‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 20 sur 43 · OFFICES · texte numérisé non relu

OFFICES

OFFICE GtXÊRAL. — OFFICES SPÉCIAUX.

Outre le Saint Sacrifice, outre les prières consacrées qui viennent habituellement sur les lèvres des chrétiens, il y a un ensemble de prières ecclésiastiques par lesquelles l'Église acquitte régulièrement et constamment l'ofllce de louer Dieu, et que pour cela on appelle Office. Il y a l'OfTice général où la Sainte Vierge est honorée; il y a aussi des Offices spéciaux qui lui sont plus particulièrement consacrés. Nous allons examiner sous deux paragraphes ces deux formes liturgiques de l'honneur qu'elle reçoit.

Office général.

Les fidèles connaissent de ce cours de prières les Vêpres et les Compiles qui se chantent l'après-midi de chaque dimanche et de chaque fête ; mais ce n'est là que deu\ parties d'un ensemble qui en comprend sept, savoir : Matines et Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Compiles ; ces noms sont tirés des diverses heures du jour complet auxquelles les ecclésiastiques doivent dire ces diverses parties de l'Office, selon les

prescriptions canoniques ; d'où le nom à' Heures canoniales: de telle sorte que toutes les parties du temps sacerdotal soient sanctifiées par la prière, illuminées par l'instruction, et vivifiées par le divin commerce. L'Office se compose de psaumes, de cantiques, d'hymnes, de leçons, de versets, de répons, etc., de manière à captiver, sous toutes les formes, l'âme du prêtre, à faire repasser en elle brièvement (d'où vient le nom de Bréviaire) la Religion tout entière, et à la tremper, en quelque sorte, dans les eaux vives de l'Ecriture Sainte, de la tradition, de la doctrine et de la liturgie, pour que, rafraîchi , reposé, fortifié et nourri par ce céleste aliment, il le répartisse ensuite aux fidèles; ou qu'il répare, par cette abondance de prières, le criminel oubli de Dieu où tant d'âmes perdent le temps.

Le Protestantisme a naturellement supprimé cette admirable institution, qui se recommandait de l'Antiquité la plus sacrée , ainsi que cela nous est attesté par saint Cyprien, par Tertullien, par les Constitutions Apostoliques, par les Actes des martyrs, par la lettre de Pline à Trajan sur les coutumes des premiers chrétiens, par l'épître de saint Paul aux Éphésiens, par TEvangile enfin et le divin exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même'.

Quoi qu'il en soit de ces intéressantes notions, que

* Voyez Bergier, Dict, théologiqne, et les Institutions liturgi-'jies de dom Guéranger. — On fait même remonter la coutume de cette répartition de prières, dont la plupart se composent des psaumes de David, à ce chantre inspiré lui-même qui dit dans le psaume 118 : « Je me « levais au milieu de la nuit pour vous adresser mes louanges... Je « vous ai loué sept fois pendant le jour, etc. »

nous ne pouvons qu'indiquer, remarquons la part de la Très-Sainte Vierge dans ce grand foyer de vie sacerdotale où s'allume la foi des peuples.

L'ordinaire du Bréviaire , soit romain , soit parisien , ne se compose guère que de psaumes répartis selon les jours de la semaine : c'est comme la charpente de l'Office, où viennent s'attacher les leçons, les versets, les répons, les antiennes , les hymnes , qui composent le propre du temps , et qui varient avec celui-ci. Il ne faut donc pas s'attendre à trouver dans VOrdinaire des mentions spéciales de la Très- Sainte Vierge. Cependant on ne peut pas ne pas y être frappé d'une chose , singulièrement glorieuse pour cette Reine du Clergé , comme l'appelle l'ÉgUse. C'est que tout l'Office, dans chacune de ses parties, est ouvert par sa louange et son invocation, et qu'il est clos dans son ensemble par les plus belles prières et les plus beaux chants qui soient consacrés à son culte.

Chaque heure canoniale , en effet , prise séparément , commence, avant tout, par le Pater et YAve^ répétés autant de fois qu'ilya de parties dansl'Office. La louange invocatoire de Marie, unie à l'Oraison par excellence, ouvre et purifie les lè\Tes du Prêtre et monte la première au trône de Dieu.

