CHAPITRE VIL
I. — Celle humble partie du culte de la Très-Sainte Vierge est ouvertement attaquée ou secrèlem.ent méprisée par tous ceux qui n'en usent pas. On la laisse aux dévots, aux bonnes gens, en gémissant tout haut ou tout bas de la superstition qui s'en nourrit, et en se faisant un cas de conscience philosophique dV être parfaitement étranger.
Il se pourrait bien cependant que philosophie et religion fussent en ceci du côté des bonnes gens, et que la plus courte Mie, autant que la moins pure, fût du côté <les contempteurs de ces pratiques.
« Et dadvantage, écrivait Montaigne, je puis le dire « pour ravoir essayé, ayant aultrefois usé de cette liberté « de mon choix et triage particulier, mettant à noncha- « loir certains points de l'observance de l'Eglise, qui « semblent avoir un visage ou plus vain ou plus esirange ; « venant à en communiquer aux hommes savants, j'ay « trouvé que ces choses-là ont un fondement massif et « très-solide, et que ce n'est que bestise et ignorance « qui nous fait les recevoir avecque moins de révérence ■« que le reste. »
Allons droit à l'objection :
Toutes ces pratiques du culte de la Vierge sont des superstitions, parce qu'elles se substituent à la piété et à Ja vertu. Elles favorisent la fausse dévotion, en portant
390 LIYRE II, CHAPITRE YII.
à croire qu'on en sort justifié, quels que soient les vices ou les imperfections dans lesquels on continue à vivre.
Qui est-ce qui fait cette objection? Ce sont surtout les protestants et les philosophes, c'est-à-dire ceux qui donnent le plus dans le vice qu'ils reprochent à nos pieuses pratiques.
Les protestants : leur convient-il bien de reprocher à la dévotion catholique envers Marie de substituer les pratiques au mérite et les formules à la vertu, eux dont la doctrine dispense de tout mérite et de toute vertu, et fait consister toute religion, toute justification dans la seule imputation des mérites du Christ? Si nos pratiques de dévotion leur ont été si odieuses, ce n'est pas parce qu'elles ne font pas assez , c'est parce qu'elles font trop pour le salut, pour la vraie piété , dont le propre, selon leur doctrine , consiste à ne rien faire , pas môme un acte de foi. La foi seule et la foi ;o«.ç5Zî;e suffit. Assurément un tel salut est à plus bas prix que nos pratiques! Et remarquez bien encore la grande différence qui exclut tout rapprochement. Il est de doctrine^ dans le protestantisme , que la foi seule suffit sans les œuvres : où est-il de doctrine dans le Catholicisme que les pratiques seules suffisent? Qui ne sait, au contraire, qu'une telle manière de voir est hautement condamnée par l'Église , qui appelle toujours ses enfants à la piété, à la vertu, à la plus haute sainteté, et qui n'encourage les pratiques de dévotion que comme des moyens de s'y élever? Et n'est-ce pas pour cela môme que ces pratiques sont odieuses aux protestants? Leur haine est donc notre justification ^
1 Nous ne voulons pas dire que les protestants n'ont pas de vertus
Les philosophes , j'entends par là les libres penseurs, sont-ils plus autorisés à taxer nos humbles pratiques d'actes vains , qui ne tirent à aucune conséquence pour la vertu? En quoi consiste la philosophie , selon eux : je ne demande pas à quoi elle aboutit, ce serait trop indiscret; mais en quoi consiste-t-elle? que se proposeelle? La continence ? l'humilité? la patience? la résignation? le désintéressement? le sacrifice? la vertu? Il s'agit bien de cela, vraiment! Pure dérision de le demander, — En quoi consiste-t-elle donc? — Dans la Recherche de la vérité. — Et après? Quand on a trouvé la vérité , on la met en œuvre , sans doute. On ne revient pas de cette expédition aussi pauvre dans sa vie et dans ses mœurs qu'on était parti ? A ce contact divin on est transfiguré?... — Mais comprenez donc que la philosophie, consistant dans la recherche, entendez-vous bien, de la vérité, fait profession de ne la trouver jamais, puisque, dès lors, on cesserait de la chercher, et, par conséquent , de philosopher. — C'est dans cette pratique de la recherche de la vérité que consiste toute cette philosophie; pratique non-seulement sans vertu, mais sans vérité , même ; cage tournante de l'esprit , pur fétichisme de la libre pensée. En vérité , il n'y a pas là de quoi jeter la pierre à nos dévotions.
IL — Après avoir ainsi écarté leurs censeurs, considérons et justifions ces dévotions en elles-mêmes. D'abord il n'est personne, si ignorant qu'il soit, qui
naturelles et même chrétiennes, nous le reconnahsons très-volontiers. Mais s'ils ont de telles vertus malgré leur doctrine qui les en dispense, combien plus les catholiques à cause de leur doctrine qui les prescrit !
ne sache qu'elles ne peuvent tenir lieu de la piété el de la vertu véritables; qu'elles doivent en être l'expression et le véhicule. On ne peut se tromper là-dessus sans se tromper sciemment. Tout le monde sait que le salut n'est pas une aumône que la Vierge et les Saints obtiennent à l'importunité qui les leur demande, mais une récompense promise à l'effort, un prix qui ne se gagne qu'au concours , une couronne qui ne se pose que sur le front du vainqueur. Seulement, comme nous ne pouvons tout cela sans la grâce , nous prions , de cette façon, la Vierge et les Saints de nous obtenir des grâces dont le bon usagenovL?, rend plus sûr, plus facile, et plus doux le chemin du ciel. Qu'y a-t-il à reprendre dans cette doctrine?
