‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 24 sur 43 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

Le temps de Noël, seconde phase de l'Année litur-

gique, s'étend depuis la Nativité de Notre-Seigneur^ le 2o décembre, jusqu'à la Purification de la Sainte Vierge^ le 2 février. Il est de quarante jours, et il comprend quatre beaux mystères : le mystère de la Nativité^ le mystère de la Circoncision^ le mystère de V Epiphanie Bi le mystère de la Présentation. Ce dernier mystère étant célébré sous celui de la Purification^ dont la fête est une fête propre de la Sainte Vierge, nous le réserverons pour l'étude suivante, ne nous occupant dans celle-ci que des fêtes de Notre-Seigneur.

Le premier des mystères du temps de Noël et de la Religion tout entière, c'est le grand mystère de la Nativité du Fils de Dieu fait homme. Or ce mystère, nous venons de le voir, nous a été présenté dans le temps de l'Avent tel qu'il apparaissait aux. anciens Justes dans la prophétie, comme une seule merveille à deux aspects : un Dieu-Eomme, une Vierge-Mère.

En conséquence, ne séparant pas ce que Dieu l uni. l'Église fête à la fois dans le temps de Noël et la Naissance du Fils de Dieu et V Enfantement de la Vierge Marie. Elle unit ces deux célébrations non-seulement comme commémoration de ce double mystère, mais en \Tie de sa permanence et de sa continuité ; car Jésus- Christ vient toujours, mystiquement, pour chacun de nous, comme il est venu une fois pour tous, de Marie. Comme il est né nous renaissons, puisque c'est en Lui que nous renaissons et par l'effet des grâces qu'il nous a apportées dans sa naissance. Ce que Marie a été à cette naissance elle l'est donc à tous les dons qui y étaient contenus, à tous les membres du Corps dont elle a enfanté le Chef. Elle influe sur toute la dispensation des biens qui en proviennent.

C'est ce que signifient ces belles Oraisons que nous lisons dans toutes les Messes de ce temps :

Deus qui sahitis seterna;, bea- \x Mariae Virginitafe fœcunda, iiumano generi prœmia praestitisti : trlbue, quaesumus, ut ipsam pro nobis intercedere senliamus, per quam meruimus Auctorem vitae suscipere Dominum Nostrum Jesum Christum Filiuin tuum; qui, etc.

Beata tempora célébrantes quœ per temporalem Unigeuiti tui nativitalem et partuni Mariae Yirginis coasecrasti, haec oblatio, quaesumus. Domine, sanctificet, alque in illo tribuat renasci, qui, etc.

Haec nos communie, Domine, purget a crimine : et interceilente beata Virgine, Dei génitrice, Maria, cœlestis remedii faciat esse consortes. Per Dominum Nosfrum, etc.

0 Dieu qui, par la Virginité féconde de la Bienheureuse Marie, avez départi au genre humain les dons du salut éternel, accordez-nous, s'il rotis plaît, de ressentir les intercessions de Celle par qui nous avons reçu l'Auteur de la vie, Notre- Seigneur Jésus -Christ, voire Fils,qui avec vousTit,etc.

Célébrant les temps bienheureux que vous avez consacrés par la naissance temporelle de votre Fils unique et par l'enfantement de la Vierge Marie, que cette oblation, s'il vous plait, Seigneur, nous sanctifie, et nous obtienne de renaître en lui, qui avec vous vit, etc.

Que cette communion, Seigneur, nous purifie de nos crimes, et par l'intercession de la Bienheureuse Marie, Mère de Dieu, nous fasse goûter les effets du céleste remède que nous avons reçu. Par Jésus- Christ Notre-Seigneur.

Mais ce ne sont là que les traits généraiLx ; venons un peu au détail.

Dès la Vigile de la Nativité nous trouvons dans l'Office de Matines des Leçons tirées de saint Jérôme contre Helvidius pour la défense de la perpétuelle Virginité de la Mère de Dieu, en interprétation de ce passage de saint Matthieu : antequam convenirent. L'Église s'occupe de maintenir sauve, non-seulement pour le temps de son enfantement qui va s'accomplir, mais à jamais, l'angélique Virginité de la Mère de Dieu.

