondamentaux du Christianisme. Toutefois, les esprits inhabitués s ces matières, et c'pst le plus grand nombre de nos jours, même parmi les chrétiens, ont pu croire que nous parlions beaucoup en notre nom, que nous apportions dans nos déductions des vues propres au delà du cercle précis de la Doctrine, et que, nous exaltant d'un amour naturel pour notre sujet, nous répandions sur lui un luxe d'imagination et de sentiment qu'on pouvait tolérer, mais qu'on n'était pas obligé d'admettre.

Le présent chapitre ya nous dégager de cette situation. L'Église même va prendre notre place. Elle va dire, plus que cela, elle va exécuter la croyance chrétienne touchant la Mère de Dieu, et par là elle va la professer éloquemment; car, comme l'écrivait un grand Pape à nos Pères dans la foi : a Telle est l'autorité des a prières sacrées, que la prescription de ce que nous « devons croire se trouve tracée dans celle selon la- « quelle nous devons prier. » Tanta est precwn ecclesiasticarum auctoritas ut legem credendi statuât lex supplicandi ^ .

Et qu'on remarque bien quel crédit doit s'attacher à ce genre de profession de foi de l'Église. Sans doute,

• Le pape Cëlestin dans sa lettre aux évêques des Gaules.

quand Pie IX, au dix-neuvième siècle, s'est levé seul pour convertir en article de foi l'antique et universelle croyance à l'Immaculée Conception de Marie , c'est l'Église de tous les temps et de tous les lieux qui a parlé par sa bouche, aussi pleinement qu'elle a pu le faire par celle des plus grands conciles, par celle des Apôtres, par celle de Jésus-Christ, Mais les esprits légers et inattentifs ont été éprouvés par cet acte nouveau de l'Autorité sacrée, parce qu'il a paru se produire à grande distance de Jésus-Christ, et par un organe individuel et contemporain ; comme si ce n'était pas Pierre qui avait parlé par la bouche de Pie IX, et comme si Jésus-Christ avait excepté le dix-neuvième siècle, et en particulier le grand jour de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, de cette divine promesse : « Assurez-vous « que je suis avec voas, tous les jours, jusqu'à la con- « sommation des siècles. » Quoi qu'il en soit, ce genre d'épreuve est épargné aux faibles dans l'argument tiré de la liturgie ; car ici ce n'est pas l'Église ramassée dans son chef et intervenant dans les temps nouveaux , mais l'Église répandue sur toute la terre, l'Eglise des vieux temps, l'Église dans ses fidèles comme dans ses pasteurs, l'Église dans toutes ses générations, toute l'Église en chœur qui glorifie et qui exalte Marie par ses prières de tous les jours, par ses fôtes de tous les ans, et qui va la proclamant Bienheureuse et l'invoquant Mère et Patronne du genre humain.

Appliquons-nous donc à écouter et à étudier cet universel concert, comme la plus solennelle et la plus vivante expression de la vie de Marie dans l'humanité.

Et d'abord remarquons, dans les prières les plus générales, les plus consacrées et les plus usuelles que les

peuples chrétiens emploient pour se mettre en rapport avec Dieu par la foi, par la confiance, par le repentir et par l'invocation^ — le Credo, le Pater ^ le Confiteor, les Litanies^ — la part que prend la Très-Sainte Vierge.

I. — Le Credo, sans la profession duquel on n'est pas chrétien, après avoir proclamé l'unité de Dieu Tout- Puissant et Créateur, son Fils unique, né de Lui avant tous les siècles et égal à Lui ; après nous avoir comme éblouis par la contemplation de ce Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu : qui n'a pas été fait, mais engendré; qui est de même substance que le Père, et par qui toutes choses ont été faites, nous le montre tout aussitôt prenant chair par l'opération du Saint-Esprit du sein de la Vierge Marie, et incahnatus EST DE Spiritu Sancto EX Maria ViRGiNE. Meutiou des plus glorieuses pour la Très -Sainte Vierge, si nous le comprenons bien, puisque, en y professant sa divine Maternité et sa perpétuelle virginité, l'Église nous la montre seule, entre toutes les créatures, unie d'une façon particulière à la Très- Sainte Trinité : au Père éternel par le Fils qui leur est commun; au Fils parce qu'elle est sa Mère; au Saint-Esprit parce qu'il est survenu en elle pour former Jésus-Christ de son sang très-pur : à la Trinité tout entière par une coopération où elle a fourni le consentement et la substance. Et ces glorieuses prérogatives, et ce prodigieux concours, pour quoi, à quelle fin? Propter nos homines et propter nostram salutem, dit le s\Tnbole de notre foi, c'est pour nous hommes et pour notre salut que Marie coopère ainsi avec la Trinité et en reçoit tant de privilèges ; elle ne devient Mère du Fils que pour nous rendre enfants du Père; que pour

186 LIVRE II, CllAriTRE I.

nous enfanter à Dieu et devenir elle-même par là notre Mère. Que de grâces ne devohs-nous donc pas espérer par celle que Dieu a ainsi choisie pour nous donner par elle l'auteur même de la grâce !

