LUI
LA COUTESSK INA DB TADO&ET A UIS3 BETTZ EAVOHLSf, A WAa^Of.
lie de France.
» Ma bonne amie, ne méprisez pas Ina, ne l'accusez pas sans l'entendre. Apprenez d'abord, Betty, que M. Georges Cordon m'avait lâchement trompée... odieusement calomniée. — Et puis il n'est plus... Mon Dieu! mon Dieu! ce qui m'arrive doit bien vous étonner; car moi-même j'y crois à peine. — • Pour en revenir à sir Georges... qui aurait jamais cru cela de lui? Mais vous allez tout savoir.
i » Vous vous souvenez bien qu'un jom', à Pondichéry, il y a environ trois ans de cela, je faisais sérieusement la guerre à sir Georges sur son affreuse passion du jeu, qu'il n'éprouvait, disait-il, que par désœuvrement, et quand il était loin de moi. Vous vous souvenez aussi, n'est-ce pas, mon amie, que, cédant à tout ce que je lui disais de raisonnable et de tendre à ce sujet, il voulut écrire de sa main, signer de son nom et sceller de ses armes, le serment solennel et sacré de ne plus jamais jouer de sa vie, sous peine de passer pour infâme, pour parjure, et de se reconnaître indigne de mon amour et de mai?... — Eh bien! ce serment, il l'a indignement faussé, trahi, profané... Ainsi, luii que je croyais si lovai et si pro-
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fondement homme d'honneur, il a commis une lâcheté... Voua me connaissez, mon amie... maintenant jugez si je pouvais pardonner une trahison aussi basse... Mais ce n'est pas tout encore... non, ce n'est pas tout... Lui, que je croyais si au-dessu« de CCS fats imprudents et vulgaires dont nous nous moquioni ensemble, Betty, lui, que je croyais d'une probité si noble el fii délicate, il m'a horriblement calomniée aux yeux d*un homme d'honneiu-, de M. le comte de Vaudrey, de mon mari enfin. Oui... abusant des gages sacrés et presque religieux d'une affection aussi pure qu'elle était vraie, sir Georges s'en est méchamment, bassement servi, pour tramer la plus infâme calomnie... pour faire croù-e enfin à M. de Vaudrey... que j'avais été sa maîtresse. Moi! moi! Betty... moi! ô mon Dieu! je ne puis encore contenir mes larmes et mon indignation à cette affreuse pensée... Mais vous allez tout savoir... mon amie...
» U y a environ cinq mois que M. l'amiral de Suffren vmt passer quelques jours chez mon père. — Nous habitions alors notre campagne de Gondelom*. — M. de Suffren avait avec lui son neveu et un autre officier, qui était M. le comte <ie Vaudrey.
» Absorbée comme je l'étais par le souvenir de sir Georges, dont j'attendais des lettres avec la plus mortelle impaUence, je m'occupais fort peu des hôtas de mon père... malgré les folies de ma négresse, qui était émerveillée de ces étrangers. » Mais un jour je reçois un billet fort poli de M. le comte de Vaudrey, qui me prie de lui accorder un moment d'entrevue, parce qu'il avait, disait-il, des papiers à me remettre de la part de sir Georges. A l'instanye prie M. de Vaudrey de vouloir bien passer ch^'.z moi, et c'est avec une horrible inquiétude que j'attends le. moment de recevoir le comte.
» Je ne sais par quel pressentiment j'étais agitée, mais le cœur faillit me manquer deux fois quand je sus que M. de Vaudrey était dans mon salon; enfin je pris courage et j'entrai. » Je vis un jeune homme de taille moyenne, d'une tournure distinguée, vêtu en officier de marine.— Mais ce qui me frappa tout de suite, ce fut la hoideur de son abord et l'inflexibilité de son regard.
