‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 19 sur 43 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous étudierons bientôt les honneurs exceptionnels qui sont décernés à Marie dans la partie mobile du Saint- Sacrifice qui répond à chaque fête de l'année. En ce moment, nous ne voulons examiner que ceux qu'elle y reçoit journellement dans Xordinaire de la Messe.

La Très-Sainte Vierge est constamment présente dans tout le cours du Saint-Sacrifice , comme le membre le plus éminent du Corps mystique dont Jésus-Christ est le Chef s'offrant à Dieu par les mains du Prêtre.

On peut distinguer six parties dans le Saint-Sacrifice : la première, depuis Vlntroibo jusqu'à l'Évangile ; la seconde , depuis l'Évangile jusqu'à TOffertoire; la troisième, depuis rOflertoire jusqu'au Canon ; la quatrième, depuis le Canon jusqu'au Pater; la cinquième, depuis le Pâte?' jusqu'à VAgmis Dei et la Communion ; la sixième, depuis la Communion jusquà la fin.

Dans la première partie, le Prêtre en union avec les fidèles s'humilie et se prépare au sacrifice par la confession de son indignité ; — à l'Évangile, il professe sa foi et la proclame ; — à l'Offertoire, il prépare les espèces du Saint-Sacrifice et les offreà la Très-Sainte Trinité; -^ au Canon, il les Consacre et les transusbstancie au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ; — au Pater, il s'appuie sur l'adorable Victime poiir avoir

accès auprès du Père céleste et implorer ses dons; — à la Communion, enfin, il se l'assimile et consomme rUnion de tous les membres de l'Église avec Dieu par ce Chef divin.

Or voici la part qui est faite à la Très-Sainte Vierge dans ces diverses parties du Très-Saint- Sacrifice.

I. — Dans la première partie se trouve le Confiteor où, comme nous l'avons vu déjà, elle a un rang et un ministère si éminent au-dessus de tous les Saints et de tous les Anges, et où elle reçoit à ce haut degré le double culte d'honneur et d'invocation. — A tout ce que nous avons dit à ce sujet sur le Confiteor en lui-même, il faut ajouter toute l'importance dont s'accroît cet acte religieux alors qu'il devient le prélude du Très-Saint-Sacrilice, et qu'il est accompli, non plus par le simple fidèle aux pieds du Prêtre, mais par le Prêtre lui-môme profondément incliné au pied de l'Autel.

II. — 'Le prêtre monte, après s'être ainsi préparé par la confession de son indignité et par son humble recours à la puissante intercession de la Bienheureuse Viei'ge Marie, il dit les collectes et lit l'Épitre, puis le saint Évangile, et ramassant toute sa foi à l'enseignement divin, il la proclame dans le Credo. Dans cette seconde partie nous retrouvons encore la Très-Sainte Vierge, selon qne nous l'avons déjà montrée dans l'examen de ce symbole de notre foi. Mais ici encore, ce n'est plus le simple fidèle, c'est le Prêtre, c'est toute l'Église en chœur qui fait retentir les voûtes de ses temples des accents de sa foi, et qui à ce passage : Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : et

honio factm est, se lève, se recueille et s'incline dans une religieuse émotion de respect, dans un anéantissement d'amour et de reconnaissance. Quelle plus glorieuse manifestation pour la Vierge Marie que ce solennel hommage rendu à sa divine Maternité, associée au Saint-Esprit et au Fils de Dieu fait homme, dans le plus universel et le plus antique monument liturgique de la foi du monde chrétien !