Le jour môme de la Nativité commence par des Leçons tirées de saint Léon, Pape, où se trouve exposée cette vérité que nous avons présentée dans le Plan divin, que, pour confondre loyalement l'Ennemi du genre humain dans le grand combat qui nous a affranchis de sa tyrannie, il convenait que le Seigneur le combattît non dans sa majesté, mais dans l'infirmité de notre chair. Et que cette chair qui devait terrasser le Serpent fût exempte de sa morsure, fût immaculée, par le privilège unique de pureté qui s'est trouvé dans sa conception et dans sa naissance de Marie. D'où ressort la part capitale, la part active de Marie dans l'accomplissement de ce grand dessein.

A cet effet, dit notre liturgie, une Vierge est élue de la tige de David, une Vierge royale qui, devant porter en son seiule Rejeton sacré, conçut spirituellement VHomme-Dieu par la foi, avant de le concevoir corporel leraont. Et de peur que dans l'ignorance des desseins du ciel elle ne fût troublée à une si étonnante nouvelle, elle apprend de son entretien avec l'Ange ce que l'Esprit- Saint devait opérer en elle, et celle qui va devenir la Mère d'un Dieu n'a point à craindre pour sa pudeur *.

' Cinquième leçon des Malines de Noël.

Et cette pureté, cette foi de Marie, auxquelles Dieu a voulu que nous fussions ainsi redevables de notre salut, sont louées ensuite sur tous les tons dans les Répons de cet Office :

wj. Beata Virgo, eu jus yiscera meruerunt portare Dominum Ghrislum.

^. Bienheureuse Vierge, dont les entrailles ont mérité de porterNotre-Seigneurle Christ.

i^. Beata Dei Genitrix, cujus viscera intacta permanent.

■i. Beata quse credidit; quoniam perfecta sunt omuia quse dicta sunt ei a Domino.

i^. Bienheureuse Mère de Bien, dont les entrailles demeurent virginales à jamais.

i. Bienheureuse celle qui a cru; parce que se sont accomplies toutes les choses qui lui ont été annoncées par le Seigneur.

1$. SanctaetimmaculataVirginitas, quibus te laudibus efferam nescio : quia quem cœli capere non poterant, tuo gremio contulisti.

1^. Beata viscera Mariae Virginis, quae portaverunt setemi Patris Filium : et beata ubera quae lactaverunt Ghristum Dominum.

i{. Sainte et immaculée Virginité, je ne sais par quelles louanges vous exalter : vous qui avez renfermé dans votre sein Celui que les deux euxmêmes ne pouvaient contenir.

i^. Bienheureuses entrailles de la Vierge Marie, qui ont porté le Fils du Père éternel :

et bienheureuses les mamelles qui ont allaité le Christ Seigneur.

Puis une hymne gracieuse, l'hymne de Laudes, A solis

ortus cardiiie, que l'Église doit à Sédulius, où elle chante le Christ-Boi^ né de la Vierge Marie :

Domus pudici pcctoris Templum repente fit Del ; Intacta nesciens vinim Concepit alvo Filium.

La (iemeure d'un sein pudique devient soudain le Temple de Dieu; la Vierge intacte et sans souillure conçoit un Fils dans ses entrailles.

Enilitur puerpera Quem Gabriel praedixerat, Quem ventre matris gcstiens Baptista clausuni senserat.

Etc., etc.

Elle enfante, la jeune mère, Geluiqu'annonça Gabriel, Celui que, porté par elle, Jean captif salua de ses tressaillements.

Et la même louange reparait sous la forme plus grave d'antienne, l'antienne de Tierce :

Genuit puerpera Regem cui nomenieternura, etgaudiaMatris habens cum Virginitatis honore, nec priinani similem visa est, nec habere sequentem.

La jeune Mère a enfanté le Roi dont le nom est éternel, elle unit aux joies de la Mère l'honneur de la Virginité, avant elle on n'a pas vu de semblable prodige, on n'en verra pas après elle.

