‹ La Vierge Marie et le plan divinChapitre 30 sur 43 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA PrRIFICATI05. — l'aSKONCIATTON. — L'aSSOMPTIOS. LA ÎJATIV1TÉ.

m Sar ce fond général de la Liturgie, déjà si glorieux pour Marie, se détachent maintenant les fêtes qui lui sont consacrées, comme des étoiles se détachent sur le fumament du ciel.

Ces fêtes de Marie sont /ixes : elles sont attachées à

des dates qui ne varient pas dans l'Année liturgique,

et il en est ainsi de tout le système dont elle est l'astre

uverain, je veux dire de toutes les fêtes des Saints.

Au contraire, les fêles de Jésus-Christ, Soleil de Jus-

[| tice, sont toutes mobiles, excepté la seule fête de sa

Nativité.

Quelle est la raison de cette diftérence, à l'inverse de qui parait devoir être au premier abord ? Quelle en st la loi?

Nousnelavons trouvée clairement indiquée nulle part.

Elle doit exister cependant; car dans la religion comme

dans la nature, tout a sa loi. Cette loi est souvent cachée,

I et, en cet état, elle se suffit à elle-même et à sa propre

I justification * ; elle n'a pas besoin de notre vain savoir

'ur être glorifiée.

'■ Lex Domioi osliCeata in gemelipsa. Ps. xviii, 8.

320 LIVRE II, CIIAPITUE Y.

A^oici toulefois un aperçu qui nous a été suggéré par un lumineux esprit, et qui nous paraît des plus heureux, parce qu'il résulte de l'économie générale de la Religion et qu'il éclaire cette divine économie.

Toute la Religion consiste dans cette antithèse : Dieu l'ait homme, pour que l'homme soit fait Dieu. L'Immuahle vient se prêter aux vicissitudes de notre condition; rÉternel descend dans le temps, se fait temporel, en quelque sorte, pour que les choses du temps soient élevées au siège de rÉternel. D"où suit que les mystères de la vie et de la mort de notre Sauveur ont dû revêtir un mode contingent, et les fruits de ces mystères un (•aractère immuable. Ainsi, les fêtes de Notre-Seigneur sont mobiles : c'est l'éternité dans le temps; et les fêtes de la Yierge et des Saints sont fixes : c'est le temps dans l'éternité.

Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, a tout refait, a 'pacifié toutes choses, parce que toutes choses avaient partagé et servi la révolte du péché. Ainsi, comme il a sanctifié les eaux en y plongeant son corps divin et leur a communiqué une efficacité baptismale, il a sanctifié le temps et le cours sidéral qui le mesure en y accomplissant les mystères de notre salut. Et nous avons un témoignage assez sensible de cette divine impression dans le trouble sympathique que firent éclater le ciel et la terre à l'heure de sa mort. C'est pourquoi le mouvement planétaire de chaque année est affecté d'une propriété anniversaire, correspondant à la phase de ce mouvement où les grands mystères de notre salut se sont passés. De là la mobilité des fêtes de Notre-Seigneur liée à celle des astres et à leurs variations. Et comme, d'ailleurs, ces variations sont régies par une

-lande loi astronomique qui les fait rentrer dans un système général d'unité, elles réclament la commémoration des mystères de Notre -Seigneur au nom de <ette unité même ; de sorte que la correspondance des l'êtes de Notre-Seigneur au mouvement planétaire de chaque année en est encore le retour le plus régulier. Quant aux fêtes de la Vierge et des Saints, c'est l'inverse. Fruit des mystères de Jésus-Christ consommés sur la terre, la gloire des Saints subsiste dans le ciel. Là tout est fixe, immuable et permanent. Les fêtes de (*ette gloire sont toujours sûres de se rencontrer avec elle , et elles n'ont pas d'écart à faire pour s'y ajuster. Sans doute , les mérites qui en ont été la semence ont été acquis sur la terre, mais nous ne fêtons ces mérites qu'en tant que glorifiés , de sorte cjualors même c{ue nous faisons mémoire de la vie des Saints sur la terre, nous le faisons avec la fixité de la gloire dont ils sont couronnés dans le ciel. Aussi, le jour de la fêle de chaque Saint est-il ce que, dans la Liturgie, on appelle son jour natal. Admirable expression ! car elle s'entend du jour de sa mort, c'est-à-dire de sa vraie nais.sance, sa naissance à l'éternité'.

