FABRICATION ET FALSIFICATION DES VINS
IL appartenait à l’époque du similimarbre, du similibronze, du similizinc, des similititres, etc., de se livrer aussi à la fabrication des similivins.
({ Non-seulement on peint les vins, on les maquille, — ce qui pourrait à la rigueur passer pour un ornement et une re-
cherche de toilette, — mais on est arrivé à faire du vin sans aucun grain de raisin, avec de l'alcool de grain, de betterave et de pomme de terre, cuisiné, travaillé et coloré avec toutes les recherches de l’industrie.
On nous dira peut-être que c’est l'avenir de l’art vinicole, si l’on n’est pas
assez heureux pour dompter le phylloxera; mais, en la situation actuelle, cette considération ne saurait passer à l’état de suffisante excuse.
L'adjonction de ces alcools, qui sont tirés de la grappe, est déjà une tromperie des plus répréhensibles faite au consommateur et qui demanderait une répression des plus énergiques. Que dire de la supercherie qui consiste à lui donner du jus de betterave plus ou moins assaisonné en place du jus de la grappe qu’il demande?
À Béziers et à Cette, où l’on trouve en quantité les plus honorables commerçants, il en est aussi bon nombre qui, dans leur offcine, se livrent clandestinement à ces mutations intelligentes de l’eau en vin, de la pomme de terre et du trois-six de betterave additionné de fuchsine, de jus de mûres ou d’autres matières colorantes, en ce jus précieux que nos pères nommaient le jus de la treille.
On ne saurait trop apprécier ce travail au point de vue de l’ingéniosité; mais, au point de vue de l’honnêteté, ce doit être envisagé d’une tout autre manière.
Aujourd’hui, dit le docteur Guyot, l'habitude de faire des coupages et de colorer les vins dont la couleur n’est pas suffisante pour le consommateur, par conséquent de tromper le public, est telle que lon offre 50 pour 100 de plus du vin grossier et dangereux de Roussillon, vin de six couleurs, noir comme de l'encre, alcoolisé à vingt degrés, que de celui qui est fin, délicat, d’une vinosité convenable et d’une couleur légère. Il résulte de l'offre faite au vin noir par la spéculation des coloristes, que le propriétaire ne produit que du vin noir; car il n’a aucun rapport direct avec le consommateur, ni aucune disposition prise pour lui faire apprécier le bon vin qu’il produirait.
Telle est la marche.
« Aussi le consommateur est réduit à accepter les vins industriels ou à « boire de la bière, qui deviendrait peut-être, si elle n’était aussi falsifiée, « plus saine et plus pure que les vins industriels. Car ce vin, qui admet
< aujourd'hui le trois-six de betterave, de pomme de terre, de grain,
‘ finira par admettre, grâce aux poisons inventés chaque jour par la chimie