Apocalvps., xu, T-II
Mais quoi! fêter, honorer, glorifier une conception qui ne serait pas immaculée ! qu'est-ce autre chose que glorifier le triomphe du Démon sur celle dont la divine Maternité , non-seulement devait le terrasser sur la terre, mais l'avait précipité du haut du ciel? qu'est-ce autre chose que fêter le péché originel dans sa plus éclatante victoire?
Il suit de là que, de cela seul qu'on fêtait la Prédestination de Marie, on devait fêter sa Conception; et que fêtant sa Conception, on ne pouvaitla fêter qu'Immaculée.
C'est ainsi que la Liturgie a dégagé la croyance. C'est ainsi que tout s'enchaîne et se tient dans la Doctrine catholique.
Cela est tellement vrai , que le dernier état de la Liturgie Romaine pour la fête de l'Immaculée Conception , avant la définition de ce mystère, ne renferme pas, que nous sachions, un seul mot qui articule la croyance , mais n'en dit pas un seul aussi qui ne l'implique; et qu'ainsi, chose merveilleusement convenahle autant que justificative , tout cet Office est dtmposé de vérités que nul chrétien ne peut décliner, et que cependant il ne peut admettre sans emhrasser virtuellement celle de l'Immaculée Conception de Marie. C'est la démonstration liturgique de cette grande croyance.
D'ahord , en efl'et, fêter simplement la Conception de Marie, c'est, comme nous l'avons dit, la fêter Immaculée.
Ensuite , pour la fêter , l'Église l'enveloppe dans la grande, dans la nécessaire vérité de sa Prédestination et lui applique à cet effet cette parole de la Sagesse : Nondum erant abyssi et ego jam concepta eram^ ce qui est incontestable, et ce qui implique, comme nous l'avons vu , sa Conception Immaculée. Marie a dû être conçue
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dans le temps comme elle a été conçue dans lélernité , en tant que Mère de Dieu et dominatrice du mal , loin d'être sa sujette , ce qui a fait dire à un Père que la Virginité de Marie est éternelle. Si elle était conçue avant les abîmes, ce qui doit s'entendre de tout abîme ; si elle était conçue non-seulement avant les abîmes où furent précipités les Anges rebelles, mais avant la création des Anges mêmes, dès le principe et avant que rien fût ; si dès lors elle a été non-seulement conçue, mais possédée par Dieu , comme le dit notre Liturgie , comment auraitelle payé tribut à l'abîme?
L'Église applique à Marie dans la liturgie de cette fête cette figure desLivi'es Saints : Quœest istaquœ ascendit sicut aurora coyisurgens, pidchra ut luna, electa ut sol? et il n'y a jamais eu qu'une voix dans l'Église pour faire à Marie application de cette image, tant elle lui convient. Et, en effet, Marie n'ayant pas été prise au hasard parmi les enfants d'Adam pour devenir Mère de Dieu, mais ayant été prédestinée, et par conséquent conçue à cette fin unique , c'est de cette fin divine qu'elle lire sa raison d'être , son être même et son état , comme l'aurore tire sa virginale clarté du soleil avant qu'il ait paru sur l'horizon. Est-il besoin de dire après cela qu'elle est immaculée comme l'aurore? Et qui ne sent la justesse autant que la beauté de cette Leçon de notre Office, tirée de saint Thomas, archevêque de Valence :
C'est avec juste raison que le chantre du divin Épillialame, vous voyant de loin dans votre lever, s'écriait : Quelle est celle-ci qui surgit comme une aurore, belle comme la lune, choisie comme le soleil? Gomme une aurore au rayonnant éclat, en effet, vous avez été produite dans le monde, ô Marie ! lorsque, à l'ombre de
la splendeur du vrai Soleil, vous avez été conçue. Car le Soleil lui-même de justice qui devait sortir de vous, prévenant votre lever par une sorte d'irradiation matinale, a transfusé abondamment en vous les rayons de sa clarté, au moyen desquels vous avez mis en fuite les puissances des ténèbres que la première Eve avait étendues sur nous.
L'Office de la Conception n'a pareillement eu besoin pour célébrer Marie Immaculée que de mettre en Antienne l'antique Prophétie qui préconise Marie comme ennemie et victorieuse du serpent : Ait Dominus adserpentem : Inimicitias ponam interteet mulierem^ etsemen tuum et semen illius : ipsa conteret caput tuum, donnant seulement pour commentaire à cette Prophétie ces autres paroles de la Sainte Écriture qui en sont l'accompagnement logique :
r/. Deus prsecinxit me vir- i\. Dieu m'a ceinte de force, tute.
i. Et posuit immaculatam i. Et il a posé immaculée la viam meam. voie par laquelle je devais pas-
ser.
i. In hoc cognovi quoniam V^. En cela j'ai connu que vous voluisti me. m'avez voulue.
r|. Quoniam non gaudebit i^. Parce que mon ennemi inimicus meus super me. n'aura pas à se réjouir sur moi.
^. Elegit eam Deus, et prae- i. Dieu l'a élue et préélue, elegit eam.
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^. lu taberaaculo sno habi- i^. Il l'a fait habiter dans son tare fecit eam. tabernacle.
Tota pulchra es, arnica mea, Vous êtes toute belle, ô mon et macula nou est in te. aimée ! et aucune tache n'est en
vous.
Qu'est-il besoin de dire autre chose de Marie pour dire qu'elle est Immaculée? Dire qu'il y aura entre elle et le Serpent un abîme d'inimitiés, n'esî-ce pas dire qu'il n'y aura jamais de contact? Dire qu'elle lui écrasera la tête , n'est-ce pas dire qu'elle ne lui payera jamais tribut? Dire, en un mot, qu'elle sera la Mère de Dieu, n'est-ce pas dire qu'elle ne sera jamais la fille du Démon?