A ces accents de la Mère-Église, toutes les Églises antiques font écho par des chants divers, mais unanimes : l'Église Grecque, l'Église Ambrosienne, l'Église Moza« rabe, l'Église des Gaules, l'Église des Goths, l'Église de France.

L'Église Grecque mène ainsi le chœur :

GloriainexcelsisDec.Nunc Gloire à Dieu au plus haut

Virgo cœlis amplior ; eiortum est enim lumen sedentibus ia tenebris et exaltavil humiles ac Angelice canentes : Gloria in excelsis Deo.

des cieux Le sein de la

Vierge est plus vaste que le ciel ; une lumière s'est levée pour ceux qui étaient assis dans les ténèbres. Cette lumière a exalté les humbles et ceux qui chantent avec les .\uges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux.

Lsetare, Israël... Serpens de- Lilitatus est; quam enim deoeperat principio, nunc contemplatur Creatoris Matrem effectam. Ai)yssusdivitiarum et sapienliae et scientiae Dei ! quae mortem iu omnem carnem iiitroduxerat peccati opus, salutis principium facta est per Deiparam....

Eden in Bethléem apertum est : veuile, videaraus... teneamus iu antro quae sunt in paradiso. Hic apparuit Radix non irrigata, germinans veniam; hic invenitur Puteus infossus e cujus aqua olim David bibere desideravit; hic Virgo parvulum enixa, sitim Davidis et Âdami ocius sedavit...

Figuras obscuras, umbras

Réjouis -toi, ô Israël le

Serpenta perdu sa force. Celle qu'il avait trompée au commeucement, il la voit maintenant Mère du Créateur. 0 abime des richesses, de la sagesse et de la science de Dieu! celle qui avait introduit en toute chair la mort, ouvrage du péché, est devenue, par une Mère de Dieu, principe du salut

Éden vient de s'ouvrir en Bethléem; venez et voyons; allons trouver le trésor caché ; possédons dans la grotte les merveilles du paradis. Là est apparue la Tige féconde, qui ne fut pas arrosée, qui produit le pardon; là nous trouvons le Puits que personne n'a creusé, et auquel David désira boire ; la Mèred'un petitenfaut, laVierge vient d'étancher la soif de David et d'Adam

Nous qui voyons l'obscurité

que videntes dispersas, o casta Mater Verbi noviter apparentis ex reclusa janua, digne tuo ventri benedicimus.

des figures éclaircie, les ombres dissipées, ô chaste Mère du Verbe qui vient d'apparaître par la porte fermée, c'est avec justice que nous bénissons ton sein virginal.

Gaudete,justi;cœli,jubilate; Justes, réjouissez - vous; exultate, montes : Christus na- cieux, tressaillez; montagnes, tus est; Virgo sedet, Gherubim bondissez; le Christ est né; la imitata , portans in sinu suo Vierge est assise, semblable au

Deum Verbum caro factum Chérubin; elle porte sur ses

genoux comme sur un trône le Dieu Verbe fait chair.

Virgo Dei Mater, quse Sal valorem peperisti, primam mutasti maledictionem Evai, quia Mater facta es bonse voluntatis Patris, portans in sinu Deum Verbum caro factura

Vierge Mère de Dieu, par l'enfantement du Sauveur tu as levé l'antique malédiction d'Eve, en devenant Mère de Celui qui est la bienveillance du Père, et portant dans ton sein le Dieu Verbe fait chair...

L'Édise Ambrosienne chante aussi

Gaude et lœtare, exultatio Angelorum. Gaude , Domini Virgo, prophetarum gaudium.

Gaudeas, benedicta, Dominus tecum est. Gaude quœ per Angelum gaudium mundi suscepisti. Gaude quse genuisti Factorem et Dominum. Gau-

Réjouissez-vous et tressaillez, ô vous ! transport des Anges. Réjouissez-vous, Vierge du Seigneur, joie des Prophètes. Réjouissez-vous, ô vous qui, à la parole de l'Ange, avez reçu l'allégresse du monde.

Réjouissez-vous , ô vous qui avez enfanté votre Auteur et votre Seigneur. Réjouissez

deas, qaia digna es esse Mater Christi.

TOUS, parce que vous avez été trouvée digne d'être la Mère du Christ.