Et puis , qui ne sait encore que la Vierge et les Saints ne sont favorables à ceux qui les prient qu'à proportion que ceux-ci s'efforcent de les imiter; qu'ils ne sont nos patrons qu'à proportion qu'ils sont nos modèles; el qu'ainsi l'intérêt même nous engage sur les traces de leur sainteté?
Sansdoute, dira-t-on, telle est la doctrine de l'Église, et ce n'est pas elle que nous censurons, elle est à l'épreuve de toute critique. Mais que devient-elle dans les esprits et dans les cœurs grossiers qui la plient à leurs penchants et à leurs vues? Ce n'est pas la doctrine, c'est la coutume que nous accusons; ce n'est pas ce qui devrait être, c'est ce qui est.
Mais ce qui est , ne le pliez-vous pas vous-même à vos préjugés et à vos vues? Le voyez-vous tel qu'il est? Vous voyez la Madone , les cierges, les ex-voto , les chapelets, les médailles et les bonnes gens, et puis c'est tout. Mais c'est-il tout, en effet? Avez-vous bien vu? N'avez-
VOUS pas remarqué deux choses, deux institutions, qui ne laissent pas ces dévotions livrées à elles-mêmes , et qui assujettissent à leur contrôle et à leur épuration les esprits et les cœurs qui s'y adonnent, sous peine de n'avoir pas fait leurs dévotions? Ne voyez-vous pas la diaire et le confessionnal? La chaire, d'où descend la lumière de la doctrine sur tout le monde ; le confessionnal, où elle est inoculée à chacun ; la chaire, qui rectifie les vues; le confessionnal, qui redresse les penchants : la chaire et le confessionnal , où se déposent loute ignorance et toute souillure , et qui conduisent de Tun à l'autre , à l'Autel , à la suprême dévotion qui consomme toutes les autres , la dévotion à Notre-Seigneur Jésus- Christ dans son Sacrement redoutable?
Et puis, A'oyez-vous les cœurs, voyez-vous les Ames? tout ce que ces dévotions y mettent de freins , y font de pures et douces impressions, y éveillent de remords, y tempèrent de passions, y apportent de préservations, y corrigent de vices, y font germer et fleurir de vertus?..
Sans doute on retombe dans ses défauts , mais pas toujours, mais beaucoup moins, mais avec la conscience y du moins, de sa faiblesse et de son infidélité. La conscience! ah! n'aurait-on sauvé que cela, on aurait sauvé le foyer domestique de la vertu !
« Défiez-vous, écrivait naguère à ses prêtres un « éloquent prélat, défiez-vous de ce zèle amer et « peu éclairé qui fait consister entièrement la dévotion « à la Sainte Vierge dans l'étroite observation de ses « exemples, et qui, hors de là, ne reconnaît rien de « bon, rien d'utile dans les pratiques de lÉglise insti- « tuées en son honneur. Prêcher que la piété envers « Marie , de la part de ceux qui vivent dans le désordre,
« est une piété mensongère, injurieuse à Jésus-Christ et c< à sa Mère , une observance dérisoire , une vaine et « criminelle confiance, c'est outre-passer la vérité et « fausser la règle ; c'est>rrêter le courant de la grâce et, « à foi'ce de sécheresse et d'exagération , enter le déses- « poir sur la faiblesse, quand l'intention de l'Eglise « est de greffer le repentir sur la miséricorde. La sa- « gesse de votre zèle se gardera de tels écarts... Sans « doute vous attaquerez ces dévots présomptueux, s'il « en était dans vos paroisses , qui abuseraient de ce « qu'on publie du crédit de la Sainte Yierge pour le sac( lut des pécheurs ; vous leur rappellerez avec énergie « qu'on n'arrive pas au ciel avant de renoncer au péché, « et sans en faire pénitence ; mais vous leur direz en « même temps que l'un des moyens les plus efficaces « pour obtenir leur conversion est la dévotion à la Sainte « Vierge. »
Voilà ce que sont les pratiques de dévotion à la Sainte Vierge dans leurs moindres effets. Que sont-elles maintenant dans leurs effets supérieurs? Ici les faits parlent, et quels faits! Trouvez -moi dans toute l'histoire du Christianisme depuis dix-huit siècles un 5«m^, un héros, je dirai plus, un génie catholique qui n'ait été particulièrement dévot à la Sainte Vierge, et scrupuleux sectateur de ses pratiques. Montrez-moi à l'heure qu'il est une grande œuvre , un grand dévouement, une grande pureté qui ne fleurisse pas à l'ombre des autels de Marie, et qui ne se fasse pas une arme, un bouclier et comme un charme de cette dévotion. Ah! respectez, vénérez, baisez le rosaire de la virginité, de la charité et du martyre!... Sans doute ces dévotions ne sont pas de l'essence même du Christianisme, elles n'en sont, si vous
PETITES PRATIQCBS DE DÉYOTIO!«. 395
voulez, que Técorce; mais, comme telles, elles protègent l'essence, et elles l'enrichissent de toutes les impressions de l'air et de la lumière divines dont elles pompent les souffles et les rayons.