Voilà ce que tout chrétien, s'il a l'intelligence de ce qu'il dit, professe en professant le symhole de sa foi ; voilà le sens que l'Église a renfermé dans ces paroles et que tous les peuples chrétiens y ont puisé.

II. — Après le Credo ^ par lequel nous nous déclarons chrétiens, la prière où nous nous mettons en rapport avec Dieu, par la confiance qui naît de la foi, est celle que Dieu lui-même a enseignée, \è Pater. Cette suhlime prière ne fait pas ex.plicitement mention de la Vierge, il est vrai; et cependant elle en suppose, elle en contient virtuellement la glorieuse intervention. Elle ne fait pas mention non plus de Jésus-Christ ; et qui oserait dire que la médiation de Jésus-Christ n'y est pas contenue ? non-seulement parce que c'est lui qui nous l'a enseignée, mais parce que lui seul nous a acquis le droit et la confiance de la prononcer. Ce nom de Père, adressé à un Dieu inaccessible et offensé, correspond à celui à'eîifants; et ce titre d'enfants nous ne le puisons que dans notre fraternité avec le Fils de Dieu fait homme par Marie. Ce n'est que parce qu'il a Marie pour Mère que nous avons Dieu pour Père, et la divine Maternité de Marie est ainsi le lien de notre adoption. Cette interprétation An Pater n'est pas de nous, elle estj nous aurons lieu de le voir, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Athanase; mais avant eux elle est de saint Paul, qui l'écrivait ainsi aux Galates : « Dieu a envoyé son Fils, fait « de la femme, pour que nous reçussions l'adoption des

« enfants j el, étant enfants, Dieu a envoyé dans vos tt cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Père^. »

De là radjonction qui a toujours été faite à V Oraison Dominicale de la Salutation Angélique; \e Pater ne va presque jamais sans Y Ave dans la Liturgie catholique et dans l'antique et universelle coutume des peuples chrétiens; les séparer intentionnellement serait se séparer soi-même de la communion des fidèles ; ce serait, dit saint Grégoire de Nazianze, se séparer de la Divinité^. « En effet, dit un savant et vénérable auteur, après que «t formés par le divin enseignement, les fidèles se sont « déclarés enfants d'adoption par le Christ, et que, pour « appeler sur leur tète les vrais biens el en écarter les « maux, ils ont prié son Père céleste, ils aiment à des- « cendre au souvenir sacré de cette Vierge qui a en- « fanté à eux et au monde le Rédempteur, et qui a jeté « dans le Christ comme les fondements du salut hu- « main '. » L'Ave est ainsi toujours annexé au Pater^ comme le titre de notre adoption et le fondement de notre confiance. De là vient qu'on appelait autrefois V Angélus le Pardon^ parce que nous n'avons de pardon à espérer que par le Fils de Marie.

En contestant que l'usage de réciter XAve comme prière ou comme hommage à la Très-Sainte Vierge remonte à la plus haute antiquité, les Protestants recon-^ naissent tout au moins que cette récitation était dès lors pratiquée dans les assemblées des fidèles comme lecture

1 Aux Galates, it, 4.

^ Lettre à Clédonitis, que nous ferons connaître plus amplement dans notre Exposition historique.

3 Caniâios, de Maria Deipara Tirçine, liber lU, cap. x.

188 LIVRE II, CUAl'ITRE I.

du saint Évangile, dans le but de contirmer ceux-ci dans la foi en la virginité de Marie et en la divine conception du Christ, que combattaient alors les Manichéens et les premiers hérétiques ^ Mais quel témoignage plus glorieux pour Marie, quelle confirmation plus remarquable de ce que nous venons de dire que ce recours constant de l'antiquité chrétienne à la Salutation Angélique, comme au bouclier de la foi et au fondement môme du Christianisme? Qu'on le remarque bien, en effet, la Salutation Angélique c'est l'Évangile, et on peut dire l'Évangile tout entier, puisque c'est V Annonciation de la bonne nouvelle; plus que cela, V Avènement même du Fils de Dieu sur la terre par son Incarnation dans le sein de Marie; incarnation qui se traite entre l'Ange et Marie, qui commence en quelque sorte par ['Ave de l'Ange et qui se consomme par le Fiat de Marie, h' Ave Maria^ c'est la douce et pure aurore des temps nouveaux; c'est l'exorde de la sublime négociation de notre salut; c'est la genèse de la civilisation chrétienne ; c'est ja terre sanctifiée et le ciel reconquis. Cette sainte, sublime et magnifique Salutation devrait être du goût de ceux qui s'attachent aux sources; car ce n'est par aucun décret de la Papauté moderne qu'elle a été introduite, et elle ne saurait être suspectée d'alliage humain : un Ange en est le nonce et la Trinité l'auteur.

On ne saurait donc trop la dire et la redire, comme le font les catholiques. La retrancher systématiquement, comme l'ont fait les protestants, c'est renier Emmanuel, c'est rompre le pont qu'il a jeté entre le ciel et la terre.

1 Élienne de Malescot cité par Canisius, livre 111, cli. xi.