Quand on sonde ce glorieux abîme : — Mère de Dieu, — on rejette , conune la plus monstrueuse de toutes les contradictions, la pensée que Marie ait jamais pu raser seulement le honteux abîme de Satan. C'est pourquoi l'Eglise ayant à fêter la Conception Immaculée de Marie ne croit pas pouvoir mieux: le faire qu'en plaçant dans son Office ces magnifiques et encore insuffisantes paroles de saint Épiphane, par lesquelles la haute antiquité chrétienne célébrait la divine Maternité :
Que dirai-je? et quelles paroles ferai-je entendre? Comment m'y prendre pour louer cette racine bienheureuse de la gloire? Dieu seul en effet excepté, à toutes choses elle est supérieure : plus sainte que les Chérubins, plus sainte que les Séraphins, et, sans nulle comparaison, plus élevée en gloire que toute l'Armée céleste. Pour la louer dignement, tonte langue est insuffisante, Toire même celle des Anges. Et en effet eux-mêmes lui ont décerné hymne, louange, honneur. Ils étaient dans la joie, comme
s'ils devaient Dieu lui-même à cette Vierge très-sainte qui, supérieure à eux, conçut en terre ce Dieu qui habite dans les cieux, pour attirer par ce moyen leur armée angélique sur celte terre,
et la faire vivre avec nous 0 Bienheureuse Vierge, colombe
pure, céleste épouse, Marie, ciel, temple et trône de la Divinité, qui avez eu vous le Christ, soleil éblouissant au ciel et sur la terre. Nuée lumineuse, qui du ciel avez conduit le Christ, foudre éclatante, pour illuminer ce monde. Nuée céleste, qui avez attiré dans le monde le tonnerre de l'Esprit-Saint reposant en vous, et qui avez versé à torrent la pluie de l'Esprit-Saint sur toute la terre pour y produire le fruit de la foi. Salut, pleine de grâce, porte des cieux dont le Prophète a si bien chanté : Voici la porte close et nul n'entrera par elle ni ne sortira, excepté le Seigneur Dieu seul : et elle sera la porte close réservée pour le chef, car Dieu lui-même sera appelé notre chef, en qui espéreront toutes les nations. De cette porte aussi, le Prophète, dans le cours du divin épithalame, parle ouvertement et manifestement quand il s'écrie : Vous êtes un jardin clos, ma sœur, mon épouse, vous êtes un jardin clos, une fontaine scellée.
Célébrer ainsi la Maternité divine de Marie, c'est professer la croyance à son Immaculée Conception. La Liturgie romaine n'a pas besoin de formuler cette conclusion et elle ne le fait pas, autant par un sens exquis qui lui a fait comprendre qu'une conclusion détachée de ses prémisses est moins forte que celle qui en sort d'ellemême dès qu'on les admet, que par une juste et admirable réserve à une époque où le dogme n'était pas encore promulgué. Réserve que n'a pas la Liturgie parisienne qui, dans l'Office de ce jour, soutient une thèse en forme pour l'Immaculée Conception, et s'arme de la décision du concile de Trente contre ceux qui la décrieraient.
Et ainsi, chose admirable autant qu'étrangement mé-
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connue ! l'Église romaine, qu'on a accusée si aveuglément d'indiscrétion et d'inopportunité dans la définition de ce dogme , était en retard sur la manifestation de la croyance dans tout l'univers catholique. Loin d'y pousser par le mouvement liturgique qui y a abouti, c'est elle qui l'a modéré, contenu, réglé, retardé, en suspendant son résultat par des siècles de circonspection et de sagesse. Nous l'avons montré, avec quelque détail, dans la deuxième partie de cet ouvrage, nous aurons lieu d'y revenir dans notre exposition historique. En attendant, que ceux qui auraient quelque reste de préjugé à ce sujet veuillent bien réfléchir sur cette leçon de catéchisme que Bossuet faisait aux petits enfants, et qui va si bien à notre adresse, avec tout le poids qu'ajmitent à cette parole les deux siècles qui se sont écoulés depuis :
« Que tiennent communément les théologiens de la « Conception de la Sainte Vierge?
« Que par une grâce particulière elle a été imma- « culée, c'est-à-dire sans aucune tache et sans péché « originel. »
« L'Église a-t-elle défini que la Conception de la « Vierge fut immaculée? »
« Non ; le Saint-Siège a déclaré que la chose n'était « pas ENCORE définie, et que ce n'était ni hérésie, ni « péché mortel de ne le croire pas. »
« Que faut-il considérer en cela ? »
« La grande prudence du Saint-Siège , et le soin
c( qu'on y apporte à examiner la tradition constante de « tous les siècles * .
Tels sont les enseignements liturgiques que nous offre la fête de l'Immaculée Conception.
Nous avons achevé de parcourir les fêtes propres de la Sainte Yierge qui ont un rang principal et général dans la Liturgie, au nombre de sept :
La Purification,
L'Annonciation,
L'Assomption,
La Nativité,
La Visitation,
La Présentation,
L'Immaculée Conception.
Il en est sept autres qui ont un caractère général, mais non aussi principal; ce sont :
La Compassion et les Sept Douleurs.
Notre-Dame du Mont-Carmel,
Notre-Dame des Neiges,
Notre-Dame de la Merci,
Le Saint-Rosaire,
Le Saint- Nom de Marie,
La Fête des Parents de la Sainte Vierge.
Enfin, il en est sept autres encore qui n'ont pas un caractère principal, ni même général, mais simplement
1 Catéchisme de Meaiix.