Quant à la clôture de TOffice par les deux dernières parties auxquelles les fidèles sont habitués à prendre part. Vêpres ei Compiles, tout le monde sait quelle place y occupe la Très-Sainte Vierge. L'Église a réservé pour ces deux Heures où toute la famille chrétienne est assemblée , les plus belles louanges de la Mère de Dieu. A Vêpres, qui peut jamais entendre sans une sorte de religieux frémissement le Magnificat, lorsque, aux premiers

accents de ce divin Cantique, prêtres et peuples se lèvent d'un mouvement unanime , et que , aux accords de l'orgue , aux sons des cloches , aux flots d'encens dont les Célébrants parfument en ce moment les autels, les strophes inspirées éclatent de mille bouches en une seule voix , et sont renvo}'ées par les voûtes du temple , toujours insuffisantes à leur essor? Qui peut jamais s'habituer au miracle prophétique de cet accomplissement, chaque jour croissant , de l'oracle de Marie : Ecce eniin ex hoc Beatam medicent omnes generationes, lorsque le môme divin Esprit qui le lui fit proférer semble passer sur nous pour nous le faire redire, pour nous le faire transmettre de toutes les générations qui nous ont précédés, à toutes celles qui doivent nous suivre? Qui n'est ému et ravi de tous ces autres versets où la grandeur, la miséricorde et la puissance de Dieu sont chantées à si grands traits par l'humble Marie, en qui elles ont opéré, dans leur plus haute perfection , les merveilles qu'elles ont reproduites ensuite dans le monde? Qui ne se sent inondé d'amour et de foi à ce Stiscepit Israël puerum sumn et à ce Sicut lociitus est ad jiatresnostros Abraham etsemini ejus in sœcula, qui parcoui'tlous les âges de l'humanité et les rassemble en une seule famille , en un seul enfant , au sein d'un même Dieu , d'une môme Mère? VLes enfants de la femme forte décrite par Salo- « mon , dit un vieil auteur , se sont levés et Vont publiée c( bienheureuse^ . Levons-nous pour rendre ces devoirs à « notre Mère, qui s'est levée et se lève, elle aussi ^, afin

1 Surrexerunt fllii ejus, et beatissimam prîBclicaverunt. Piov., XXXI, 28,

- Exsurgens aulem Maria... ciim fesiinalione... Lue, i, 39.

ce de pourvoir à ses domestiques, de nuit, de jour, en « tous temps et en toute occasion, en la vie , en la mort, « après la mort. Nos anciens pères se sont levés pour la « louer dès la nuict de l'ancienne loy , au point du jour « de l'Évangile, et ont continué du midyjusques aux « vêpres de ces derniers temps : levons-nous à notre « tour sans dégénérer de nos ancêtres. Si ses louanges « sont à nos portes , le salut sera dans nos murs : Oc- « cupabit salus mw'os tuos et portas tuas laudatio ■> (Isa. Lx, 18)'.

Les Compiles qui complètent lOflice se terminent par ces belles Antiennes de la Sainte Vierge , au sujet desquelles Bossuet dit : « L'Église, toujours toucliée des « grâces que Dieu a faites au genre humain par la a Sainte Vierge, par laquelle il nous a donné le « Sauveur même , chante ses louanges à la fin de l'Of- « fice , et les termine par une oraison quelle adresse « à Dieu , pour le remercier des grâces inestimables « qu'il a faites à cette Vierge très-pure, et pour le c( prier en même temps d'avoir agréables , au nom de « Jésus-Christ , les prières que sa sainte Mère lui fait « pour nous^. »

Ces Antiennes , comme .on sait, sont au nombre de quatre , et occupent successivement tout le temps de l'année ecclésiastique , par une correspondance de la gloire et de la grandeur de Marie avec les principaux mystères où elle a pris part. Ainsi , depuis le premier

> V Adoption des enfants de la Vierge, par le R. P. Grégoire di Naiîanie, p. 7.

2 L'OfTxe de l'Église.

dimanche de l'Avent jusqu'à la Purification, c'est Y Aima Redemptoris Mater, où la Maternité de Marie est glorifiée.