Mais comment la dire sans louer, sans bénir , sans glorifier par cela même Marie, puisque ce fondement de notre salut est en même temps celui de sa gloire, et que ce qui est une profession de foi de Jésus-Christ est une bénédiction pour Marie ?

in. — Cette salutation d'un messager céleste à une créature mortelle est unique dans toutes les Saintes Écritures ; tellement qu'un auteur protestant , Culmann , a interprété le trouble de la Vierge parla îiouveauté à'ixn tel honneur , ce que nous avons fait nous-môme ressortir déjà dans la Vierge Marie d'après l'Évangile, par le rapprochement de cette salutation avec la manière dont le même Ange avait déjà parlé au grand prêtre Zacharie et au prophète Daniel. En la saluant ainsi avec tant de révérence et de respect, en la proclamant Pleine de grâce, et Béjiie entre toutes les femmes, TAnge parlait à la fois au nom du Très-Haut dont il était l'envoyé, au nom de la Cour céleste dont il était le représentant, et au nom de l'humanité et de toute la création dont il était le coryphée.

C'est dans ce dernier caractère de la Salutation Angélique que se trouve proprement son origine liturgique. L'Ange a entonné, le premier, VAve Maria; il nous a donné la ?iote et la mesure de Ihonneur qui était dû à Marie, avec toute l'autorité desa nature céleste, et il nous a laissé l'office de l'acquitter après lui avec toute la soumission, toute l'obligation de notre nature mortelle et rachetée. Car c'est plus particulièrement pour nous ïiommes, et pour notre salut que le mystère dont il apportait le message s'est accompli, et que Marie a été glorifiée. Aussi, voyez comme tout aussitôt la terre, mue

par le Saint-Esprit lui-même, a fait écho à cet accent du ciel; commenta cette dernière parole de l'Ange, Benedicta tu in mulierihus^ Elisabeth a repris d'une grande voix : Benedicta tu in fhulieribus et benedictus Fructiis ventris tut Jésus, et comment la Vierge elle-même, dans la conscience prophétique de cette gloire que son humilité renvoie à Dieu, entend toute la suite des générations continuer à la saluer Bienheureuse.

Oui, et moi aussi, à mon tour, mortel de cette génération qui passe , je vous salue , ô Marie, Ave Maria ! Je vous bénis entre toutes les femmes, ô pleine de grâce, vous et le fruit de vos entrailles, Jésus, mon Sauveur et tnon Seigneur avec vous ! Dans la multitude des voix que votre âme ravie entendait de loin, comme les voix des grandes eaux, élever vers vous cet accent de louange, ne distinguiez-vous pas ma voix, ô Vierge Bienheureuse ! comme une des moindres, et qui, à ce titre, répondait à votre humilité ? Ah ? distinguez-la du moins maintenant dans la céleste béatitude où vous entendez et recueillez toutes nos misères , et agréez l'effort qu'elle fait pour étendre ici-bas votre règne et attirer sur nous A^otre maternel secours. Car, suivant l'enseignement de l'Eglise, assistée du môme Esprit qui remplit Elisabeth, je ne vous confesse pas seulement en union avec votre divin Fils, je ne vous honore pas seulement, mais je vous invoque et je vous prie'.

* Le révérend père Lacordaire a écrit sur l'Ave Maria une de ces pages qui effacent toutes les autres ; nous devons la citer pour le plaisir comme pour l'édification de nos lecleurs : — « Lorsque l'Archange « Gabriel fut envoyé de Dieu à la Bienheureuse Vierge Marie pour lui a annoncer le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu dans son chaste

La Salutation Angélique est tout ensemble une profession de foi, une bénédiction et une invocation. Elle est une invocation par cette addition de TÉglise aux paroles de l'Ange et d'Elisabeth : Sainte Marie ^ mère de Dieu, priez pour nous. C'est au grand concile d'Éphèse que cette addition fut introduite'. Elle contient dansées mots Mère de Dieu une profession de foi explicite de la divinité de Jésus-Christ, niée par Nestorius dans le refus que faisait cet hérésiarque de donner cette qualification à Marie. A ce titre elle a une grande origine et une grande portée, et ne saurait trop rallier à elle les vrais chrétiens, en ce temps surtout où c'est celte divinité du Fils qu'on attaque le plus dans le culte de la Mère, et pour vivifier cette croyance et ce culte par un acte qui en soit le

« sein, il la salua en ces termes : « Je tous salue pleine de grâee, « le Seigneurest arec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » « Ces paroles, les plus heureuses qu'aucune créature ait entendues, « se sont répétées d'âge en âge sur les lèvres des Chrétiens, et, du fond « de cette vallée de larmes, ils ne cessent de redire à la Mère de leur « Dieu : « Je vous salue, Marie. » Les hiérarchies du ciel avaient dé- « puté un de leurs chefs à l'humble fllle de David pour lui adresser ( cette glorieuse salutation ; et maintenant qu'elle est assise au-dessus « des anges et de tous les chœurs célestes, le genrehumain qui l'eut pour • (îlle et pour sœar, lui renvoie d'iei-iias la salutation angélique : « Je « vous salue, Marie. » Quand elle l'entendit pour la première fois de o la bouche de Gabriel, elle conçut aussitôt dans ses flancs très-purs le a Verbe de Dieu ; et maintenant, chaque fois qu'une bouche humaine « lui répète ces mots, qui furent le signal de sa maternité, ses en- « trailles s'émeuvent au souvenir d'un moment qui n'eut point de « semblable au ciel et sur la terre, et toute l'éternité se remplit du « bonheur qu'elle eu ressent. » (Vie de saint Dominique.)

