‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 23 sur 43 · L'AVENT · texte numérisé non relu

L'AVENT

Le temps de l'Avent, comme le mot l'exprime, est le temps qui précède Vavénement de Jésus-Christ ; sa nativité de Marie. Sans doute cette nativité a eu lieu il y a dix-huit siècles; mais elle n'a pas moins lieu, par la commémoration sacramentelle que nous en faisons, chaque nouvelle année qui survient, qu'elle n'avait lieu, dès l'origine du monde, par l'attente des vieux temps qui l'ont précédée; car elle est de tous les temps, et elle en fait la plénitude. De là résulte cette pénétration admirable de tous les âges de l'humanité en Jésus-Christ, qui fait que de même que les Justes de l'ancien temps participaient, par anticipation, aux grâces de Jésus-Christ venu, de même nous, fidèles des temps nouveaux, nous participons par rétroaction aux grâces de Jésus-Christ devant venir : grâces du désir, de la préparation, de l'attente, de VAvent.

L'Avent nous replace donc chaque année dans la situation de l'humanité avant la venue de Jésus-Christ ; les quatre semaines de jours qui le composent correspondent aux quatre semaines de mille ans qui ont composé lo grand Avent du monde soupirant après le Libérateur.

FETES. — l'avent. 257

Or, le Libérateur , nous l'avons vu , n'apparaissait jamais, n'était jamais prophétisé et préfiguré qu'en union avec la Vierge-Mère; c'était ce virginal enfantement (|ui constituait le prodige attendu, et qui caractérisait son Fruit béni comme étant le Sauveur promis, le Dieu de la Nouvelle Alliance.

La liturgie de V Aient reproduit tous les ans et perpétue dans lEglise cette glorieuse union de Marie avec Jésus-Christ dans son avènement. Marie doit toujours enfanter Jésus , toujours nous l'attendons d'elle, toujours dans cette partie de l'année nous la célébrons et nous la chantons comme les Patriarches et les Prophètes l'ont saluée et préconisée , et ce culte du désir et de l'attenle de son enfantement, non plus dans le monde mais dans nos âmes, nous vaut les grâces nécessaires pour recevoir Jésus, pour renaître avec Lui comme ses membres.

C'est pourquoi la première semaiîie de rAvent et de Tannée ecclésiastique s'ouvre , dans la capitale du monde îhrétien, par la station de sainte Marie-Majeure* ; c'est

' Les staUon8 marquées au Missel romain étaient, dès la plus haute iiUiquité, des processions dans lesquelles tout le clergé et tout le peuple se rendaient ji une église désignée pour cet effet, et y célébraient l'oOioe et la messe. Les sfalions s'accomplissent toujours, quoique avec moins de pompe et de concours, à tous les jours mar.jués au Missel. — Dom Guéranger, Année liturgique, Ave.nt.

Nous nous sommes entouré , pour traiter le moins improprement possible un sujet qui ne nous est pas familier, de tous les éléments les plus consacrés et les pliss primitifs; mais notre travail a été très-simplifié par celui du docle Abbé de Solesmes ; c'est à sa science, à son troiit et à sa piclé, que nos lecteurs devront en grande partie l'inlérôt et l'édification qu'ils pourront trouver dans celle partie de noire ouvrage, particulièrement dans le choix des liymnesde nos anciennes liturgies et dans leur traduction.

SOUS Jes auspices de Marie, dans l'auguste basilique qui garde la crèche de Bethléem , et qui, pour cela, est appelée, dans les anciens monuments, Sainte-Marie ad Prœsepe , que l'Église romaine recommence chaque année le cycle sacré. Il était impossible de choisir un lieu plus convenable pour saluer l'approche du divin enfantement, et montrer le sublime prodige de la Yierge-Mère.