III. — Vient l'Offertoire; le Prêtre offre le pain, offre le vin qui doivent être changés au corps et au sang de esus-Christ ; puis, après ces deux offrandes préparaires, après s'être purifié les mains, il s'incline au milieu de l'autel dans une suprême oblation qu'il prie la Sainte Trinité de recevoir par l'oraison admirable : Suscipe -ancta Trinitas. Là sont énumérées toutes les lins du Sacrifice, parmi lesquelles, immédiatement après la mémoire de la passion, de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ Notre-Seigneur, se présente « L honneur « de la Bienheureuse Marie toujours Vierge » et in honorem Beatœ Mariœsemper Virginis, au-dessus de Jean- Baptiste, des Apôtres Pierre et Paul et de tous les Saints: honneur qui s'étend à toute cette glorieuse compagnie dont elle est la Reine, et qui profite à notre salut par leur intercession : et illi pro nobis intercedere dignentur in cœiis, quorum meinoj'iani agimus in terris. Les Saints, Marie à leur tête, sont ainsi mis en cause dans le Saint Sacrifice : ils coopèrent à notre salut dans le ciel par leur intercession, à ce moment où nous coopérons à leur honneur sur la terre par notre culte * ; ils vivent, ils

• Quand nous faisons mentiou des Saints à la table du Seigneur,

agissent, ils correspondent avec nous par le même Jésus- Chfist Notre-Seigneur qui, jusque dans son humanité^ est à la fois au ciel et sur la terre : Per eumdem Christum Dominum nostrum.

IV. — Le Canon s'ouvre : le Prêtre se recueille plus profondément; il s'approche de plus près du Père céleste par une union plus étroite à Jésus-Christ son Fils Notre-Seigneur •, il ramasse toutes les intentions du Saint Sacrifice dans la mémoh^e des vivants, qu'il associe à la mémoire des Saints par un honneur plus profond rendu à celle-ci, et par un recours plus exprès à leurs prières et à leurs mérites. La Très-Sainte Vierge reparaît encore là avec une primauté, avec un éclat d'honneur proportionné à la circonstance : « Participant à une même com- « munion et vénérant la mémoire, en premier lieu de « la glorieuse et toujours Vierge Marie, Mère de Notre (( Dieu et Seigneur Jésus-Christ, — et aussi des bien- « heureux Apôtres.., etc. »

L'Église appuie ici sensiblement sur la primauté de la Très-Sainte Vierge, sur sa virginité, sur sa maternité, sur sa gloire, par des expressions plus riches que celles dont elle s'est servie jusque-là, et qui empruntent à la solennité de cette partie centrale du Sacrifice une valeur plus intentionnelle. « Vénérant en premier lieu, » c'est-

« disait saîfit Augastin, nous avons toujours principalement en vue a qu'ils prient pour nous, afin qu'ils nous obtiennent la grâce de mar- « ctier sur leurs traces ; nous voulons les engager à intercéder pour « nous dans le ciel, par la nnémoire que nous en faisons sur la terre. » {Tractatus 84 in Joan.)

à-dire, pour parler l'antique langage de saint Ephrem, comme « plus sainte que les Chérubins, plus sainte que « les Séraphins, et sans nulle comparaison plus élevée « en gloire que toutes les Armées célestes*. » Telle est la portée de cet imprimis de notre Liturgie. Maislais-

ns parler un interprète plus autorisé que nous, le savant et pieux P. Lebrun :

« Imprimis gloriosœ... Il est bien juste que la Mère « de notre Sauveur et de notre Dieu soit mise à la tète « de tous les Saints. L'Église en fait très-souvent men- « tion dans ses prières; et c'est principalement au Saint

Sacrifice qu'elle en doit mémoire, puisque la divine

Yiclirae de nos autels est la chair de sa chair. — Les c( liturgies de toutes les Églises d'Orient ont toujours « fait mémoire de la Sainte Vierge, avec des expressions « qui marquent l'admiration des fidèles à la vue de ses K grandeurs et de sa puissance auprès de Dieu, et nous « ne devons pas passer sans réflexion les termes de « notre liturgie, qui la relèvent au-dessus de tontes les « créatures. — 1° Gloriosœ, par la grande gloire que « Dieu fait éclater en elle ; gloire qu'elle a reconnue en dé- « claraut que le Tout-Puissant a fait en elle de grandes « choses y et qui donne lieu de lui appliquer ce qui <( est dit dans Isaie, que la gloire du Seigneur a éclaté « en elle, et gloria ejus in te videbitur (Is., lx, 2). — « 2"^ Semper Virginis, la seule qui ait été toujours « vierge, quoiqu'elle soit véritablement mère, qu'elle « ait conçu et enfanté. Privilège unique, qui n'a jamais