• Ce n'est que plus tard que furent ajoutées les autres paroles : Maintenant et à l'heure de notre mort, et plus tard encore celles-ci t Pauvret pécheurs.

fruit, on invoque ce litre de Mère de Dieu en Marie et on lui demande de le faire valoir elle-même en priant pour nous.

Par cette fin, la Salutation Angélique vient se rattacher encore heureusement à l'Oraison Dominicale et l'accompagne admirablement. Dans cette divine Oraison, nous venons de prier nous-mêmes directement le Père céleste et de lui remettre en quelque sorte notre placet; quoi de plus naturel que de nous adresser tout aussitôt à la Très-Sainte Yierge pour lui demander de l'appuyer, de suppléer à l'insuffisance de nos prières par les siennes, d'entrer dans nos intérêts; quoi déplus naturel, dis- je, surtout après avoir énuméré dans toutes les paroles qui précèdent les grands titres de crédit de la Sainte Vierge auprès de Dieu, et en nous rappelant que nous ne sommes que de pauvres pécheurs qui ne saurions trop avoir le senliment de notre indignité et de nos besoins à chaque instant de noire vie coupable, maintenant^ et à r heure de 7iotre mort, à celle heure, qui décidera éternellement de ce salut pour lequel cette Yierge sainte est devenue la Mère de notre Dieu ?

Ces dernières paroles : Pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort, sont écloses de celles par lesquelles le concile d'Éphèse invoque la Maternité divine de Marie, comme celles-ci étaient écloses de celles d'Elisabeth, écloses elles-mêmes de celles de l'Ange envoyé de Dieu. Chaque mot, chaque lettre pour ainsi dire, de cette aimable prière, considérée surtout dans son rapport avec le Pater ^ a un sens, un goût, un trait ineffable de grâce et de suave profondeur. On ne saurait trop admirer, dans toutes les parties qui sont venues successivement la composer, l'harmonie logique qui les unit et qui

en fait comme une floraison du divin Esprit qui les a inspirées, pour leur faire porter dans les cœurs qui la redisent avec l'intelligence de la foi et la simplicité de l'amour des fruits d'onction, de grâce et de vie.

Telle est la valeur liturgique delà Salutation Angélique, jointe à lOraison Dominicale, dans le culte chrétien. Tel est le lien glorieux pour Marie qui unit ces trois grandes prières dans les Ofiices de l'Église : Pater ^ Ave^ Credo.

IV. — Il est une quatrième prière non moins consarée, non moins usitée dans la vie catholique : c'est le Confiteor, par lequel nous descendons dans l'abîme de notre culpabilité pour la confesser et en demander le pardon. Elle est le prélude de laveu détaillé de nos fautes aux pieds du prêtre dans le sacrement de la Pénitence, de la plus grande fonction du Prêtre lui-même au pied de l'autel avant d'y monter pour y célébrer le saint Sacrilice, où elle se retrouve encore dans la bouche du lidèle avant le communion; enfin, dan» les prières qui terminent chaque journée, elle attire sur notre àme humiliée la rémission des faiblesses qui en ont marqué le cours.

Or, dans cet acte si important, quelle part n'a pas été faite encore à la Très-Sainte Vierge dès les temps les plus reculés ! Quel rôle de prééminence et de miséricorde n'y remplit-elle pas! « Je confesse à Dieu Tout- Puissant, « à la Bienheureuse Marie toujours Vierge^ à saint Mi- « chel Archange, à Saint Jean-Baptiste, au\ Apôtres « saint Pierre et saint Paul et à tous les Saints que j'ai « beaucoup péché, etc. » Quel rang est donné à la Très-

Sainte Yierge, quelle manière de la nommer dans cet acte solennel de notre humiliation ! Immédiatement après le Dieu Tout-Puissant, au-dessus de tous les Saints, au-dessus des plus grands Apôtres, au-dessus du Précurseur dont Jésus-Christ a dit qu'il est plus qu'un Prophète et qu'il n'en est pas de plus grand entre ceux qui sont nés de la femme, au-dessus de la nature Angélique et de toiite la Cour céleste représentée par V Archange Michel, le « Premier d'entre les premiers, » de principibus Primus^, qui, à la tête de tous les autres^ en a précipité V Ange apostat, après lavoir vaincu pur le sang de V Agneau ', ce sang fourni par la Yierge Mafie, par qui elle-même a brisé la tête au serpent, et dans lequel nous sommes lavés de nos souillures. Quelle élévation ! et comme elle laisse entrevoir la vérité de cette doctrine qui a fait consister l'épreuve angélique à laquelle a succombé Lucifer, le nœud du grand drame qui s'est passe dans les hauteurs du ciel et dont la chute Adamique a été le contre-coup et le sacrifice du Calvaire le dénoûment réparateur , dans la divine royauté du Fils de l'homme et l'angélique souveraineté de la Mère de Dieu!