Pour la même raison , les Messes du temps de l'Avent contiennent trois commémoraisons spéciales de la Sainte Vierge, par lesquelles nous nous plaçons sous les auspices de sa glorieuse Maternité : l'une à l'Introït, l'autre à la Secrète, et l'autre à la Postcommunion; de sorte que la mémoire et l'intercession de cette Vierge sainte planent, pour ainsi parler, sur toutes les parties du saint Sacrifice,

Mais bientôt retentit dans l'Office de cette première semaine la grande voix d'Isaïe : « Voici qu'une Vierge c( concevra et enfantera un Fils qui sera appelé Emma- « niiel , » et toutes les parties de la liturgie de ce saint temps redisent en mille échos la glorieuse application. de celte prophétie à Marie, par la bouche de l'Ange qui vint lui en annoncer l'accomplissement , et de l'Eglise qui le rappelle et le commente à sa louange :

L'Ange Gabriel fut dépêché à Marie vierge épousée à Joseph, et lui annonça la parole; et la Vierge fut toute troublée à ce lumineux message. N'ayez crainte, Marie, vous avez trouvé grâce auprès du Seigneur; voici que vous concevrez et enfanterez, et votre fruit sera appelé le Fils du Très-Haut.

Voici qu'une Vierge concevra et enfantera, dit le Seigneur, et son fils s'appellera l'Admirable, Dieu, le Fort.

FÊTES. — l'avent. 259

L'Esprit-Saint descendra en vous, ô Marie; ne craignez pas, vous concevrez dans votre sein le Fils de Dien.

Recevez la parole, ô Vierge Marie, qui vous est transmise du Seigneur par son Ange; vous concevrez el enfanterez un Dieu et iiomme à la fois, et pour cela vous serez appelée Bénie entre toutes les femmes; vous enfanterez, il est vrai, un fils, mais votre virginité n'en souffrira aucune atteinte; vous deviendrez enceinte, et quoique mère vous serez toujours vierge : pour cela vous serez bénie entre les femmes i.

Cet admirable trio de la Prophétie, de rÉvangile el de l'Église va ainsi tout le long de l'A vent, chantant et redisant la gloire de Marie.

Et ce concert liturgique (supprimé dans le nouveau Parisien) ne suffisait pas encore à la piété et à la dévotion qui respirent dans l'ancien Parisien -Romain ; on y chantait, en OMXreAe^ Proses ravissantes comme celle-ci, composée par Abailard , sous le souffle de l'Eglise de France :

Mittit ad Virginem Dans son amour pour l'homme,

Non quemvis Augelum; il députe à la Vierge, non un

Sed Fortitudinem Ange ordinaire, mais son Ar-

Suura Archangelum, change appelé Force de Dieu. Amator hominis.

Fortem expédiât Qq''1 se hâte d'envoyer pour

Pro nobis nuncium, nous le vaillant Messager pour

Naturae faciat que la nature soit vaincue par

Ut praejudicium l'enfantement d'une Vierge. In partu Virginîs.

1 L'office de l'Avent.

Naturam supcret Natus Rex gloi'iîE ; Regnet et imperet, Et zyma sconœ Tollat de medio.

Que dans sa naissance le Roi de gloire triomphe de la chair; qu'il règne et commande; qu'il enlève des cœurs le levain et la rouille du péché.

Superbientinm Terat fastigia :

Colla sublimiura Calcet vi propria, Potens in prœlio.

Foras ejiciat Mundanum principem Secumque facial Matrem participem Patris iniperii.

Qu'il foule l'arrogance des superbes, qu'il marche dans sa force sur les têtes altières, le Dieu puissant dans les combats.

Qu'il jette hors le Prince du monde, et qu'il partage avec sa Mère le commandement qu'il exerce avec le Père.

Exi qui raitteris, Hœc doua disserc :

Révéla veteris Velamen litteraî Virtute nuncii.

Pars, céleste Envoyé, viens annoncer cesbiens, lève levoile de la lettre antique par la puissance de ton Message.

Accède, nuncia :

Die : Ave, cominus.

Die : Plena gratia.

Die : Tecum Dominus.

Et die : Ne timeas.

Approche, annonce-toi, et, en face d'elle, dis-lui : Je vous salue. Dis : 0 pleine de grâce. Dis :

Le Seigneur est avec vous. Et dis : Ne craignez pas.

Virgo, suscipias Dei depositum, In quo perficias, Gasta, propositum Et vofum tcncas.

Et vous, ô Vierge ! recevez le divin dépôt, en qui vous consommerez votre chaste dessein, et votre vœu demeurera intact.

FÊTES. — L'aYENT.

Aadit et suscipil Puella nuncium :

Crédit et concipit Et parit Filinm, Sed Âdmirabilem.

La Vierge entend et reçoit le message; elle croit et conçoit; et elle enfante un Fils, mais un Fils Admirable.