1 Jure nasci dicunlur qui de prcssuris liujus niundi, tanquam de ar.gustiis cujusdam ventris, ad illam spaciosisslinam et lueidissimam i- lîoslis habilationis eniillunlur laliludineni (.\ldincs F"laccls, de Officùs divinls). « C"esl à bon droit qu'on dit qu'ils naisseni, ceux qui de « la pressure de ce monde, comme des parois resserrées d'un ventre « en travail, sont élargis à cette si spacieuse et lumineuse amplitude » de rtiabilation céleste. » — Admirable vérité, admiraldemcnt rendue ! Ainsi tout le Iraxail de cette vie n'est qu'un accouchement à l'autre. Scimus enim quod otniiis crealura higemiscit et parluril iisque adUuc. Ad Rom., vin, 22.

322 LIVRE II, CnAPITBE V.

En un mot, les fêtes de Notre-Seigneur sont mobiles, parce que ce sont les fêtes de Dieu avec nous ; et les fêles des Saints sont immuables, parce que ce sont les fêtes de nous avec Dieu.

Mais pourquoi la fête de Noël, qui est la première des fêtes de Notre-Seigneur, la fête de sa venue même au milieu de nous, et qui, plus que toute autre, ce semble, devrait partager la vicissitude de la mortalité où ce mystère Ta fait descendre, est-elle fixe et la seule qui soit fixe ' ?

Par la raison que le Fils de Dieu n'a fait que se prêter au temps, qu'il est resté Dieu en se faisant homme, que sa naissance de Marie n'est qu'une extension de sa génération éternelle du Père. De sorte que par là, comme par son point d'attache, il tient à l'immuable d"où il descend, comme le raj^on du soleil tient à son foyer d'où il vient se réfracter dans les corps qu'il illumine. Jésus- Christ vient de Marie, mais il provient de Dieu. Il est

... cette image mobile De l'immobile éternité.

C'est ce que signifie l'immobilité du temps de Noël par rapport à la mobilité de toutes les autres fêtes du Dieu fait homme.

Toute cette explication n'est pas de foi : elle est d'opinion; mais quelle Religion que celle qui, dans les

* En y comprenant toutefois les fêtes de la Circoncision et de l'Epiphanie, qui sont dans la sphère du Temps de Noël. C'est ce Temps dont la fixité déroge à la loi de mobilité de tous les autres Temps de Notre-Seigneur.

points les moins remarqués, ouvre à la raison des profondeurs aussi magnifiques !

Du reste, la mobilité des fêtes de Notre -Seigneur et la fixité de celles de la Sainte Vierge se tempèrent par une pénétration réciproque, qui est un caractère liturgique des plus glorieux pour Marie.

Ainsi, toutes fixes que sont les fêtes delà Sainte Vierge, elles se mobilisent en s'entrelaçant aux quatre temps des mystères de Xotre-Seigneur par la diversité des quatre .irrandes Antiennes : Aima Redemptoris Mate?-, — Ave, Regina cœlorum^ — Regina cœliy lœtare , — et Salve Regina, selon le temps dans lequel elles tombent. — Toutes mobiles que sont pareillement les fêtes de Notre- Seigneur, elles viennent se reproduire d'une manière fixe dans celles de la Sainte Vierge qui en sont comme les corollaires et les parbélies *.

Cette signification générale de la fixité des fêtes de la Sainte Vierge par rapport à la mobilité de celles de Xotre-Seigneur, éclaire déjà ces fêtes dun jour de gloire dans lequel il faut maintenant les considérer.