L'Église Mozarabe célèbre cette « Lampe de la Vierge « que le Saint-Esprit a allumée et en qui il a fait appac( raitre la vraie Lumière.» Bodie nobis Lucerna Virginis quam Spiritus Sanctus ignivit verum Lumen apparut t

L'Église des Gaules éclate en ces Antiennes que l'Église Romaine lui emprunta pendant plusieurs siècles :

Hodie intacta Virgo Deum nobis genuit, teneris indutum membris, quem lactare meruit

Aujourd'hui la Vierge immaculée nous a donné un Dieu sous les membres délicats d'un enfant ; et elle a mérité l'honneur de l'allaiter

Hodie processit Proies magnifici Germinis et persévérât pudor Virginitatis.

0 Mundi Domina, regio ex semine orta, ex tuo jam Ghristus processit alvo , tanquam sponsus de thalamo : hic jacet in pnesepio qui et sidéra régit.

Aujourd'hui a paru le Rejeton de la Paternité suprême et la pudeur de la Virginité n'en a reçu aucune atteinte.

0 Souveraine du Monde, Fille de race royale, de votre sein le Christ est sorti comme l'époux de la chambre nuptiale : il gU là dans une crèche.

Celui qui régit les mondes...

L'Église des Goths célèbre en magnifiques expres-

iUS :

Sacrosanctum Beatae Nativi- Ce saint et sacré jour de

tatis diem, in quo, nascente Domino, Virginalis uteii arcana laxata siint, incorruptarumque genitalium pondus saeculi levamen effusum est; sicut exoptavimus votis, ita veneremur et gaudiis.

la bienheureuse Nativité, dans lequel, le Seigneur naissant, les mystères cachés dans le sein de la Vierge ont été divulgués, et le poids de ses entrailles immaculées est devenu l'allégement du monde; jour que nous devons honorer de tous nos transports comme nous l'avons appelé de tous nos vœux.

L'Église de France, l'Église de Paris d'autrefois, l'Eglise de Notre-Dame s'épanouissait en joyeuses séquen-

res de la grâce de celle-ci

Lœtare, puerpera, Laeto puerperio, Cujus casta viscera Fœcundantur Filio.

Réjouissez • vous , Vierge- Mère, de votre joyeux enfantement, vous dont les chastes entrailles sont fécondées par votre Fils lui-même.

Lacté tluunt ubera Cum pudoris lilio; Membra foves tenera, Virgo, lacté proprio.

Vos mamelles distillent le lait, sous le lis de la pudeur; Vierge, vous nourrissez d'un lait qui est à vous les membres délicats de votre Fils.

Patris Unigenitus.

Per quem fecit saecula, Hic degit humanitus, Sub Matre paupercula.

Le Fils unique du Père, par qui il a fait les siècles, habite ici-bas dans l'humanité, soumis à une Mère pauvre.

Ibi sancto reficit Angeles lœtitia;

Au ciel, il repaît d'allégresse les saints Anges; ici, il a soif.

Hic sitit et esurit I lepens ab infantia.

il a faim dès son enfance.

Ibi régit omnia; Hic a Matre regitur.

Ibi liât imperia; Hic ancilla? subditur.

Au ciel, il régit toutes choses ; ici il est conduit par une Mère.

Au ciel il donne les empires; ici, il se soumet à sa servante.

0 liomo ! considéra, Revocans memorice Ouanta sint Laec opéra Diyinae clementiae.

0 homme! considère, rappelle à ta mémoire combien grandes sont les œuvres de la divine clémence.

Non desperes veniam, Si multum deliqueris, Ibi tôt insigoia Charitatis videris.

Ne désespère du pardon, si tu as beaucoup péché, quand tu vois les merveilles d'un tel

amour.

Sub Malris refagio Fiige, causa veniae; Nam tenet in gremio Fontem indulgentiae.

Fuis sous la protection de sa Mère, instrument de ton pardon; car elle tient entre ses bras la source de la miséricorde.

Hanc saintes saepius Cum spei Gducia ; Dicens flexis genibus :

Ave, plena gratia.