On attribue cette première Antienne à Hermann Contract, moine bénédictin, qui vivait au onzième siècle; la détresse humaine y fait appel au glorieux et miséricordieux secours de la Mère du Sauveur en accents des plus touchants .•

Aima Redemptoris Mater, quœ Mère féconde du Rédempteur

pervia cœli qui êtes la Porte du ciel tou-

Porta mânes, et Stella maris, jours ouverte et l'Étoile de la

succurrc cadenti, mer : prêtez secours à ce peuple

Surgere qui curât, populo : Tu qui tombe et qui cherche à se

quœ genuisti, relever. 0 vous qui, au grand

Natura mirante, tuum sanctum éionnement de la nature, avez

Genitorem ; donné naissance à votre divin

Virgo prius ac posterius, Ga- auteur, vierge devant et après

brielis ab ore l'enfantement , à qui Gabriel

Sumens illud Ave, peccalorum adresse le salut, ayez pitié des

miserere. pauvres pécheurs.

Depuis la Purification jusqu'au Jeudi-Saint, c'est VAve Regina cœlorum, où la céleste et angélique royauté de Marie est célébrée pour le bienfait accompli de l'Incarnation.

L'origine de cette Antienne est des plus anciennes; elle est toute d'un seul jet : c'est comme une salve d'honneurs et d'applaudissements à la Reine du ciel qui se termine par un touchant adieu et un appel à son intercession.

Ave, Regina cœlorum! Saluf, Reine des cieux ! Salut,

Ave, Domina Angelorum! Souveraine des Anges 1 Salut,

SaWe, Radiï ; salve Porta Ex qua mundo lax e&i orta 1 Gaude. Virgo gloriosa.

Super omnes speciosa.

Vale, 0 valde décora, Et pro nobis Christum eiora.

racine de Jessé! Salut, Porte du ciel d'où la lumière s'est IcTéc sur le monde! Réjouissez-vous, Vierge glorieuse et qui l'emportez sur toutes en beauté.

Adieu, ô toute-belle, et implorez le Christ en notre faveur-

Depuis le Samedi-Saint jusqu'à la Pentecôte, cest le Regina cœli lœtare, où le triomphe de la Résurrection éclate dans la joie de ce cœur de Marie que viennent d'inonder les amertumes de la Passion.

Ce chant remonte à saint Grégoire le Grand et il a une origine miraculeuse. Un Ange le fit entendre du haut du ciel le jour de Pâques, dans une procession où ce saint Pontife, avec tout son peuple, venait d'obtenir la cessation d'une peste par l'intercession de Marie. Saint Grégoire y ajouta seulement l'invocation qui le termine :

Regina cœli, laetare.

Alléluia! Quia quem meruisti portare.

Alléluia!

Resurreiit sicut dixit,

Alléluia!

Ora pro nobis Deum,

Alléluia!

Reine du ciel , réjouissezvous ; — Louez Dieu ! — parce que celui que vous avez mérité de porter, — Louez Dieu ! — est ressuscité comme il l'avait prédit, — Louez Dieu !

Priez Dieu pour nous, — Louez Dieu !

Enfin, depuis la Trinité jusqu'à l'Avenl, c'est ce Sahe^ Regina, qui résume tous les accents, tous les cris de détresse de la misère humaine vers la Mère et l'Avocate que le Ciel lui a donnée.

Le Salve Regina est le chant catholique pai" excellence, aussi a-t-il été en butte à tous les traits de l'hérésie qui s'y sont émoussés. Attribué à Hermann Contract, il fut bientôt redit par les Peuples, approuvé par les Docteurs, adopté par l'Église, comme le chant d'exil de l'âme aspirant au ciel. Il se recommande de la prédilection de saint Bernard, qui y ajouta d'inspiration la triple invocation qui le termine, dans une circonstance mémorable que nous aurons à raconter, « Composé par « des saints, institué par des saints, proposé par des « saints, écrivait le vénérable Ganisius, d'une grâce « suave, d'un sens fécond, d'une mystérieuse profonc( deur, il attendrit le cœur, il nourrit l'esprit, il en- « flamme les intimes dispositions de l'âme pour le culte « de la Mère de Dieu. » On raconte qu'il s'échappa avec le dernier soupir des lèvres de Cinq-Mars.

Salve I Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo, et spes nostra, salve! Ad te clamamus, exules filii Evîe : ad te suspiraraus, gementes et fientes in hac lacrymarum valle. Eia ergo, A.dvocata nostra, illos tuos miséricordes ocnlos ad nos converte : et Jesum benediclum fructum ventris tui nobis post hoc exilium ostende : 0 démens ! 0 pia ! 0 dulcis Virgo Maria !

Salut! Reine, Mère de mise'ricorde, notre vie, notre douceur, et notre espérance, salut l Nous élevons nos cris vers vous, malheureux exilés et eafants d'Eve que nous sommes.