Consiliarinm Humani generis :

Deum et hominem Et Patrem posteris, In pace stabilem.

Le Conseiller delà race humaine, le Dieu-Homme, le Père du siècle futur, l'immuable PaciBcateur.

Cnjus stabilitas Nos reddat stabiles, Ne nos labilitas Humana labiles Secum prsecipitet.

Veuille ce Dieu immuable assurer notre stabilité; de peur que la faiblesse humaine n'entraîne nos pas chancelants dans l'abîme.

Sed Dator venise Concessa renia, Per Matrem Gratiae Obtenta gratia.

In nobis habitet.

Mais que l'Auteur du pardon qui est le pardon même, que la Grâce obtenue par la Mère de Grâce, daigue habiter en nous.

La seconde semaine de l'Avent nous présente la venue du Messie sous une image prophétique qui n'a cessé d'être présente aux Justes de l'ancien temps et qui se retrouve empreinte sur tous les monuments de la Loi Nouvelle : l'image gracieuse d'une Fleur s'élevant de sa tige et de la racine qui la produit , et sur qui vient se reposer l'Esprit de Vie. Et egredietur Virga de radice Jesse^ et Flos de radice ejus ascendet, etrequiescet super eum Spiritus Domini. Cette fleur est le Sauveur promis.

Mais la Tige qui sort de la souche de Jessé et d'où monte la Fleur, quelle est-elle? Nous le savons; mais l'Église tient à présenter ce bel enseignement à notre culte dans cette seconde semaine de l'attente du grand mystère.

Elle le fait par les belles Leçons de saint Jérôme, disant :

Dans cette Tige sortant de la racine de Jessé, il faut entendre la Sainte Vierge Marie, qui n'a jamais eu aucun nœud, de laquelle nous avons lu précédemment : voici qu'une Vierge concevra et enfantera un Fils; et sa fleur est le Sauveur lui-même, qui a dit dans le Cantique des cantiques : Je suis la fleur des champs et le lis des vallées K

C'est ce que nos anciens Offices se complaisaient à redire sous la forme de ce Répons composé par Fulbert de Chartres et mélodieusement noté par le pieux Roi Robert :

1^. Stirps Jesse Virgam pro- i^. La souche de Jessé a pro-

duxit, Virgaque Fiorem; et duit une Tige, et la Tige une

super hune Fiorem requiescit Fleur; etsurcetteFleur l'Esprit

Spiritus almus. divin s'est reposé.

i. Virgo Dei Genitrix Virga "î*^. La Vierge Mère de Dieu

est, flos Fiiius ejus. Et super est la Tige et son Fils est la

huncftorem, etc. Fleur; et sur cette Fleur l'Esprit divin s'est reposé.

Leçon du deuxième Nocturne.

FÊTES. — l'ayent. S63

Et saint Bernard de s'écrier, dans l'homélie de ce temps :

0 Vierge ! Tige sublime, à quelle liauteur ne montez-Tous pas ! Vous arrivez jusqu'à Celui qui est assis sur le trône, jusqu'au Seigneur de Majesté. Et je ne m'en étonne pas; car vous jetez profondément en terre les racines de l'humilité. 0 Plante céleste, la plus précieuse de toutes et la plus sainte ! ô vrai Arbre de vie qui seul avez été digne de porter le Fruit du salut !

Le même OlBce fait apparaître encore la Vierge Marie sous la double image prophétique de cette Porte qui regarde V Orient par laquelle doit passer le Seigneur de Samarie\ et de ce nuage léger sur lequel doit monter le Seigneur lorsqu'il entrera dans le monde et que devant sa face les idoles seront ébranlées"^. Nuage léger, en effet, dit saint Jérôme, car «ni la concupiscence, ni « le fardeau du mariage terrestre ne l'appesantiront. »

Et la poétique anthologie des Grecs, assemblant et déployant toutes ces images au souffle de la plus tendre piété, chante dans un Inmne de ce temps :

Grotte, prépare-toi; voici venir la Brebis qui porte le Christ en son sein : crèche, reçois celui qui d'une parole ineffable nous délivre, nous, enfants de la terre.... Auguste Princesse, nouveau Ciel, de votre sein ainsi que d'un nuage, hâtez -vous de faire sortir le Christ, soleil de gloire ; que dans la grotte il apparaisse avec notre chair, et répande jusqu'aux extrémités du monde le vif éclat de ses splendeurs... Elle approche la Vigne céleste sur

1 Répons da troisième Koclurne.

* Lfiçoo première du jeudi.

laquelle a mûri la Grappe incorruptible; ellevientenfanfer le Vin d'allégresse qui, comme une vive source, étancliera notre soif... Marie, vous êtes semblable à l'instrument que vit autrefois Isaïe entre les mains de l'Ange, vous portez le divin Charbon, le Christ qui consume toute matière de péché, et illumiue les âmes des fidèles.

