CHAPITRE IV
FETES
FÊTES DE NoTRE-SeIGSEUR PAU RAPPORT A LA SaINTE ViERGE.
Je ne connais rien qui justifie plus tout ce que nous avons dit du ministère de Marie dans le Plan divin, dans l'Évangile, et dans l'humanité, que la place qu'elle occupe dans le cours annuel des Fêtes de la Religion.
C'est cette Religion même, avons-nous déjà dit, c'est son enseignement tout à la fois le plus doctrinal et le plus vivant qui vient se refléter, se mouvoir et se distribuer dans cet ensemble des solennités qui composent l'Année liturgique. Là donc, nous ne pouvons pas être le moins du monde induits en erreur par aucune exagération de piété, par 'aucune déviation de doctrine ; ce n'est pas un auteur, un docteur, un Père, un Saint qui enseigne : c'est l'Église, l'Église perpétuelle et universelle, dans son ministère le plus auguste et le plus sacré.
Or, ce qui nous frappe le plus dans cet enseignement liturgique, c'est ce qui paraît le moins : ce qu'on n'a peut-être pas encore bien remarqué.
Je m'explique :
Je ne dirai pas que les Saints les plus éminenls ont une seule fête consacrée au culte de leur mémoire, et que la Sainte Vierge en a un nombre considérable que voit s'accroître encore chaque génération ; — que ces fêtes de la Sainte Vierge sont universelles, tandis que
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l'unique fêle de chaque Saint est plus ou moins locale ; — enfin que chacune de ces fêtes de la Sainte Vierge est la fête dun Mystère de notre Religion et intéresse toute réconomie de notre foi.
Je ferai abstraction pour un moment de tout ce côté saillant du culte de la Sainte Vierge : j'effacerai toutes ses fêtes : je ne lui en laisserai pas une seule; et c'est dans ce qui restera de son culte après cela que je trouverai la plus glorieuse justification de toutes les grandeurs que nous lui avons reconnues.
Que reste-t-il, en effet, du culte de la Sainte Vierge en dehors de toutes les fêtes qui lui sont nominativement consacrées ?
Il lui reste les fêtes de Jésus -Christ : les fêtes de Jésus- Christ qui contiennent autant de fêtes de la Sainte Vierge, par une connexité si étroite, par une pénétration si intime et si réciproque, que les fêtes de la Sainte Vierge ne sont elles-mêmes que les corollaires des fêtes de Jésus- Christ.
Les fêtes de Jésus-Christ , dans ce qu'elles ont de commun à la Sainte Vierge, et les fêtes de la Sainte Vierge, en ce qu'elles participent de Jésus-Christ, tel est le double aspect sous lequel nous voulons présenter l'Année liturgique par rapport à Marie.
Nous consacrons ce chapitre au premier de ces aspects.
Les fêtes de Jésus-Christ, en ce qu'elles ont de commun à la Sainte Vierge, forment le côté le moins observé et le plus considérable du culte de Celle-ci. D'autant qu'on ne peut pas attribuer cette communauté liturgique de Marie et de Jésus-Christ à aucun dessein exprès de la louer, mais à la nature de notre foi qui ne nous permet
pas plus de concevoir Jésus-Christ sans Marie, que de le concevoir sans le Père céleste ; qui fait reposer et rouler en quelque sorte tous les Mystères de son existence sur Marie et sur Dieu comme sur les deux pôles de sa Personne adorable ; avec cette considération essentielle que Marie est le pôle de la miséricorde, par où le Fils de Dieu s'incline vers les hommes, et les élève, par l'activité de sa grâce, au pôle céleste de sa gloire et de sa félicité.
C'est ce que nous avons exposé sous mille formes dans l'étude du Plan divin ; c'est ce que nous avons retrouvé sous le voile éclairci de l'Evangile ; c'est ce qui va nous apparaître dans la Liturgie des fêtes de la Religion, avec toute la supériorité de l'acte sur l'idée, de la vie même sur sa description.
L'Année liturgique, en effet, dans le retour des fêtes chrétiennes qui la composent, n'est pas seulement la commémoration de tous les Mystères de notre foi, de toute l'histoire de la Religion depuis l'origine des temps jusqu'à nos jours : mais elle en est le renouvellement mystique, la perpétuité- sacramentelle. C'est comme le zodiaque de Jésus-Christ, Soleil de justice, venant tous les ans recommencer son cours, et nous faire sentir la chaleur et la vie de sa grâce par les diverses phases de son avènement et de sa manifestation ; car, selon la belle pensée de Thomassin, développée dans un magnifique traité qui porte le titre : Christus venit semper, le Christ vient toujours. Ou plutôt, pour nous élever à la contemplation de l'Invisible par une parfaite similitude avec le visible, comme le Soleil, immobile au fond des cieux, distribue le bienfait de la vie à la terre qui se meut autour de son foyer, ainsi Jésus-Christ demeure toujours :
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Il est hier, aujourd'hui et à jamais. Réellement présent au milieu de nous dans le grand Sacrement de son Eucharistie qui fait le fond de tout le culte, il communique à tous les autres Mystères de notre foi, à mesure que nous les célébrons , la Réalité de cette divine Présence. 11 Est toujours. Mais il est ou venant, ou naissant, ou enseignant, ou mourant, ou ressuscitant, ou montant au ciel, et toujours nous sauvant, selon la commémoration successive de ces divers Mystères, et en vertu de cette parole qui de son état d'Hostie s'étend à tous ses autres états : Faites ceci en mémoire de moi.
Par là on doit comprendre de quelle vie Marie vit dans rÉglise. Elle y vit de la vie même où elle nous apparaît dans l'Évangile, élevée à la puissance mystique. Tout le corps vit de la vie du Chef, et le moindre des Saints vit ainsi dans l'Église. Mais combien plus Marie qui tient immédiatement à Jésus-Christ, et, ce qui la dislingue de tous les Saints, de qui Jésus-Christ tient; qui seule a donné à Jésus-Christ cette vie humaine par laquelle il nous donne sa vie divine, ce corps, ce sang, cette humanité sainte en laquelle il est né, il a agi, il est mort, il règne au ciel et il est présent sur la terre. Et comme, selon que nous l'avons expliqué, les Mystères du Christ sont permanents, comme il soutient toujours de sa Présence réelle les divers rapports, les divers états dans lesquels il a voulu être avec nous, selon la commémoration successive que nous en faisons, Marie se trouve mystiquement comprise dans la permanence sacramentelle de ces états, comme elle l'a été dans leur événement évangélique : c'est l'Évangile même perpétué, renouvelé, comme les saisons dans la nature. Ainsi la couronne de Marie est toujours verte, elle refleurit toujours, elle vit
toujours; car elle lui vient delà Vie même, de Jésus- Christ.
C'est ce qui va nous apparaître dans le parcours successif des différents temps de l'Année liturgique.
Ces temps sont : — l'Avent, — Noël], — la Septuagésime, — le Carême, — Pâques, — la Pentecôte, — la Fêle du Saint-Sacrement.