CHAPITRE PREMIER
H05ÎÎECR PROPORTIOSEL DC A L.\ CRÉATCRE SASCTIFIÉE
PAR Jéscs-Christ.
Quand le Christianisme rapporta dans le monde païen la notion de Dieu créateur, seul étant par Lui-même, et tout ce qui existe n'étant que par Lui, il en chassa T idolâtrie.
La création tout entière fut dépouillée par cette doctrine de ce culte sacrilège d'adoration dont elle était l'ohjet : elle parut dépendante, précaire, suspendue sur le néant d'où la toute-puissance de Dieu Tavait tirée; et ridée de ce Dieu gagna tout ce que celle de la création perdait.
Mais, — qu'on le remarque bien déjà, — par une réaction nécessaire , la création regagna dans son Dieu ce qu'elle semblait avoir perdu en elle-même, avec tout le bénéfice de la vérité sur le mensonge. Quoique fille du néant , elle l'ut plus consacrée comme reflétant les perfections du Souverain Être dont elle était l'ouvrage, que comme possédant en propre celles que le paganisme lui prêtait. Dieu seul fut adoré ; mais la
créature fut cVautant plus honorée que cette unique adoration la faisait l'ouvrage et l'image d'un plus grand Dieu.
Cet honneur rendu à la créature en vue du Créateur ne différa pas seulement de l'idolâtrie par le degré, mais par le principe. Loin de favoriser le retour de cette grande erreur, il en consomma la ruine. Il était, en effet, la profession de la gloire de l'Ouvrier dans son ouvrage, comme dans le temple visible de sa Majesté; et comme il avait sa source dans le sentiment de cette souveraine grandeur, il y ramenait.
Mais la notion du Christ et de son œuvre vint assurer et porter à son comble ce beau résultat de la notion de Dieu créateur.
Le paganisme reposait sur un principe de confusion : la confusion du monde avec Dieu'. Le Christianisme n'aurait qu'imparfaitement détruit cette erreur, s'il ne lui avait opposé que la distinction de l'Être Souverain d'avec sa créature ; car rien n'aurait garanti le maintien de cette distinction contre la tendance de l'humanité à la faire disparaître dans son aveugle besoin de Dieu. Un principe plus radicalement contraire au principe païen de la confusion dut lui être opposé , en donnant une
* « La foule de leurs dieux et leur culte insensé proviennent de ce « qu'ils n'ont pas su distinguer Dieu de la matière. Mais les chrétiens « qui font celte distinction avec grand soin, et qui séparent, comme « il convient, le Créateur de la créature, ne peuvent consentir à offrir u à la créature, ou, ce qui est pis, à, des ouvrages faits de main u d'homme, comme le sont les idoles, les hommages qui ne sont dus « qu'au Créateur.» Alhénagore, Legalio pro chriscianis, c. xv-xvil.