A ces accents de TOrient, TOccident vient faire écho pour la plus grande gloire de Marie et chante dans celle préface du Rituel Ambrosien :

C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâce, Seigneur Dieu tout-puissant, et de joindre à l'invocation de votre force la mémoire solennelle de la Bienheureuse Vierge Marie; elle dont les entrailles ont produit le Fruit qui a daigné nous rassasier du pain des Anges. Eve avait dévoré un fruit dans sa désobéissance; Marie nous a rendu un Fruit de Salut...., etc. 1.

1 Nous mettons à contribution dans cet exposé, du moins par quelques extraits, toutes les liturgies. Il est bon par conséquent d'en donner quelque notion à ceux de nos lecteurs qui les ignoreraient.

Les plus anciennes liturgies de l'Orient sont celle de Jérusalem, attribuée à saint Jacques le Mineur, celle de saint Mathieu, de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, etc., dont nous avons donné quelques extrails dans notre chapitre sur la Messe.

Les liturgies de l'Occident sont :

La liturgie Romaine, venant par tradition de saint Pierre, légèrement modifiée par saint Léon et saint Gelase au cinquième siècle, et par saint Grégoire le Grand au sixième.

La liturgie Ambrosienne, composée par saint Amhroise et restée en usage dans la seule église de Milan.

La liturgie Mozarabe, d'origine orientale, venue en Espagne par les premiers Apôtres qui y portèrent la foi, complétée par saint Isidore de Séville, maintenue après l'invasion des Arabes par les chréiens vivant au milieu de ceux-ci, d'où lui est venu le nom de Mozat

FÊTES. — l'ayent. 26o

La troisième semaine de l'Avent ne le cède pas aux deux premières en louange pour la Vierge qui va devenir la Mère de Dieu. L'Antienne du Magnificat fait entendre cette grande parole d'Elisabeth qui attribue à la foi de Marie la réalisation du plan divin :

Bcata es, Maria, Vous êtes bienheureuse, 6

Quaîcredidisti Domino: Marie, pour avoir cru au Sei-

Perficiuntur in te quœ gneur; en vous s'accompliront

Dicta sunt tibi a Domino. les clioscs qui vous ont élô di-

tes de sa part.

Le mercredi de cette semaine on lit l'Évangile de l'Annonciation; — puis ces belles Leçons de saint Ambroise commentant les mérites de Marie dans ce grand jnystère :

Quelque mystérieux que soit le conseil de Dieu, cependant nous pouvons comprendre que Marie a été principalement choisie

rabe, et remplacée enfin dans toutes les Espagnes par la liturgie romaine, sauf une chapelle de l'église de Tolède, à qui le cardinal Ximénès fit avoir le privilège de garder le rite Mozarabe.

Les liturgies Franque, Golhe, Gallicane, à peu près semblables importées d'Orient par les premiers évêques qui portèrent la foi dans les Gaules, où elles furent en usage jusqu'à Charlemagne, qui leur substitua partout la liturgie romaine.

La liturgie Franco-Romaine, qui est celte liturgie romaine légèrement modifiée depuis Charlemagne jusqu'à saint Pie V, qui y ramena les provinces où ces modifications n'avaient pas plus de deux cents ans de date.

La liturgie Parisienne, et autres en France, qui ne datent qtie du dix-huitième siècle, et qui achèvent de disparaître par le retour de tous nos diocèses au Romain.