Le jour de la fête de chaque Saint étant son Joi/r natal, la fête de la Sainte Vierge est la fête de son Assotnption. Mais, outre cette fête, la Sainte Vierge, seule entre tous les Saints, en a beaucoup d'autres. Ces fêtes de la Mère du Rédempteur étant toutes fondées sur les grandeurs de cette dignité incomparable et sur les rapports de nature, de grâce et de gloire qu'elle établit entre elle et Jésus-Christ, sont autant de fêtes de Jésus-Christ

1 On appelle parliélie la représentation d'an ou de plusieurs soleils sous la forme d'une clarté brillante, qui paraissent autour du soleil et qui sont formés par la réflexion de cet astre dans une nuée.

dans sa sainte Mère ; de sorte que si Marie a plus de fêtes et de plus grandes fêtes que les autres Saints, c'est parce qu'elle participe davantage de Jésus-Christ et qu'elle le glorifie davantage.

Quatre fêtes principales étaient consacrées à la Sainte Vierge du temps de saint Bernard j et sont restées, depuis, en possession de cette primauté jusqu'à nos jours. Les autres leur sont postérieures. Ces fêtes sont : la Purification, \ Annonciation^ Y Assomption, et la Nativité.

Un docte et pieux liturgiste fait cette réflexion, que l'Annonciation se célèbre dans le printemps, l'Assomption dans l'été, la Nativité dans l'automne et la Purification dans l'hiver, de sorte que les quatre saisons sont placées sous le patronage spécial de la Bienheureuse Vierge, et que ces quatre solennités sont comme quatre pierres précieuses merveilleusement enchâssées dans la couronne de l'année, ou comme ces quatre fleuves qui arrosaient le Paradis et qui fécondent ainsi le temps, ou enfin comme les quatre vents cpii soufflent des quatre points cardinaux. Ainsi, ces quatre fêles de la Mère de bien illustrent, ornent et purifient les quatre temps de l'année, et par elles, les mérites et les prières de Marie nous récréent, nous raniment et nous préservent en tout temps '.

FÊTE DE LA PURtFIGÂTION.

La première en date dans Tannée est la Purification

» HosTiENSis , citi; [lar Giij et , de Festis , liber I , caput xviit , qusest. 1.

(pli se célèbre le 2 février, c'est-à-dire au temps révolu, scion la loi mosaïque, à partir de l'enfantement de la Vierge. Ce mystère est complexe et un, et par ce double i^araclère il intéresse la grandeur de Marie. C'est d'abord un mystère de Notre-Seigneur, le mystère de sa Présentation johii h celui de h Purification de Marie. — Puis, c'est la participation de saint Joseph et la rencontre de Siméon et d'Anne qui a fait donner à cette fêle le nom de Fête des Rencontres. — Enfin, c'est la Prophétie du saint vieillard qui préconise le divin Enfant comme la Lumière qui doit éclairer toutes les nations, d'où est \^nu aussi le nom de Fête de la Chandeleur. Or, tous ces caractères, disons-nous, attribuent cette belle fête à Marie. C'est Marie, en effet, qui s'assujettit à la purification; c'est Marie, qui fait la présentation de Jésus-Christ; c'est comme époux de Marie que saint Joseph y prend part ; c'est des bras de Marie que Siméon prend le divin Enfant ; c'est à Marie que le saint vieillard adresse sa prophétie ; c'est Marie enfin que dans cette prophétie il associe si douloureusement et si glorieusement au grand sacrifice du Rédempteur. Marie nous apparaît donc dans tous les aspects de celte belle fête, principalement comme Mère., comme Sacrificatrice^ comme Corédemptrice de Jésus-Christ.

« Aujourd'hui, dit saint Bernard, la Vierge-Mère iii- « troduit dans le temple le Seigneur du temple. Joseph « assiste aussi le Seigneur, non comme son Fils, mais « comme le Fils de cette Vierge, et celui en qui il a mis « ses complaisances. Le Juste Siméon reconnaît celui a qu'il attendait. Anne, sainte veuve, le confesse. Par ces « quatre personnages commence aujourd'hui de la sorte « la solennité de cette procession, qui peu après va sou-

« lever le transport de toute la terre et qu'en toute ré- « gion le concours de tous les peuples va célébrer *.