III. — Mais c'est précisément ce qu'il y a de matériel dans les instruments de cette dévotion qui provoque le plus la censure et la critique de ceux qui y sont étrangers. Un morceau d'étoffe ou de métal qu'on porte sur soi dans les frivolités ou môme dans les souillures de la vie ; un cierge qui se consume en votre absence devant une grossière statue: des grains de chapelet qui glissent sous des doigts plus scrupuleux de leur nombre que de leur signification : c'est ainsi que leur apparaissent les dévotions catholiques à la Sainte Vierge.
Si Dieu avait consulté les sages sur le dessein qu'il avait de se faire chair^ ils auraient rejeté ce dessein comme un insigne folie. Qu'est-ce donc s'il leur avait dit : Cette chair prise dans le sein d'une femme je la garderai éternellement; je relèverai avec moi dans la gloire ; je vous la donnerai à adorer sur des autels, à manger à une table : par un plan dont cette Incarnation perpétuelle sera le centre, je ferai arriver ma grâce à vos âmes en des canaux matériels et sensibles hors desquels vous en serez privé, de l'eau, de l'huile, des paroles sacerdotales, des impositions de mains; et par là, par là seulement, je spiritualLserm le monde, j'y formerai des Anges. C'est ce qu'il a fait et ce que nous voyons. Ce divin système étant posé, il est conséquent d'admettre, en dehors des sacrements, et par une irradiation de la grâce qui y est contenue, une vertu de bénédiction et de consécration dans le revêtement sensible
de tout le culte et jusque dans les objets privés auxquels l'Église étend et applique cette vertu. Ces objets bénits, portés avec foi et respect, ont des influences morales , et même sensibles, qui se font sentir à l'âme et au corps du fidèle jusqu'au miracle, et qui souvent attirent et suscitent à la vie de la grâce les plus abandonnés pécheurs. Ce ne sont pas des exemples qui manquent à l'appui de cette vérité !
IV. — A un point de vue philosophique, les pratiques sensibles de dévotion à la Sainte Vierge sont admirablement appropriées aux besoins des âmes simples, et à ceux aussi des âmes élevées. A celles-là elles donnent de l'élévation ; à celles-ci de la simplicité. Développons un peu ce double aperçu :
Ces pratiques sont comme la Liturgie des simples et des ignorants. La Liturgie, proprement dite, leur est un livre fermé ou voilé ; ils y épellent à peine. Ils peuvent encore moins composer eux-mêmes des actes et des formules de prières ; encore moins s'en passer pour élever à Dieu une âme doublement appesantie et par son défaut de culture et par la prédominance du corps. Ces âmes resteront-elles au pied de la montagne sainte,, à la porte de nos mystères ; n'y aura-t-il aucun moyen de les initier à la vie spirituelle et surnaturelle, à cette vie si élevée qu'elle est à la vie intellectuelle ce que celle-ci est à la vie des sens? Gomment les porter à une telle hauteur? — Plus aisément que des philosophes et de grands esprits; plus aisément, parce qu'ils n'opposent pas d'obstacles. — Mais encore faut-il des moyens? — Ces moyens sont la dévotion à la Sainte Vierge et sespieuses pratiques. Il y a dans l'objet de cette dévotion
quelque chose de si accessible, de si sympathique et de si attrayant, que le charme sur des âmes simples en est irrésistible ; elles se dirigent instinctivement vers l'autel de la Bonne Vierge comme vers un port dans l'orage, comme vers la consolation dans la souffrance, comme vers l'épanchenient dans les peines, comme vers la miséricorde dans le repentir, comme vers la puissance dans le besoin, enfin comme vers la bonté infinie de Dieu dépouillée de tout attribut de majesté et de justice et personnifiée dans un Enfant pour être commise à une Mère; à une Mère qui n'est la sienne que pour être la nôtre, et sur la quelle nous avons dès lors tous les droits qu'elle a elle-même sur son Fils. Qu'on ne dise pas que la Vierge efl'ace Dieu dans ce culte et qu'elle est l'objet propre et final de la dévotion. Outre l'enseignement continu de l'Église qui, sous mille formes, bannit cette erreur, il est manifeste que la dévotion même à Marie la rend impossible, puisque c'est la Mère en tant que Mère qu'on invoque en elle, tenant cette qualité d'un Fils qu'elle nous montre comme son titre à notre confiance, et qui est ainsi produit à notre culte par cette dévotion même qu'on accuse de le faire oublier. Un tel oubli, une telle superstition serait un cercle vicieux, et il faut même reconnaître que de tous les modes de culte de r Homme- Dieu, le plus formel, le plus démonstratif et le plus explicite est le culte de la Mère de Dieu.