* Sanctior Cherubim, sanctior Seraphim, et nuUa comparatione cxteris omuibus superîs Exercitibus gloriosa. — Oraf. de laad. Vîrg.

'2i'2 LIVRE II, CUAPITRE II.

« été et qui ne sera jamais donné à une autre. — 3" Ge- « nitricis Dei et Domini Nos tri Jesu Christi, Mère de « Dieu, parce qu'elle est Mère de Notre Seigneur Jésusce Christ, qui est Dieu *.... »

V. — Mais, ébranlé par toutes ces invocations, le Ciel s'ouvre aux paroles sacramentelles du Prêtre. A l'instant formidable, la Yictime sainte est descendue sur l'autel. Le Prêtre la tient, et, par Elle, pénètre lui-même dans le Ciel, s'avance jusqu'au trône du Très-Haut, et lui dit, et nous avec lui : Notre Père

Le Pater, avons-nous dit, est ordinairement suivi de XAve dans la liturgie de l'Église. Au Saint Sacrifice de la Messe il est dérogé à cet usage. Est-ce par négligence de cet honneur constant rendu à la Mère de Dieu? Nullement. Gela tient à cette loi particulière à la liturgie de la Messe que le célébrant, n'étant là que le Prêtre du Très-Haut, n'y parle directement qu'à Dieu seul dans sa Majesté souveraine; tellement qu'il ne parle pas même à Jésus-Christ, si ce n'est après le Sacrifice et à la communion. Il le nomme constamment, il est vrai, mais comme Celui par qui il parle, non à qui il parle. Il nomme aussi très-souvent la Vierge et les Saints, mais toujours à la troisième personne, rappelant, présentant leurs mérites et leurs prières, mais ne les invoquant pas, ne les honorant pas directement, pour se réserver tout

^"Exposition liltérale, historique et dogmatique de la Messe, suivant les anciens auteurs et les monuments de toutes les Églises du monde chrétien, par le R. P. Lebrun, de l'Oratoire, 1. 1; p. 380.

entier à Dieu. Tant tout est sage et réglé, tant tout est distribué avec nombre, poids et mesure dans cette Eglise de Dieu où l'erreur ne voit que désordre et confusion ! D'après cette règle, VAve Maria eût été une anomalie ; car le Prêtre aurait parlé non de la Sainte Vierge, mais à la Sainte Vierge. On trouve cependant VAve Maria dans les anciennes liturgies apostoliques; mais il y a lieu de croire qu'il ne s'y trouvait que comme lecture du saint Évangile, et non comme salutation directe à la Sainte Vierge. Ainsi se lit- il encore à la collecte des Messes votives de la Sainte Vierge.

Quoi qu'il en soit, le Pater n'est pas suivi de VAve dans l'ordinaire de la Messe. Mais ce qui est très-remarquable, c'est que le culte de la Très-Sainte Vierge n'y perd rien; car, là même, à la place de la Salutation Angélique, se trouve la glorieuse mention de l'intercession de Marie, par une intention évidente de l'Église de maintenir, tout en le subordonnant à l'exception, le rapport du culte d'invocation de Marie avec le culte suprême de prière rendu à Dieu. En effet, après ces mots qui terminent l'Oraison dominicale, mais délivrez-nous du mal, le Prêtre reprend incontinent : « Délivrez-nous, « nous vous en prions. Seigneur, de tous les maux pasce ses, présents et futurs; et, par rinter cession de la « Bienheureuse et Glorieuse Marie, Mère de Dieu, et « toujours Vierge, ainsi que de vos bienheureux Apô- « très, etc., daignez nous départir la paix durant nos tt jours mortels, etc. , » comme si l'intercession de la Bienheureuse Vierge était la condition de succès de nos prières : ce qui n'est pas, si ce n'est dans le sens de cette parole du grand Poëte théologien : « 0 Femme, tu c( es si grande et tu as tant de puissance, que celui qui