Enfin les Ordres religieux avaient quelques prières, quelques chants particuliers dans leurs Offices.

pour enfanter le Seigneur, alors qu'elle était sous le voile du mariage, pour que son divin Fruit ne parût pas celui du crime. Cependant l'Ange pénètre auprès d'elle. Connaissez la Vierge à ses mœurs, connaissez la Vierge à sa modestie, connaissez-la à l'oracle qui lui parle, connaissez-la au mystère dans lequel elle le reçoit. Il est d'une vierge de se troubler, de s'effrayer à toute approche de l'homme , d'appréhender tout propos de l'homme. Que les femmes apprennent à imiter cette conduite de la pudeur. Seule dans le profond secret de sa demeure où aucun œil d'homme ne peut la voir, le seul Ange parvient à elle, seule, dis-je, sans compagnie, sans témoia elle reçoit le salut de l'Ange. — Ce n'était pas, en effet, de la bouche d'un homme, mais bien de la bouche d'un Ange que devait sortir l'énoncé d'un si grand Message. Kn ce jour donc elle entend d'abord : L' Esprit- Saint surviendra en vous. Elle l'entend, elle le croit. Puis : Voici, dit-elle, la Servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. Voyez quelle humilité! voyez quelle disposition! Elle se dit Servante du Seigneur, elle qu'un choix insigne en fait la Mère; cette gloire si subite ne l'enorgueillit pas.

Et la poésie liturgique, s'emparant de cet ineffable scène de l'Annonciation, la chantait ainsi dans cette prose du Missel de Cluny de 4S23 :

Angélus ad Virginem Sur le seuil de la demeure

Subiutrans in conclavi virginale l'Ange apparaît à la

Virginis formidinem Vierge, et rassurant son effroi,

Demulcens, inquit ei : dit à elle :

— Ave, Regina Virginum, —Salut, Reine des Vierges,

Cœli terrseque Dominum vous concevrez le Maître du

Goncipieset paries ciel et de la terre, et sansces-

Intacta, ser d'être Vierge, vous enfan-

Salutem horainum terez le salut des hommes, ô

Tu porta cœli facta, Medela criminum.

FÈTBS. — l'avent. 367

TOUS la Porte du ciel, le remède des iniquités !

— Quomodo conciperem Quae virum non cognoTi ?

Qualiter iofringerem Quae firina mente Tovi?

— Comment concerrais-je, moi qui ne connais point l'homme?

Comment pourrais-je enfreindre le vœu que mon cœur a juré?

— Spiritus Sancti gratia Perficiet haec omnia :

Ne timeas, sed gaudeas,

Secura ; Qnod castimonia Manebit in te pura, Dei potentia.

— L'Esprit-Saint par sa grâce consommera tous ces mystères; ne craignez pas, mais, pleine de joie, rassurez-vous ; car la pudeur en yous demeurera sauve par la puissance de Dieu.

Ad hiec Virgo nobilis Respondens inquit ei :

Servula sum humilis Omnipotentis Dei.

Adonc la noble Vierge répond et dit : Je suis l'humble et petite servante du Dieu toutpuissant.

Àngelus disparuit, Et statim puellaris Utérus intumuit Vi partus virginalis.

L'Ange disparut, et soudain le sein très-pur de la Vierge montra l'indice de la future maternité.

Qui circumdatus utero Novem mensium numéro, Hinc exiit et iniit

Conflictum, Afflgens humero crucem Quae dédit ictum Hosti mortifero.

Son Fruit captif neuf mois dans de si chastes entrailles, en sortit et s'en alla au grand combat, appuyant sur son épaule la croix de laquelle il frappa à mort l'homicide ennemi.

Eia! Mater Domini, Las! Mère du Seigneur qui

Quae pacem reddidisti avez rendu la paix à l'Ange et

Angelo et liomini à l'homme en mettant au monde Quando Christum genuisti ; le Clirist;

Tuum exora Filium Suppliez votre Fils qu'il nous

Ut se nobis propitiura soit sccourable, et qu'il efface

Exhibeat et deleat nos fautes ; qu'il nous vienne

Peccata, en aide et nous fasse jouir de

Prœstans auxilium la vie bienheureuse au terme

Vita frui beata de cet exil. Ainsi soit-il. Post hoc exilium. Amen.