» Il me salua gravement et me dit : « — Mademoiselle, voici » des papiers que sir Georges m'a supplié de ne remettre qu'à » vous-même. »
» — Vous avez vu sir Georges, monsieur? m'e'criai-je malgré «moi... Par grâce, où est-il maintenant?...» Alors lui (je l'entends encore), alors lui, sans changer de visage, sans changer d'expression de voix, me dit ces mots cruels presque avec un air de sombre satisfaction : « — J'ai enlevé la frégate diS sir » Georges à l'abordage, mademoiselle; il s'est défendu avec le » plus grand courage, mais il a été tué dans l'action... »
» A ce mot tué, je tombai sans connaissance. Je ne revins è moi que longtemps après; j'étais au milieu de mes femmes, M. de Vaudrey n'était plus là... Je m'en aperçus bien... car ce fut lui que mon regard furieux chercha d'abord... Oui, Betty, s'il eût été là, et si j'en avais eu la force, il me semble qu'en ce moment je l'aurais tué.
» Mais attendez avant de juger le comte, mon amie; car je conçois que cette atroce indifférence ou plutôt que cette froide cruauté doit vous soulever contre lui, et pourtant...
» Je ne vous dirai pas mes larmes, mes chagrins, et l'espèce d'anéantissement dans lequel je vécus durant un mois, n'ayant personne... vous savez, personne an monde avec qui pleurer, que ma pauvre Badj'y! Seulement une chose que je suis encore à concevoir, c'est que je ne pouvais isoler le souvenir de M. le comte de Vaudrey de celui de sir Georges. Oui, c'était, pour ainsi dire, la cause et l'effet impitoyablement liés l'un à l'autre. Car, enfin, si le ccjmte m'eût appris cet horrible malheur avec ménagement et précaution, je n'aurais eu, pour ainsi dire, qu'à penser à mon chagi-in, à mon désespoir; mais le comte venant, ainsi qu'il l'a fait, m'apporter cette fatale nouvelle avec rudesse et presque avec aigreur... venant enfin lui-même *ne dire qu'il était presque la causa indirecte de la mort de Georges, ô Betty 1 je l'avoue, à chaque instant je m'arrêtais de pleurer pom- maudire et charger d'imprécations cet inflexible messager, et vous verrez combien t'étais folle...
» Pour en revenir à sir Georges, il me renvoyait mes lettres, et mon portrait que je lui avais donné. 11 m'écrivait une dernière fois au moment de se battre, et jamais, Betty, homme n'a osé plus audacieusement mentir, à une femme, mentir presque un pied dans la tombe... Comme alors je croyais encore en lui, je ne vous dirai pas non plus les larmes amères et les baisers dont je couvrais ces caractères chéris, qui, h chaque ligne (je le croyais du moins), révélaient cette âme
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si loyale et si généreuse... Mais ce qui me plongeait surtout dans un désespoir amer, et ce qui rodoublait mes regrets dé» chirants, c'étaio^it quelques lignes dans lesquelles sir Georges me rappelait avec bonheur son serment écrit de ne plus joner... en me jurant qu'il l'avait tenull! et que celte conviction de mourir digne de moi adoucirait ses derniers moments, s'il devait ne plus me revoir... — Me jurer cela, Betty. .. presque en face de l'éternité ! ... Infamie !... infamie !... Mais écoutez encore *.
» Je ne vivais aVnc que de larmes, je ne sortais pas de mon pavillon, lorsqu'un jour, en regardant machinalement par la croisée, j'aperçois M. de Vaudrey causant avec mon père; c'était la première fois que je le revoyais depuis la fatale nou velle; ne pouvant surmonter mon émotion... je m'évanouis.. i et poui-tant, tout en haïssant le comte à la mort, j'avais un* irrésistible envie dii l'entendre, car lui seul pouvait me parle* de sir Georges, et me donner sur ses derniers moments de ces iétails si cruels, et pourtant si avidement recherchés par ceux qui aiment comme j'aimais. Hélas!... mais j'avais abrs de VI. de Vaudrey une insurmontable frayeur (combien j'avais tort, mon Dieu'.), et malgré les instances de ma négresse, je ne pouvais me résoudre à le recevoir, quoiqu'il fût souvent venu s'informer de ma santé. Enfin, je me décidai, et je lui écrivis que, devant aller passer quelque temps à Madras, je désirais le remercier de la peine qu'il s'était si souvent donnée de passer ciiez moi; il me répondit que le lendemain il serait à mes ordres. Quand il entra, je pouvais à peine me soutenir; j'avais quitté mon costume indien comme peu convenable, et j'étais habillée à l'européenne; je reçus le comte : c'était toujours son ton froid, mais extrêmement poli ; il répondit avec une mesure parfaite C toutes mes questions sur sir Georges, mais avec sécheresse et roideur; quand il fut parti, je ne pus
' Il est facile de voir à la teinte d'acrimonie et de colère qui règne dans toute cette lettre , que mademoiselle Horn-Praet cherche peut-être à s'eiagérer à elle-même et à son amie les torts vrais et supposés de sir George», pour faire excuser l'amour qu'elle éprouve pour M. de Vaudrey et l'infidélité qu'elle fait au souvenir du pauvre Anglais, bien innocent d'ailleurs de la fataité qu'on lui prête, car sou amour pour elle a toujours été aussi tendre que pur et respectueux. Mais nous rstrouvons là un trait saillant du caractère d'Ina, qui. étant physiquement libre de son choix par la mort de tir Georges, vent encore constatei la moralité, la loyauté de sa conduite aax yeux de sou amie.