« veut une grâce et ne recourt pas à toi, veut que son « désir vole sans ailes * . j)

Vi. — Enfin, la Consécration est achevée et la Communion la suit. À partir de ce moment qu'ouvre VAgnus Dei, l'Agneau, dont la chair devient la nourriture de l'âme, absorbe l'attention, les prières, les sentiments de cette âme qui va le recevoir. Le Prêtre parle dès lors à Jésus-Christ, par lequel seulement il avait parlé jusquelà ; et ce divin Objet de toutes les puissances de son être fait taire tout le reste dans l'ineffable intimité de sa possession. Dans cette dernière partie de Vordinaire de la Messe, il n'est pas parlé de la Sainte Vierge, pas plus que des Saints, ni même de Dieu en quelque sorte, si ce n'est en Jésus-Christ. Il n*est personne qui n'apprécie et qui ne goûte, surtout quand il a été dans la situation, la divine convenance de ce silence de toute autre parole que celle de l'âme et de son Dieu venant en elle pour y consommer le prodige de son amour. Et toutefois, là même encore, on peut dire que la Vierge n'est pas absente; car, comme le rappelle une ancienne liturgie, elle est bénie en union avec ce Fruit béni de ses entrailles passé dans les nôtres, jusqu'à la vérité de cette parole de saint Augustin : Caro Christi, caro Mariœ.

Telle est la grande place qui est faite à la Très-Sainte Vierge dans le Très-Saint Sacrifice de la Messe. Elle y paraît constamment, comme elle paraissait partout auprès de son divin Fils dans le cours de sa vie mortelle.

» Datitfc, k Pàradiè, charit XXXllî.

LA MESSB. BIS

Quel plus juste honneur, mais aussi plus concluant pour le culte que nous lui devons !

Vn. — Quelques personnes verront peut-être dans cette composition liturgique de la Messe, si favorable à la Très-Sainte Yjerge, une inspiration, sinon moderne, l'ignorance ne peut aller jusque-là, du moins inférieure i la plus haute antiquité, et produit de la dévotion romaine au moyen âge. Il faut qu'elles renoncent à cette opinion. La mémoire de la Sainte Yierge au Saint Sacrifice de la Messe est ce qu'il y a de plus ancien e\ de plus universel dans l'Église. Plu§ on remonte , plus on la voit célébrée, invoquée; plus on retrouve, plus on ressent, comme si on se rapprochait de sa personne bénie, l'impression de respect sacré, de sainte admiration, de souveraine confiance qpi'elle a faite dans le monde.

Ce n'est pas le moment d'établir l'antiquité Apostolique des liturgies où cette vérité trouve son témoignage. Nous le ferons dans notre Exposition historique. Mais nous croyons devoir les faire connaître ici par quelques extraits, comme rentrant dans notre Exposition iitiurgique.

Prenons d'abord la liturgie dite de saint Jacques, apôtre et frère de Notre-Seigneur, établie dans Jérusalem par les Apôtres mêmes. A chaque page nous y lisons la commémoration de la Très-Sainte Vierge en des termes comme ceux-ci :

Prions en mémoire de la cbaste Vierge Marie au milieu de noas ^s notre oblation '.

