REMÈDES PROPOSÉS CONTRE LE PHYLLOXERA
Aussi toutes les intelligences se sont mises à Ja torture pour trouver les moyens de détruire cet être funeste, et des prix d’une valeur importante ont été fondés pour récompenser celui qui deviendrait, à un titre plus réel et plus complet, le libérateur du territoire, en le purgeant de cet insecte plus destructif de , la fortune publique que tous les autres ennemis, quels qu'ils puissent être. — Le sulfure de carbone, les sulfocarbonates, l'emploi des petits cubes Rohart, le décorticage et le badigeonnage des ceps ont permis de ralentir quelque peu la marche du fléau. Ajoutons à ces essais l’application de la potasse comme insecticide et comme engrais préconisé par le
docteur Rexès.
Jusqu'ici aucun résultat péremptoire n’a été obtenu. Il a fallu chercher
ailleurs.
À Montpellier, un mouvement s’est produit en faveur des plantations de vignes américaines pour remplacer les vignes françaises ruinées par le fléau. Or, ce sont les vignes américaines qui nous l'ont apporté.
Ce procédé nous rappelle celui de l’homæopathie, sëmilia similibus curantur. Dire que cela ne produira pas d'excellents effets, ce serait injurieux pour lhomæopathie, qui parfois réussit à merveille; nous nous contenterons donc de rappeler les impressions précitées du savant voyageur Édouard André au sujet des vignes américaines.
En tout cas, si le phylloxera n’attaque plus en France les vignes dont il affectionne la séve en Amérique, cette vigne donnera-t-elle en France du raisin qui ne sente, comme en Amérique, le cassis, l’essence de térébenthine ou le bitume, raisin qui produit les vins les plus détestables? La greffe atténuera-t-elle ou fera-t-elle disparaître ces défauts inhérents à l'essence même
du cépage? C’est ce que l'on ignore.
Puisque le mot greffe a été prononcé, qu'il me soit permis d'apporter, moi aussi, une idée qui peut être utile et qui est le résultat d'observations
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faites en voyageant dans tous les milieux vinicoles où sévit plus particulièrement la rage du phylloxera.
Dans l'Hérault, dans Vaucluse, j'ai été frappé de ceci : c’est que des lignes d’oliviers sont plantées, suivant la coutume, au milieu des plants de vignes. Dans les champs les plus dévastés par l'insecte, lorsque toutes les vignes
sont hachées, perdues, desséchées, et qu’il n’en reste plus pour souvenir que des souches inertes, l'olivier n’a rien perdu de sa force, de sa vigueur de production et de son aspect de santé.
Il en est de même dans les champs où, au lieu doliviers, ce sont des müriers qui sont plantés au milieu des vignes, comme les pommiers en Normandie sur les bords des champs d'avoine ou de blé.
Le müûrier reste vivant, intact, vigoureux et verdoyant comme l'olivier, au milieu des ruines et des cadavres répandus autour de lui dans le vignoble.
Le phylloxera, cela est de fait, ne s’attaquant qu'aux seules racines, ne se soucie en aucune façon de celles qui sont à sa portée, celles du mürier et de l'olivier.
Or, il est avéré que, depuis des siècles, et dans l'antiquité la plus reculée, les Italiens greffaient souvent la vigne sur l'olivier, ou l'olivier sur la vigne, et que les résultats en étaient des plus satisfaisants; le mürier se prêtait aussi complaisamment à l'opération que l'olivier, et les fruits de cette union avaient une valeur tout à fait recommandable.
Nous trouvons mentionné dans la Maison rustique de 1587 le souvenir de cet usage, dont l’auteur cite des exemples contemporains.
Renoncer à ce procédé n’avait rien d’extraordinaire en temps normal, et lorsqu'il ny a pas un motif impérieux pour éviter une double culture tout
d'abord. En l’état actuel, où il est du devoir de chacun de chercher à dérouter l'ennemi commun, il est bon de signaler cette combinaison, qui doit réussir maintenant comme elle a réussi jadis, et présenter cet avantage précieux de donner à nos vignes actuelles des racines que, d’après l'expérience, on sait respectées par le phylloxera.
On pourrait ainsi sauver la récolte si précieuse, dans tous les départements où pousse l’olivier, dans tous ceux où pousse le mürier, soit dans tout le midi de la France.
Puisse celte idée, appuyée sur une suite d'observations, être utile aux pays dont je viens de voir la détresse, et leur permettre d’attendre le moment où ce fléau, comme tous les fléaux , aura fini son règne !
Ainsi soit-il, et bien à vous,
Larve de phylloxera grossie deux mille fois,
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Le Castillet (Perpignan).
Perpignan, octobre 1877.