Salue-la bien souvent dans l'espoir et la confiance ; fléchis tes genoux et dis-lui : Salut, ô pleine de grâce !

Quondam flentis lacrymas Sedabas uberibus; Nunc iratum mitigas Pro uostris excessibus.

Autrefois quand il pleurait, vous lui présentiez votre sein, et ses larmes s'arrêtaient; aujourd'hui, apaisez-le, irrité par nos péchés.

Jesu, lapsos respice; Jésus, nous sommes tomhés ;

PiaB Matris precibus tournez vers nous vos regards ;

Emendatos effice par les prières d'une Mère si

Dignos cœli civibus. tendre, amendez-nous et ren-

Amen. dez-nous dignes citoyens du ciel.

Où est la poésie si elle n'est là dans sa plus vivante réalité et sa plus touchante expression?

Telle est la fête de Noël par rapport à la Sainte Vierge : c'est la fête de son Enfantement virginal autant que celle de la Naissance du Fils de Dieu.

Fête de la Circoncision et de l'Octave de Noël, second mystère du temps de Noël. — La Branche a porté son Fruit; va-t-elle en rester séparée...? Les choses ne se passent pas ainsi dans TÉvangile, nous l'avons vu : et l'Église suit l'Évangile.

La Circoncision est célébrée comme fête de Notre- Seigneur dans le mystère de sa soumission à la Loi, de la première effusion de son sang divin, et de l'imposition de son nom adorable. Mais en môme temps et conjointement c'est la fête de la Maternité àe Marie, de cette Maternité dont le ministère suit l'enfantement et en est comme la prolongation : Maternité de soins, d'allaitement, de protection, dont le Fils de Dieu a voulu glorifier sa sainte Mère , en faisant dépendre sa vie de son secours. L'Église, d'ailleurs, n'a jamais assez satisfait ses sentiments de vénération et d'amour pour Marie, et ayant dû lessurbordonner et les absorber dans l'adoration de Jésus naissant , elle a hâte de leur consacrer un

culte plus spécial, sans qu'il le soit encore entièrement, le mystère de la Circoncision de Notre-Seigneur étant l'objet dominant de cette Octave. C'est pourquoi , dans la primitive liturgie de cette fête, l'Église avait établi pour ce jour deux messes, dont l'nne à l'honneur de Marie. Et la raison qu'en donne le Microloge est que : « Naguère, quand nous avons célébré la Nati- « vite du Seigneur , nous n'avons pu attribuer aucun « Office particulier à sa sainte Mère; d'où il a paru que « nous pouvions convenablement lui adresser un cuite « spécial de vénération dans l'Octave du Seigneur, de t< peur qu'elle ne parût avoir aucune part à la solennité « de son Fils , alors que cependant , dans cette même « solennité , elle a dû être , après le Seigneur, l'objet de « nos plus grands hommages. » Mais depuis, cette dualité a disparu; et l'Église a mélangé dans l'Office de [ce jour les témoignages de son adoration envers le Fils aux expressions de son admiration et de sa tendre confiance envers la Mère : communauté plus convenable, plus touchante et plus glorieuse, selon nous, pour la Très-Sainte Vierge.

Dans cet esprit , les antiennes et les répons de TOffice de ce jour célèbrent à l'envi les franchises de la Virginité et les joies de la Maternité de Marie :

Congratulamini mibi omnes Réjouissez -vous avec moi,

qui diligitis Dominum. Quia vous qui aimez le Seigneur : cum essem parvula placui Al- parce que, comme j'étais petite tissimo, et de meis visceribus à mes yeux, j'ai eu le bonheur genui Deum et Homioem. de plaire au Très-Haut^ et, de

mon sein, j'ai enfanté un Fils

qui est Dieu et Homme.

Bealam me dicent omnes ge-

nerationes.

Confirmatum est cor Virginis, in quo divina mysteria, Angelo nuntiante, concepit; tnnc speciosum forma prœ filiis hominum castis suscepit visceribus : et benedicta in œlernum, Deum nobis protulit et Ilominem.