m^empêcher de dire à Badj'y qu'avec une figure aussi douce, ik était inconcevable que M. de Vaudrey parû^ aussi insensible à la douleur qu'il devait bien penser que j'éprouvais.
» Que vous dirai-je?... Entraînée par le triste bonheur d'entendre parler de Georges, je vis le comte plusieurs fois, et rerais mon voyage à Madras. Je trouvais dans M. de Vaudrey un homme franc, généreux et bon, et surtout, je crois, d'un rare dévouement pour ses amis. Mais ce qui m'étonnait beaucoup dans im grand seigneur français (y. de Vaudrey est d'une des plus riches et des plus anciennes familles de France et, à vingt-huit ans, il a déjà un grade supérieur dans la ma' rine); ce qui m'étonnait, dis-je, c'était la sévérité de son langage et de ses manières, ayant entendu parier si souvent de l'étourderie et de la légèreté de ses compatriotes. Chez lui, au contraire, jamais un mot de galanterie; une conversation sérieuse, quoique un peu romanesque, car il est impossible d'avoir une âme plus tendre et plus impressionnable que la sienne. Aussi m'a-t-il dit avoir beaucoup souffert à cause de cette excessive délicatesse de cœur qui le caractérise... déhcatesse si rarement appréciée, et par cela même si souvent et si cruellement froissée. Peu à peu, le comte prit l'habitude de venir me voir plus souvent; il me demandait quelquefois la permission de me donner des avis, des conseils, et cela comme malgré lui, avec une brusquerie qui contrastait avec la douceur de sa voix.
» Sans diminuer de force, ma doulem- était plus talme, et j'entendais avec un plaisir mélancolique M. de Vaudrey me faire l'éloge de sir Georges,, et me vanter continuellement sa bravoure et ses qualités, car il l'avait connu en France, quand il y était prisonnier de guerre ; c'étaiti notre sujet favori de conversation, et chaque jom-, chaque heure, chaque minute, ramenait sm- les lèvres du comte l'éloge de sir Georges. Il faut, à ce propos, Betty, que je \(ms fasse une confidence *; je suis encore à comprendre pom-quoi ces éloges sans cesse répétés m'irritaient presque, quoique j'en sentisse toute la justesse... je ne sais encore si la douleur s'use à force de parler de ce qui la cause... mais au bout de deux mois de ces éternelles conversations sur sir Georges... je me sentis, je l'avoue en rougissant, je me sentis moins vivement affectée, oui, je me trouvai plus sensible aux objets extérieurs, et je remaa-quai la figure du comte, que je n'avais pas examinée jusque-là, et
oui me parut gracieuse et distinguée... Non, vous ne saunez croire combien je fus effrayée de ce changement en moi... ear, je vous la jure sur ma mère et sur Dieu... je voulais moirir fidèle à^Georges... Tel cruel même que m eut semble ce sacrifice plus tard... j'aurais tenu à la promesse que je m'étais faite... Pauvre Georges, pensais-je, il n'est plus l?i pour le rappeler à moi!... Il a tenu fidèlement ses promesses Im... Il les a tenues jusqu'à la mort : ce serait donc une lâcheté que ie le sacrifier qi^and je puis le faire aussi impunément.