* Virginis par» Mari» memorUm agimad apnd nos fn oblatione

De nouveau et encore de nouveau faisons mémoire de la vraiment Bienheureuse, et préconisée par toutes les générations delà terre, sainte, bénie, toujours Vierge Mère de Dieu, Mariée

Dans un dialogue entre le Prêtre et le peuple qui précède la Consécration, après avoir imploré le Père toutpuissant, avoir loué et béni le Seigneur :

Le Prêtre : Mais surtout faisons^mémoire de la Sainte, Glorieuse, toujours Vierge, Bienheureuse Mère de Dieu, Marie.

Le Diacre : Souvenez-vous d'Elle, Seigneur Dieu, et par ses prières pures et bénies , pardonnez-nous, ayez pitié de nous, exaucez-nous *.

A la Communion nous trouvons exprimé ce rapport entre l'Eucharistie et la Vierge Marie virtuellement renfermé dans la liturgie actuelle :

Je suis le Pain de vie, a dit le Seigneur, et qui me mange avec foi aura la vie en héritage. Que ceux donc des fidèles qui voient son propre corps des yeux de la foi, que celui qui parmi eux est pur approche, qu'il le reçoive, et que par lui il obtienne le par-

nostra, — lAtunjia S. Jacobi apostoli fratris Domini, liturgiaeom ORiENTALiUM coLLECTio, opcra et studio Eusebii Renaudotii, tomus II, p. 29.

1 Iterum atque iterum commemoramus vere beafam, laudatamqno ab omnibus generalionibus terrae sanctam, benedictam, semper Virginem Genitricem Dei Mariani... Id., ibid., p. 35.

Sacerdos : Praecipue vero sanctœ et gloriosœ semper Virginia Beatae Genitricis Del Mariae memoriam agiraus. Diaconus : Mémento illius, Domine Deus, et per ejus orationes puras et sanclas, parce et miserere nobis et exaudi nos. Id., ibid., p. 32.

<1on. Bénie soit Marie, et béni soit le Fruit qui d'Elle est sorti : Parce que nous avons pris son corps et bu son sang pour Texpiation de nos péchés'.

Enfin, après lénumération de toutes les intentions offertes à Dieu, cette liturgie se termine ainsi :

Par les prières de la Mère de la Vie, la Mère de Dieu, Marie, et celles de tous les Saints à jamais. Ainsi soit-il '.

Même souvenir, même invocation de la Sainte Yierge dans les autres liturgies; on y lit souvent :

Par les prières et intercessions de Notre-Dame à nous tous, la Mère de Dieu, la divine et sainte Marie, et par celles des quatre lumineux saints Michel, Gabriel, Raphaël et Suriel'.

Dans la liturgie commune à tous les Éthiopiens ou Abyssins, on trouve cette belle salutation et celte riche et juste image empruntée aux mœurs de ces régions de feu :

Salut, Vierge Marie Mère de Dieu ! Vous' êtes l'encensoir d'or qui avez porté le charbon de feu, le Verbe incarné en vous qui

1 Ego sum panis vitae, dicit Dominas : et qui manducat me cum fide vitara haereditalMt. Qui vident corpus ipsum Olii cum fide : qui iuter eos purus est accédât, illudque SHScipiat, et per illud veniam eonsequatur. Benedicta Maria, et Benedictus fructus qui ex illa ortus est : quoniam corpus ejus accipimus et sanguinem ejus bîbimns, ad expiationem delictorum. Id., ibid., p. 42, 43.

' Fer precalionem Matris Vitje, Genitricis Dei Maris; et oraniom éanctorum in sscula. Amen. Id., ibid., p. 44.

' Liturgie de saine Basile. Renaudot, t. I, p. 25. — Liturgie de saint Grégoire de Nazianze. Id., p. .37. — Liturgie des Éthiopiens. Id.. p. 488.

s'est offert à son Père en encens de choix et en sacrifice précieux '.

