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À mon ami Alphonse Cabrié, de Carcassonne.
Qui ne connaît la spirituelle et philosophique chanson de Gustave Nadaud, sous ce titre :
Carcassonne ?
Le bon vieillard de Limoux, tranquillement vieilli sur le sol qui l’a vu naître, dans le labeur et les préoccupations quotidiennes, a cependant, comme
tout homme en ce monde, nourri le désir et la curiosité d’une chose révée. Pour lui, ce rêve, c’est la vue de Carcassonne. Il a hésité longtemps; enfin, il prend tout son courage et se met en route.
Hélas !
Il mourut à moitié chemin,
Il n’a pas vu Carcassonne.
Ainsi parle le poëte.
Qui n’a pas son Carcassonne ? Hommes politiques et laboureurs, militaires ou pékins, littérateurs ou artistes, ouvriers ou patrons, spéculateurs ou amoureux ? Et combien meurent à moitié chemin, sans avoir jamais entrevu la réalité de leur rêve!
Quant à nous, que l’histoire du bonhomme avait touché, nous avons voulu tout au moins voir le Carcassonne rêvé par lui, et nous y sommes, et franchement la chose en vaut la peine,
Quand on a dépassé les dernières maisons de la ville nouvelle, une petite ville, bien alignée, bien proprette, entourée d’un cercle de gais boulevards qu'ombrage une forêt de ces magnifiques et ombreux platanes, à la peau de léopard, comme il n’en pousse que dans le Midi, on se trouve tout à coup devant la silhouette magique d’une vieille cité, telle qu’elle était au commencement du moyen âge.
C’est une ceinture majestueuse de remparts crénelés, reliés par de hautes lours, couronnés par un fouillis de clochetons, de flèches, de pignons fantastiques ; au-dessus, se dresse majestueusement une tour carrée, celle d’Alaric le Visigoth, dit l’histoire. Tout cela a revêtu l'harmonieuse patine des siècles et se profile puissamment sur le ciel, au sommet de l’énorme rocher qui porte ces constructions gigantesques avec des oppositions saisissantes, par grandes masses , de lumière et d’ombre.
Par les vieilles poternes qui ouvrent leur bouche noire au bas des tours, il semble que lon va voir sortir des troupes d'hommes d’armes, couverts de cottes de mailles, coiffés de fer, hérissés de lances mélées d’étendards flottants et de pennons armoriés.
Quel est le chevalier qui va galoper sur cette pente et se présenter au pont-levis, pendant que l’homme de garde sonnera du cor à son aspect? Les palelrois des dames et des damoiselles vont-ils piaffer au bas de ces remparts pendant que les damoiseaux et écuyers deviseront galamment auprès d'elles?
COSTUMES ET VISAGES