Benedicta et venerabilis Vir- 20 Maria

Toutes les générations m'appelleront bienheureuse

Le cœur de la Vierge a été fortifié; à la parole de l'Ange elle a conçu les mystères divins :

alors dans ses chastes entrailles elle a reçu le plus beau de?

enfants des hommes : et bénie à jamais, elle nous a donné celui qui est Dieu et Homme.

Vous êtes bénie et digne de toute vénération, ô Vierge Marie

Nesciens Virgo virum, peperit sine dolore Salvatorem sœculorum, ipsum Regem Angelorum; sola Virgo lactabat ubere de cœlo pleno.

Une Vierge, mère saiislccommerce de l'homme, a enfanté sans douleur le Sauveur des siècles, le Roi des Anges, et seule, la Vierge l'allaitait d'une mamelle qu'emplissait le ciel . . .

Nous devons nous hâter et laisser en chemin bien des richesses; mais comment sacrifier la séquence Salve, Mater Salvatoris, ce charmant collier de perles d'Adamde-Saint-Victor, un des joyaux les plus gracieux de récrin liturgique de Marie, qui valut, dit-on, à son auteur, et on le conçoit, le miraculeux remercîment de la Reine du ciel?

Salve, Mater Salvatoris, Vas electum, vas honoris, Vas cœlestis gratiec.

Salut! ô Mère du Sauveur?

vase élu, vase d'honneur, vase de céleste grâce.

PÈTES. — SOEL.

Ab aeterno vas provisam.

Vas insigne , vas excisura Manu SapientijE.

Vase. résetTé dès réternité, vase insigne, vase richement ciselé pjr la main de la Sagesse.

Salve, Vcrbi sacra Parens, Fios de spiuis, spina carens, Flos spincti gratia..

Salut! Mère sacrée du Verbe, fleur sortie des épines sans épines, fleur de grâce da bais* son.

Nos spinetura, nos peccati Spina sumus cruentati ; Sed tu spinœ nescia.

Le buisson c'est nous, nous ensanglantés par les épines du péché; mais vous, vous n'avez pas connu d'épines.

Porta clausa, fous hortorum, Cella custos unguentorum, Cella pigmentaria.

Porte close, fontaine des jardins, boite gardienne des parfums, boite aux aromates.

Cinnamomi calamum, Myrrham, thus et balsamura Superas fragrantia.

Vous surpassez en suave odeur la branche du cinname et la myrrhe, et l'encens et le baume.

Salve, decus Virginum, Mediatrix bomiuum, Salut i.^ puerpera.

Salut, gloire des Vierges, Médiatrice des hommes. Mère du salut.

Myrtus temperantiae, Rosa patientiae, N'ardus odorifera.

Myrte de tempérance, rose de patience, nard odoriférant.

Tu convallis bumilis, Terra non arabilis, Quae fructum parturiit.

0 vous, creuse vallée dhumilité, terre que n'a pas touchée le soc, et qui porte le fruit.

Flos campi, convallium Singulare lilinm ; Ghristus ex te prodiit.

Fleur des champs, beau lis des vallons : de vous le Christ est sorti.

Tu cœlestis paradisus, Libanusque, non incisus, Vaporans dulcedinem.

Vous êtes le Paradis céleste, le Liban que la hache n'a pas touché, répandant sa douce vapeur.

Tu candoris et decoris, Tu dulcoris et odoris Habes plenitudinem.

En vous est la plénitude de l'éclat et de la beauté, de la douceur et du parfum.

Tu thronus es Salomonis Gui nuUus par in thronis Ârte vel materia.

Vous, trône de Salomon à qui nul d'entre les trônes ne peut être comparé pour l'art ou pour la matière.

Ebur candens castitatis, Aurum fulvum, charitatis Prsesignant mysteria.

En qui l'ivoire par sa blancheur figure le mystère de la chasteté, et l'or par son fauve éclat représente la charité.

Palmam prsefers singularem, Nec in terris habes parem, Nec in cœli curia.

La palme que vous portez est sans pareille, vous n'avez pas d'égale ni sur la terre ni au palais du ciel.

Laus humani generis Virtutum prae caeteris, Habens privilégia.

Gloire du genre humain, vous avez au-dessus de tous les privilèges des vertus.