Dans la liturgie des Nestoriens dite par eux des Bienheureux Apôtres, bien qu'ils évitent de nommer Marie Mère de Dieu, cependant le prêtre, dans la secrète de la Messe, fait à la Très-Sainte Vierge cette belle prière dont nous apprécierons plus tard la portée historique :

Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ, priez pour moi le Fils unique qui est né de vous, pour qu'il me remette mes manquements et mes péchés, et qu'il reçoive de mes mains débiles et pécheresses ce sacrifice que ma faiblesse offre sur cet autel, par votre intercession pour moi , Mère sainte ^ !

Dans la liturgie des Jacobites qui suivent l'hérésie d'Eutychès, contre-partie de celle de Nestorius, on lit cependant encore cette belle exposition de la doctrine qui fait de Marie le nœud de notre céleste adoption en Jésus-Christ :

Vous, Seigneur, par vos grandes miséricordes, vous avez envoyé vers nous un Sauveur et Libérateur, votre Fils unique bien-aimé,

1 Salve Virgo Maria, Mater Dei : tu es Ihuribulum aureum qnœ carbonem ignitum portasti, Yerbum ex te incarnatum, qui se ol)tulit Palri suo in incensum.prœcipuum , sacriûciumque pretiosom. Id., ibid., p. 481. — De là le nom de charbons vivants donné aux particules de l'hostie consacrée chez les Orientaux. Renaudot, t. Il, p. 63.

- Mater Domini nostri Jesu Christi , deprecare pro me Filium unigenitum qui ex te natus est, ut remiUat mihi delicta et peccata mea, et suscipiat ex manibus meis inQrmiâ et peccatricibus sacrificium hoc quod offert imbecillitas mea, super boc altare, per intercessionem pro me. Mater sancta. Id,, ibid., p. 583.

qtti est sorti de tous, ô Vierge t comme un rayon de la lumière reluisant dans un œil pur. Il a pris la ressemblance d'un esclave dans un sein béni, bien qu'il soit véritablement la semblancede TOtre Majesté : se faisant homme, en ce sens que lui-même l'a voulu pour nous faire dieux, naissant d'un sein charnel, pour nous réengendrer d'un sein spirituel, se faisant notre frère pour nous faire vos enfants*

C'est par cette doctrine radicalement chrétienne, avons-nous dit plus haut, que VAve se relie au Pater: aussi, dans la Messe même, selon l'antique liturgie que la tradition fait remonter à révangéliste saint Marc, après les demandes adressées au Père céleste, le prêtre dit:

Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes, et béni est le fruit de votre ventre, parce que vous avez enfanté le Sauveur de nos âmes. A voix haute : En premier lieu, faisons mémoire de la Très-Sainte, Immaculée, et Bénie, Notre-Dame, Mère de Dieu et toujours Vierge Marie*.

Nous reviendrons à ces monuments primitifs; c'en est assez quant à présent pour montrer de quelles sources

* Ta, Domine, per miserationes tuas magnas, misisti ad nos Salvatorem et liberatorem, unigenitum Filium tuum dileclum : qui ortus, ex te, 0 Virgo, tanquam radius ex luce in oculo pure effulgens, etc. Renaudot, t. II, p. 358.

» Ave gralia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus, et benedictuâ fructus ventris tui , quia peperisti Servalorem animarum nostrarum. Elevata voce : Imprimis sanctissimae, intemeratae et benediclae Dominae nostraeDei Genitricis et semper Virginia Mariae, Id., t. I, p. 135. — h' Ave Maria se trouve aussi de la même façon dans la liturgie de saint Jacques : voir le P. Lebrun, Liturgie de saint Jacques, p. m, t. 11 de son Explication de la Messe.

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antiques et abondantes sont sorties les louanges et les commémorations de la Très-Sainte Vierge dans la liturgie de la Messe, telle qu'elle est aujourd'hui. Il faut y admirer un des plus éclatants témoignages de la vie de Marie dans l'Église, c'est-à-dire dans la foi, la vénération, l'amour et la confiance des races chrétiennes de tous les temps et de tous les lieux.

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