Que les incrédules, s'il en est qui lisent ces pages, veuillent bien réfléchir sur ce prodige historique, d'un si humble commencement de culte suivi peu après d'un déploiement qui remplit toute la terre et d'un prolongement qui , après dix-neuf siècles , va se continuant dans l'avenir le plus indéfini. Mais qu'ils observent surtout le comble du prodige dans ce fait , que les premiers acteurs de cette scène avaient la conscience prophétique de cet avenir du petit enfant qui était l'objet de leur transport; qu'ils l'ont chanté dès lors comme « destiné « à être exposé à la face de tous les peuples , et la Lu - (c mière qui éclairera toutes les nations. » Quod parasti nnte faciem omnium populorum Lumen ad revelationem gentium^ ne prévoyant pas moins l'opposition qu'il devait rencontrer, « étant ;?05e pour être en butte à la « contradiction » signum cui contradicetur ; pour être toujours l'HoMME EN QUESTION, comme l'ont appelé depuis les thalmudistes.

Il faut être frappé de cécité pour ne pas voir cette Lumière de Dieu dans la lumière qu'elle a répandue sur le monde, et dans la complète révélation d'elle-même aux saints personnages qui la reconnurent et la saluèrent dans la personne d'un obscur petit enfant.

Eh bien , c'est Marie qui porte , qui présente aujourd'hui , la première, cette Lumière à laquelle sont venues s'allumer toutes nos lumières; c'est elle qui, «du sein « de sa Virginité conservée, l'a épandue dans le monde . » Virginitatis gloriâ permanente , ÏAimen œternum

* Sermo 1, de Purifie, inun 1.

mwulo effudil Jesum Christwn , comme le chante l'Église; c'est elle qui, la portant ainsi après l'avoir produite , ouvre la marche de celte procession à laquelle sont venus se joindre Jean-Baptiste et Élisaheth , Joseph, Siméon , Anne , les Apôtres , les Martyrs , les Confesseurs , les Peuples , les Césars , le Monde jusqu'à nous , jusqu'à la fin des temps.

Portons donc sans vaciller, dans nos mains et dans nos cœurs, cette divine Lumière qu'elle nous a transmise', et chantons avec la sainte Église cette belle Antienne dont la liturgie à la fois grecque et latine réunit l'Orient et l'Occident dans la procession de ce jour :

Adornathalaraumtanm,Sion, Décore ta chambre nuptiale,

et soscipe Regem Ghristum: ô Sion! et reçois le Ghrist-

amplectere Mariam, quae est Roi : attache-toi à Marie qui

cœlestis Porta; ipsa enira por- est la Porte du ciel; c'est elle,

tat Regem Glorisenoviluminis: en effet, qui porte le Roi de

subsistit Virgo, adducens ma- gloire , lumière nouvelle. La

nibus Fiiium, aute luciferum Vierges'arrète*, présentant de

genitum, quem accipiens Si- ses mains son Fils engendré

meon in ulnas suas prœdicavit avant l'aurore; Siméou le re-

1 I Le cierge qa'on porte dans la procession de la Chandeleur symbolise l'humanité et la divinité du Christ. La cire que les abeilles produisent avec le miel par une œuvre toute virginale désigne l'humanité ou la chair que le Christ a prise dans le sein de la Vierge. La lumière du cierge marque la Divinité, parce que notre Dieu est un feu qui consume (Deut., c. iv). La mèche qui est dans la cire désigne son àme, ou, selon d'autres, sa mortalité » (Durand de Mende, Rational).

' La procession s'arrête aussi dans sa marche, en figure de la Présentation.

populisDominumeumessevitae ç.oit dans ses bras et annonce et mprtis et Salvatorem raundi. aux peuples que c'est là le

Maître de la vie et de la mort, le Sauveur du monde.