Nous poussons nos soupirs vers vous avec pleui's et avec gémissements du fond de cett£' vallée de larmes. De grâce, ô notre Avocate ! tournez vers nous ces yeux qui ne sont que miséricorde, et montrez-nous, à la sortie de cet exil, Jésus, le fruit béni de vos entrailles : ô clémente! ô bonne! ô douce Vierge Marie !

Je n'oublierai jamais l'impression que me fit éprouver à la grande Trappe le chant du Salve Regina. Tout ce qu'on m'en avait dit fut dépassé; comme pour ces grands spectacles de la nature, la mer et les montagnes, quelleméme s'est réservé de faire voir. A la toml)ée du jour, quand tout se replie dans la nature et dans les -[^œurs, dans le religieux silence de l'air l'appel de la cloche se fait entendre. Tous les travaux sont arrêtés. De tous le? champs, de tous les ateliers du monastère, les religieux, les convers, les familiers se rendent à la chapelle, se ramassent dans le milieu du chœur : et là, debout, en face de l'autel, dans l'ombre sacrée du sanctuaire, ils entonnent cet immense Salve dont la première note indéfiniment croissante et suppliante semble s'étendre de la terre au ciel. Toutes les intonations de ce chant admirable, modulées par deux cents bouches qui en respirent les sentiments et qui ne s'ouvrent que pour le faire entendre, parcourent ensuite lentement tout le clavier de l'àme chrétienne, depuis cet Et Jeswn henedictum dont la cavité profonde exprime tout l'aliaissement, tout l'anéantissement du Fils de Dieu des-

ndu sur la terre, jusqu'à cet O démens! O pia! O dulcis Virgo Maria! qui monte frapper le ciel de ses ondes sonores, comme pour en arracher la miséricorde et la pitié.

Ainsi finit l'Office comme il a commencé, par la louange et l'invocation de Marie ; ainsi finit le jour dans l'EgUse : c'est le dernier salut et comme le Bonsoii^ de la famille humaine repliée au sein de Dieu sous l'aile do Marie, pour s'y endormir sous sa maternelle protection.

Et encore, retour touchant ! l'Office terminé, le cœur du Prêtre, soucieux des distractions et des oublis qu'il

peut avoir commis pendant son cours, revient à Dieu pour se les faire pardonner par cette suprême prière instituée à cet effet :

A la sacrée, sainte et indivisible Trinité; — à l'Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié ; — à la féconde Intégrité de la Très-Bienlieureuse et Très-Glorieuse Marie, toujours Vierge, — et à la compagnie de tous les Saints, soit toujours louange, honneur, vertu, gloire de la part de toute créature, et à nous la rémission de tous nos péchés, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Verset : Bienheureuses les entrailles de la Vierge Marie qui ont porté le Fils du Père éternel.

Répons : Et bienheureuses les mamelles qui ont allaité le Christ Notrc-Seigneur.

Notre Père, etc..

Je vous salue, Marie, etc.'

Marie, toujours Marie ; ce n'est pas nous, c'est l'Église, c'est le Cliristianisme dans la liturgie de tous les peuples qui vivent de sa foi.

Mais celte foi chrétienne, catholique, ne s'est pas contentée de cet hommage et de ce recours à Marie dans l'Office général de l'Église, elle lui a, de plus, consacré des offices spéciaux auxquels nous devons maintenant notre attention.

Offices spéciaux et en particulier Olflce du samedi.

Il y a trois Offices spéciaux consacrés à la Sainte

Vierge : un petit Office facultatif qui vient s'ajouter tous les jours à l'Office général et qu'on appelle Parvum Officium; — un grand Office du samedi qui, pour ee jour (quand il n'est pas un jour de fête) prend la place de l'Office général, et qu'on appelle Officium B. Mariœ in Sabbato ; — et un Office commun à toutes les fêtes de la Sainte Vierge pendant l'année, sans préjudice de ce qu'il y a de particulier à chacune de celles-ci, c'est l'Office in Festis B. Manœ per Annum. Ainsi chaque jour, chaque semaine, chaque temps de Tannée est spécialement consacré par un Office à la Sainte Vierge. Ce luxe n'étonnera que ceux qui ignorent tout ce que nous avons à leur montrer encore sur ce sujet.

L'office in Festis per Annum se retrouvera dans ce que nous aurons à dire des fêtes delà Sainte Vierge. Nous n'allons donc traiter ici que de V Office du samedi et du petit Office, et d'ahord de \ Office du samedi.