Nous ne pouvons résister à la satisfaction de citer encore ici cette belle préface du Missel Mozarabe où le concours de Marie est si bien montré comme le ressort d'où Dieu a voulu faire dépendre le salut humain :

C'est une chose digne et juste, vraiment équitable et salutaire de célébrer avec enthousiasme l'avéuement de Jésus-Christ Notre- Seigneur.Une Vierge, habitante de cette terre, entendit un salut merveilleux; l'Esprit- Saint exerce sa vertu créatrice dans le sein de cette Vierge; en sorte qu'au moment même où Gabriel faisait la promesse, et où Marie ajoutait foi à sa parole, la promesse

recevait déjà son accomplissement L'Ange avait dit : Voilà

que vous concevrez et enfanterez un Fils ; Marie avait répondu : Comment cela pourrait-il être? Mais parce que Marie répondait dans la foi, et non dans le doute , l'Esprit-Saint accomplit ce que

l'Ange avait prorais Elle avait d'abord conçu son Dieu dans

son cœur; plus tard elle le conçut dans ses entrailles. La première de tous elle reçut le salut du monde, cette Vierge vraiment pleine de Grâce, et pour cela choisie pour être la véritable Mère du Fils de Dieu.

On le voit, la part de la Sainte Vierge dans les fêtes

PÈTES. — l'ayext. 26'J

(le Notre-Seigneur prend les proportions d'une fête même de la Sainte Vierge, et ï Annonciation se trouve tèlébrée dans la liturgie de lAvent comme elle le sera dans sa liturgie propre.

Le vendredi de cette troisième semaine de l'Âvent, c'est un autre mystère de la Sainte Vierge qui se trouve encore ainsi enveloppé dans le culte de Jésus-Christ, le mystère de la Visitation. Comment ne pas célébrer ce grand mystère de Jésus-Christ, sanctifiant son Précurseur avant sa naissance, et comment le célébrer sans célébrer la Vierge qui en a été l'agent si admirable et si béni? C'est ce que l'Église fait par l'évangile de la Visitation, puis par de belles Leçons de saint Ambroisc faisant ressortir la foi et le généreux empressement de Marie dans ce beau mystère. Qu'avait dit lAnge à Marie, en effet, observe le grand Docteur, pour l'incliner à croire le prodige de son virginal enfantement? Il lui avait donné à croire un autre prodige, un prodige pareil à celui qui avait fait rire Sara, à savoir, quune stérile, Elisabeth, enfanterait aussi. Et Marie croit aussitôt ce prodige comme elle croit celui dont elle est l'objet, el c'est l'empressement de cette foi qui l'emporte vers sa parente.

Dès que Marie entendit cela, dit saint Ambroise, elle se mit en marche à travers les montagnes, non par aucune incrédulité de roracle, ni par une défiance du message, ni par un doute quelconque de la vérité du prodige qui lui arail été donné en exemple, mais dans la joie de son vœu maternel, dans le religieux sentiment de l'office de grâce qu'elle allait remplir, dans le transport de sa félicité. A quoi, en effet, déjà pleine de Dieu, pouvait-elle tendre qu'à ce qu'il y a de plus élevé? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas de lenteurs ni d'obstacles.

Et le grand évêque continue, dans les Leçons suivantes, par faire application de ce suprême modèle à toutes les circonstances de la vie des vierges et des femmes.

Et la liturgie de nos anciens Missels accompagnait le voyage de la Vierge de ce chant pieux, et lui faisait cortège avec toutes les images bibliques qui l'avaient préfigurée.

Ave Verbi Dei parens Virginis humilitas, Ave omni uodo carens Humilis Virginitas.

Gande quse sic gravidaris Nec grava ris filio; Gaude quœ sic oneraris Onere gratissimo.

Salut, mère du Verbe divin, ô virginale humilité l Salut , exempte de tout nœud, humble Virginité !

Soyez dans la joie, vous qui portez un tel Fils que vous n'en êtes pas appesantie, qui êtes chargée d'un fardeau qui n'a rien que de suave !

Salve, Jesse stirpe orta, Virgula fructifera, Salve clausa cœli porta Soli Deo pervia.

Salut, rejeton de la souche de Jessé, tige en fruit féconde; salut, porte du ciel qui êtes close sauf à Dieu seul !

Plaude, vellus Gedeonis Rore madens pneumatis ; Plaude, pellis Salomonis Pulchrior prœ cseteris.

Applaudissez-vous, toison de Gédéon, trempée de la rosée de i'Esprit-Saint; applaudissezvous, tente de Salomon, de toutes la plus éclatante !

