FETE DE L'IMMACULEE CONXEPTION
La Liturgie, en ce qui se rapporte à cette fête, se recommande à notre observation par une destinée singu-
lière : c'est que c'est par elle que la croyance au mystère qui en est l'objet est entrée dans le dogme. Le dogme n'a pas été, ici, la racine et le fondement de la Liturgie, mais son fruit, son couronnement. Éclose, dès le sixième siècle au moins en Orient, et dès le neuvième en Occident, de la croyance antérieure de l'Immaculée Conception de Marie, mais de la croyance infuse, latente, pieuse et facultative, comme d'un germe resserré dans la terre que la chaleur croissante du soleil vient féconder, la Liturgie a été comme une plante en qui cette croyance s'est révélée, dégagée, formulée, et qui, éprouvée par l'action et Tagitation de l'air, a poussé ses feuilles, étendu ses branches, épanoui ses fleurs, présenté son fruit, et qui a attendu la perfection et la consommation de la lente maturité de ce fruit pour le laisser cueillir. Ce n'est pas le dogme qui a fait la croyance, c'est la croyance qui a manifesté le dogme, par la Liturgie.
Dans notre étude sur ce mystère , au chapitre Y de la Vierge Marie d'après V Évangile, nous avons indiqué et calculé en quelque sorte la marche incessante de la Liturgie, se dirigeant graduellement de l'antique croyance vers le dogme par le déploiement du culte. Nous y reviendrons plus en grand dans l'Exposition historique. Ici, nous devons apprécier seulement le caractère de cette Liturgie comme expression de la croyance et manifestation du dogme.
L'incomparable dignité de Mère de Dieu en Marie a dû consacrer toute son existence, après comme effet, avant comme préparation. Aussi ce n'est pas seulement dans l'Annonciation qu'elle est honorée et glorifiée comme Mère de Dieu , et dans tous les mystères qui ont suivi jusqu'à son Assomption ; mais dans sa Présentation
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au temple , à l'âge de trois ans , et plus avant dans sa Nativité. Mais son existence n'a pas commencé à cette Nativité : la source en a été dans sa Conception. En vertu de la même loi , sa Conception devait donc être honorée. Elle devait l'être d'autant plus que Marie préexistait comme Mère de Dieu à sa Conception même : elle préexistait dans les prophéties et les figures qui la préconisaient , dans les désirs et les vœux des Justes et des Patriarches qui la saluaient depuis l'origine du monde. Elle préexistait plus avant encore , dans les hommages des Anges fidèles, et dans la révolte des apostats ; puisque ceux-là ont été confirmés et ceux-ci ont été vaincus par le sang de ["Agneau ' , par la Maternité dès lors de Marie. Enfin , elle préexistait avant toutes choses comme prédestinée à être Mère de Dieu , de la même prédestination que le Fils de Dieu à être le Fils de l'homme , cet état de Fils impliquant nécessairement une Mère. C'est ce qui justifie à la lettre celte application que l'Église fait à Marie de ce qui est dit de la Sagesse éternelle devant s'incai e^ »• en elle : Dieu m'a possédée au commencemeiiï de ses voies, dès le principe, et avant que rien ne fiit , etc.
Mais si Marie était Mère de Dieu, en tant que réservée et prédestinée à cette gloire de toute éternité , si elle était possédée dès lors par Dieu , comment ne l'auraitelle pas été dans sa Conception , qui était sa prédestination réalisée? En un mot, sa Prédestination étant célébrée , sa Conception devait l'être.
Aussi l'a-t-elle été , même par ceux qui ne la tenaient pas pour immaculée : tant il était convenable qu'elle le fût.