» Ce fut alors, 'Betty, en sentant cette froideur qui me gagnait comme malgré moi, que je voulus me retremper a une source pure et sacrée, et que je cherchai ce que nous appe- Uons mon talisman, cette promesse qui me paraissait si Délie, parce que je savais tout ce qu'eUe avait dû Lm coûter à
^ .'"ce jour-là, Betty, M. de Vaudrey était près de moi, et il enaitde me raconter un trait de Georges que j ignorais et oue le comte exaltait selon son habitude, car sir Georges avait en lui un ami profondément dévoué, croyez-moi. Voici ce qm exaltait si fort l'admiration du comte, et que, sans doute par modestie, sir Georges m'avait toujours caché:
» Il paraît qu'une des parentes de sir Georges, fort agee,fort
quinteuse et fort originale, avait la manie, suj la fin de ses
iurs (quoiqu'elle eût une maison parfaitement montée), de ne
vouloir rien manger qui n'eût été pour ainsi dire apprête sous
ses yeux par sir Georges, qu'elle aimait à l'adoration. Or sit
Georges, avec une complaisance angélique, préparait lui-même
les repa^ de sa vieUle parente... Sans doute cela est bien beau
et bien dévoué, Betty, c'est une chose touchante que de voir
un jeune gentilhomme sacrifier les plaisirs du monde poiu:
satisfaire les capricesrf une femme âgée qu'il ainae et respecte ..
oui, cela est bien beau, et l'admiration qu'en témoignait M. de
Vaudrey était sans doute très-concevable; mais enfin j avoue
encore à ma honte que, malgré moi, ce qm me frappa le plus
dans le récit de ce dévouement, ce fut le côte qui touchait
presque au ridicule. Et pourtant il était impossible de mieux
fire^aloir que M. de T^audrey tout ce qu'il y avai de touchant
dans ce beaï trait... ses yeux étaient mouil es fe larmes ..son
émotion profonde... Eh 1 c'est qu'aussi... il est si bon, il est m
sensible à tout ce qui révèle une belle ame... Iml...
» Enfin, Betty, pour en revenir à cette promesse, me sentant.
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vousdis-je, moins désespérée de la mort de sir Georges, et voulant retremper mes souvenirs et rester digne de lui, je courus à mon talisman; et montrant ce papi'^r sacré à M. de Vaudrey, je ne pus m'empêcher de lui dire : «"S'il était bon et » dévoué, voyez qu'il était aussi noble et fort... voyez quelle puis- » sance il avait sur lui-même; » et alors je racontai au comte l'histoire du serment. Comme moi, plus encore que moi peutêtre, il admira la résolution de Georges; seulement, je ne remarquai pas alors ce dont je me souviens parfaitement maintenant, c'est que, tout en appuyant sur la sa-.nteté irrévocable de ces serments sacrés pour un homme d'honneur, le comte avait un air embarrassé que je m'explique aisément aujourd'hui; car, apprenez enfin cet horrible secret, Betty, parle plus grand des hasards, je suis instruite, quelque temps après, que, malgré son serment solennel, sir Georges a joué, a perdu, et que c'est M. le comte de Faudrey lui-même qui a payé cette dette... Non, non, Betty, je ne pouvais le croire. J'écrivis à M. le comte de Vaudrey de passer chez moi; il vient, il veut nier, mais je le somme sur l'honneur de dire la vérité... C'était vrai... Betty, c'était vrai; sir Georges avait joué malgré son serment sacré : j'avais été indignement abusée, trahie...