Qelle scène sublime ! et c'est la vérité ! c'est l'Évangile! c'est rhistoire! c'est la propliétie fêtée par son accomplissement perpétuel et universel , à la gloire de Marie!

Toute la liturgie de cette fôte en reflète les divers aspects. Le motif de l'Antienne qui précède revient dans les Répons de iT/«/me5. Au Capitule de No)ie, TÉglisese complaît à célébrer la Vierge prédestinée à ces glorieux mystères.

Elegit eam Deus, et praeele- Dieu l'a élue, et l'a choisie

git eam. Elegit eam. d'avance. Dieu l'a élue.

In tabernaculo suc habilare II l'a fait habiter dans son

fccit eam. Et prieelegit eam. tabernacle, et l'a choisie d'a- Gloria Patri. Elegit. vance. Gloire au Père. Dieu l'a

choisie.

Diffusa est gratia in labiis La grâce est répandue sur

luis. vos lèvres.

Propterea benedixit te Deus C'est pourquoi le Seigneur

ia ceternum. vous a bénie à jamais.

Dans les Nocturnes, on remarque de belles Leçons tirées de saint Augustin, notamment celle-ci :

Autrefois il a été prédit : Sion, mère de mon peuple, a dit : Un

homme et un homme a été formé eu elle; et le Très-Haut luimême l'a fondée à celte fin. 0 toule-iiuissacce de celui quia voulu naître ainsi! ô magnificence de celui qui a voulu descendre du ciel en terre! 11 était encore porté dans le sein virginal, que déjà, du sein maternel, Jean-Baptiste le saluait. Il était pcéseulé dans le temple, et Simcoii, vieillard illustre, chargé d'ans, éprouvé, consommé, le reconnaît. .\u niême moment il le connaît; au même moment il l'adore ; au même moment il dit : Maintenant, Seigneur, laissez votre serviteur s'en aller en paix, parce que mes yeux ont vu le Sauveur qui nous vient de vous.

L'Office Parisieîi renferme de touchantes Leçons tirées de saint Bernard sur les deux principaux aspects de celle belle fête.

Célébrons aujourd'hui la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie... Ne pensez-vous pas qu'elle pouvait se dire à elle-même dans son cœur : Qu'ai-je besoin de purification? pourquoi ra'arrêterai-je au seuil du temple, moi dont le sein virginal est devenu le Temple même du Saint-Ksprit, a enfanté le Seigneur du temple?.... -\ssurément, ô Vierge Bienheureuse, assurément vous n'avez nulle raison, nul besoin de purification. Mais, est-ce que votre Fils avait besoin de circoncision ? Soyez parmi toutes le? femmes comme l'une d'elles; puisque votre Fils même est de la sorte au nombre des enfants.... Offrez-le ce Fils, Vierge sacrée, présentez au Seigneur ce Fruit béni de vos entrailles; offrez-le en hostie sainte pour notre commune réconciliation.

Mais celte oblation, mes frères, est d'un sens ingénieux en ce que, présenté seulement au Seigneur, il est racheté par des oiseaux et reporté aussitôt dans le sein de sa Mère. Viendra un jour où ce ne sera pas dans le temple qu'il sera offert, ni dans les bras de Siméon, mais hors de la ville el dans les bras de la Croix. Viendra un jour où il ne sera pas racheté par uue autre main, où il ra-

chètera les autres de son propre sang. Ce sera là son sacrifice du soir; celui-ci n'est que celui du matin; celui-ci est doux encore, mais celui-là sera complet; à tous les deux vous pouvez appliquer ce qu'a prédit le Prophète ; Il a été offert parce qu'il l'a voulu.

Le Parisien renferme encore pour la fête de ce jour de belles hymnes, les plus belles peut-être de Santeuil.

Templi sacratas pande, Sion,

fores ; Christus sacerdos intrat et

liostia; Cédant inanes veritati Qu» se animis aperit fîgurse.