De là vient, chose admirable ! que ce culte qui attire les âmes les plus timides et les plus humbles à force de douceur et de facilité, transfigure les âmes les plus grossières et les plus communes à force de pureté et de sainteté. Assurément, s'il était une idolâtrie, s'il se bornait à une créature, il va longtemps que par cette familiarité
de dévotion les passions l'auraient fait à leur image. Mais non : elles viennent toutes expirer aux pieds de cette Pureté qui non-seulement résiste au contact des âmes, qui non-seulement les domine, mais qui les élève à son idéal, et par cette action surnaturelle prouve victorieusement sa légitimité plus encore que par les miracles sensibles où elle fait éclater souvent son pouvoir. C'est par là que les âmes simples sont initiées à la vie surnaturelle ; et tous les instruments sensiljles de cette dévotion, pénétrés de la même vertu et de la même vie que son objet , portés et employés dans le même esprit , en sont comme les conducteurs liturgiques. Les grains du chapelet deviennent dans les mains du simple et de l'ignorant, par la ferveur et la grâce de la prière qui s'y applique, comme des grains d'encens dont le parfum spirituel monte à Dieu autant que celui de nos plus beaux cantiques. Le saint scapulaire le dépouille de la terre en le revêtant du Ciel, et îait reposer sur lui l'esprit de Marie, comme sur Elisée fint se reposer le manteau et l'esprit d'Élie emporté sur un char de feu. La flamme du cierge que sa ferveur allume au pied de Notre-Dame est le symbole de cette flamme intérieure de la dévotion qui s'élève de son âme et qui l'illumine en y consumant les grossièretés. Les pèlerinages aux sanctuaires de la Mère de Dieu, que sa piété lui fait entreprendre avec une si naïve persévérance, en le détachant de ses foyers, lui inspirent le détachement de cette vie, et font de celle-ci le pèlerinage à l'Éternité. Ainsi de toutes les pratiques de dévotion à la Vierge : elles élèvent les âmes simples.
Y. — Ces mêmes pratiques donnent de la simplicité
aux âmes élevées. Beaucoup de gens n'entrent pas dans le Christianisme, ou ne s'y élèvent pas parce qu'ils veulent y pénétrer sans se courber, sans s'humilier ; car, dans ce divin système, on est élevé à proportion qu'on s'abaisse. « Pourquoi est-il monté, a dit saint Paul, de « Jésus-Christ lui-même, sinon parce qu'il était aupara- « vant descendu '? » Assurément si le Fils de Dieu, qui pouvait élever à soi l'humanité sans descendre jusqu'à elle, a daigné s'anéantir jusqu'à létat d'homme, jusqu'à l'état d'enfant conçu dans le sein d'une humble femme, pour de là remonter en son humanité jusqu'au faîte de la gloire, qui peut se croire dispensé de suivre un tel exemple ; qui peut prétendre à monter sans descendre? Il faut donc absolument descendre. — Et d'où faut- il descendre? jusqu'où faut-il descendre? — Il faut descendre de nous-mêmes, de notre orgueil, de notre personnalité, de notre ciel où nous siégeons plus ou moins comme des Esprits d'élite et comme des Dieux par rapport au vulgaire mortel ; et il faut descendre jusqu'où Jésus-Christ lui-même est descendu. Il faut, nous aussi, nous/ff/re honwie comme il s'est fait homme; simple homme, homme nouveau. Il faut nous dépouiller, nous réduire jusqu'à devenir un enfant , jusqu'à renaître, comme le disait Jésus à Nicodème, au grand étonnement de ce docteur, dans cet admirable entretien qu'il eut avec lui pendant la nuit^. — Et comment? — Par l'humilité, par la simplicité qui en est la perfection et la grâce, qui est l'humilité passée en nature. La simplicité, cette disposition de l'âme qui, sur la foi d'une
» AdEpheâ.,iv, 9.
* Évangile de saint Jean, ch. ut.
auloritc divine bien reconnue, nous dessaisit de nousmêmes pour nous livrer aux opérations de Dieu; qui isous ramène à cet état natif de notre être, abstraction laite des accroissements qu'il a reçus, pour que Dieu y pose et y dresse, comme en sous-œuvre, l'édifice de sa grâce. Je dis en sous-œuvre, parce que tout ce que la nature a produit, tout ce que l'éducation a développé de bon en nous, est suspendu seulement pour que Dieu puisse agir en dessous, sur le fondement et à la racine, donnant à la nature même et à Téducalion une plus large et une plus profonde base : la base de la simplicité; de la simplicité qui est le caractère de ce qu'il y a de plus grand, et sans laquelle il n'y a pas de génie, parce qu'elle nous fait vivre de la vie commune de l'humanité, et en fait palpiter en nous les instincts.