C'est pourquoi l'humanité coupable, reconnaissant qu'elle a besoin de puissants intercesseurs, confesse ses péchés à la Bienheureuse Marie toujours Yiecge, immédiatement après le Dieu Tout-Puissant, au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints. Bienheureuse, expression qui ne se sépare pas du nom de la Yierge dans le langage de l'Église, en accomplissement de la prophétie

1 Daniel, x, 13.

* Apocalypse, xii, 7-11.

Beatam me dicent; et toujours Vierge, pour professer que Marie n'a pas dégénéré du prodige de sa divine Maternité.

Mais pourquoi entre le Dieu Tout-Puissant et la Bienheureuse Tierge Marie ne trouvons -nous pas le saint nom du Christ, divin Médiateur, auteur de toute sainteté, et par qui seul nous pouvons avoir accès auprès du Père?

Le voici : nous ne confessons pas nos péchés à Dieu et à la Vierge à la même fin. Nous les confessons à Dieu pour qu'il nous les pardonne, et à la Yierge ainsi qu'aux Anges et aux Saints, pour qu'ils le prient de nous les pardonner, selon cette suite de la prière : « C'est pourquoi je prie la Bienheureuse Vierge, etc., et tous les '; Saints de prier pour moi le Seigneur notre Dieu... » puis : « Que Dieu Tout-Puissant nous fasse miséricorde « et nous accorde le pardon de nos péchés. » Or, le divin Médiateur, précisément parce qu'il est Médiateur, ne pouvait être rangé ni avec le Dieu Tout-Puissant, ni avec la Vierge et les Saints, dans cet acte de confession (le nos péchés. Avec la Vierge et les Saints c'eût été lui donner un rôle de suppliant qui ne saurait convenir à Celui dont les mérites infinis ont été surabondants pour racheter les péchés du monde ; avec le Dieu Tout-Puissant c'eût été lui donner un rôle d'offensé qui ne saurait convenir non plus à Celui qui s'est livré lui-même pour nos otïenses et par qui nous en obtenons le pardon... Telle est la raison parfaitement doctrinale et logique de l'absence du saint nom de Jésus-Christ dans le Confiteor. Mais s'il n'y est nommé nulle part, c'est qu'il y est partout : du côté de Dieu comme son Fils; du côté de l'homme comme Fils de Marie ; entre deux, les récon-

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cillant, comme un seul Fils qui joint la Bienheureuse Vierge Marie, et par elle les Anges et les Saints et toutes les créatures, au Dieu Tout-Puissant. La glorieuse mention de Marie dans le Confiteor a une importance considérable, à raison même de cette absence particulière et de cette présence générale du Médiateur dans cette belle prière. Car c'est en elle surtout qu'il est présent comme fait homme et Sauveur, comme Auteur de la grâce que nous implorons, et dont Marie a été remplie la première pour la déverser sur nous.

V. — Il est d'autres prières qui intéressent le culte de la Sainte Yierge, dont nous reportons l'étude plus loin, parce qu'elles n'ont pas un caractère aussi consacré dans la Liturgie catholique, et qu'elles sont de surérogation pour ceux qui veulent s'en tenir au culte public du Christianisme. De ce nombre n'est pas cependant une prière à laquelle on ne peut se refuser sans rompre avec la pratique de l'Église, et à laquelle on ne peut s'associer sans professer toutes les gloires qui ont été jamais décernées à la Mère de Dieu. Je veux parler des Litanies de la Sainte Vierge.

Ici nous avons un grand avantage, c'est de pouvoir laisser parler à notre place un homme dont le nom dit tout, Bossuet ! non le Bossuet de la chaire, en qui cependant la sagesse et la mesure n'ont jamais eu rien à reprendre à la hardiesse et à l'élan, mais le Bossuet de V Exposition; plus que cela, Bossuet catéchiste, sacriliant tout, jusqu'à l'éloquence, à l'exactitude. Aussi n'est-ce pas lui-même, mais la Doctrine qui parle dans CQi Avertissement dont il fait précéder les Litanies de

la Sainte Vierge^ et qui se trouve être tout un traité liturgique sur les honneurs que nous devons à la Mère de Dieu. Nous recommandons cette importante leçon à toute la réflexion du lecteur chrétien.

« Avertissement sur les Litanies de la Sainte Vierge.

« Les Litanies de la Sainte Vierge sont des titres « d'honneur que les saints Pères ont donnés à la Bient( heureuse Marie, à cause principalement de sa qualité

incommunicable de Mère de Dieu. On a cru qu'on ne

pouvait assez célébrer celle que Dieu a choisie pour M nous donner Jésus-Christ par son moyen ; d'autant « plus qu'il a plu à Dieu qu'elle donnât son consente- « ment exprés au mystère de l'Incarnation qu'il voulait u accomplir en elle, et que c'était pour tirer d'elle ce w consentement qu'il lui envoya l'archange saint Gabriel. « Elle fut donc alors remplie d'un amour immense pour < le genre humain, et s'estima bienheureuse d'être « choisie pour lui donner le Sauveur.