Dès les temps anciens, le samedi a été comme le Dimanche de Marie, lui étant spécialement consacré, nonseulement par un Office spécial, mais par une Messe appelée de Beata, et cela dans tous les rites du monde chrétien. Cet usage, dit Durand de Mende, prit son origine de ce que jadis, dans une église de Constantinople, il y avait une image de la Bienheureuse Vierge devant laquelle était suspendu un voile qui la couvrait tout entière; mais ce voile, le soir de la sixième férié venu (le vendredi après Vêpres), s'écartait de l'image sans que personne y touchât et par le seul miracle de Dieu comme s'il était emporté vers le ciel, afin que l'image pût être parfaitement vue par le peuple. Et après la célébration des vêpres , le samedi, le même voile descendait

devant l'image et y demeurait jusqu'au vendredi soir suivant*.

Mais ce voile découvrait aussi des raisons de consacrer le samedi à la Sainte Yierge, et ces raisons liturgiques, qui justifient et animent cette institution, sont diverses et fort belles. La première, c'est que lorsque Notre-Seigneur eut été crucifié et fut mort , et que ses disciples s'enfuyaient et désespéraient de sa résurrection^ en ce samedi qui précéda celle-ci, Marie seule soutint toute la foi en son divin Fils; car elle savait comment elle l'avait conçu et enfanté, et elle était certaine que le Fils de Dieu, qui avait ainsi pris la vie humaine dans son sein virginal, la reprendrait dans le tombeau. Glorieux souvenir de la foi unique de Marie, représentant en ce moment toute l'Église, et que toute l'Église devait justement fêter. A cette première et principale raison sont venues se joindre celles-ci : que le samedi est la porte d'enlrée du dimanche, et que ]\liirie étant pour nous la porte qui conduit au royaume des cieux que symbolise le dimanche, le samedi devait lui être consacré ; — qu'il convenait que la solennité de la Mère fût la vigile et comme l'aurore de celle du Fils ; — que le jour où Dieu s'est reposé de tout ouvrage devait être fêté comme il l'a été de toute antiquité, et qu'il ne pouvait mieux rêtre, que par la fêle de celle qui a été comme le reposoir duj Verbe, par qui tout a été fait, au milieu de nous; — enfinj le samedi est ainsi célébré comme symbole prophétique du samedi de la grande semaine qui comprend tous les siècles, et dont le dimanche sera la bienheureuse éternité. En ce soir du monde, en ces Comjo/zes de la création,.'

1 Ralionale Diviuorum offîcioruin, lib. IV, cap. i, n. 31.

la Vierge Marie sera glorifiée pour la suprême miséricorde dont elle sera l'instrument envers les Elus, et poulie triomphe final de la famille de Dieu dont elle est la Mère, C'est un grand culte que celui qui s'offre de toute part sous des aspects si lumineux et si sublimes.

Par ces raisons, le samedi est consacré à la Sainte Vierge par un Office spécial et par une Messe en sou honneur ; et ce n'est pas un des moindres caractères de l'éclipsé de la vie chrétienne dans ce temps, que l'ignorance ou l'oubli de cette institution.

Examinons un peu la composition de celte belle liturgie.

La Messe de Beata Virgine, consacrée à la Sainte \ ierge, le samedi, par des introït, épître. graduel, évangile, offertoire, secrète, préface, communion et postcommunion qui ont trait à sa louange et à son invocation, a cinq formes différentes, selon les différents temps de l'année, savoir : de l'Avent à la Nativité, de la Nativité à la Purification, de la Purification à Pâques, de Pâques à la Pentecôte, de la Pentecôte à l'Avent, afin que la gloire de la Très-Sainte Vierge soit représentée et célébrée sous tous ses aspects, c'esl-à-dire sous tous ses rapports asec les grands mystères de son divin Fils. Dans les deux premières phases de cette glorieuse évolution, de l'Avent à la Nativité, et de la Nativité à la Purification, l'Église se borne à exposer les fondements de la grandeur de Marie par des témoignages prophétiques et historiques tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament ; mais après ces glorieux mystères, et à partir de la Purification, elle ne se contient pour ainsi dire plus, et elle éclate en accents admirables de louanges à la Vierge auguste qui est devenue la Mère de Dieu :

Jntroit ! Salve, sancta Parens, enixa puerpera Regem : qui cœlum terramque régit in ssecula sseculorum.