Or, de tousles moyens de nous inspirer la simplicité, les meilleurs sont assurément les plus simples, les plus communs et les plus naïfs; car, si la simplicité produit des œuvres simples , les œuvres simples produisent la simplicité. Oh! qu'il est bon, qu'il est grand pour une âme distinguée, pour une intelligence d'élite, de faire des actes de dévotion populaire! comme elle remonte plus haut en venant toucher terre ! comme elle double son élévation par son abaissement! comme elle se retrempe dans le courant! Et quels actes d'ailleurs plus conformes à la simplicité et mieux propres à nous l'inspirer que ceux de la dévotion à Jésus enfant et à sa sainte Mère , puisque c'est le culte de cette simplicité même dans son Modèle divin! Beaucoup de chrétiens consentent à descendre jusqu'à Jésus docteur, jusqu'à Jésus crucifié même, parce c{ue là ils trouvent à admirer et à partager des leçons et des vertus d'homme; mais descendre jusqu'à
Jésus enfant, jusqu'à la Vierge Marie ! cela ne les regarde pas : ils le laissent aux enfants et aux femmes. Comme si le Fils de Dieu s'était fait seulement docteur et victime ! Comme si d'abord il ne s'était pas fait chair, enfant, soumis et dévot lui-même , si j'ose ainsi dire, à sa sainte Mère ! Comme si , sur trente-trois ans de vie , il n'en avait pas consacré trente à cet état, pour nous y amener, comme au fondement pratique de toutes les leçons et de toutes les vertus qu'il devait manifester plus lard , et qu'il commença par faire avant de les enseigner ' ! Comme si enfin ce divin exemple d'humilité et de simplicité ne regardait que les humbles et les simples, qui en ont précisément moins besoin , et n'était pas surtout et expressément affecté aux grands et aux superbes ! Ah ! ce n'est pas seulement aux Bergers voisins , mais c'est surtout aux Mages de l'Orient à venir adorer Jésus enfant dans les bras de Marie sa Mère ! C'est à eux à faire ce pèlerinage de leur sagesse , cet ex-voto de leur couronne , cette largesse et cette effusion de leurs trésors !
Ainsi les pratiques de dévotion à Marie conviennent aux âmes élevées autant qu'aux âmes simples.
YI. — Mais elles conviennent à toutes les âmes par un sentiment qui les unit, les égalise et les fond pour ainsi dire toutes en une seule âme, l'âme humaine. Ce sentiment qu'il faut ressentir pour avoir le droit de le juger, et que nos analogies terrestres peuvent à peine faire concevoir, c'est l'amour. L'amour anime tout, enchante tout, se fait arme de tout. Vous qui souriez quand vous voyez un chrétien baiser une médaille , revêtir un
* Ccppit Jésus facere et docere, AcT.\ Apost., cap. i, v, 1.
scapulaire, faire brûler un cierge, murmurer un chapelet, entreprendre un pèlerinage, êfes-vous si déshérité que vous n'ayez jamais Itaisé un portrait , porté ou donné clés gages de (eiidressc, que vous n'ayez enfin jamais connu le ctilte de la piété filiale, de la reconnaissance, d'une chaude amitié, d'un chaste amour?... Eh bien 1 ce que vous avez fait pour une alfection de la famille et de la nature, c'est ce que nous faisons pour une affection de la grâce et de la religion. Avoir de la dévotion, c'est aimer. Aimer, c'est avoir de la dévotion. On a delà dévotion pour un père, pour une mère, pour un ami, pour un bienfaiteur, pour tout ce qu'oYi aime d'un noble amour. Il faut plaindre celui qui n'a de la dévotion pour quoi que ce soit. Il faut envier celui qui a de la dévotion pour ce qui en est le plus digne , pour l'éternel Amour qui nous a prévenus de ses poursuites , pour cette Vierge qui en a concentré toutes les grâces et tous les feux jusqu'à le produire au monde, et des bras de laquelle il se donne à nous.