« Dans la suite, Dieu voulut encore que le premier « miracle que fit Jésus -Christ pour établir la foi dans « le cœur de ses disciples, se fît à la prière de la Sainte « Vierge : car ce fut elle qui pria son Fils de fournir par M sa toute-puissance dans les noces de Cana en Galilée « le vin dont on y manquait ; et quoiqu'à l'extérieur il ce semble d'abord que Jésus-Christ, pour exercer Ihu- « milité admirable de sa sainte Mère, ne la veuille pas « écouter, néanmoins il fait en effet ce qu'elle souhaite, « et il opère ce miracle dont saint Jean écrit dans son « Évangile : C'est ici le commencement des miracles

« qtie fit Jésus ^ et ses disciples crurent en lui (Jean, tt II, 2). C'est à cela que regardait saint Augustin quand il « disait de la Sainte Vierge : Que selon la chair elle est « Mère de Jésus-Christ^ notre chef; et selon l'esprit^ a Mère de ses membres^ c est-à-dire de nous tous, parce « qu'elle a coopéré par sa charité à la naissance des « fidèles dans l'Église. (S. Aug., de Virg., cap. vi.)

« C'est donc en ce sens que la Sainte Vierge est l'Eve « de la nouvelle alliance, c'est-à-dire la vraie Mère de « tous les vivants ; et Dieu lui a voulu donner la môme « part dans notre salut qu'Eve a eue dans notre perte. « Voyez Catéchisme des Fêtes, leçon unique des Fêtes « de la Sainte Vierge et des Saints ; et sur les Fêtes (c de la Sainte Vierge^ leçon III pour V Annonciation.

« C'est sur ce solide fondement que sont appuyés « tous les éloges que l'Église a toujours donnés à la « Sainte Vierge, et qu'elle a comme recueillis dans ces « Litanies.

« On peut voir un modèle de ces éloges et de ces « titres d'honneur dans le Concile d'Éphèse qui est le « treizième général. Il fut tenu dans l'Église principale (( d'Éphèse, appelée Marier du nom de la Sainte Vierge, « en mémoire de ce qu'elle avait passé une grande par- « lie de sa vie dans cette ville avec l'apôtre saint Jean, « à qui Jésus-Christ mourant l'avait laissée en gaMe. « Ce fut donc dans cette église que le saint Concile d'E- « phèse fit retentir les louanges de la Mère de Dieu, à c( qui saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie et président (( de cette vénérable assemblée, adressa ces mots au « nom de tous les Pères qui la composaient, et de toute « l'Église qui y était représentée : Nous vous saluons., « ô Marie., Mère de Dieu, véritable trésor de tout Puni-

vers, flambeau qui ne se peut Jamais éteindre t couronne de la virginité^ sceptre de la foi orthodoxe, temple incorruptible^ lieu de Celui qui na pas de t< /»ew, par laquelle nous a été donné Celui qui est ap- M pelé Béni par excellence, et qui est venu ou nom du « Seigneur. C'est par vous que la Trinité est glorifiée; « que la Croix est célébrée et adorée par toute la terre; « c'est par vous que les deux tressaillent de joie, que « les Anges sont réjouis, que les démons sont mis en fuite, que le démoji tentateur est tombé du ciel\ que u la créature tombée est mise en sa place; et le reste ^L qu'il serait trop long de rapporter, et quil Unit par I^B ces mots : Adorons la Très-Sainte Trinité, en célé- « brani par ?ios hymnes Mariç toujours Vierge, et son « Fils, l'Époux de l'Eglise, Jésus-Christ notre Sei- « gneur, à qui appartient tout honneur et gloire, aux siècles des siècles.

« C'est ainsi que tout luuvrage de la Rédemption est « attribué, à sa manière, à la Sainte Vierge, par laquelle le Père étemel nous a donné son Fils notre Sauveur, C'est ainsi qu'on unit les louanges de cette Vierge- Mère A\ec celles de sou Fils, et même avec celles de toute la Très-Sainte Trinité^. >»

Tout ce que nous avons pu dire sur la Sainte Vierge n'est que le développement de celte grande doctrine, et n'en dépasse pas les limites. Et celte doctrine ellemême est contenue dans la Liturgie catholique et

* Doctrine que nous avons indiquée ci-dessus dans l'eiplication du Confiteor, qui attribue la chute des Anges rebelles à leur refus de reconnaître la supériorité de Marie.

^ Catéchisme des prières ecclésiastiques.

200 LIVRE II, CUAl'ITHE I.

plus particulièrement dans les Litanies de la Très-Sainte Yierge.

Litanies, d'un mot grec qui veut direye supplie, en \Si\mRogationes^ signifient prières publiques . Le but des Litanies, en effet, est d'apaiser le Ciel ou d'en appeler les faveurs par une manifestation publique de religion, notamment par des processions dans les rues ou dans les temples, avec supplications successives et prolongées comme la marche de la cérémonie et le sentiment qui la meut.

Les prières de cet ordre sont donc, au plus haut degré, l'expression de la foi commune et publique des fidèles. Telles sont les Litanies de la Sainte Vierge. L'époque de leur institution est assez incertaine. Elles paraissent déjà en usage sous saint Grégoire le Grand, au sixième siècle, où elles furent consacrées par la cessation subite d'une peste, sur les pas d'une procession publique dont elles composèrent le chant.