Salut, Mère sainte, qui avez enfanté, Vierge, le Roi à qui le 1 ciel et la terre sont soumis aux '' siècles des siècles.

Graduel -. Benedicta et venerabiiis es, virgo Maria : quse sine tactu pudoris inventa es Mater Salvatoris.

Vous êtes bénie et digne de toute vénération, ô Vierge Marie : Vous qui, sans atteinte à la virginité, vous êtes trouvée la Mère du Sauveur.

Idem ; Virgo Dei genitrix, quem tolus non capit orbis, in tua se clausit viscera, factus liomo.

Vierge Mère de Dieu, Celui que l'univers entier ne saurait contenir s'est enclos dans vos entrailles, se faisant homme.

7cr«cf : Virga Jesse floruit:

Virgo Deum et liominem genuit : pacem Deus reddidit, in se reconcilians ima summis.

La tige de Jessé à fleuri, la Vierge a engendré le Dieu- Homme : le Dieu qui nous a rendu la paix en réconciliant en Lui ce qu'il y a de plus bas à ce qu'il y a de plus sublime.

/cfem: Gaude, Maria Virgo, cunctas hsereses sola interemisti in universo mundo.

Soyez dans la joie, ô Vierge Marie; seule, vous avez terrassé toutes les hérésies dans l'univers entier.

Offertoire ; Félix namque es, sacra Virgo Maria, et omni lande dignissima : quia ex te ortus est sol justitiae, Christus Deus noster.

Heureuse êtes-vous, Vierge sacrée et digne de toute louange à jamais : parce que de vous s'est levé le soleil de justice, le Christ notre Dieu.

Idem : Beata es Virgo Maria, Oui , vous êtes bienheu-

quse omnium portasti creato- reuse, Vierge Marie, qui avez rem : genuisti qui te fecit, et porté le Créateur de toutes choin aeternum permanes yirgo. ses; qui avez engendré votre

Auteur et demeurez vierge à

jamais.

Communion : Beata viscera Heureuses les entrailles de

Mariae virginis, quae portave- la Vierge Marie, qui ont porté runt aeterni Patris Filium. le Fils du Père éternel.

C'est dans la liturgie romaine et universelle que se Usent ces belles louanges ; elles se lisaient aussi partout dans la liturgie gallicane et dans l'ancien Parisien- Romain, qui a subsisté jusqu'après Bossuet. Elles ont été effacées dans le nouveau Parisien par la main janséniste du dix-huitième siècle, qui s'est fait un système de dii minuer le culte de la Vierge et des Saints, notamment en cartonnant par des passages de la Bible, plus ou moins obscurs pour les fidèles, les interprétations et allusions tirées des saints Pères dont l'Église a composé les louanges de la Mère de Dieu. Cette réforme, qui, par le but qu'elle poursuivait et par le moyen qu'elle a employé, a trahi doublement sa filiation avec la grande Réforme, se proposait, de proche en proche, d'aller jusi[u'à l'entier effacement du langage de l'Église et des louanges de la Mère de Dieu, si elle n'eût été arrêtée par le cri public, non sans laisser, comme témoignage accu-

tsateur de son esprit, les dégradations que nous aurons à signaler dans la suite de ce chapitre.

L'Office du samedi, dont nous venons de faire connaître la Messe, conmience dès la veille par des commémorations, hymne, antienne, verset et oraison de la Sainte Vierge ajoutés aux Vêpres du vendredi. Il s'ouvre dès

lors par le capitule Ab initio et ante sœcula creata sum, où l'Église applique à la prédestination de la Très-Sainte Vierge ces magnifiques paroles de l'Ecclésiastique sur la Sagesse, et qui a été supprimé partout dans le nouveau Parisien. ^'lewi ensuite la belle h^'VcmeAve, maris Stella, hymne touchante de gracieuse et mélancolique supplication, où tous les titres de Marie sont invoqués, tous les maux de l'humaine nature exposés, tous les biens qui manquent ou qui périclitent demandés ; et avec quelle simplicité de paroles : Mala nostra pelle, bona cuncta posée! et avec quelle pureté de désir: Nos ciilpis sohitos mites fac et castos ! et avec quelle élévation de vues : Vitam prœsta piiram , iter para tutum , ut videntes Jesum, semper collœtemurl et avec quel fondement de confiance qui explique et résume tout : Monstra te esse Matrern, sumat per te preces quipro nobis natus tiilit esse tuus ! et enfin avec quelle mélodie de chant tellement appropriée aux sentiments et aux paroles qu'elle pourrait les inspirer et les suppléer!