Le R. P. Lacordaire a dit sur le Rosaire un de ces mots trouvés qui portent avec eux le témoignage de la vérité qui les a inspirés autant que du" génie qui les a prononcés : <( Le rationaliste sourit , a-t-il dit , en voyant « passer des files de gens qui redisent une même parole ; « celui qui est éclairé d'une meilleure lumière com- « prend que l'amour n'a qu'un mot, et qu'en le redisant « toujours il ne le répète jamais. »
Ce sentiment anime et ennoblit toutes les autres pratiques de dévotion à \i. Sainte Yierge. En approchant de Lorette , où il était allé faire un pèlerinage qui décida de sa conversion , et à la première vue encore lointaine de ce sanctuaire vénéré, M. Olier dit : « Je sentis mon
« cœur romme blessé d'un coup de flèche, qui le rem- « plit tout du saint amour de Marie. » — « En entrant « dans l'Église , ajoute-t-il, je fus touché jusqu'à verser « des larmes en abondance. Je fus tellement attendri par « les caresses de la Très-Sainte Vierge , et ressentis des « secours si puissants, qu'il fallut me rendre à mon Sau- « veur, qui me poursuivait depuis si longtemps... C'est « dans ce saint lieu que j*ai été engendré à la grâce par o les prières de la Très-Sainte Vierge, et cette Mèredemia séricorde m'a fait renaître à Dieu dans le lieu même où « elle avait engendré Jésus-Christ dans son chaste sein ' . » Ceux, qui n'ont point éprouvé ces choses ne peuvent les comprendre par aucune analogie avec les sentiments terrestres. Ils doivent même ressentir pour elles de l'opposition et du dégoût ; et cette opposition de la nature malade contre le remède de la grâce prouve , par le contraire, l'excellence de celle-ci. La nature inférieure et viciée, « l'homme animal, comme dit l'Apôtre, n'est point « capable des choses qui sont de l'Esprit de Dieu ; elles a lui sont folie, et il ne les peut comprendre, parce que a c'est par une lumière spirituelle qu'il en faut juger^. » Le R. P. Lacordaire a donc fort bien dit : Celui quiest éclairé d'une meilleure lum ière comprend. . . Mais si le rationaliste ne peut comprendre par analogie et par sympathie , il ne peut méconnaître, par témoignage et par observation , la vérité , la profondeur dans l'âme chrétienne de ce sentiment d'amour et d'onction qui anime les pratiques de dévotion à la Sainte Vierge. Ce sentiment est trop vrai , il respire trop naïvement , il brille
» Vie de M.Olier, t. I, p. 25.
* I Aux Corinth., ch. ii, vers. 14.
trop ouvertement dans loules les expressions de l'âme pieuse, il absorbe trop puissamment toutes les inégalités d'intelligence et de caractère de ceux qu'il pénètre, pour qu'on puisse le nier ou le mépriser.
VII. — Nous devons nous borner à ces traits généraux. Le détail explicatif sur chacune des pratiques viendra naturellement dans rhislorique de leur institution.
Nous ferons seulement ici une observation importante et que nous recommandons à l'intelligente attention du lecteur, d'autant qu'elle réagit sur toute notre Exposition liturgique.
Ces pratiques, le chapelet, le scapulaire, le mois de Marie, etc., ne sont pas liturgiques . Elles ne font pas partie du culte divin, ni du culte liturgique de la Sainte Vierge, tel que nous l'avons exposé dans les chapitres précédents. Ce sont des pratiques de sî/re'ro^/a/zo??, c'està-dire au delà de ce qui est prescrit. On peut s'en affranchir sans manquement, quoique non sans dommage.
Cette liberté, on peut le dire, s'étend, quoiqu'en un sens plus restreint, à tout ce qui est de la dévotion proprement dite à la Sainte Vierge, en tant qu'on peut la démêler du culte divin. Car le culte, même liturgique, delà Sainte Vierge n'oblige qu'en tant que Dieu y est honoré. Il en est des fêtes de la Vierge et des Saints comme des temples : ce n'est qu'à Dieu qu'elles sont consacrées, bien qu'en leur mémoire et en leur honneur'. Et c'est en ce sens seulement que quelques-unes peuvent
1 Dico Festa Sanelorum Deo dicarl, sed in Satictorum memoriam, quemadmodum templa sacrantur Deo in memoriam Sanelorum. Bel- LARMiN, lib. III, cap. XVI, ih Cnlln Sanct.
être d'obligation. Mais pour ce qui est de la dévotion proprement dite à la Sainte Vierge, le principe, je le répète, c'est la liberté.
Il y en a trois belles raisons :
La première et la seule, en un sens, les deux autres n'étant que de convenance, c'est que, comme dit Bossuet, « nous sommes libres pour tout autre et ne som- « mes assujettis qu'à Dieu seul dans l'ordre de la Reli- « gion. Nous bonorons la Bienheureuse Vierge et les « Saints d'un bonneur de cbarité et de société frater- « nelle, non par un culte de servitude et de sujétion '. » C'est ce que nous avons professé avec développement dans notre Exposition théorique, et ce que la pratique vient confirmer.
La seconde raison, c'est que le culte de Marie étant un culte tout damour filial et de confiance, le cœur doit s'y porter de son propre mouvement. La contrainte y serait impie, non-seulement envers Dieu, par la raison précédente, mais envers Marie elle-même, dont elle blesserait le caractère maternel.
La troisième raison, c'est que le ministère de Marie étant un ministère de grâce et de miséricorde , ce serait le dénaturer que de faire de son culte un danger de faute et de justice en en faisant un sujet d'obligation. Il ne faut pas que Celle dont le propre est de nous concilier le pardon soit pour nous une occasion de châtiment; ce serait , pour me servir d'une expression de nos Livres saints, faire cuire V agneau dans le lait de sa mère.
Telles sont les raisons de notre franchise à Tégard de la Sainte Vierge.
1 Sermon sur la Dévotion à la Sainte Vierge.
Mais autant nous sommes libres de cette dévotion, autant nous serions léméraires de nous en abstenir; aulant nous serions coupables delà mépriser.