Vale, Jacob micans Stella Gircumlustrans maria; Vale, consignata cella, Rubus in vi flammea.

Salut, étoile scintillante de Jacob, qui illuminez toute la face des mers; salut, demeure scellée , buisson à l'ardente flamme.

FETES. — l'WENT.

Euge sole quod amicta Solera gignis slellula.

Euge, quod sis praeelecta, Scala cœli fulgida.

Triomphez, vous rcTêtue du soleil, humble étoile qui allez eufauter le Soleil même ; triomphez, TOUS l'élue entre toutes, la radieuse échelle du ciel !

Pange, aurora consurgens Luce novi sideris ; Pange, Ârca trina ferens Gbarismata miseris.

Eia ! Magnificat tua Jesum Christum anima ; Eia! tecum ut laudemus Ora, dulcis Maria. Àmen.

Chantez , aurore naissante dans l'éclat d'un astre nouveau ; chantez, Arche d'alliance, qui portez en vous la triple grâce des pécheurs !

Livrez-vous au divin transport, que votre âme chante au Christ Jésus son MagniAcat, et pour que nous le chantions avec TOUS, priez pour nous, douce Marie !

Quelle doctrine, quelle sublime alliance des deux Testaments ! quelle science populaire de la Religion dans cette riche poésie !

La quatrième et dernière semaiîie de t Avant débouche sur la grande fête de la Noël dont elle est la dernière préparation. L'Église redouble les commémorations de la Sainte Vierge au Très-Saint Sacrifice. Outre les trois oraisons de la Sainte Vierge que nous avions signalées dans les messes des trois premiers dimanches, à l'Introït, à la Secrète et à la Postcommunion, la messe du quatrième dimanche renferme deux autres mentions en l'honneur de la Sainte Vierge, l'une à l'Offertoire, l'autre à la Communion. Celle-ci est le rappel de la grande pro-

phélie : Ecce Virgo concipiet, et pariet Filium : et vocabitur nomen ejus Emmanuel ; celle-là est l'Ave Maria : la prophétie et raccomplissement. li Ave Maria qu'on lit du reste à l'Offertoire de toutes les messes votives de la Vierge, n'est là que comme récitatif et non comme salutation et oraison de la bouche des fidèles. Aussi la partie déprécative, Sancta Alaria, n'y est-elle pas; c'est l'Évangile même, dont le simple récit loue d'autant plus Marie, que c'est l'Ange même qui semble revenir la saluer et renouveler le glorieux mystère de sa divine Maternité. C'est la permanence de ce mystère qui, en nous donnant toujours Jésus-Christ, honore toujours Marie comme elle Ta été quand ce mystère s'est accompli.

C'est pourquoi les liturgies particulières rivalisent de louanges concernant la Sainte Alerge, à cette approche de son enfantement, et elles lui parlent au présent comme si elle portait encore le divin Fruit dans son sein. Nous nous bornerons à cette hymne, tirée de l'Anthologie des Grecs :

Votre sein, ô Mère de Dieu ! est le monceau de froment qui d'une manière inelfable porte l'Épi non semé, le Verbe de Dieu que vous enfanterez dans la grotte de Bethléem; lequel, par sa divine apparition, doit nourrir toute créature en la charité, et délivrer le genre humain d'une mortelle famine.

0 Vierge intacte d'où venez vous? Qui vous a engendrée? Quelle est votre mère? Gomment pouvez-vous porter le Créateur on vos bras? Comment votre sein n'a-t-il éprouvé aucune souillure? Nous voyons s'accomplir en vous de grandes grâces, de redoutables mystères, ô vous toute Sainte! Nous préparons, suivant notre devoir, la grotte de votre enfantement; nous demandons au ciell'étoile mystérieuse. Voici que les Mages s'avancent

FÊTES. — l'avent. 273

de la terre d'Orient ea Occident, pour roir le salut des mortels briller comme un flambeau lumineux dans vos bras.

0 vous qui êtes le brillant palais du Maitre, comment venezvous, dans une cbétive étable, mettre au monde le Roi, le Seigneur incarné pour nous, ô Vierge toute Sainte, Épouse du grand Dieu !

Eve, par le péché de désobéissance, introduisit ici-bas la malédiction; mais vous, ô Vierge Mère de Dieu ! par l'excellence de TOtre fécondité, vous avez fait fleurir au monde la bénédiction; c'est pourquoi nous vous célébrons tous.