On suit la trace de Y Ave, maris Stella, jusqu'au douzième siècle. Son auteur est inconnu, ou plutôt son organe ; car c'est de l'âme chrétienne qu'est éclos ce chant de la captivité et de l'exil à la Mère du Libérateur et à la Reine de la patrie.

Ave, maris Stella, Salut, Étoile de la mer, Au-

Dei Mater aima, guste Mère de Dieu et toujours

Atque semper Yirgo Vierge, bienheureuse Porte dû

Félix cœli Porta. ciel.

Sumens illud Ave Recevantle salut de laboucb«

Gabrielis ore, deGabriel,établissez-nousdans

Fuudanos in pace, la paix, en échangeant le nom

Mutans Evœ nomen. « d'Eve.

Solve vincla reis, Profer lumeu ccecis, Mala nostra pelle, Bona cancta posce.

Déliez les liens des coupables, apportez la lumière aux aveugles, chassez nos maux, obtenez-nous tous les biens.

Monstra te esse matrem :

-^ama per te preces wiii pro uobis natus Tttlii esse tous.

Montrez-Tons Mère, et que reçoive par vous nos prières Celui qui pour nous a daigné être TOlre Fils.

Virgo singnlaris, Inter omnes mitis.

Nos culpis solutos Mites fac et castos.

Vitam prsesta puram, ter para tutum; l"t videntes Jesum, >emper collœtemur.

Viergeincomparable et doncc entre toutes les vierges, faites que, purifiés de nos crimes, nous soyons doux et chastes.

Obtenez-nons une vie pure, frayez-nous une route sûre, afin qu'admis à contempler Jésus, nous goûtions les joies éternelles.

Sit laus Deo Palri, ^ummum Ghristo decus, -piritui Sancto, ùibus honor unos*. Amen.

Gloire à Dieu le Père, au Christ honneur suprême, louange au Saint-Esprit, hommage unique à la Trinité. Ainsi soit-il.

Après VAve^ niaris Stella^ la vigile de l'Office de hhato se termine par un verset, une petite antienne une oraison à la Sainte Vierge.

Les Matines^ qui commencent ensuite l'Ofûre propre,

' Cette belle hymne a été réiablie dans le Parisien, d'où on avait o«é la supprimer, ou plutôt la badigeonner par la planie de Coffln, 'lans la première édition da Bréviaire de Vintimille.

s'ouvrent, après l'invitatoire ordinaire, par l'hymne antique Quem terra, pontus^ sidéra^ etc., où éclate d'une manière lyrique cette vérité que nous avons constamment présentée dans ces études, que c'est Jésus-Christ que nous honorons dans Marie, comme Celui de qui vient et à qui retourne toute la gloire que nous célébrons en elle. Attribuée par quelques-uns à saint Grégoire, par d'autres à saint Fortunat, cette hymne remonte par conséquent au sixième siècle.

Quera terra, pontus, sidéra Colunt, adorant, praedicant, Trinam regentem machinam Glaustrum Mariae bajulat.

Celui que la terre, la mer et les cieux révèrent, adorent et publient, le roi de l'univers entier, Marie le porte dans son sein.

Gui terra, sol et omnia Deserviunt per tempora, Perfusa cœli graiia Gestant puellae viscera.

Beata Mater munere, Gujus supernus Ârtifex Mundum pugillo continens, Ventris sub arce clausus est.

Les flancs de cette Vierge que la grâce du ciel inonde recèlent Celui à qui le soleil, la lune et touslesètres obéissent à jamais.

Bienheureuse Mère à qui est échu ce grand bonheur que le Suprême Architecte qui contient le monde dans le creux d^ sa main, ait été s'enfermer sou| l'humble voûte de votre sein.

Beata cœli munere, Fœcunda Sancto Spiritu, Desideratus gentibus Gujus per alvum fusus est.

Jesu, tibi sit gloria Qui natus es de Virgine

Bienheureuse , qui à la voix de l'Ange, fécondée du Saint- Esprit, avez reçu dans vos entrailles le Désiré des nations.

Gloire à vous, ô Jésus, qui êtes né d'une Vierge. Gloire à

Cura Pâtre et Almo Spiritu lu sempiterna saecula.