Nous devons croire et confesser tout ce qui est défini article de foi des grandeurs et des privilèges de la Très- Sainte Yierge. Nous devons respecter la dévotion dont elle est l'objet comme fondée sur l'honneur de Jésus- Christ et sur le plan de sa miséricorde envers les hommes : et cette obligation de croyance et de respect emporte anathème, parce qu'elle touche à Dieu et à la Religion dans Marie.
Nous devons nous faire un scrupule d'affaiblir, même, cette dévotion par nos critiques et nos censures, et si ce dénigrement allait jusqu'au système, il encourrait aussi l'anathème, comme compromettant le salut de nos frères.
« Anathème donc à qui nie une dévotion si bien fonce dée, dit Bossuet, et ôte aux chrétiens un si grand se- « cours ! — Anathème à qui ia diminue, il affaiblit les « sentiments de la piété ' ! »
Enfin, si, pour ce qui nous concerne, nous pouvons être plus ou moins enclins à la dévotion à la Sainte Vierge, si nous pouvons même nous en abstenir sans qu'il y ait péché^ pourvu que cela n'aille pasjusqu'à l'indévotion; cependant, nous devons mesurer notre progrès dans la piété et dans le salut par celui que nous aurons fait dans la dévotion envers Marie. Les Pères et les Docteurs s'accordent pour dire que cette dévotion bien entendue est une marque certaine de prédestination. Impossibile ut pereat, dit saint Anselme après saint Antonin , en parlant du fidèle serviteur de la
* Sermon sur la DévoUon à la Sainte Vierge.
Mère de Dieu : frustrari non potest^ dit saint Bernard.
Faut-il aller plus loin? peut-on dire que celui qui
n'a pas pour Marie une affection particulière, qui a de
l'èloignement et du dégoût pour son culte, porte en cela
une marque de réprobation ? Je ne le dirai pas ; je ne
sache pas qu'aucune plume catholique l'ait jamais écrit.
Gela a été dit cependant, et par qui ? Par un réprouvé,
s'il faut l'en croire, par un des premiers corj^ihées de la
réforme, Œcolampade, qui, après avoir déserté l'Église,
et avant de s'être tourné contre le culte de la Sainte
Vierge, dans le sinistre pressentiment de ce qui devait
lui arriver, et dans la lutte intérieure avec son destin,
s'écria : « Qu'il ne m'arrive jamais de rien diminuer du
c( culte de Marie ! que plutôt ce culte divin, pratiqué en
« esprit et en vérité, n'éprouve jamais de retranche-
« ments ! Que jamais, Dieum'en garde ! on n'entende dire
« de moi que je suis devenu l'adversaire de Celle pour
« qui j'estime que cest une marque certaine de répro-
« BiTio>' de n avoir pas une affection singulière ! Et
« comment ne l'aimerais-je pas? Et quel est celui qui ne
« se sentirait pas ravi d'amour pour celle que Dieu lui-
« même aime excellement, que les Anges et les Archanges
« vénèrent, qui a enfanté le Sauveur du monde , qui est
« l'Avocate du genre humain, qui est appelée la Reine
« de la Miséricorde ? Que de nouveau donc je vous
« exhorte , et encore de nouveau à louer par Elle de
c( toutes les puissances de votre être le Seigneur * ! »
* Nollem ex ciiltu Marle aliquid diminui, modo cuUui divino verô illi, quo colitur in spîritu et veritate, decedat iiihil. Nunquani de me, ut in Domino confido, audiatur, quasi averser eam, ergà quam minus benè afiîci, Rkprobat.e montis certiim exislimem indioium. Et quomodù
On sent la chute de l'ange dans ce suprême accent du ciel. Il veut se prendre à la branche du salut étendue sur l'abîme, mais qui n'est telle que pour ceux qui n'ont pas rompu avec le tronc. La branche échappe à son étreinte convulsive, et il se précipite, de toute la violence de son eJïort à la plier à son sens réprouvé.
Il nous serait trop pénible de rester, nous et nos lecteurs, sur cette sombre impression, quelque concluante qu'elle soit pour notre doctrine*. Effaçons -la par un autre chant, le chant du génie et de la sainteté à leur plus sublime accent sur cette terre, allant s'unir à celui des Anges dans le ciel.
Les Œuvres de saint Anselme, de ce génie catholique qui a pénétré si haut et d'un vol si hardi clans la divine Essence, se terminent et s'exhalent en cette hymne à la Vierge, que ce saint Évéquc avait composée pour la liturgie de son diocèse de Gantorbéry, dans laquelle respire son génie philosophique, et qui résume tout ce
non amarem? et quis est qui non rapiatur in ejus amorem , quatn Deiis ipse deamal, quam venerantur Angeli et Arcliangeli, qufe peperil Sal valorem mundi, quaî liutnani generis est Advocata, quœ Regina appellaliir Misericordiœ .^ Eia liortor ilcrum atque iterum, ut summis viriijus pereain laudemus Deum. Joan. OEcolampadius, Sermo de hiU' dando iii Maria Deo. Epilogue.