» De ce moment, je ne saurais vous peindre, mon amie, la froideur qui me glaça pour le souvenir de M. Georges Gordon; car ce serment résumait pour ainsi di.a l'espèce grave et sérieuse de son amour, et voir ainsi cette promesse solennelle foulée aux pieds par lui qui brillait surtout à mes yeux par sa qualité de loyal et honnête homme, c'était me sentir bien près de l'oublier, et de me croire libre comme je l'étais réellement. On eût dit aussi qiie, par cet aveu, M. Henri de Vaudrey se trouvai* dégagé d'un fardeau qui l'oppre^ssait, et je le conçois : lui si vrai, lui si sincère, devait souffrir !ie me voir aussi indignement trompée. Depuis même il me l'a avoué. Je continuai de voir le comte, et je le trouvai, comme toujours, bon, aimable et sensé, mais ne me disant jamais un mot qui pût me faire soupçonner qu'il m'aimât, et pourtant cette pensée, qui avant la trahison de M. Gordon m'eût épouvantée, je l'accueillais avec plaisir : n'étais-je pas libre de f&U et de droit par cette perfidie?
» Peu à peu je retrouvais mon ancienne gaieté, je paraissais plus à mon avantage; mais à mesure que je redevenais plus calme, que je me montrais plus avenante pour Henri de Vau-
drcT, lui paraissait de plus en plus sombre; enfin cette froideur de sa part me navrait, car je sentais, et cela sans remords, qn'il me plaisait... Or, franche comme je l'étais, je lui dis naivemenlque son cLai,'rin me faisait mal... il ne me répondit rien... j'insistai, même silence... Enfin, je ne reconnaissais plus Henri; U était redevenu triste comme devant, comme dans les premiers temps qu'il m'avait connue. Enfin, le croirez-vous, Betty ! j'apprends, par son amiral, qu'il sollicite une mission fort dangereuse; les pleurs me suiïoquent, et je le prie, j'exige même, je crois (je l'aim,' ^^ tant déjà ! ), qu'il me confie la cause de son cha'^rin : c'est alors qu'après mille hésitations il m'apprit, en rougissant... Betty... que, grâce à une infâme calomnie, je passais à ses yeux pour avoir été... la maîtresse de
M. Gordon. , ,, . , • r *
» Cette calomnie avait seule causé l'espèce de joie funeste avec laquelle Henri m'avait appris la mort de M. Gordon, et le chagrin amer et profond qu'il avait ressenti en s'apercevant qu'il m'aimait, moi qu'il croyait déshonorée.
» Vous concevez ma douleur, ma colère, Betty. ApemeM. de Vaudrey eut-il prononcé ces mots airreux, que je me renfermai chez moi... Je fus pendant quinze jours horriblement souffrante, je voulais mourir...
» Henri finit par vaincre ma répugnance à voir qui que ce fût . et je le reçus... Vous allez le connaître, vous allez apprécier tout ce qu'il y a de généreux et de chevaleresque dans cette âme qu'on peut appeler sublime.
« - Mademoiselle, - me dit-il, - j'ai trop foi en votre » loyauté et en votre amour pour exiger un serment, ou voiï » abaisser à une justification; je vous offre mon nom, certain » que vous ne l'accepterez que si vous en êtes digne. »
» Est-il possible, t^ites-le?... est-il possible de rencontrée plus de grandeur, plus de noblesse, plus de cette haute et deli* cate confiance qui prouve seule combien on est digne d eu inspirer une pareille?
» Que vous dirai-je de plus, mon amie!... de ce jour data pour moi la vie, le bonheur, l'amour... tout le reste de mon existence n'est plus qu'un songe : je ne conserve que du mépris pour M. Gordon; car n n'est pas même digne d'inspirer de la haine. L'amour de mon mari me dédommage de ses odieuses calomnies, que je lui pardonne, après tout, car je suis trop heureuse pour avoir la moindre mauvaise pensée dans le cœur.
» Enfin, il y a quinze jours, Betty, que je suis mariée, quinze jours que je prévois l'avenir le plus heureux.
» Henri parle de retourner en Europe aussitôt après la paix signée; car on ne croit plus beaucoup à la co/\tinuation de la guerre; avant ce départ je vous écrirai, vous 7 comptez bien n'est-ce pas? iMais voyez donc enfin quelle singulière destinée .! et qui m'eût dit cela il y a dix-huit mois, quand vous vîntes m'embrasser à Gondelour.
» Rappelez-moi au souvenir de lord et de lady Hamonley, et pensez quelquefois à l'heureuse Ina de Vaudrey, etc. »