Ouvre, ô Sion! les portes sacrées de ton temple ; le Christ, prêtre et victime, y péuètre aujourd'hui ; que les vaines figures Cèdent la place à la vérité qui se découvre à nos esprits.

Nonimmolandijam pecudura

grèges, Fumabit ater non cruor am-

plius; En ipse placando Parenti Ipse suis Deus astat aris.

On ne verra plus fumer désormais le sang répugnant des troupeaux égorgés en sacrifice; voici que pour apaiser lui-mêmeson Père, Dieu s'offre lui-même sur ses autels.

Virgo latentis conscianumi-

minis, Demissa vultus quem peperit

Deum , Hune gestat uluis; pauperum-

que Munera fert teneras volucres.

Confidente de la Divinité qui se cache, la Vierge, les regards baissés, porte dans ses bras ce Dieu qu'elle a enfanté, et apporte de tendres oiseaux, offrande de sa pauvreté.

Hic omnis setas, ornais et

astitit Sexus, propinquo numine ple-

nior :

Omnes anbelantis tôt aunos Nunc fidei pretium reportant.

Rempli de la Divinité qui est proche, là, tout âge, tout sexe se trouve présent. Ils lui apportent, en cet instant, le tribut d'une foi qui depuis tant d'années soupire après sa venue.

Testes tôt inter, magnanimo,

Deus Tibi lilabat firma silentio Verbi silentis muta Mater :

Cuncta animo penitus preme'

bat.

Parmi ces divers témoins la Mère muette du Verbe muet vous offrait, ô Dieu, le ferme sacrifice d'un magnanime silence. Elle conteuait entièrement toutes choses dans son cœur.

Sit summa Patri, etc.

Gloire soit au Père, etc.

L'hymne suivante met dans une belle lumière la figure de la Vierge immolant dans la purification l'honneur de sa virginité, et recevant dans la prophétie de Siméon la douloureuse gloire de Corédemptrice avec son divin Fils.

Stupete, geutes : fit Deus hostia; Se sponte legi Legifer obligat :

Orbis Redemptor nunc re-

demptus : Seque piat sine labe mater.

Soyez saisis d'étounement, peuples ; un Dieu se fait victime; le Législateur s'assujettit de lui-même à la loi; le Rédempteur du monde est aujourd'hui racheté, et sa Mère immaculée se purifie.

De more matrum, Virgo puerpera.

Sui'wrat l'usage des mères, la Vierge accouchée s'abstient

Templo statiitosabstinuit Die?- du temple durant les jours

Intrare sanctum quid pavebas, Facfa Dei prius ipsa tcmpluin?

prescrits. Que craignicz-vous d'entrer dans le sanctuaire vous qui étiez déjà derenue le temple même de Dieu?

Ara sub una se vovet hostia Sur un seul aulel s'ofTre un

Triplex : honorem virgineum

immolât Virgo sacerdos, parva mollis Membrapuer, scniorquevitam.

triple sacrifice. La vierge pontife immole l'iionneur de sa virginité; un tendre enHint ses petits membres; un vieillard sa vie.

Eheu! quot enses transadi-

gent tuum Pectus! quot altis nata dolori-

bus 0 Virgo! qiicra gcslas crucu-

tam Imbuet liic sacrr Agnus aram.

Al) ! que de glaives transperceront votre sein! à quelles suprêmes douleurs ôtes-vous prédestinée, ô Vierge! Celui que vous portez, cet Agneau sacré arrosera i'aulel de soa sauff.

Christus fuîuro, corpus adhuc tener, Prseludit insons victima funcri :

Grcscet; profuso vir cruore, Omne scelus moricns piabit.

Le Christ, dans un corps encore frêle, prélude, innocent, à ce rôle de victime que lui réserve un funèbre avenir; il croîtra, et homme fait il expiera, mourant, tous nos crimes dans les Ilots de son sana.

Sit summa Patri, etc.

Gloire soit au Père, etc.

Ce sont sans cloute ces hymnes qui faisaient dii-e à La Bruyère, parlant de Santeuil : « Quelle verve! quelle

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