1 Loin de nous, cependant, de prononcer sur le sort éternel d'OEcolampadc, et nous laissons à Luther de dire qu'il mourut accablé des coups du diable, dont il n'avait pu soutenir l'effort! Nous aimons à penser, même, que son ancienne piélé si tendre envers Marie aura valu à ses derniers momenls la grâce du repentir. La malédiction de Lutiier est déjà de bon augure pour ce sentiment, et ce qu'on raconte d'OEcolampade ne vient pas lo démentir : on dit qu'il mourut de douleur à la vue des fruits de la Réforme, et dans des sentimenis de pieuse résignation. — Riogr. tniv.
que la Liturgie a jamais fait entendre de plus fort, de plus plein et de plus éclatant à la gloire de Marie.
Ave, Sponsa insponsata,
Perquam orbis prorsus lapsi
Facta est creptio,
Ave per qiiam primjc raatris
Est Evse redemptio,
Sancta Maria, ora pro nobis.
Salut, épouse qui n'a pas connu d'cpoux,parqiii del'univers, profondément tombé, s'est opéré le rétablissement, salut ô vous par qui s'est opérée la rédemption de la première Ère.
Sainte Marie, priez pour nous!
Ave, sponsa, etc.
Altitudo cogitandi Tu inaccessibilis, Invisibile profundum Angelorum oculis,
Sancta Dei Genitrix, ora pro nobis.
Salut, Épouse, etc.
Hauteur que la pensée ne peut atteindre, profondeur invisible que l'œil des Anges no peut sonder, Salut, Mère pleine de grâce du Tout -Puissant.
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous !
Ave, sponsa, etc.
Omnia porlantem portans, Solium impcrii; Stella demonslrans solem, Sol diei mystici:
Occideniis astrum raundi, Luminis conspicui, Sancta Virgo virginum, ora pro nobis.
Sahil, Épouse, etc.
Vous qui portez Celai qui porte tontes choses, Siège de l'empire souverain; ô vous, étoile qui indiquez leSoleil, soleil vous-même du jour mystique, astre du monde à son déclin, dont la lumière charme les yeux. Sainte Vierge des vierges, priez pour nous!
Ave, sponsa, etc.
Salut, Épouse, etc.
Incarnationis divse Utérus tu factus es.
Per quam renovatur oranis Greuturse species, Gum qua adoratur factor Et origo omnium.
Augelorum Domina, ora pro nobis.
De rincarnation divine vous êtes devenue le sein. Par vous toute créature a recouvré sa dignité; avec vous est adoré l'Auteur et le Principe de toutes choses. Souveraine des Auges, priez pour nous !
Ave, sponsa, etc.
Tu extans iuiliutrix Arcani consilii, Mirandorum verœ Ghristi Operum primitiœ, Dogmatum illius extans Tu fous et initium.
Cœlorum Regiua, ora pro nobis.
Salut, Épouse, etc.
Vous apparaissez l'initiatrice du secret conseil, vraie prémice des merveilles du Christ, vous êtes la source et le premier jet de sa doctrine. Reine des Gieux, priez pour nousl
Ave, sponsa, etc.
Scala tu cœlestis, per quam
Descendit ipse Deus,
Sponsa traducens terreua
Super cœlestia.
Tu Mater innupta omni
Honore superior.
Virgo perpétua, ora pro nobis.
Ave, fiponsa^ etc.
Dœmonum forte lamentum, Mœror et tristitia; Augelorum, sed bouorum,
Salut, Épouse, etc.
Vous êtes la céleste échelle par qui Dieu lui-même est descendu, l'Épouse qui a mené à soi les choses de la terre audessus de celles du ciel. La Mère chaste, supérieure à tout honneur. 0 Vierge perpétuelle, priez pour nous !
Salut, Épouse, etc.
Lamentation formidable des Démons, leur angoisse et leur stupeur; des Anges demeurés
Laus, decns, et gloriu.
Eleclorum tu cunclorum Satians Isetilia.
Templum Domini, ora pro nobis.
fidèles, la louange, la gloire, et l'bouneurj vous êtes la joie qui rassasiez tous les élus.
Temple de Dieu, priez pour nous!
Ave, sponsa, etc.
Salut, Épouse, etc.
Generaus perennem lucem Et inacessibilem, Sophorum super ascendens Omuium scientiaui ; Animarum tu sanctarum Splendor et prudeutia.
Sacrarium Spiritus sancti, ora pro nobis.
Génératrice de l'éternelle et inaccessible lumière, qui surpassez en hauteur la science de tous les philosophes, yous êtes la splendeur et le génie des âmes saintes. Sacré trésor de i'Ësprit-Saint, priez pour nous '.
Ave, sponsa, etc.
Salut, Épouse, etc.
CiTicam vitœ coronam Fructu Yentris germinaus ; Possidens Diviuitatem, Et in ea puUulans:
Nutricans humanitatem Et eam agricolans.
Tu sola sine exemplo, ora pro nobis.
Vous qui du Fruit de vos entrai lies produisez la couronne civique de la vie, possédant la Divinité (du Verbe), et poussant en elle des rejetons; nourricière de l'humanité vous en êtes la cultivatrice. Vous seule sans pareille, priez pour nous !
Voilà comme Vex-voto de l'esprit humain à Marie.