Sol luna lucidior Et luna sideribus :

Le soleil brille plus que la lune, et la lune plus que les

Sic Maria dignior Creaturis omnibus.

étoiles : ainsi Marie éclate entre tontes les créatures.

Lux eclipsim nesciens Virginis est castitas; Ardor indeficiens Immortalis cbaritas.

La lumière sans éclipse c'est la chasteté de la Vierge ; le feu qui jamais ne s'éteint c'est son immortelle charité.

Salre, Mater pietatis, Et totius Trinitatis Nohile triclinium.

Salut! Mère delà piété, et de toute la Trinité l'auguste .arillon.

Verbi tamen incarnati Spéciale majestati Prseparans hospitium.

Mais à la majesté du Verbe incamé offrant un plus spécial sanctuaire.

0 Maria 1 Stella maris Dignitale singularis, Super omnes ordinaris Ordines cœlestium.

0 Marie, étoile de la mer, dans votre dignité suprême TOUS dominez sur tous les ordres de la hiérarchie céleste.

In supremo sita poli Nos assigna tuBe proli.

Ne terrores siye doli Nos supplantent hostium.

Du pôle élevé où vous siégez, recommandez-nous à votre Fils, pour que les terreurs ou les ruses de nos ennemis ne parviennent pas à nous renverser.

In procinctu constituti Te tuente simus tuti ; Pervicacis et versuti Tuse cedat vis virtuti, Dolus, providentiœ.

Dans la lutte où nous sommes engagés, que votre protection nous abrite, que l'audace et la fourberie cèdent à votre force souveraine, et que la ruse soit déjouée par votre prévoyance.

292 LIVRE II, CDAPITRE lY.

Jcsu, Verbum sunimi Patri?, Jésus, Verbe du Père su-

Serva servos tuœ Matris; prôme, gardez les serviteurs

Solve reos, salva gratis, de votre Mère, déliez les pé-

Et nos luse clarilatis cheurs, £auvez-les à merci, et

Configura gloriœ. imprimez sur eux les traits de

Amen. votre clarté glorieuse. Amen.

Ce qui est admirable dans celle ravissanle composition , c'est qu'alors que la poésie et la fantaisie se jouent gracieusement à la surface et dans la forme , le fond , la matière est la doctrine pure et rigoureuse de notre foi. Il n'y a pas un trait qui ne soit une vérité exprimée par une grâce. Les notions de la foi , autrefois si populaires, sont peut-être trop effacées et trop confuses aujourd'hui pour que ces compositions litui^giques soient appréciées à toute leur valeur.

Terminons cette fêle de la Circoncision de Notre- Seigneur et de la Maternité de Marie par cette magnifique préface du Sacramentaire Gélasien pour l'octave de Noël , où sont admirablement rassemblés et caractérisés tous les mystères que célèbre l'Église, nonseulement dans cette octave , mais dans toute la quarantaine du temps de Noël à la Purification ; et où l'on voit quels honneurs l'Église rendait, dès les temps anciens , à la Très-Sainte Vierge , dans la liturgie de ces mystères.

Per Ghristum Dominum nos- Par le Christ Notre-Seigneur,

trum, cujus hodie octavas nati dont nous célébrons l'octave

célébrantes, tua, Domine, mira- de la naissance, nous véné-

bilia veneramur. Quia quœ pe- rons^Seigneur, vos merveilles ;

périt, et Mater et Virgo est : que celle qui a enfanté soit et

qui natus est et infuns et Deus Mère et Vierge; que celui qui

FETES

est. Merito Cœli loculi sunt, Angeli gratuiati, Pastores lœtati, Magi mulali, rcges turbati, parvuli gloriosa passione coronati. Lacta. Mater, cibiim nostrum : lacta panem de cœlo venientem in praesepio posilum velut piorum cibaria jumentonim. lUic namque agiiovit bos po??essorem suum, cl asinus praesepium Domiiii sui, circumcisio scilicet, et prœputium. Quod etiam Salvalor et Dominas noster a Simeone susceptus in templo plenissime dignatus est adimplerc.

Et ideo cum Angelis et Arcbangolis, etc.

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