L'opposition si marquée qui se voit dans cette prière entre ces deux ordres d'invocation : Exaucez-nous, adressé à Dieu comme à Celui de qui nous attendons l'objet de nos prières; puis : Priez pour nous , adressé à la Sainte Yierge comme à une suppliante semblable à nous dans la gloire même qui l'en distingue, exprime toute la doctrine de l'Église sur le culte de Marie et répond à l'erreur qui la méconnaît, d'autant que cette dernière invocation est plus solennelle et plus répétée. Cette distinction hautement posée, qui ne sera touché de tous les titres que nous donnons à la Mère de Dieu dans ces appels réitérés à son intercession? Quelle vérité dans ce langage de l'amour filial qui n'a jamais assez loué, assez béni, assez embelli le maternel objet de sa tendre véné-

ition ; dans ce langage du besoin s'appuyant sur les privilèges du crédit dont il invoque le secours et se complaisant à les énumérer comme les gages de sa délivrance! Quel profond sentiment de foi, d'amour, d'admiration, •l'adoration pour Dieu et pour Jésus-Christ dans tous ces titres donnés à Marie, alors qu'il n'en est pas un seul qui ne lui vienne de son divin Fils et qui ne se rapporte à Dieu conmie à l'auteur et à l'objet de toutes ces gloires!

La contexture de ces belles invocations est particulièrement admirable. Après avoir poussé par cinq fois à Xotre-Seigneur et Christ Jésus ces grands cris de supplication et de détresse : Kyrie eleison, ayez pitié de nous ; après avoir abordé du même cri le Père céleste Dieu, le Fils rédempteur du monde Dieu, le Saint- Esprit Dieu, et la Sainte Trinité qui n'est qu'un seul Dieu ; de cette hauteur infinie où elle se soutient à peine, la prière humaine se rabat et se replie en cette simple invocation qui commence les Litanies de la Sainte Vierge, SAINTE Marie, jE^;'/e2 pour nous. Ce simple nom de Marie, par le contraste de son humilité avec la sublime et inaccessible Essence qu'on vient d'invoqpier, fait sentir de la manière la plus pénétrante toute la distance franchie par la charité infinie du Verbe fait chair, et comme les deux pôles de la religion tout entière . la Trinité et Marie. Puis cette première et douce appellation de Marie, correspondant à celle de Jésus, pose d'abord dans toute sa simplicité évangélique la Personne, sujet de toutes les gloires sous lesquelles elle va être invoquée, et qui ne sont que le rayonnement de cet ineffable nom qui les renferme toutes dans sa virginale candeur. Par son étymologie même, ce nom prédestiné

signifie à la fois Souveraine, Astre radieux, Beine ou Étoile de la mer ^ Mais surtout c'est comme le nom de famille du Fils de Dieu devenu Fils de Marie, et des enfants de Marie, devenant enfants de Bien. « In voce quez-le donc ce nom secourable, dit saint Bernard, « dans vos dangers, dans vos doutes, dans vos an- « goisses; qu'il soit sans cesse sur vos lèvres et dans « votre cœur. Dès lors plus d'égarement, plus de déses- « poir, plus de chute, plus de crainte, plus de fatigue, « mais une douce expérience du sens profond de ces « paroles de l'Evangile : Le nom de la Vierge était « Marie^. »

Après ce simple nom vient l'invocation des deux grands privilèges qui relèvent Marie au-dessus de toutes les créatures : Sainte Mère de Dieu, Sainte Vierge des Vierges; puis chacun de ces titres de Mère et de Vierge est déployé, le premier en dix, le second en six caractères qui en font sentir et goiiter toute l'excellence : Mère du Christ, Mère de la divine grâce, Mère trèspure. Mère très-chaste, Mère intacte. Mère sans tache ^ Mère aimable , Mère admirable, Mè?'e du Créateur, Mère du Sauveur; — puis^ Vierge très-jirudente, Vierge vénérable. Vierge digne de louange, Vierge 'puissante, Vierge clémente. Vierge fidèle. Ces diverses qualifications sont comme autant de rayons de la virginité et de la maternité de Marie, et nous la font admirer et aimer comme un prodige de grâce, un modèle de sainteté, un refuge de salut. Et combien tous ces caractères, tous ces traits de la Vierge-Mère sont-ils animés

* Lexic. Bibl. Weitanuer.

* Super Missus est.

et personnifiés par cette invocation répétée dont ils sont l'objet : Priez pour nous! invocation qui reçoit à son tour de ces divers caractères un sens varié dans son uniformité, et qui y trouve comme autant de prises par lesquelles la faiblesse humaine s'attache à ce grand et miséricordieux secours, se pénètre des grâces et des vertus qui en découlent, et s'élève à la source de vie d'où il dérive et d'où il jaillit.