Ne t'attriste point en regardant mon sein, car tu verras Celui qui doit naître de moi, et tu seras dans la joie; tu l'adoreras comme un Dieu, disait la divine Mère à son époux, comme elle allait pour enfanter le Christ. Célébrons sa douce mémoire et disoiis : Réjouissez-vous, ù pleine de grâces ! le Seigneur est avec vous, et, par vous, avec nous.

Ces accents sont poétiques assurément, mais qu'il sont loin d'approcher de la réalité ! Telles sont, en effet, les merveilles de notre foi, qu'elles provoquent toute poésie en la dominant infiniment : elles sont ineffables. Ceu\ qui ne sentent pas cela, ceux qui peuvent trouver de l'exagération là oii il n'y a pas même approximation , ou ne croient pas, ou ne savent pas ce qu'ils croient. Pour ne pas s'étonner jusqu'au transport, à ce spectacle d'une Vierge portant dans son sein , tenant dans ses bras le Créateur des mondes, fait petit enfant pour nous, il faut ne s'étonner de rien et être privé de la faculté qui distingue l'homme des êtres inférieurs, et à un plus haut degré le Chrétien de l'homme, de la faculté de l'admiration, de l'extase.

La plus simple prose appliquée à un tel sujet ne peut piis ne pas être poétique; non par enflure et fiction, comme presque toutes lés poésies humaines, mais par

plénitude et infinitude, si je peux ainsi parler. C'est ce qui se voit dans ce simple Répons du bréviaire Ambrosien.

Beatus utérus Marise Virginis qui portavit invisibilem :

quem septem thori capcre non possunt in eo habitare dignafus est ; et portabat levem in sinu suo.

Heureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible! Celui que sept trônes ue peuvent contenir a daigné habiter en elle : et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein.

Dédit illi Dominus sedem David palris sui, et regnabit in domo Jacob in seternum, cujus regni non erit finis : et portabat levem in sinu suo.

Le Seigneur lui a donné le trône de David son père; il régnera dans la maison de Jacob à jamais; son règne n'aura pas de fin. Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.

La liturgie grecque célèbre, au dernier dimanche de TAvent, une fête touchante et qui vient bien heureusement clore ce temps de l'attente et du désir : c'est la Fête des Aïeux, c'est-à-dire de tous les Justes de l'ancienne Loi, patriarches, prophètes, pontifes, saintes femmes, qui ont marqué depuis l'ancien Adam jusqu'au nouveau, depuis Eve jusqu'à Marie la chaîne des générations, la généalogie sacrée de la foi du monde au Sauveur promis.

L'hymne de cette fête est toute l'histoire sainte poéti quement rappelée en traits lyriques dont l'allusion au Libérateur et à sa sainte Mère forme le motif. Son étendue ne nous permet pas de la citer ; en voici cependant

deux -Strophes : la première qui en expose le plan et la deuxième qui le résume :

Célébrons, en ce jour, ô Fidèles ! la mémoire des Aïeux, chantons un cautique nouveau au Christ Rédempteur qui les a glorifiés parmi tous les peuples, et qui a opéré par leur foi d'incroyables prodiges, le Seigneur fort et puissant. Il nous a manifesté par eux la Vierge de sa puissance, la femme unique, celle qui ne connut point d'homme, la Mère de Dieu, la chaste Marie, de laquelle est sortie la divine Fleur, le Christ qui germe dans la vie et l'éternel salut.

Venez tons, exaltons avec foi les louanges des anciens Pères avant la loi; célébrons la mémoire d'Abraham et de tous ceux qui l'accompagnent; honorons la Tribu de Juda et les jeunes hommes qui, dans Babylone, éteignirent les flammes de la fournaise; célébrons en eux avec Daniel le type de la Trinité ; gardons religieusement les oracles des Prophètes; crions à haute voix aveclsaîe : Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un Fils, l'Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu-avec-nous.

Tel est le temps de l'A vent ; on y voit déjà la justification de ce que nous avons avancé, qu'en dehors des fêtes propres à la Très-Sainte Vierge et que nous examinerons plus tard, tout est fête pour elle dans les fêles de la Religion, parce que tout tourne autour de Jésus- Christ, son Fils et notre Dieu, qui n'est nôtre que par Elle.

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