Amen.

TOUS arec le Père et le Saint- Espritdans les siècles éternels.

Ainsi soit-il.

La louange exprimée dans ce beau cantique se trouve reproduite ensuite dans le reste des Matines en des versets, des bénédictions, des antiennes et des oraisons pleins d'un pieux enthousiasme, comme cette Antienne prise dun sermon de saint Augustin.

Beata Dei genitrix, Maria, Virgo perpétua, templum Domini, sacrarium Spiritus sancti, sola sine exemplo placuisti Domino nostro Jesu Christo, succurre miseris ; juva pusillanimes; refove flebiles; ora pro populo; interveni pro clero; intercède pro devoto fœmineo seiu; sentiant omnes tuum juvamen , quicumque célébrant tnam sanctam commemorationem.

Bienheureuse Mère de Dieu, Vierge à jamais, temple du Seigneur, sacré trésor du Saint- Esprit, qui seule et sans pareille avez pluàNotre-Seigneur Jésus-Christ: secourez les misérables, aidez les craintifs.

Réconfortez les affligés, priez pour les peuples, intervenez pour le clergé, intercédez pour le sexe pieux des femmes, que tous ressentent les effets de votre assistance, eu célébrant votre sainte commémoration.

Après les Matines nous trouvons à admirer dans les Laudes ces magnifiques Antiennes, composées dans l'Église romaine au temps des hérésies de Nestorius et d'Eutvchès pour confirmer la créance des fidèles, environnées de la plus profonde vénération dans tous les âges, et que le Parisien ne connaît plus.

0 admirabile commerciumî LfB Creator generis humani, ani-

0 commerce admirable! le Créateur de la race humaine

matum corpus sumens, de Virgine nasci dignatus est; et procedens homo sine semirie, largitus est nobis suam Deita-

tem.

prenant un corps animé, a daigné naître d'une Vierge, et se faisant homme sans l'œuvre de riiomme, il nous a départi sa Divinité.

Rubum quem vidcrat Moyscs incombusUim, conscrvatamagnovimus tuam laudabilem virgiuitatem : Dei genitrix, intercède pro nobis.

Germinavit radix Jesse; orta est slclla ex Jacob ;

Virgo peperit Salvatorem.

Te laudamus, Deus noster.

Le buissonque Moïse vit embrasé sans être consumé, nous est un symbole de votre glorieuse virginité conservée dans la maternité; ô mère de Dieu, inlercédez pour nous!

La racine de Jessé a poussé sa fleur, l'étoile s'est levée de Jacob, la Vierge a enfanté le Sauveur; nous vous louons, ô notre Dieu.

Ecce Maria gcuuit nobis Salvatorem,

Quem Joannes videns exclamavit dicens :

Ecce Âgnus Dei, ecce qui loUit pcccala muudi.

Alléluia!

Voici que Marie nous a engendré le Sauveur, celui à la vue duquel Jean s'écria en disant : Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte les péchés du monde. Louez Dieu)

Quel culle que celui qui inspire des chants si animés et si purs, si éclatants et si louchants, où toute la Religion vient se refléter dans la Maternité divine d'une vierge, comme le vaste firmament dans le pur cristal d'un lac profond que rien n'a touché !

Remarquons dans rOffice de Sabbatole?, douze Leçons, distribuées entre les douze mois de Tannée, dans lesquelles l'Eglise expose , par des extraits de leurs écrits,

la doctrine des Pères : de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Iiénée, de saint Augustin, de saint Gréiroire, de saint Basile, de saint Léon, de saint Bernard, fouchant les gloires et les grandeurs de Marie, et la suprême importance de son ministère dans l'humanité, soit pour nous avoir donné un Sauveur sur la terre par son consentement virginal, soit pour nous départir du haut du ciel, par la maternelle puissance de son intercession, les grâces et les bénédictions dont elle nous a ouvert la source. Toutes ces voix diverses, mais unanimes dans la louange de la Très-Sainte Vierge, acquièrent, par la consécration liturgique qui les fait intervenir dans l'Oflice de rÉglise, TefTet d'une évocation sacrée faisant revivre et réapparaître au pied du trône de Marie, par la perpétuité de la doctrine, les grandes figures de ces saints Docteurs qui ont été les Pères illustres et les généreux Confesseurs de la foi.

Tel est, rapidement envisagé, TOftice m Sahbato.

Considérons maintenant le Petit Office.

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