Après cela viennent les grandes et douces figures bibliques sous lesquelles la Mère de Dieu a été smbolisée et qui sont comme autant de formes transparentes au- dedans desquelles brille son divin Fils. C'est là surtout qu'apparaît cette vérité que c'est Jésus que nous honorons dans Marie et de qui elle-même reçoit tout l'honneur que nous lui rendons , comme Miroir de justice. Siège de la sagesse , Cause de notre joie , Vase spirituel, \ ase honorable. Vase unique de la vraie dévotion , Rose

gstique^ Tour de David, Tour d'ivoire. Maison d'or. Arche d'alliance, Porte du ciel. Étoile du matin. Le commentaire est ici inutile , il n'est personne qui ne reconnaisse le Fils de Dieu dans cette Justice dont Marie est le miroir, dans cette Sagesse dont elle est le siège, dans cette Joie dont elle est la cause, dans celte divine Grâce dont elle est le vase spirituel et honorable, dans ce parfum mystique dont elle est la rose, dans ce David vainqueur dont elle est la tour , dans cet Hôte divin dont elle est la maison <Jtor , dans cette Manne céleste et ce Saint des saints dont elle est V Arche d'alliance , dans ce Ciel dont elle est la porte, dans ce divin Matin du jour éternel dont elle est V étoile; qui ne voie en un mot sous toutes ces figures ce Rédempteur et ce Dieu dont elle est la Mère. Et ce culte de Jésus-Christ , d'autant plus pro-

a04 LIVRE II, CHAPITRE I.

fond que nous le lui rendons ainsi jusque dans Marie, réagit à son tour sur celle-ci, et nous fait sentir quel culte nous devons , en effet , à celle qui a été avec Lui dans des rapports aussi prodigieux de grâce et de vie, et avec quelle confiance nous devons invoquer son crédit et son secours.

C'est pourquoi nous ne craignons pas de voir et d'invoquer en elle le Salut des infirmes, le Refuge des pécheurs , la Consolatrice des affligés et V Aucciliatrice des Chrétiens.

Et pour asseoir notre confiance sur un titre qui vaut à Marie , après Dieu , les souverains honneurs , nous terminons en la saluant Reine : Reine des Anges, qui l'ont saluée sur terre et portée au plus haut du ciel ; — Reine des Patriarches, qui ont vécu sur la promesse de sa divine Maternité , et qui , en se réjouissant de l'avoir pour lille , l'ont saluée pour Mère de Celui qui est avant qu Abraham fût; — Reine des prophètes dont elle a été, en union avec son divin Fils, la vision, qui sous mille traits l'ont préfigurée, et ont prédit /« Vierge qui devait enfanter en personne ce Yerbe qui parlait seulement par leurs voix; — Reine des Apôtres, qu'elle a tous précédés et surpassés dans la foi , dans l'amour et dans la constance , et à qui elle a révélé au Cénacle le secret du Verbe fait chair; — Reine des Martyrs, dont elle a concentré tous les supplices dans les déchirements de son cœur maternel au pied de la croix; — Reine des Confesseurs^ dont la première elle a chanté , dans le cantique de sa reconnaissance , la foi que la première elle avait pratiquée dans le mystère de l'Incarnation ; — Reine des Vierges, qu'elle a fait éclore comme des lis dans le champ de l'Église, sous le souffle de son in-

PRIÈRES GÉNÉRALES ET USUELLES. 20o

violable et miraculeuse Virginité ; — Reine de tous les Saints, dont elle a réuni et surpassé tous les caractères et tous les mérites dans cette plénitude de grâces qui lui a fait enfanter le Saint des saints; — Reine enfin coyiçiie sans péché ^ par un privilège unique qui l'a affranchie du serpent dont elle devait briser la tète, et là constituée Reine , en quelque sorte , de l'Enfer par la terreur et la justice , comme elle l'est de la terre et du ciel par la miséricorde et par la douceur.

Avec quelle confiance donc, après avoir invoqué en Marie et mis pour ainsi dire en jeu tous ces grands ressorts de sa souveraineté auprès de Dieu , ne devonsnous pas dire à son divin Fils, à cet Agneau auquel ^lle a donné le sang qu'il a répandu pour le salut du monde : Agneau de Dieu , qui effacez les péchés du nionde, Pardonnez-nous, Exaucez-nous, Ayez pitié de nous, Seigneu?'! Christ écoutez-nous! Christ exaucezîious!

Telles sont les Litanies de la Sainte Vierge; tel est le sens liturgique et doctrinal qu'elles renferment et qui s'exhale du sein des multitudes fidèles, lorsque, à ce chant si admirablement expressif de mélancolique et gémissante gravité qui en détache chaque verset, elles répondent par cet Ora pro nobis dont chaque coup, comme ceux, d'un bélier qui bat en brèche les divers côtés d'une tour , ébranle et finit par fléchir la céleste Justice , élevée contre nous par le péché , et conjurée par la prière.

Ainsi Marie vit dans les actes, dans les prières liturgiques les plus organiques , si je peux ainsi dire, de l'Église et de l'humanité.

206 LIVRE II, CpAPÏTRE I.

Mai§ allons au cœur de la Liturgie, au Très-rSaint Sacrifice , qui est le centre autour duquel se déploient tous ses rites et toutes ses pompes , à VActio}} par excellence, ^ la Messe. Voyons la place qu'y occupe cette Vierge auguste, et ï]iesurons, sur l'honneur qu'elle y reçoit, celui gup nous devons lui rendre.

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